« Tous ces silences entre nous » de Thirty Umrigar

Ce livre m’a été offert cet été par Miss Orchidée pour mon anniversaire (Merci encore j’ai adoré!)

Je l’ai lu dans le cadre de mon Challenge ABC 2008.

Le roman se situe à Bombay et nous montre différentes facettes de l’Inde moderne, entre beaux quartiers et bidonvilles, les différents milieux sociaux et les habitudes ancestrales qui existent en Inde.

L’histoire est centrée sur Bhima, la domestique illettrée qui vit dans un bidonville avec sa petite fille Maya, elle-même déshonorée par une grossesse hors mariage, et sur Sera, la patronne aisée, qui vit dans un bel appartement avec sa fille enceinte, Dinah, et son gendre.

Depuis 20 ans elles vivent côte à côte, si proches et pourtant si éloignées. Des différences immenses les séparent socialement :

« Tu racontes à toutes tes amies que Bhima fait partie de la famille, que tu ne pourrais pas vivre sans elle, et pourtant elle n’est pas assez bien pour s’asseoir à table avec nous […] »

Mais leur condition de femmes en Inde les rapproche malgré tout sur bien des points. Toutes deux ont commencé leurs vies de femmes mariées sur des bases plutôt heureuses, mais chacune a aussi très vite vécu des douleurs, des humiliations et des trahisons entraînées par les hommes : belle-mère acariâtre toute puissante, mari violent, chômage, alcool, illettrisme, abandon, enfants hors mariage…

« Les femmes créent, se dit Bhima, les hommes détruisent. Ainsi va le monde. »

C’est d’ailleurs encore le fait d’un homme si leur relation particulière, faite de silences, de complicité et d’impossibles rapprochements se détruit.

C’est un roman plein de révolte de femmes, d’injustices et de résignation. Des histoires de femmes fortes ou plus ou moins soumises, des pensées qui s’envolent, des réflexions très humaines.

Le personnage de Bhima est passionnant, très riche et complexe. Très émouvant.

J’ai aussi beaucoup aimé le style, fluide, poétique et empreint de réalisme aussi.

« Un jour nouveau. Elle l’affrontera demain, pour Maya. En même temps que la mer se réveillera, en même temps que tout ceux qui peuplent Bombay […] oui, comme tous les autres, ces millions de personnes qu’elle n’a jamais vues et les quelques unes qu’elle connaît -elle aussi, elle affrontera un jour nouveau, demain.

Demain. Le mot s’attarde un moment, à la fois promesse et menace. Puis il s’éloigne tel un bateau de papier, emporté par la mer qui lui caresse les chevilles.

Dehors, il fait nuit, mais dans le coeur de Bhima le jour se lève. »