Théâtre : « L’Affaire Poucet » interprété et mis en scène par Olivier Rannou

Voilà où j’étais samedi soir :

Spectacle pour enfants de la Compagnie Bakélite de Rennes.

Je n’ai pas d’enfants, mais j’ai gardé mon âme de petite fille 😉 Et pour les adultes c’était un spectacle  «apéritif » (début 18h30, durée 40 mn) parfait pour aller au restaurant après!

Merci à Olivier Rannou qui après un échange par mail m’a autorisée à utilser ces photos

Voici le descriptif du programme du théâtre de ma ville :

« Un drame épouvantable vient d’arriver : sept petites filles sont retrouvées trucidées en pleine forêt. Principal suspect : M. Poucet, dans la valise duquel on a retrouvé les couronnes des fillettes. L’inspecteur Wolf est immédiatement chargé de l’enquête. […]

Oliver Rannou, seul en scène, usant du moindre objet quotidien pour camper ses personnages, rivalise d’inventivité, d’audace et d’impertinence pour conter cette histoire avec juste ce qu’il faut de cruauté et d’humour! Pour la création de ce spectacle, il s’est associé avec le Bob Théâtre, autre compagnie rennaise spécialiste du détournement de contes pour enfants, et, croyez moi, ça se voit ! »

Mon avis :

« L’Affaire Poucet » est un spectacle immobile puisque l’acteur ne bouge presque pas de sa chaise, et un spectacle très mobile car grâce à des jeux de lumière et d’accessoires, il change de visage sans cesse. Tantôt effrayant, tantôt drôle, tantôt l’inspecteur Wolf, tantôt le petit Poucet. Très vivant : nous avons vraiment l’impression d’être dans la forêt la nuit ou chez l’ogre prêts à être égorgés ou dans la salle du tribunal avec une multitude de personnages.

Parfois c’est l’acteur qui joue les personnages, parfois ce sont des objets (des jouets, des morceaux de bois…), parfois les personnages sont représentés par des magnétophones (le juge,  mi-homme mi-magnétophone, est très convaincant !)

A la fois drôle pour les enfants (et un peu inquiétant…juste comme ils aiment) et drôle pour les adultes, c’est l’histoire du petit Poucet revisité en enquête policière avec une mise en scène très originale.

Commentaire de l’Homme-qui-m’accompagne-parfois-au-théâtre- : « C’est un bon « bidouilleur ». C’est plein de bonnes idées, un « géo-trouve tout ». »

Nous avons passé un très bon moment, l’acteur est très bon et je vous recommande ce spectacle –avec ou sans enfants- !

Je n’ai pas trouvé une liste des dates de tournée…mais ouvrez l’oeil!

« Le chemin parcouru -Mémoires d’un enfant soldat- » de Ishmael Beah

 

 

Livre lu pour la sélection du mois de septembre du Prix de ELLE, catégorie « Documentaire ».

Je n’en avais pas parlé à l’époque car je ne suis pas une grande fan des documentaires (je n’en lis jamais, ça m’ennuie très vite…), mais en lisant « L’ange de Grozny », je me suis rendue compte que pour l’instant les deux documentaires qui m’ont le plus marquée dans le Prix des lectrices de ELLE étaient liés à la guerre et entre autres aux enfants dans la guerre, et que ces deux livres avaient des points communs dans l’universalité des dégâts d’une guerre sur les civils…

 

 

 

Dans « Le chemin parcouru  – Mémoires d’un enfant soldat », Ishmael Beah raconte son passé en Sierra Leone. La guerre entre les soldats de l’armée et les rebelles détruit son village et décime sa famille.

Le premier « chemin à parcourir », c’est celui de la fuite et de la peur de se faire tuer et la peur de mourir de faim. C’est une période où Ishmael et ses amis commencent à perdre leurs repères.

Puis enrôlé dans l’armée, à force de manipulation mentale, de déshumanisation et de drogue, il se transforme en robot tueur insensible -un enfant soldat.

Page 144 « Notre temps se divisait entre se battre, regarder des films de guerre et se droguer. Aucun moment pour être seul ou réfléchir. Quand nous parlions, c’était pour commenter un film ou sur la façon dont le lieutenant, le caporal ou l’un de nous avait tué un rebelle. C’était comme si rien n’existait en dehors de notre réalité.»

Le dernier chemin à parcourir est sans doute le plus dur mais aussi celui qui lui ouvre la voie vers une nouvelle vie : la rééducation. C’est là qu’il prend conscience de ce qu’il a vécu et qu’il doit revenir dans la réalité.

 

Ce témoignage est très fort. On y vit les horreurs de la guerre du point de vue d’un enfant qui l’a d’abord subie, puis qui y a participé, obligé de tuer et se retrouvant même à rechercher ces massacres et enfin qui y a survécu avec son cortège de souvenirs macabres.

 

Il y a un côté universel dans ce documentaire car on sent que Ishmael parle au nom de tous les enfants ayant à supporter une guerre. Il témoigne aussi pour sensibiliser sur la facilité qu’il y a à manipuler de jeunes esprits.

Page 234 : « Je ne suis plus un soldat, je suis un enfant. Nous sommes tous frères et sœurs. L’expérience m’a appris qu’il ne faut pas chercher la vengeance. Je suis devenu soldat pour venger les morts de ma famille et pour survivre, mais j’ai compris que pour me venger je devrais tuer une autre personne dont la famille chercherait ensuite à se venger. De vengeance en vengeance, cela ne finira jamais. »

 

Ce qui est extraordinaire aussi dans ce témoignage, c’est la capacité de sortir de cet enfer, cette résilience, que tous les jeunes n’ont sans doute pas la chance de connaître.

Page 245 : « Il fallait que je parte : si je restais plus longtemps à Freetown, je finirais par redevenir soldat, ou mes anciens amis me tueraient quand je refuserais de les rejoindre. Certains de ceux qui avaient été au centre de rééducation avec moi avaient déjà regagné les rangs de l’armée. »

 

Documentaire très instructif, émouvant sans être larmoyant. Il m’a fait penser à tous les adolescents que je connais…que deviendraient-ils s’ils étaient confrontés à cet enfer ?

Edit : Pour ceux qui voudrait approfondir le sujet ou découvrir la vie des enfants soldats, il y a un film qui sort en ce moment sur le même sujet exactement  : « Johnny Mad Dog » de Jean-Stéphane Sauvaire… tiré du roman « Johnny chien méchant  » de Emmanuel Dongala.

Après avoir lu « Le chemin parcouru », je sais que je n’irai pas le voir car j’ai des images assez claires en tête mais je pense que ce film et ce livre pourront être utiles….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’ange de Grozny » de Asne Seierstad

 

Livre lu pour la séléction du mois de décembre du Prix de ELLE, catégorie « Documentaire ».

 

 

 

 

 

 

 

Dans « L’ange de Grozny », Asne Seierstad nous parle d’histoires individuelles et de catastrophes humaines. Des peurs ancestrales des tchétchènes et de leurs espoirs aussi. On revient sur l’histoire de la Russie et de la Tchétchénie où l’on découvre une société en colère et blessée. On s’aperçoit aussi du poids de la religion. Elle parle du passé et du présent et s’interroge sur l’avenir de ce pays.

 

« Timour est rossiyanin, mais pas rousski. Il est citoyen de Russie, mais pas russe. Timour est tchétchène. Outre le russe, il parle sa langue maternelle, le tchétchène, mais il n’a jamais appris à écrire. Il connaît sa culture à travers les légendes et les mythes, mais n’en a jamais appris l’histoire. Il sait qu’il est musulman mais n’a jamais appris à prier. Il sait qu’il va se battre, mais ne sait pas contre qui. » Page 17

 

Asne Seierstad découvre d’abord la Tchétchénie en tant que journaliste free-lance pendant la guerre en 1995. Elle y retourne en cachette en 2006. Elle habite chez Hadizat –l’ange de Grozny– cette femme exemplaire qui recueille des orphelins, les gamins détruits par la guerre et les conséquences de celle-ci. Elle rencontre ainsi de nombreuses personnes vivant en Tchétchénie qui ont subi des horreurs depuis l’époque stalinienne jusqu’à nos jours.

 

J’ai trouvé cela bien écrit : un mélange de propos factuels et journalistiques et d’un style plus personnel. C’est un document très intéressant qui éclaire sur le monde. Un portait noir de la Tchétchénie et peu reluisant de la Russie.

 

« […] C’est ce qu’on appelle la Tchétchénisation du conflit. Les bourreaux et les victimes sont eux même tchétchènes. Mais c’est le Kremlin qui décide qui va détenir le pouvoir. Ses hommes de main opèrent dans l’ombre. Et au grand jour. » Page 178