« Le chemin parcouru -Mémoires d’un enfant soldat- » de Ishmael Beah

 

 

Livre lu pour la sélection du mois de septembre du Prix de ELLE, catégorie « Documentaire ».

Je n’en avais pas parlé à l’époque car je ne suis pas une grande fan des documentaires (je n’en lis jamais, ça m’ennuie très vite…), mais en lisant « L’ange de Grozny », je me suis rendue compte que pour l’instant les deux documentaires qui m’ont le plus marquée dans le Prix des lectrices de ELLE étaient liés à la guerre et entre autres aux enfants dans la guerre, et que ces deux livres avaient des points communs dans l’universalité des dégâts d’une guerre sur les civils…

 

 

 

Dans « Le chemin parcouru  – Mémoires d’un enfant soldat », Ishmael Beah raconte son passé en Sierra Leone. La guerre entre les soldats de l’armée et les rebelles détruit son village et décime sa famille.

Le premier « chemin à parcourir », c’est celui de la fuite et de la peur de se faire tuer et la peur de mourir de faim. C’est une période où Ishmael et ses amis commencent à perdre leurs repères.

Puis enrôlé dans l’armée, à force de manipulation mentale, de déshumanisation et de drogue, il se transforme en robot tueur insensible -un enfant soldat.

Page 144 « Notre temps se divisait entre se battre, regarder des films de guerre et se droguer. Aucun moment pour être seul ou réfléchir. Quand nous parlions, c’était pour commenter un film ou sur la façon dont le lieutenant, le caporal ou l’un de nous avait tué un rebelle. C’était comme si rien n’existait en dehors de notre réalité.»

Le dernier chemin à parcourir est sans doute le plus dur mais aussi celui qui lui ouvre la voie vers une nouvelle vie : la rééducation. C’est là qu’il prend conscience de ce qu’il a vécu et qu’il doit revenir dans la réalité.

 

Ce témoignage est très fort. On y vit les horreurs de la guerre du point de vue d’un enfant qui l’a d’abord subie, puis qui y a participé, obligé de tuer et se retrouvant même à rechercher ces massacres et enfin qui y a survécu avec son cortège de souvenirs macabres.

 

Il y a un côté universel dans ce documentaire car on sent que Ishmael parle au nom de tous les enfants ayant à supporter une guerre. Il témoigne aussi pour sensibiliser sur la facilité qu’il y a à manipuler de jeunes esprits.

Page 234 : « Je ne suis plus un soldat, je suis un enfant. Nous sommes tous frères et sœurs. L’expérience m’a appris qu’il ne faut pas chercher la vengeance. Je suis devenu soldat pour venger les morts de ma famille et pour survivre, mais j’ai compris que pour me venger je devrais tuer une autre personne dont la famille chercherait ensuite à se venger. De vengeance en vengeance, cela ne finira jamais. »

 

Ce qui est extraordinaire aussi dans ce témoignage, c’est la capacité de sortir de cet enfer, cette résilience, que tous les jeunes n’ont sans doute pas la chance de connaître.

Page 245 : « Il fallait que je parte : si je restais plus longtemps à Freetown, je finirais par redevenir soldat, ou mes anciens amis me tueraient quand je refuserais de les rejoindre. Certains de ceux qui avaient été au centre de rééducation avec moi avaient déjà regagné les rangs de l’armée. »

 

Documentaire très instructif, émouvant sans être larmoyant. Il m’a fait penser à tous les adolescents que je connais…que deviendraient-ils s’ils étaient confrontés à cet enfer ?

Edit : Pour ceux qui voudrait approfondir le sujet ou découvrir la vie des enfants soldats, il y a un film qui sort en ce moment sur le même sujet exactement  : « Johnny Mad Dog » de Jean-Stéphane Sauvaire… tiré du roman « Johnny chien méchant  » de Emmanuel Dongala.

Après avoir lu « Le chemin parcouru », je sais que je n’irai pas le voir car j’ai des images assez claires en tête mais je pense que ce film et ce livre pourront être utiles….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 commentaires sur « « Le chemin parcouru -Mémoires d’un enfant soldat- » de Ishmael Beah »

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi, ce roman fait partie de mes deux documentaires préférés. Sur ce point, nous avons exactement les mêmes goûts.

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  2. @Aifelle : Ca c’est sûr que le prix de elle n’est pas très gaie, très orienté « enfance malheureuse »…(je pense que j’en ferai un billet bilan d’ailleurs!)
    Cela dit, c’est très interessant et instructif. par contre, il y a un film a l’affiche en ce moment sur les enfants soldats (du Liberia, je crois) et je n’irai pas le voir, car le sujet est trop dur…
    @valérie : C’est le genre de livre que je n’aurai jamais lu sans le prix de Elle (soyons honnête, je n’aime pas les documentaires…je n’en aurai lu aucun Mais pour moi, l’essentiel dans ce genre de livres c’est d’apprendre quelque chose, et là cela a été le cas…même si ce n’est pas joyeux!

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  3. Tout à fait d’accord avec toi Enna!
    Ce livre m’a vraiment touchée et je ne l’aurais jamais découvert sans le Prix. C’est pour l’instant mon préféré dans la catégorie documentaire. Cela remet les idées en place et cela permet de regarder l’actualité de l’Afrique avec un autre regard. Un livre dur mais que tout le monde devrait lire.

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  4. Un film vient de sortir qui me fait beaucoup penser à ce livre… »Johnny Mad Dog »…j’avais beaucoup aimé ce témoignage et je n’ai pas encore oublié!…du coup, je ne suis pas tentée par le film!

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