Ma famille pendant la deuxième guerre mondiale : à Guernsey

Je l’ai déjà dit ici, ma mère est née et a grandi à Jersey et toute sa famille était de Guernsey.
Je ne vais pas faire de cours d’histoire mais il faut savoir que les Îles Anglo-Normandes étaient les seuls territoires britanniques à avoir été occupés par les allemands durant la deuxième guerre mondiale.
Le roman « Le cercle littéraire des amateurs de patates  » de Mary Ann Shaffer and Annie Barrows raconte très bien la vie des gens de ces îles pendant la guerre, et la lecture de cette histoire basée sur des témoignages recueillis par l’auteur, m’a donné envie d’en savoir un peu plus sur ma famille.
Mon grand-père était engagé dans l’armée britannique et ma grand-mère était seule à Jersey avec ma mère (âgée de 4 ans). Elles ont toutes les deux été évacuées par le dernier bateau qui emmenait les civils en Angleterre (un bateau de charbon).
Quand j’ai demandé à ma mère des anecdotes concernant la famille pendant la guerre, elle n’avait pas de souvenirs personnels et s’est donc empressée de contacter sa cousine, qui lui a répondu aussi vite… par e-mail (et oui, au 21ème siècle les plus de 70 ans ne perdent pas de temps avec les services postaux!)
Lire l’e-mail de la cousine de ma mère était très émouvant pour moi car cela correspondait tellement aux aventures que je venais juste de lire dans le roman que j’avais eu raison de penser à ma famille en le lisant.
Voici donc quelques anecdotes recueillies par cette cousine auprès de sa grand-mère -mon arrière-grand-mère- après la guerre.
Mon arrière-grand-mère vivait à Guernsey et devait héberger un officier allemand. Elle disait qu’il était toujours très poli. Elle était sure qu’il savait qu’elle avait une radio cachée chez elle car il lui disait toujours qu’il allait prendre l’air au moment des informations de la BBC et ne rentrait pas avant la fin des bulletins. Quand il rentrait, il lui racontait qu’il avait entendu sur la radio allemande , lui disant qu’il y avait eu une bataille à tel endroit et que les allemands avaient perdu tant d’avions et les britanniques en avaient perdu tant. Puis, il  lui demandait ce que la « rumeur » disait et elle lui racontait ce qu’elle avait entendu. Il disait que s’ils additionnaient puis divisaient leurs informations respectives, ils auraient sans doute des chiffres proches de la réalité…
En sortant comme cela à chaque fois, il ne pouvait pas être accusé de savoir qu’elle avait une radio chez elle. De son côté, comme elle hébergerait un officier, sa maison n’était pas fouillée et elle a donc évité la prison ou la déportation pour possession de radio. (Pour ceux qui ont lu le roman, cet officier me rappelle un peu le personnage de « Christian ».)
La cousine de ma mère se rappelle qu’un jour, des gens de l’île traitaient les soldats allemands de lâches parce qu’ils les avaient vu pleurer, et mon arrière-grand-mère était intervenue pour dire qu’ils n’étaient que des enfants qui n’avaient pas l’air d’avoir plus de 14 ou 16 ans et qu’ils pleuraient parce qu’ils n’avaient pas réussi à attraper des rats pour leur dîner et qu’ils avaient faim… Comme tout le monde sur l’île.
L’oncle de ma mère, qui était policier sur l’île pendant la guerre, disait que parmi les soldats allemands il y avait des bons, des mauvais et des indifférents mais que dans la majorité des cas, ils faisaient tout pour éviter de se faire remarquer pour ne pas être envoyés sur le front russe.
Il y avait des actes de gentillesse, comme quand les soldats faisaient des trous dans les sacs de charbon ou de pommes de terre et qu’ils prévenaient les enfants qu’au prochain virage il tomberait peut-être quelque chose sur la route. (Dans le roman, cette anecdote est aussi rapportée.)
Et puis, j’ai appris aussi autre chose, moins « charmant »… Mon autre arrière-grand-mère (la mère de ma grand-mère) qui vivait sur l’île a été envoyée au camp de Birberach en Allemagne parce que son deuxième mari était anglais! En effet, plusieurs milliers de personnes n’étant pas nées sur les îles ou étant mariées ont été déportées en Allemagne (enfants compris). Vous pourrez en lire plus ici. (C’est d’ailleurs le seul point d’incohérence historique dans le roman puisque qu’Elisabeth qui était anglaise n’aurait sans doute pas pu rester sur l’île pendant cette période…)
Évidemment, des petites histoires comme celles-ci je pourrais en avoir bien d’autres, d’autant que ma mère a écrit à tous ses cousins et s’attend à des réponses au moment des courriers de Noël (je crois bien que j’ai lancé une chaîne de lettres un peu comme dans le roman 😉 mais je voulais juste partager avec vous un lien plus personnel avec un roman que j’ai beaucoup aimé.
Pour en savoir plus sur l’occupation, il y a un musée à Jersey (The Underground Hospital) qui est très intéressant et qui donne des informations sur les camps de prisonniers et sur la vie quotidienne sur les Iles Anglo-Normandes. Voici leur site (en anglais)
Si vous lisez l’anglais, le site internet de la BBC a des pages très intéressantes de témoignages de gens ordinaires par exemple ici, ici, ici, et ici.

Commentaires laissés à l’époque sur canalblog :
  • C’est vraiment très intéressant tous ces témoignages. Je note définitivement le livre, dont j’ai déjà lu plusieurs billets enthousiastes. Je vais aussi me remettre à lire en anglais cette année, est-il facile à lire en VO ?
Posté par Pascale, mercredi 10 décembre 2008
  • @Pascale : J’ai trouvé le livre particulièrement touchant parce que ma famille était impliquée, mais même sans cela, c’est un joli roman et plutôt bien documenté. Quant à savoir si c’est facile de le lire en anglais, je ne peux pas vraiment te répondre car je lis aussi bien le français que l’anglais (j’ai une excuse…grâce à ma maman mais j’ai vu sur internet que pas mal de personnes l’ont lu en anglais sans trop de difficulté…Ça m’a l’air assez simple…
Posté par enna, mercredi 10 décembre 2008
  • Merci pour tes informations , j’espère que tu en recevras d’autres ! Ce livre m’a tellement plu, j’ai l’impression d’avoir un petit bonus ici. Si Pascale repasse ici : facile à lire en anglais , plus long qu’en français , mais faisable !
Posté par keisha, mercredi 10 décembre 2008
  • Décidément, ce livre m’appelle à grand cris… mais son prix en anglais continue de me refroidir!
Posté par Pimpi, mercredi 10 décembre 2008
  • @keisha : ça me fait plaisir ce que tu dis sur le côté « bonus » car les discussions que cela a entraîné avec ma mère m’a fait cet effet là aussi! @Pimpi : Tu es au Quebec? Est-ce qu’il n’y a pas l’équivalent de France Loisir …Quebec Loisir? mais ils ne vendent peut-être pas les mêmes livres? Il faudra que tu attende qu’un autre éditeur le sorte…Vu son succès ça ne devrait pas tarder! ou alors par amazon?
Posté par enna, mercredi 10 décembre 2008
  • Oui, je suis au Québec, mais depuis peu seulement alors je ne suis pas membre de Québec Loisir (et je l’étais déjà en France, mais j’avais arrêté mon abonnement). Donc je pense que je vais attendre la sortie en poche, dans quelques mois. Parce qu’à la bibliothèque, il est toujours réservé ! Et je ne veux pas le lire en français… (je sais, je sais, je suis pénible…)
Posté par Pimpi, jeudi 11 décembre 2008
  • @Pimpi : je te comprends : moi, quand je peux je préfère lire en anglais quand le livre a été écrit en anglais!!
Posté par enna, jeudi 11 décembre 2008
  • (J’ai honte car je ne lis ton article que maintenant !) Merci d’avoir partagé ces témoignages avec nous !
Posté par Caro[line], dimanche 28 décembre 2008
  • @Caro[line] : Tu n’as pas de raisons d’avoir honte!! Je suis contente que ça t’ai interessée, c’est l’essentiel!
Posté par enna, dimanche 28 décembre 2008
  • Merci beaucoup Enna, pour ces incroyables et intéressantes anecdotes familiales, j’espère que tu en recevras beaucoup d’autres comme Juliet, cela prolonge l’enchantement du livre ! Je vais rajouter l’article du livre et celui-ci à la suite des autres liens !
Posté par Florinette, mercredi 07 janvier 2009
  • @Florinette : Le parallèle entre le roman et la « vraie vie » m’a apporté un petit plus dans la lecture de ce roman, même si on peut l’apprécier sans! Mais on peut quand même se dire que c’est proche de la réalité, c’est sympa! Ravie que ça t’ait intéressée!
Posté par enna, mercredi 07 janvier 2009
  • J’arrive sur ton billet de par chez Florinette… c’est vraiment très très intéressant, ces parallèles! Merci pour ce partage!
Posté par Karine :), vendredi 09 janvier 2009
  • @Karine : Bienvenue ici! Je suis ravie que cet article t’ai intéressé! Je l’ai écrit car pendant toute ma lecture du roman je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux connaissances sommaires que j’avais de ma famille et c’est ce qui m’a poussé à questionner plus ma mère. J’aime ces livres qui vous poussent à en savoir « plus » (même quand ça n’est pas sur ma propre famille
Posté par enna, vendredi 09 janvier 2009
  • merci pour ces témoignages familiaux autour d’un livre qui semble être à lire impérativement pour moi les îles anglo-normandes sont liées à Victor Hugo et bien que normand, je n’y suis jamais allé… denis
Posté par denis, dimanche 11 janvier 2009
  • @denis : Le roman en question est bien entendu très agréable à lire même qu’en sa famille n’a pas vécu cette aventure, mais comme ça les lecteurs de ce blog sauront que c’est très proche de la réalité Depuis que je suis petite je vais à Guernsey et je suis très souvent aller visiter la maison de Victor Hugo, il y a plein d’anecdotes dans chaque pièce car en plus d’être un grand auteur, c’était aussi un sacré original! Il faut absolument la visiter si tu vas à Guernsey!
Posté par enna, dimanche 11 janvier 2009
  • Tin billet est vraiment intéressant! Même si je ne lis pas trop l’anglais, je vais aller jeter un oeil aux sites que tu mets en lien. L’histoire en général m’intéresse alors ton billet m’interpelle beaucoup!
Posté par Allie, mardi 09 juin 2009
  • @Allie : J’ai aimé ce roman pour le côté romanesque mais j’ai aussi aimé découvrir des choses sur ma famille qui correspondaient à la fiction! Le côté l’histoire avec un grand H par les petites histoires des gens! Sur le site de la BBC il y a des témoignages de familles ordinaires…il y a des choses intéressantes!
Posté par enna, mardi 09 juin 2009
  • Bonjour, Avez-vous eu d’autres retours de votre famille de Guernesey sur l’occupation. Nous serions intéressées car on est une équipe de professeurs et nous voudrions bien travailler avec nos élèves sur le livre et le confronter à la réalité vécue par les Guernesiais. Je vous remercie de bien vouloir nous faire part de la suite… Bien à vous Aline Trabut alinetrabut@orange.fr
Posté par Aline, mardi 05 avril 2016
Ma mère ayant été évacuée de Jersey à 4 ans avant l’occupation ,elle ne peut pas donner d’informations directes, je vais lui en parler pour qu’elle en parle éventuellement à ses cousines restées sur place. Mais je ne vous garantie rien, n’oubliez pas que les personnes concernées commencent à être âgées.
Posté par ennapapillon, mercredi 06 avril 2016
  • Je vous remercie dans tous les cas. Bien à vous Aline
Posté par aline, mercredi 06 avril 2016
  • J’en ai parlé à ma mère et la seule personne qui avait vécu l’occupation est décédée et les autres n’ont finalement que des avis de seconde main. Il faudrait peut-être se tourner vers un service des archives à Guernesey mais je ne sais pas si ça existe. Peut-être que l’office du tourisme pourrait vous aider. Bonne continuation.
Posté par ennapapillon, jeudi 07 avril 2016
  • Je vous remercie bien. Aline
Posté par Aline, jeudi 07 avril 2016
  • je n’ai pas fait grand chose
Posté par ennapapillon, jeudi 07 avril 2016