« Effroyables jardins » de Michel Quint

Prêté par Orchidée et lu dans le cadre du Challenge ABC 2008.

C’est un livre très court mais qui dégage beaucoup d’émotions.

L’histoire commence par le témoignage d’un fils qui raconte comme il a toujours eu honte de son père quand il « faisait le clown », l’Auguste un peu ridicule à chaque fois qu’il en a l’occasion dans tous les spectacles possibles.

Puis, un jour, il comprend l’histoire de son père quand son oncle lui raconte un épisode de la 2ème guerre mondiale dans lequel ils ont été impliqué et durant lequel ils ont côtoyé un soldat allemand très humain et été confronté aux sacrifices que certains sont prêts à faire face aux injustices.

« Consentir à autrui le pouvoir de vie et de mort sur soi, ou se croire si au-dessus de tout qu’on puisse décider du prix de telle ou telle vie, c’est quitter toute dignité et laisser le mal devenir une valeur. Pardon d’être, avec cet uniforme, du côté du mal. »

Il comprends alors l’effort de mémoire et de transmission que son père faisait en étant clown.

« De mon mieux. Je ferai le clown de mon mieux. Et peut-être ainsi je parviendrai à faire l’homme, au nom de tous. Sans blaâââgue! »

« C’était notre terre » de Mathieu Belezi

Livre lu pour la sélection de février du Prix des lectrices de Elle, catégorie Roman.

L’action se situe en Algérie avant, pendant et après la décolonisation.

 

 

Cinq membres d’une même famille de colons et leur domestique Kabyle parlent chacun leur tour, qu’ils soient vivants, mourants ou morts.

Ils racontent leur Algérie, du passé et du présent. Ils évoquent les mêmes souvenirs et les mêmes événements mais en apportant chacun un éclairage différent : amour ou haine des gens qu’ils côtoient, attachement ou rejet d’une terre qui était « la leur ». Tout tourne autour de la notion d’appartenance, mais c’est un attachement plein de rancœur.

 

 

Il y a la mère, propriétaire du domaine, qui refuse coûte que coûte de quitter les terres de ses ancêtres, le père, archétype du colon, qui veut profiter de son statut, le fils qui rejette son héritage familial au point de s’impliquer dans la cause des indépendantistes algériens, les sœurs, si différentes, qui n’ont pas du tout la même vision du pays dans lequel elles ont grandi et la domestique qui n’a nulle part au monde où vivre que cette terre qui n’a fait que l’exploiter…

 

C’est vraiment très intéressant car on a une vision très complète et pas manichéenne de cette vie en Algérie à cette période charnière de son histoire. Personne n’a vraiment raison, personne n’a tout à fait tort.

 

 

J’ai trouvé ce roman très bien écrit dans un style très particulier que la quatrième de couverture qualifie « d’écriture libre », « de rythme incantatoire ». C’est une écriture qui enchaîne le récit et les pensées des narrateurs entrecoupées de conversations avec leurs propres souvenirs. C’est très riche et pourtant très fluide. On ne s’y perd pas, on se laisse porter par un rythme.