Seule Venise : Claudie Gallay

Une femme quittée et obsédée par cet amour perdu fuit sa vie et s’installe à Venise sans vraiment savoir pourquoi ni  pour combien de temps.
 
C’est l’hiver et ce n’est pas la Venise des touristes. C’est une ville humide et froide, mystérieuse et un peu magique qui est un personnage à part entière dans le roman.
 
Cette femme meurtrie se reconstruit petit à petit auprès des habitants de la pension où elle loge. Luigi, le patron qui attend désespérément sa fille ; Carla, la jeune danseuse qui se cherche dans les bras de son amant et surtout le Prince Russe en fauteuil roulant « enfermé » dans la pension et dans ses souvenirs. Chaque jour elle lui rapporte des bribes de ses journées passées dans Venise : lui apportant de la vie et se raccrochant elle-même au monde.
 
Et puis, il y a le libraire qui sans promesses ni déclarations, lui permet à nouveau de ressentir des sentiments envers un homme et de sortir de son enchaînement au passé.
 
L’écriture de Claudie Gallay est très poétique. Des phrases courtes, des impressions, des silences très bien exprimés. Elle transmet très bien la difficulté de revenir vers les autres quand on s’est exilé à l’intérieur de soi. C’est d’ailleurs plus l’histoire d’un retour que celle d’un départ.
 
Très agréable à lire, c’est aussi une belle peinture de Venise.
 
De Claudie Gallay, j’ai aussi lu « Les déferlantes » , dans lequel on retrouve des thèmes (la perte de quelqu’un et le retour des émotions).
Livre lu dans le cadre du Challenge Lire Autour du Monde : une ville de mon continent.

« Un secret » de Philippe Grimbert

Philippe Grimbert raconte son histoire (un peu romancée mais sur une base réélle), l’histoire de sa famille ou plutôt l’histoire d’un secret de famille si étroitement lié à l’Histoire avec un grand H que les protagonistes en portent une grande culpabilité.

Enfant malingre, il cherche sans cesse l’admiration des ses parents beaux et sportifs qui semblent le tenir un peu à distance. Il s’invente un frère aîné, plus beau, plus fort, plus à l’image de ce que son père aimerait. L’inconscient fait son travail

Un jour vers 15 ans, Louise, une amie de la famille lui dévoile le secretLa vie de ses parents avant qu’ils ne soient ses parents… La femme et le fils que son père a eu avantL’identité juive de sa famille, les conséquences de la deuxième guerre mondiale, les déportations, ceux qui disparaissent et ceux qui survivent

Il y a dans ce secret le poids de la culpabilité de deux personnes qui se sont aimées sur un fond d’horreur et qui ont préféré « effacer » cette période d’avant pour continuer à vivre.

C’est très fort… Philippe Grimbert raconte donc son enfance et « l’enquête » qu’il mène à l’adolescence pour apprendre à connaître son identité.

Vous pouvez en savoir plus avec cette interview de Philippe Grimbert dans le « Lire » de janvier 2005

Il a obtenu les Goncourt des Lycéens en 2004 et e Grand Prix des lectrices de ELLE 2005, un film en a été tiré en 2007.