« Amères saisons » de Etienne Schréder

Voici un roman graphique autobiographique sur un autre sujet de société très fort : l’alcoolisme et l’errance que cela entraîne dans la vie d’un homme qui n’a plus aucun repère.

Etienne Schréder nous raconte comment entre 1979 et 1984, il a vécu une vie d’alcoolique, de déchéance, de SDF et de marginal. Il raconte comment de nombreuses fois il a tenté de s’en sortir et comment il a été facile pour lui de retomber dans le gouffre. Il dresse un portait d’une société parallèle : les marginaux qui avec leurs histoires particulières se serrent les coudes tout en se tirant vers le bas.

C’est un document poignant, sans concession, où il raconte avec lucidité la vie quand on est au fond du trou.

Le dessin en noir, blanc et gris est (comme les souvenirs) parfois net, parfois flou, parfois torturé

François Schuiten a écrit une très belle préface : « […] c’est un voyage douloureux d’où l’on ressort sans doute un peu différent, parce qu’il dévoile une intimité si troublante et surtout, fait exploser une frontière si patiemment construite. Mais il en ressort un livre inspiré et fragile, un jalon incontournable et nécessaire pour son auteur et pour nous lecteur, un livre rare. »

« Breakfast after noon » de Andi Watson

Découvert par hasard à la médiathèque parce que le trait noir tout simple du dessin m’avait plu, j’ai lu ce roman graphique qui raconte une histoire de vie quotidienne sur fond de crise sociale, très intéressante d’un point de vue social, psychologique… En un mot, d’un point de vue humain.

Un jeune couple sur le point de se marier est licencié du jour au lendemain de l’entreprise de faïencerie dans laquelle ils travaillaient tous les deux.

Pour la jeune femme, qui n’avait pas un poste très intéressant, c’est presque une « chance ». Dès qu’elle apprend la nouvelle, elle se prend en main, reste positive, va à l’agence pour l’emploi, trouve une formation et voit dans toutes ces démarches une manière de s’améliorer.

Pour le jeune homme c’est une catastrophe. Il travaillait dans cette usine comme ouvrier qualifié depuis qu’il avait quitté l’école et ne veut rien faire d’autre et surtout ne se croit pas capable de faire autre chose. Après avoir despérément cru qu’il pourrait récupérer son travail, il se laisser aller. Il traîne chez lui, regarde la télé à longueur de journée (et se lève très tard d’où le titre : « Breakfast after noon » : « petit déjeuner après midi »), boit beaucoup, voudrait continuer à vivre comme avant.

Malheureusement ce laisser aller fait qu’il ne pense plus qu’à lui, délaisse l’organisation du mariage, juge ses amis et perd peu à peu pied vis à vis de sa compagne. Ils s’éloignent petit à petit car elle ne supporte plus de le voir dans une espèce de déchéance.

Cette histoire est très touchante car elle montre la difficulté de garder la tête haute en période de crise, elle permet aussi d’évoquer les difficultés personnelles, autres que juste économiques, qui entourent le chômage.

Un document particulièrement d’actualité que je vous conseille.

Pour en savoir plus vous pouvez aller faire un tour sur BD-Thèque

« Et le bébé était cuit à point » de Mary Dollinger

Blanche, une jeune femme un peu effacée et écrasée par une mère exubérante et « libre » se retrouve presque malgré elle à garder le chat de celle-ci.

Grâce au chat « Harmonie » (qui malgré son nom, est un mâle…très mâle!) elle rencontre un homme et entre le chat et cet homme, elle se transforme en une jeune femme épanouie. Jusqu’à à un renversement de situation…

Il se trouve qu’elle travaille dans le milieu de l’agro-alimentaire mais cela se révèle à mon avis anecdotique. C’est de cet élément du roman qu’est tiré le titre (Au passage : le titre est, à mon avis, atroce et aurait presque pu m’empêcher de lire le livre!).

Il y a plein de bonnes idées dans ce roman et elles auraient méritées d’être approfondies.

J’ai bien aimé l’écriture de Mary Dollinger même si j’ai eu l’impression qu’elle n’avait pas assez développé son roman et qu’elle avait certainement plus à dire avec cette histoire, cette trame. La relation mère-fille, par exemple, ou le rapport homme/chat…

Cette collections s’appelle « En attendant le bus » et propose des courts romans (nouvelles?) que l’on peut lire en un temps limité (je l’ai lu en une demi-heure). Je trouve le concept très bon à condition que l’auteur ne se « bride pas » pour rester dans le cadre du format.

Merci aux Éditions Jacques André qui m’ont fait parvenir ce roman et à Géraldine et ses Coups de Coeurs qui a joué les entremetteuses 😉