Rien ne s’oppose à la nuit : Delphine de Vigan

Dans ce « roman », Delphine de Vigan raconte sa mère. Après la mort de celle-ci, elle a mené une « enquête » dans sa famille pour tenter de la cerner, de mieux la comprendre, la connaitre. Elle la transforme en personnage d’une enfance au sein d’une famille particulière. On oublie qu’il s’agit de sa mère, c’est vraiment le roman sur une famille que l’on lit. On voit Lucile grandir dans une famille très nombreuse, en se construisant une image d’elle-même, teintée des drames et des difficultés de chacun…
Ces parties romancées sont entrecoupées de retours dans la réalité dans laquelle l’auteur se posent des questions sur sa démarche, sur son écriture, sur sa légitimité et ses motivations pour écrire. C’est aussi très intéressant. j’ai trouvé que cela apportait beaucoup d’humanité au projet d’écriture.
« Qu’avais-je imaginé? Que je pouvais raconter l’enfance de Lucile à travers une narration objective, omnisciente et toute puissante? Qu’il me suffisait de puiser dans le matériau qui m’avait été confié et faire mon choix, autant dire mon petit marché? Mais de quel droit?
Sans doute avais-je espéré que, de cette étrange matière, se dégagerait une vérité. Mais la vérité n’existait pas. Je n’avais que les morceaux épars et le fait même de les ordonner constituait déjà une fiction. Quoi que j’écrive, je serais dans la fable. Comment avais-je pu imaginer, un seul instant, pouvoir rendre compte de la vie de Lucile? Que cherchais-je au fond si ce n’était approcher la douleur de ma mère a explorer le contour, es replis secrets, l’ombre portée? » (P46-47)
La douleur mentionnée ici est la maladie mentale car il s’avère que Lucile est bipolaire et son entourage a vécu au rythme de cette maladie destructrice en tous points. Cette partie, la fin du livre est très dure et forte. C’est une image assez bouleversante de la maladie.
J’ai beaucoup aimé cette histoire et la façon dont elle a été écrite. J’ai aimé tout l’amour et le questionnement avec lesquels cette femme a été racontée.
Je trouve que la quatrième de couverture est très juste : « Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe et celui du silence. »

Mon avis sur la version audio est ici.

15 commentaires sur « Rien ne s’oppose à la nuit : Delphine de Vigan »

  1. @Leiloona : Le « roman » m’a plu et la réflexion aussi!
    @Valérie : je crois que je l’ai lu sans penser que c’était un témoignage familiale, mais vraiment comme une fiction, ce qui m’a éviter de me poser la question sur si elle avait eu raison ou non de l’écrire.

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    1. @L’irrégulière : j’ai eu un ami qui avait ce genre de problème et qui est mort et je n’ai appris qu’après qu’il avait cet maladie…ce roman m’a beaucoup fait penser à lui. Et puis aussi à la famille en général, car ce n’est pas toujours facile (même si ce n’est heureusement pas aussi dramatique que la sienne) oui, ce roman m’a aussi beaucoup « parlé »…

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  2. A la place de l’auteur, je n’aurais jamais pu publier un tel livre. Je n’aurais pas pu affronter le regard des autres et encore moins celui de ma famille je crois… Delphine de Vignan est très courageuse…

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    1. @Saxaoul : je crois que c’est ce qui fait diverger les avis sur ce livre, le fait qu’elle ait fait une sorte de psychothérapie publique. Je crois que mettre sa famille dans la lumière ainsi ne doit pas être facile,mais le fait qu’elle s’interroge sincèrement sur le projet et qu’elle cherche vraiment à savoir si sa famille pourra l’accepter m’a permis d’accepter sa démarche. Je pense qu’elle n’aurai pas pu le faire avant le mort de sa mère…

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  3. Il est dans mon top 5 2011. Ce qui m’a marqué le plus avec ce livre, c’est que je l’ai trouvé courageuse de parler de plusieurs sujets difficiles: le suicide et la bipolarité. Il a fallu du courage aussi pour faire face aux autres membres de la famille même si ce sont eux qui ont fourni beaucoup de matériel, on ne peut jamais être objectif, il y a toujours sa propre expérience derrière et parfois ça peut ne pas plaire… Un bon roman à lire aussi pour tout le questionnement d’une telle démarche.

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    1. @Jules : Tout à fait, elle même remarque en écrivant qu’elle ne fait pas tout à fait ce qu’elle veut de sa mère et les autres membres de la famille n’ont forcément pas la même vision de « Lucile ». J’ai trouvé que c’était très réussi, très juste, et je ne me suis pas sentie voyeuse (comme j’en avais un peu peur) mais informée sur la maladie et sur la vie des proches qui vivent avec cette maladie. C’est aussi un roman réussi pour moi.

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    1. @Midola : curieusement, moi , je préférais penser à ces personnes comme à des « personnages » même si je savais qu’ils avaient existé… mais ça n’empêchait pas que parfois, je devais faire des pauses dans ma lecture car c’était un peu dur…

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    1. @Sophie57 : Bienvenue ici! Je suis d’accord avec toi, un grand livre. Et pourtant, il est tellement particulier que je ne l’offrirai pas car je pense qu’il peut toucher tant les gens au plus profond d’eux même que j’aurai peur de les perturber.

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    1. @Lucie : exact! est-ce que ce que notre vision des autres est vraiment un reflet de leur vie….mais justement ce que j’ai aimé c’est qu’elle se pose vraiment cette question dans son écriture.

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