Ce qu’on peut lire dans l’air : Dinaw Mengestu

Dans ce roman, le narrateur est Jonas, un jeune homme dont les parents sont tous les deux des immigrés éthiopiens arrivés aux États Unis à la fin des années 1970.

Jonas, dans ce roman est plus qu’un narrateur, c’est un conteur, un affabulateur qui réinvente son histoire familiale, la relation de ses parents, leur passé et qui dans le présent, avec sa propre femme, ne peut s’empêcher de mentir, d’améliorer, d’embellir …presque malgré lui.

Plusieurs périodes sont évoquées : les relations entre ses parents faites de silence et de violence. Il revisite leur « lune de miel » lorsque après 3 ans de séparation ils se retrouvent aux États Unis. Il imagine les pensées de ses parents. Il conte aussi l’histoire de son père entre son départ d’Éthiopie et son arrivée en Amérique. Il transforme son père indifférent en un homme en qui il aurait pu croire.

C’est une histoire sur la place que l’on a dans un pays qu’on n’a pas forcément choisi, dans un couple qui ne devrait sans doute pas être ensemble. Sur la vie d’un homme qui s’est forgée sur une enfance entre parenthèses, toujours dans l’attente d’un drame potentiel coincé dans les silences des parents et qui ne sait pas trop comment vivre sa propre vie sans y ajouter de la fiction.

J’ai beaucoup aimé ce roman au style agréable et fluide. J’ai aimé naviguer entre les époques, les bribes de réalité réécrites par Jonas.

P 91 : »S’il a jamais été heureux ici, ce dont je doute, ça aura été ce soir-là, que je viens à l’instant d’inventer pour lui. »

p 169 : « Je crois pouvoir affirmer sans me tromper que je vois plus clairement les causes et les conséquences d’une bataille vieille de plus de trois cents ans, ainsi que les individus qui y ont pris part et y ont trouvé la mort, que je ne comprends mes parents, lesquels sont toujours restés des inconnus pour moi. »

De l’auteur j’avais beaucoup aimé « Les belles choses que porte le ciel«