« Petites scènes capitales » de Sylvie Germain

Dans ce roman sous forme de scénettes, de moments de vie familiale,  on découvre Lili qui vit avec son père après que sa mère les ait quittés puis est morte. Sa vie est bouleversée quand son père se remarie avec une femme qui a déjà 4 enfants : une grande fille, un grand fils et des jumelles qui ont à un jour près exactement le même âge qu’elle. Dès leur arrivée, Lili sent qu’elle a perdu « sa » place et est sans cesse en quête d’une reconnaissance de la part de son père. La mort d’une des jumelles va traumatiser la famille. Cette famille qui vit dans les secrets qui sont dévoilés petit à petits. Il y a des grandes révélations et des blessures profondes pour tous les membres de cette famille/puzzle composée de tant de pièces particulières. Il y a des douleurs du quotidien vraiment bien rendues dans ce texte. Il y a aussi une réflexion sur l’identité et sur l’amour familial.

Le style de Sylvie Germain est vraiment très beau, c’est une écriture fluide et poétique. Il y a des pages sur l’enfance de Lili qui sont vraiment belles. Elle sait faire parler les sensations, les descriptions de mouvements, des émotions… J’ai trouvé que c’était vraiment un beau roman.

Et pourtant je n’ai pas été totalement emportée car si la forme est vraiment belle, j’ai eu le sentiment qu’il n’était pas abouti au niveau du fond. J’ai eu le sentiment qu’en faisant grandir Lili, en faisant exploser la famille, l’auteur ne savait plus trop comment clore son roman et la fin m’a semblé un peu laborieuse. Il me manquait une vraie fin.

Mais ce fut tout de même une belle découverte!

Lu dans le cadre du  2014

D’ailleurs vous pouvez aller fouiner sur les blogs des copines jurées de ELLE : 

Ankya,  AwaBiancaBlandine

Eva, FleurGaléa, Kirili

MarieMeelly, Micmélo

MiorMusme, Tynn

ValérieVirginie

L’avis de Eva en cliquant sur son nom!

Une « quasi-Lecture Commune » avec Sandrine!

 

 

2/6

 

« Attentat express » de Caroline Poiron (et Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallelian)

Je ne partais pas avec un à priori très positif en ouvrant ce livre car je ne suis pas beaucoup l’actualité et je ne suis pas une grande fan de l’écriture journalistique et pourtant ce document m’a très agréablement surprise, je l’ai lu en ayant vraiment le sentiment d’apprendre des choses et en n’étant pas pour autant en train de lire un hebdomadaire d’actualités.

Caroline Poiron est photographe et journaliste et était la femme de Gilles Jacquier, lui-même grand reporter pour France 2 qui a été tué dans un attentat en Syrie lorsqu’ils étaient tous les deux en reportage là bas en janvier 2012.

Le livre commence par raconter (très bien, avec un style agréable) leur départ de France, les démarches suivies par Gilles Jacquier pour entreprendre leur séjour, grâce à une religieuse, soit disant neutre qui avait ses entrées officielles en Syrie. Une fois sur place, elle raconte leur parcours et l’impression grandissante qu’ils ont d’être « baladés », manipulés par cette religieuse et qu’on veut leur faire voir, leur faire dire des choses. Et puis, contre leur volonté on les emmène à Homs et un attentat se produit qui cause la mort de Gilles Jacquier. Les heures qui suivent sont dignes d’un film d’espionnage car Caroline Poiron et deux journalistes Suisses (Sid Ahmed Hammouch et Patrick Vallélian avec qui elle écrit ce livre) doivent se battre pour garder la main mise sur le corps de Gilles Jacquier.

Et puis la seconde partie du documentaire est une enquête sur cet attentat qui parait très suspect à ceux qui étaient présents, qui ressemble beaucoup à une mise en scène pour stigmatiser les rebelles anti-Bachard Al Assad et les pointer du doigt comme ceux qui ont tué un journaliste occidental. L’enquête porte sur la religieuse qui semble corrompue et sur les dirigeants syriens.

C’est un documentaire assez édifiant sur ce pays, sur cette dictature qui tente de manipuler le monde entier. C’est effrayant car c’est réel. C’est également un très bon documentaire sur les journalistes et reporters de guerre car on voit leur travail de l’intérieur. Et la manière qu’a Caroline Poiron d’aborder ce récit, cette enquête, de façon très personnelle, apporte pour moi un vrai plus.

Je suis contente d’avoir découvert ce livre, sans le Prix de ELLE, je dois avouer que je ne l’aurai sans doute pas lu.

« Le comité de la révolution d’Al-Khaldyé a décidé de baptiser une rue de notre quartier au nom de Gilles Jacquier. Son destin est à jamais lié à celui de la Syrie. Il fait partie de notre histoire désormais.

[…]

Cette marque de respect n’est pas une exception. Chaque fois que je rencontre des Syriens de l’intérieur du pays comme de l’extérieur, ils me prennent dans leurs bras et me présentent leurs condoléances en m’assurant que la Syrie nouvelle n’oubliera pas ses morts. Qu’elle n’oubliera pas mon mari.

Fallait-il aller en Syrie? Fallait-il prendre le risque de mourir pour Homs? Ma réponse, notre réponse à Patrick, Sid et moi est claire et nette : oui, oui et oui.

C’est notre métier. Il comporte des risques. nous les assumons. Mais nous refusons de fermer les yeux sur un crime dont nous avons été les témoins directs. » P 282

« Et, aujourd’hui qui couvre encore la Syrie? De moins en moins de médias internationaux. Du coup, l’opinion publique n’y comprend quasiment plus rien, simplifie en mettant face à face un régime laïc et des islamistes assoiffés de sang. La Syrie baigne désormais dans une mer de sang, dans l’indifférence de la communauté internationale. La situation pourrit. » p 283

 

Lu dans le cadre du  2014

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Ankya,  AwaBiancaBlandine

Eva, FleurGaléa, Kirili

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L’avis de Micmélo est ici!

 2ème titre de la catégorie « aliment/boisson » (un « express » = un café) » pour le  

« L’invention de nos vies » de Karine Tuil

Je referme ce roman avec des sentiments très mitigés. Je dois d’abord dire que le style du début m’a vraiment « bousculée », gênée même par ses «effets » qui m’ont parus assez artificiels et lourds (les listes de mots entrecoupés de slash, les notes de bas de pages, amusantes au début mais trop répétitives après un moment), le style très parlé, très haché… J’ai eu du mal à entrer dans le roman à cause de cela et j’aurai pu l’abandonner mais après un tiers, j’ai constaté que ces « fantaisies stylistiques » étaient moins présentes et j’ai pu alors me concentrer sur le fond plutôt que sur la forme.

Dans ce roman, le thème central est l’identité et la dissimulation des origines, la manipulation des autres pour arriver à ses fins. Samir, un jeune musulman français se fait passer (presque malgré lui au début) pour juif  pour réussir dans les hautes sphères du droit et devient Sam, non seulement une étoile montante et respectée de New York mais aussi membre d’une famille juive très influente. Samuel, un jeune juif qui découvre sur le tard qu’il a été adopté et qu’il n’est en réalité pas juif, et fait du chantage au suicide pour garder la femme qu’il aime, se rêve écrivain mais se complaît presque dans les échecs multiples. Il y a aussi le demi-frère de Samir, dont le père, politicien français en vue, ne l’a pas reconnu et qui se cherche une identité de racaille de banlieue puis de musulman intégriste… Et puis, il y a Nina, la femme entre les deux anciens amis qu’ont été Samir et Samuel, l’objet de leur désir, de leurs motivations, de leurs conflits… Ces trois-là se retrouvent 20 ans plus tard et leurs nouvelles vies se confrontent, Nina est encore au centre et à nouveau elle choisi un des deux… Mais la roue tourne et les destins des uns et des autres changent tout en ayant des répercussions les uns sur les autres

J’ai lu ce roman avec un certain plaisir mais j’ai toujours eu l’impression d’être un peu mise à distance à cause de certaines incohérences dans le récit (Comment est-ce que Samir a pu dissimuler tant de choses dans le milieu dans lequel il vit aux Etats-Unis?? Comment quelqu’un peut-il vivre un an aux Etats Unis sans papiers particuliers (on prend l’avion et on vit un an à New York et on repart comme on est venu ?) Je n’entre pas dans les détails pour ne pas déflorer l’histoire…)

J’ai aussi trouvé les personnages un peu caricaturaux : les hommes sont soit des caïds puissants aux dents qui rayent le plancher soit des chiffes molles qui ne savent pas prendre de décisions et les femmes n’ont aucune épaisseur, se laissent bousculer par les hommes…

Toute la partie sur l’identité, les aspects « claniques » des groupes religieux, l’imposture, les manipulations m’a plu et j’ai aussi beaucoup aimé la partie sur Samuel lorsqu’il a publié un roman car on y découvre un peu l’envers du décor du monde des livres. Mais j’ai malheureusement trouvé que le roman manquait d’unité car le dernier tiers est très fouillis, on sort du triangle « amoureux/identitaire » pour se disperser sur différents thèmes… Peut-être aurait-il fallu écrire deux romans ?

Et d’ailleurs, autant j’ai préféré que les « effets » (que j’ai envie d’appeler des « trucs ») d’écriture s’arrêtent assez vite, j’avoue que je n’ai pas compris pourquoi. Je pense que l’auteur aurait dû assumer son choix d’écriture jusqu’au bout quitte à déplaire (à moi en tout cas) ou revenir en arrière pour unifier son texte. Mais ce n’est que mon opinion. Et comme le dit Karine Tuil p 295 : « Ecrire c’est accepter de déplaire »

 

Lu dans le cadre du  2014

D’ailleurs vous pouvez aller fouiner sur les blogs des copines jurées de ELLE : 

Ankya,  AwaBiancaBlandine

Eva, FleurGaléa, Kirili

MarieMeelly, Micmélo

MiorMusme, Tynn

ValérieVirginie

Défi Livre d’Argali 

 

 

 

4/6