« L’invention de nos vies » de Karine Tuil

Je referme ce roman avec des sentiments très mitigés. Je dois d’abord dire que le style du début m’a vraiment « bousculée », gênée même par ses «effets » qui m’ont parus assez artificiels et lourds (les listes de mots entrecoupés de slash, les notes de bas de pages, amusantes au début mais trop répétitives après un moment), le style très parlé, très haché… J’ai eu du mal à entrer dans le roman à cause de cela et j’aurai pu l’abandonner mais après un tiers, j’ai constaté que ces « fantaisies stylistiques » étaient moins présentes et j’ai pu alors me concentrer sur le fond plutôt que sur la forme.

Dans ce roman, le thème central est l’identité et la dissimulation des origines, la manipulation des autres pour arriver à ses fins. Samir, un jeune musulman français se fait passer (presque malgré lui au début) pour juif  pour réussir dans les hautes sphères du droit et devient Sam, non seulement une étoile montante et respectée de New York mais aussi membre d’une famille juive très influente. Samuel, un jeune juif qui découvre sur le tard qu’il a été adopté et qu’il n’est en réalité pas juif, et fait du chantage au suicide pour garder la femme qu’il aime, se rêve écrivain mais se complaît presque dans les échecs multiples. Il y a aussi le demi-frère de Samir, dont le père, politicien français en vue, ne l’a pas reconnu et qui se cherche une identité de racaille de banlieue puis de musulman intégriste… Et puis, il y a Nina, la femme entre les deux anciens amis qu’ont été Samir et Samuel, l’objet de leur désir, de leurs motivations, de leurs conflits… Ces trois-là se retrouvent 20 ans plus tard et leurs nouvelles vies se confrontent, Nina est encore au centre et à nouveau elle choisi un des deux… Mais la roue tourne et les destins des uns et des autres changent tout en ayant des répercussions les uns sur les autres

J’ai lu ce roman avec un certain plaisir mais j’ai toujours eu l’impression d’être un peu mise à distance à cause de certaines incohérences dans le récit (Comment est-ce que Samir a pu dissimuler tant de choses dans le milieu dans lequel il vit aux Etats-Unis?? Comment quelqu’un peut-il vivre un an aux Etats Unis sans papiers particuliers (on prend l’avion et on vit un an à New York et on repart comme on est venu ?) Je n’entre pas dans les détails pour ne pas déflorer l’histoire…)

J’ai aussi trouvé les personnages un peu caricaturaux : les hommes sont soit des caïds puissants aux dents qui rayent le plancher soit des chiffes molles qui ne savent pas prendre de décisions et les femmes n’ont aucune épaisseur, se laissent bousculer par les hommes…

Toute la partie sur l’identité, les aspects « claniques » des groupes religieux, l’imposture, les manipulations m’a plu et j’ai aussi beaucoup aimé la partie sur Samuel lorsqu’il a publié un roman car on y découvre un peu l’envers du décor du monde des livres. Mais j’ai malheureusement trouvé que le roman manquait d’unité car le dernier tiers est très fouillis, on sort du triangle « amoureux/identitaire » pour se disperser sur différents thèmes… Peut-être aurait-il fallu écrire deux romans ?

Et d’ailleurs, autant j’ai préféré que les « effets » (que j’ai envie d’appeler des « trucs ») d’écriture s’arrêtent assez vite, j’avoue que je n’ai pas compris pourquoi. Je pense que l’auteur aurait dû assumer son choix d’écriture jusqu’au bout quitte à déplaire (à moi en tout cas) ou revenir en arrière pour unifier son texte. Mais ce n’est que mon opinion. Et comme le dit Karine Tuil p 295 : « Ecrire c’est accepter de déplaire »

 

Lu dans le cadre du  2014

D’ailleurs vous pouvez aller fouiner sur les blogs des copines jurées de ELLE : 

Ankya,  AwaBiancaBlandine

Eva, FleurGaléa, Kirili

MarieMeelly, Micmélo

MiorMusme, Tynn

ValérieVirginie

Défi Livre d’Argali 

 

 

 

4/6

9 commentaires sur « « L’invention de nos vies » de Karine Tuil »

  1. J’ai aimé ce livre mais j’ai émis des réserves sur le côté « too much » de l’histoire. Ceci dit c’est un livre qui a le mérite d’être original et très prenant.

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  2. Je l’ai emprunté à la biblio mais je ne sais pas si j’aurai le temps de le lire ! je voulais voir ce qu’il en était au vue de toutes les bonnes critiques que j’ai lues sur ce roman, mais ton billet aurait tendance à confirmer ma méfiance !

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  3. Je vais le lire pour être sûre que je ne l’aime pas…mais franchement tout ce que tu dis me fait peur. Pourtant ce sont tous les thèmes de prédilection que j’adore en littérature. Le style risque de me poser un problème, les invraisemblances aussi et j’avais trouvé l’auteur très arrogante…Tu lui as mis combien?
    La question est: est ce que je vais attendre qu’il soit en poche ou pas?

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  4. et bin le sujet paraissait interessant mais pas si original (lala il y a deux films qui me viennent en pensee et des comiques) en plus que je deteste les apartes, tu perds le fil du roman….et non aux invraisemblances!….

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  5. Pour moi c’est un vrai gâchis…l’idée de départ était passionnante, et j’ai été très déçue que cela devienne un livre, certes assez accrochant, mais bourré de clichés, d’invraisemblances et d’effets de style lourdingues…

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