« Mon ami Dahmer » de Derf Backderf

 

Dans cette BD, l’auteur revient sur ses années de collège-lycée dans les années 70 dans une petite ville de l’Ohio, non pas pour parler de sa vie mais de celle de « son ami Dahmer »…

Qui est ce Dahmer? Dans l’introduction, Derf Backderf explique qu’il porte en lui cet album depuis des années et qu’il avait envie d’écrire sur Jeff Dahmer depuis le jour où il appris en 1991 que ce dernier avait été arrêté pour des crimes atroces. En effet, Dahmer s’est révélé être un des pire serial killers des États Unis (connu sous le nom du « cannibale de Milwaukee »). Mais pour Derf Beckderf, c’était aussi un camarade de classe, un copain pendant toute sa scolarité.

L’auteur se base sur ses souvenirs personnels, sur ceux de certains amis, des professeurs, sur les dossiers du FBI, des interviews de Dahmer et il nous brosse le portrait d’un garçon solitaire, étrange, presque asocial, qui, quand il se mêle aux autres, a souvent un comportement peu adapté et qui dans ses moments plus secrets est sujet à un mal-être, dans une famille pas simple et n’osant pas assumer une homosexualité qu’il n’arrive pas à accepter. Il est poussé dans un univers malsain et des pulsions morbides dès l’adolescence.

Au départ, les dessins m’ont rebutée : très carrés, un peu grossiers, aux personnages un peu raides, mais en fait, ils sont parfaits pour cette histoire : ils ont une « patte » années 70 et un côté figé et étrange qui sert parfaitement l’athmosphère qui entoure le personnage de Dahmer.

J’ai trouvé que ce portrait était juste : à la fois plein du réalisme de l’insouciance et des enjeux des amitiés de garçons adolescents mais aussi la face sombre, les secrets d’une famille et d’un jeune qui se cherche et qui est étouffé par ses démons.

Je dois dire qu’en lisant cette BD, j’avais parfois froid dans le dos car j’ai déjà eu des élèves de ce style -des garçons dont on sent qu’il y a une part malsaine, pas nette, qui ont peut-être une fêlure ou en tout car un potentiel néfaste… Je me suis déjà dit « Celui-là, si un jour on me dit qu’il est devenu psychopathe, je ne serais pas étonnée… » Alors forcément, quand on lit une histoire dans laquelle ça s’est vraiment passé, ça fait peur!

D’ailleurs, la seule chose qui m’a un peu gênée, c’est quand dans la préface l’auteur dit : « J’ai tendance à croire que Dahmer n’aurait pas fini en monstre, que tous ces gens ne seraient pas morts dans des conditions aussi atroces si seulement les adultes autour de lui n’avaient pas été aussi indifférents et aussi étrangers à son cas -et c’est inexplicable, impardonnable et incompréhensible. » En effet, de mon côté, j’ai déjà suggéré à certains des parents de mes cas inquiétants qu’il serait bon que leur enfant voit un psy mais il n’y a pas eu de suite car les parents ont souvent des oeillères et on ne peut pas toujours faire quelque chose pour ces personnes… C’est d’autant plus inquiétant…

Alors une très bonne BD, un sujet fort, qui met mal à l’aise… Merci à ma Best de me l’avoir conseillée malgré mes réticences face au graphisme, je ne regrette pas!

Pour en savoir plus sur Jeff Dahmer

   16/20

 Roaarrr Challenge