Réparer les vivants : Maylis de Kerangal

 

Voici un roman que je vais avoir du mal à présenter et pourtant (ou parce que) je l’ai beaucoup aimé. C’est un roman très sensible, très fort et très juste sur un sujet dur : le deuil d’un enfant d’abord puis la décision de l’autorisation du prélèvement d’organes pour une greffe, à chaud, très vite, avant même d’avoir eu le temps de prendre pleinement conscience que la personne est morte. C’est une sorte de course contre la montre pour permettre de donner une chance de vie à quelqu’un d’autre.

Simon a 20 ans quand il meurt dans un accident de voiture -mort cérébrale. On suit ses parents dans la terrible épreuve de ces premières heures du deuil où ils ne réalisent pas encore la situation. On suit leur cheminement, leurs questionnements, leurs sentiments puis les démarches qui concernent les greffes.

C’est un roman très bien écrit. Entre des passages d’une émotion palpable où on se met physiquement à la place des personnages et des passages presque poétiques, il y a aussi des parties qui racontent la vie des autres protagonistes -des vies ordinaires- comme si l’auteur voulait montrer que ce sont des vrais hommes et femmes qui gèrent ces moments dramatiques de mort et de vie et que la vie continue.

Ce roman, je l’ai lu doucement, en prenant mon temps et en faisant même des pauses avec des lectures de BD (notamment avec « Ce n’est pas toi que j’attendais » de Fabien Toulmé qui m’a fait ressentir des sentiments similaires quand je me mettais à la place des parents dans les deux cas) et je ne le lisais que si j’étais dans des bonnes conditions pour savourer le style et apprécier ce sujet lourd mais important.

Cela fait des années que j’ai une carte de donneur d’organes sur moi (et même avant d’avoir une carte « officielle » j’avais une étiquette « Je suis donneur d’organes » écrite à la main dans mon portefeuille). J’en ai parlé autour de moi, à mon conjoint, à mes parents et je sais au fond de moi que si on devait me poser un jour la question concernant Bastien, je serais d’accord sans hésitation pour faire dons de ses organes, car pour moi c’est une façon de prolonger la vie en donnant une chance à quelqu’un d’autre. Parlez en autour de vous.

     par L’Homme

16 commentaires sur « Réparer les vivants : Maylis de Kerangal »

    1. Oui et je les ai lu en même temps mais je trouve que ces deux histoires
      de parents en situations difficiles se sont bien complétées.
      Posté par ennapapillon, jeudi 12 février 2015

      donc ce ne fut pas repetitif pour toi…..
      Posté par rachel, vendredi 13 février 2015

      oh non, pas du tout.
      Enna

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  1. Il fait aussi parti d’un de mes coups de coeur de l’an dernier… comme toi j’ai une carte de donneur depuis très longtemps. J’ai adoré sont style mais trouvé qu’il marchait moins bien dans d’autres roman (naissance d’un pont)

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    1. Un coup de coeur coup de poing! ça m’intéresse vraiment ce que tu dis pour
      naissance d’un pont car je pense que je lirai encore cette auteur mais
      peut-être pas avec celui-la du coup

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    1. Je te comprends, le sujet peut faire peur (et aussi l’enthousiasme général)
      mais je te le recommande vraiment (en trouvant le bon moment pour le lire,
      tranquillement, sans être pressée par le temps.
      Posté par ennapapillon, jeudi 12 février 2015 |

      ba, je pense qu’il finira bien par me tomber dans les mains
      Posté par Tiphanie, vendredi 13 février 2015 |

      oui, c’est parfois le hasard qui nous fait dépasser des réticences
      Posté par ennapapillon, vendredi 13 février 2015

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    1. J’a trouvé qu’elle avait su faire passer les émotions avec une telle force,
      c’était presque physique. Je ne suis pas sure qu’avec un autre auteur ce
      serait aussi bien passé.

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  2. outre que c’est un énorme coup de cœur littéraire, j’ai, comme toi, interpellé mon conjoint sur ma fin de vie (il n’a pas trop aimé la conversation, a essayé de l’éviter mais je lui ai dit ce que j’avais à dire et à faire sur mon corps en cas de mort cérébrale : pas d’acharnement thérapeutique et prélèvements de ce qu’il faut, s’il le faut). Bisous (la carte de donneur n’est pas encore faite mais on peut dire que j’aurais divulgué mes pensées à autrui : mon A ne fut pas la seule oreille).

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    1. je crois que ce roman en plus de sa grande qualité littéraire permet de se
      poser des questions importantes car les parents auraient sans doute eu le
      coeur plus « léger » s’ils avaient su ce que leur fils pendait (mais bon, à
      20 ans… ce n’est pas forcément un sujet auquel on pense spontanément) et
      tu as bien fait d’en parler autour de toi. bises

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