Rencontre avec Olivier Adam

Quand un journaliste littéraire et auteur habite une petite ville du bord de mer de 800 habitants, il y a parfois de belles rencontres littéraires qui sont rendues possibles! Xavier Houssin (qui écrit dans le Monde des livres) et Amélie Dor-Houssin organisent donc régulièrement des rencontres avec des auteurs. C’est ma twin Mrs B qui m’a informée qu’elle avait vu dans la presse locale que Olivier Adam venait le samedi suivant et mon homme m’avait découpé le même article le midi et l’avait laissé l’air de rien sur la table pour que je le trouve en rentrant du travail (pour moi c’est un acte vraiment romantique de la part de mon ours !)

C’est donc avec Mrs B que je suis allée dans cette toute petite station balnéaire pour assister à la rencontre avec un de mes auteurs chouchous dont j’ai lu tous les romans (il me reste à découvrir son recueil de nouvelles et sa littérature jeunesse… Mais je peux aussi vous dire qu’il a dit qu’il était en pleine écriture de son prochain roman !)

Après une longue présentation d’Olivier Adam et la lecture d’un extrait des « lisières » par  Xavier Houssin, la discussion entre les deux hommes a commencé et c’était passionnant. Je vais essayer de retranscrire des passages, pas forcément chronologiquement, pas forcément mot pour mot, mais j’ai pris beaucoup de notes très vite et très mal alors je vais faire de mon mieux pour retranscrire l’esprit de ce qu’il a partagé avec nous.

Peine perdue

Concernant « Peine Perdue », il a dit que le choix du titre était un pied de nez à tous ceux qui lui disent qu’il est un auteur triste qui écrit des choses sinistres et lui demandent quand il va écrire quelque chose de drôle et à qui il a envie de répondre que c’est peine perdue !

Il a parlé de son écriture : « J’essaie de réunir l’intime et le collectif. Même quand je fais semblant d’écrire des autobiographies, le « je » tend le plus possible vers un « nous », quelque chose de collectif. J’essaie de faire cohabiter l’intime, le psychologique avec des choses qui sont de l’ordre du social, du sociologique. Cette volonté du collectif est apparemment contradictoire au travers du « je » alors pour parler du collectif, j’ai voulu tenter un livre où le personnage principal n’existerait pas et je suis donc parti sur l’idée d’un livre qui serait une ronde dont l’intrigue concernerait tous les personnages. »

Quant au choix du lieu, quand il écrit, il a expliqué que ce sont les lieux qui s’imposent à lui mais que ce n’est seulement la photogénie du lieu, son atmosphère ou la topographie mais aussi les gens. Cela faisait longtemps qu’il avait envie d’écrire sur le Sud qu’il fréquente depuis 20 ans. Il évoque le fait que cette région connait une fracture entre la haute saison avec son côté bling bling et tourisme argenté et la basse saison avec les gens ordinaires qui ne peuvent pas vivre cette vie. Dans « Peine Perdue » c’est aussi le Var et son côté « trouble », les opérations immobilières louches, les pots de vin, la mafia locale… Il a raconté que le lieu qu’il a recréé dans son roman était basé sur Saint Raphaël et cette zone… trouble. C’est là qu’il a eu l’idée d’en faire un roman noir avec les paysages qui ont une certaine violence avec sa sécheresse et l’ambiance politco-sportive véreuse. Quand il a rencontré des libraires et des journalistes du Sud Est, tout le monde disait reconnaître le personnage de l’homme d’affaire véreux, chacun y allant de son idée !

L’enjeu de « Peine perdue » était que chaque personnage devait faire progresser l’intrigue collective, qu’il soit un maillon d’un ensemble mais qu’il vive comme un personnage individuel. Il a conçu chaque chapitre presque indépendant des autres mais pour servir l’ensemble.

Ses thèmes

Quand il bâtit un personnage, il veut qu’il soit psychologique, qu’il fonctionne dans son intériorité mais aussi qu’il soit un être social. Il a expliqué qu’il a découvert qu’il était un romancier social dans la presse. Il écrivait sur le monde qu’il connaissait mais il a découvert que sa façon de parler du plus grand nombre, que parler de la société française, c’était bizarre et après, il délibérément radicalisé cela.

S’il écrit sur certains sujets, c’est pare qu’il estime qu’on en parle mal, pour rectifier la place que l’on donne à ces thèmes dans le discours politique et médiatique. Il précise qu’il ne faut pas écrire en se posant en juge, jamais en se plaçant au-dessus et en se sentant supérieur ou en-dessous et en se sentant paternaliste. Le regard doit être dans la fraternité, avec de l’empathie, sans condescendance et sans compromis, avec les qualités et les défauts.

Dans « Peine perdue » il a voulu parler aussi de la question du déterminisme social qui est souvent sous-évalué dans l’écriture des personnages. C’est aussi un roman sur ce qu’on fait de la douleur des autres. Qu’est-ce qu’on devient les uns pour les autres ? Il a une tendresse particulière pour les personnages mal armés, qui ne s’en sortent pas, qui doutent car ils le touchent. Il pose la question de ce qu’on fait pour les jeunes « borderline ».

Il a parlé de la famille, du fait que les parents se sentent toujours coupables des fragilités de leurs enfants et qu’il traite de thématiques qui le travaillent en tant que fils et en tant que père. « Je passe ma vie à écrire sur ce que je redoute. Parfois il faut faire le deuil de la tendresse inconditionnelle de ses enfants pour passer à d’autres types de relations. » Il écrit sur des sujets qui sont souvent minorés dans la vie car il trouve que la fragilité psychologique est trop taboue et qu’on n’en parle pas assez.

Son écriture

Dans « Les lisières » il a écrit une fausse autobiographie où il a beaucoup emprunté à sa propre vie mais où tout est tordu pour servir son propos, il a réinventé son propre parcours. Dans « Peine perdue », il a laissé ce « je » qui tend vers le « nous » pour passer à un « nous » qui tend à un « je ». Sur certains sujets, il estime pouvoir être plus personnel en se cachant derrière certains personnages. D’ailleurs quand Xavier Houssin a évoqué le personnage de Anouk qui est écrivain dans le roman, Olivier Adam a dit que même s’il s’était maquillé en femme, plus âgée et lesbienne on pouvait bien le reconnaître. Et au départ, le chapitre était beaucoup plus long car il avait rendu son personnage très critique vis-à-vis du milieu littéraire et son éditrice lui a conseillé de couper car il était en train de régler des comptes personnels et que ça ne servait pas le roman (il dit que c’était très utile d’avoir un éditeur pour éviter de tomber dans ce genre de travers 😉 ) Il a aussi parlé de la dichotomie de l’auteur : « D’un côté, je rejette ce milieu et à côté de ça je pleurniche quand on ne m’y fait pas une place. J’ai vécu 9 ans à Saint Malo et maintenant je vis à Montmartre et je croise des gens du monde littéraire tous les matins. A l’école de mes enfants, il y a plusieurs écrivains et le jour de la rentrée quelqu’un a dit « Ce n’est pas la rentrée des classe, c’est la rentrée littéraire ! » 😉

Il estime que la fiction ne doit pas être désincarnée de son auteur. L’idée c’est de tordre la réalité pour aller chercher autre chose. Il y a des autobiographies où on ment tout le temps et des fictions où on dit la vérité. Il aime le roman car d’un livre à l’autre il peut avoir des mélanges entre la fiction et la non-fiction.

Pour lui ce qui est le plus important c’est le son de la phrase. Pour savoir si un roman est fini, pour lui c’est quand chaque phrase sonne juste, qu’il y a de l’harmonie dans l’ensemble du texte. Il accorde énormément d’importance à la justesse de la phrase. C’est la musique de la phrase qui est importante.

L’envie d’écrire lui est venu à l’adolescence « comme une envie de crier, de m’exprimer parce que j’avais l’impression d’étouffer. » Il a expliqué qu’il a toujours eu du mal à être présent dans le monde et que l’écriture lui permet d’être présent au monde et aux autres. Il a l’impression qu’il ne peut penser et ressentir qu’en passant par l’écriture.

Littérature jeunesse

Il a commencé à écrire pour la jeunesse un peu par hasard et en gardant des thèmes lourds persuadé qu’il ne serait pas publié mais très vite il a trouvé qu’écrire pour les jeunes lui permettait de se libérer d’un certain carcan en se laissant plus facilement aller à un certain sentimentalisme. Il a l’impression aussi de se recréer une enfance et une jeunesse car il ne se souvient pas de ses 11 premières années et qu’il était « absent » des suivantes.

Ensuite, il s’est mis à écrire pour ses enfants, s’aventurant dans des genres qu’il n’aurait jamais abordés sans eux. C’est pour lui l’expérience d’une écriture joyeuse, plus légère. Et il apprécie qu’en littérature jeunesse « il n’y ait pas de « milieu littéraire », d’articles assassins dans le Figaro et que c’est très libérateur !»

Karine Reysset

Il a parlé de façon touchante et drôle de sa première rencontre avec sa femme au collège et puis de leurs vies d’auteurs. Ils sont leurs deux premiers lecteurs et c’est même parfois compliqué pour leur éditrice qui a parfois du mal à trouver sa place.

Désolée pour les photos floues… Mon téléphone portable n’a pas de zoom…

Après la discussion, nous sommes allés faire dédicacer nos romans. Je me suis transformée en oie, j’ai bredouillé que je l’avais déjà rencontré et que j’étais fan de ses romans que j’avais tous lus et que j’aimais beaucoup. Je crois même avoir dit « je vous aime beaucoup » mais je préfère essayer d’oublier ce moment bafouillant… 😉 je lui ai donné une petite carte où j’avais écrit l’adresse de mon blog en lui disant qu’il pouvait aller lire ce que j’avais écrit sur ses romans (à mon avis, la carte est à la poubelle maintenant mais j’aurai osé lui donné 😉

En tout cas c’est un homme charmant et pas que pour ses beaux yeux !) Il est très abordable et parle très facilement et pourtant on sent en lui une certaine maladresse, je pense qu’il n’est pas forcément super à l’aise en publique.

Bref, j’ai passé un excellent moment littéraire !

Petit séjour à Paris en famille

Nous avons profité des vacances de février pour aller jouer aux touristes à Paris, ce que je n’avais pas fait depuis très longtemps. C’était le premier vrai séjour à Paris pour Bastien (même si nous étions passé en coup de vent en allant au Maroc avec lui et qu’il avait visité L’Arc de Triomphe quand j’ai couru le marathon de Paris en 2012.)

Nous avons choisi de mettre Bastien au centre de notre séjour. Alors forcément, un incontournable pour lui était le Muséum d’Histoire Naturelle (ou  le « Musée d’Homme d’Histoire Naturelle » pour lui!) avec ses squelettes impressionnants et les dinosaures qu’il adore!

 

Un petit tour à la Grande Mosquée de Paris pour nous rappeler des souvenirs marocains (mais il fait moins chaud!!)

 

 

Le soir nous avons assisté à l’enregistrement de émission « Partons en Live » sur France Inter et c’était une super expérience (et Bastien a été un parfait spectateur!) Vous pouvez écouter l’émission en podcast ici.

 

Nous avons visité la Tour Eiffel : jusqu’au dernier étage et ça vaut vraiment le coup!

 

Nous sommes aussi allé à Beaubourg pour voir l’expo Jeff Koons. Bastien avait un petit carnet et se mettait par terre pour dessiner toutes les sculptures qui lui plaisaient. C’était très mignon!

 

 

Et il a continué à faire l’artiste dans le reste du musée en dessinant ou en me demandant de prendre des photos d’oeuvres qui lui plaisaient!

 

Et puis voici quelques clichés moins « touristiques » de Paris : 

Nous avons beaucoup pris le métro et le RER et j’ai pu constater que les parisiens lisaient beaucoup!

D’ailleurs moi aussi j’ai pas mal lu!