Americanah : Chimamanda Ngozi Adichie


Je vais devoir commencer par dire que cela fait exactement un mois que j’ai lu ce roman (et que j’ai eu ce coup de cœur) mais entre la grippe, l’organisation d’un voyage scolaire et le voyage lui-même, je n’ai pas eu le temps d’écrire mon billet. Je voulais le faire tranquillement pour rendre justice au roman et je me suis retrouvée  à le bâcler… Je m’en veux car c’est un roman que j’ai vraiment envie de donner envie de lire…

Je dois aussi dire que j’ai acheté ce roman avant qu’il ne soit sorti en France, car j’aime beaucoup Chimamanda Ngozi Adichie depuis que je l’ai découverte avec « L’autre moitié du soleil » et « L’hibiscus pourpre » et que j’avais envie de la suivre « les yeux fermés » sans même savoir de quoi parlait son roman. La sortie en France et le billet de Leiloona m’ont juste motivée pour le faire remonter sur la PAL et j’en suis ravie!

L’histoire commence au Nigeria : Ifemelu est une ado qui vit sa vie, a des amis, des parents qui  mènent une vie assez ordinaire. Elle tombe amoureuse de Obinze, un jeune homme passionné des Etats-Unis. Au Nigeria à cette époque, les gens éduqués ne sont pas valorisés et il y a de nombreuses grèves à l’université. Ifemelu obtient une bourse pour aller étudier à Philadelphie. Elle vit un temps avec sa tante, médecin qui finit ses études aux Etats Unis et tire un peu le diable par la queue au début.

L’arrivée en Amérique est un véritable choc culturel pour Ifemelu qui  découvre qu’elle est noire. Avant, au Nigeria, elle était juste elle-même, mais dans sa nouvelle vie elle réalise que c’est un réel fait de société. Il y a les blancs, les noirs américains (les afro-américains) et les noirs non américains et les relations entre les uns et les autres sont régies par des codes qu’elle ne maîtrise pas et qu’elle ne comprend pas non plus.

« Cher Noir non Américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L’Amérique s’en fiche. »

Sa vie américaine est bien compliquée au début et puis elle fait des rencontres qui lui permettent de découvrir toutes les facettes de la société dans laquelle elle vit. Elle se questionne sur de nombreux sujets et ouvre un blog dans lequel elle parle de la place des noirs -américains et africains ou caribéens – dans l’Amérique d’aujourd’hui. J’ai trouvé ses questionnements très intéressants. Elle y parle de la couleur de la peau, de l’histoire du pays vis à vis de l’esclavagisme et du racisme, de ce que l’on peut ou pas dire, de l’accent des africains qui vivent aux Etats Unis et aussi de l’importance que peuvent avoir les cheveux pour les femmes noires (l’attitude vis à vis des cheveux tant quasiment un acte politique).

Obinze de son côté est devenu clandestin en Angleterre et c’est aussi un parcours passionnant pour cet homme éduqué qui se retrouve dans une situation qu’il n’aurait jamais imaginé. Il doit trouver sa place dans cet ancien empire colonial qui ne peut pas comprendre qu’on puisse avoir envie de voir autre chose. Il se sent en complet décalage avec les autres nigérians qui ont réussi en Angleterre et il est aussi amené à se poser beaucoup de questions sur son identité. J’ai aussi beaucoup aimé cet aspect du roman.

« Alexa, et les autres invités comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, qui n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir. »

Puis Obinze et Ifemelu se retrouvent au Nigeria. Ifemalu est tiraillée entre son identité « d’avant », de nigériane ordinaire et sa vision du monde depuis qu’elle a vécu aux Etats Unis. Elle a du mal à se sentir chez elle et pourtant, an Amérique elle était toujours très insatisfaite et extérieure à sa propre vie aussi. Elle a changé et son pays, ses amis aussi ont changé. Le retour n’est pas facile.

 » En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. « 

Ce roman parle d’identité. Les identités individuelles puisqu’on y voit l’évolution d’Ifemelu et Obinze de l’adolescence à l’âge adulte. Ils ont traversé des épreuves et des remises en question, ils ont tous les deux connu aussi une vie facile et aisée mais sont dans une certaine insatisfaction, comme s’il leur manquait une part d’eux-mêmes. C’est aussi une réflexion sur l’identité collective : dictée par les origines et la couleur des gens, qui fait penser que l’herbe est plus verte ailleurs, qui fait changer ses cheveux, son accent et ses opinions. (J’ai souri quand quelqu’un dit qu’il pensait que tous les noirs aux Etats Unis vivaient comme dans le « Cosby Show ».)

Pour avoir étudié l’identité des femmes afro-américaines aux Etats Unis, je connaissais les oppositions entre ces dernières et les femmes blanches, les hommes blancs et les hommes noirs mais c’est la première fois que j’étais confrontée à l’opposition des noirs non américains vis à vis des noirs américains. J’ai trouvé cela très enrichissant.

Alors, il faut bien le dire, c’est un pavé mais je l’ai dévoré (doucement, mais sans avoir envie de le lâcher une seconde). Je ne sais pas s’il est bien traduit mais en anglais il se lit vraiment très bien. Je ne sais pas si j’arrive à retranscrire ce que j’ai aimé mais j’ai juste envie que tout le monde le lise et j’aimerai vraiment aiguiser votre curiosité!

Il y a un projet de film… je sais que j’irai le voir!

avec Jérôme : Allons voir son avis!

PAL 2014

29 commentaires sur « Americanah : Chimamanda Ngozi Adichie »

  1. Comme je suis à la moitié de ma lecture, j’ai pu regarder ton billet sans crainte. Merci pour la video (la pub gêne la lecture des sous titres, mais elle parle sans accent américain pour ce que j’en connais). J’ai aussi scruté sa coiffure (^_^)
    Je n’en ferai sans doute pas un coup de coeur, mais comme les thèmes abordés m’intéressent , je lis ce roman!

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  2. Oh, mais tu en parles très bien ! J’avais eu du mal aussi à écrire mon billet, alors je peux te le dire ! C’est une auteure que je suis aussi depuis L’hibiscus pourpre, et sans avoir vraiment de coup de cœur, à chaque fois, j’ai envie de la relire. J’aime la variété des sujets qu’elle traite.

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    1. Merci : tu me fais très plaisir! (et je file voir ton billet du coup
      j’ai acheté son essai sur le féminisme quand j’étais à Londres et je lirai
      d’office son prochain

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    1. Alors que moi, je n’en attendais rien (je n’avais pas vu d’interview) et
      j’ai ét vraiment très agréablement surprise. Peut-être que tu laisseras
      tenter quand il sera en poche?

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  3. ah j’attendais ton billet!
    moi aussi j’ai beaucoup aimé ce livre,mais j’ai quand même eu des bémols: ‘à un moment j’en ai eu marre que tout soit toujours systématiquement ramené aux races…et j’ai trouvé Ifemelu plutôt méprisante… je ne sais pas si c’est le cas en anglais, mais en français j’ai trouvé que les billets de blog n’étaient pas très bien écrits…

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    1. Quand j’ai écouté ton avis et celui des Bibliomaniacs dans l’émission, je
      me suis dit justement que ça ne m’avait pas du tout choqué cette aspect du
      blog, alors je me demande si c’est une question de traduction ou si c’est
      moi qui ne suis pas trop regardante Après le caractère d’Ifemelu, c’est
      vrai qu’elle n’est pas facile et très insatisfaite et capricieuse, mais
      cela ne m’a pas gênée car le personnage est assez cohérent tout du long. Ça
      ne m’a pas choqué que tout soit ramené à la race car je crois qu’aux Etats
      Unis c’est vraiment comme ça, en fait. Une très bonne lecture pour moi en
      tout cas (mais je l’ai lu beaucoup plus doucement que toi

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  4. bin cela ne m’etonne pas…tout ce qui est au sud des states est mexicain avec tout ce qu’il y a de pejoratifs dans le therme…en tout cas oui tu donnes envie de lire…mais bon quand on vit dans un autre pays on laisse toujours un peu de nous partout….

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  5. Je suis en train de le lire et j’aime beaucoup. A vrai dire, il passe même avant tous les autres livres ou magazines que j’étais en train de lire avant le le commencer.

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  6. Je suis moins enthousiaste que toi mais je comprends ton coup de cœur. C’est un roman écrit en toute sincérité et sans esbroufe, même si j’ai eu beaucoup de mal avec cette fin très à l’eau de rose.

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    1. Oui, je n’ai pas évoqué la fin, mais j’ai trouvé aussi que c’était un peu
      too much, même si au fond, tous les deux sont faits pour être ensemble et
      c’est peut-être ce qui explique leur insatisfaction permanente
      Et dans une interview j’ai entendu que Ifemelu était assez proche d’elle,
      donc c’est sans doute un roman très personnel.

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    1. Ah c’est dommage! Peut-être que justement quand tu ne verras plus de
      billets tu en auras plus envie, quelque fois quand on voit trop un titre
      aimé par tous on n’est pas tenté…

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  7. Contente qu’il t’ait plu aussi. Je vois que nos avis sont proches. J’avais beaucoup aimé les billets du blog d’Ifemelu. Et comme je l’avais écrit dans mon billet, je sais exactement de quoi Ifemelu parle puisque je suis aussi noire aux Etats-Unis. (Je me demande aussi s’il est bien traduit.)

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    1. Je suis contente de partager cet avis avec toi et ton avis m’avait aussi
      permis de garder à l’esprit que c’était un constat juste (même si tu dis
      dans ton billet que tu n’étais peut-être pas exactement dans la même
      situation qu’Ifemelu.) Pour ce que je connais de l’histoire et de la
      recherche d’identité des femmes afro-américaines je pensais bien que
      c’était réaliste. Eva me disait qu’en français, elle avait été gênée par la
      qualité des billets de blog mais moi ça ne m’a pas du tout choquée alors je
      me demande si c’est à cause de la traduction? Depuis, j’ai acheté « We are
      all feminists » que je compte lire bientôt.

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      1. J’ai des doutes aussi. Sur un autre blog, j’ai eu une longue discussion à propos de la traduction de straighten (hair), qui serait se raidir les cheveux. Je n’ai jamais entendu de noires francophones utiliser ce terme, mais plutôt se défriser les cheveux. C’est un détail, mais il est significatif.

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    1. Je connais ça : les livres dans lesquels on n’arrive pas à entrer tout de
      suite mais qu’on sait qu’on va aimer il faut attendre un peu pour le
      reprendre au bon moment : patience

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  8. @Jackie Brown : Je ne suis pas directement concernée par les cheveux noirs mais je n’ai
    jamais entendu « raidit » non plus: plutôt les verbes défriser ou même
    lisser… Parfois des petites maladresses de traductions peuvent
    m’exasperer: je vais continuer à la lire en anglais 😃 J’aime vraiment
    avoir ton éclairage 😃

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