« Pas pleurer » de Lydie Salvayre (Lu par Marie Christine Letort)

Dans ce roman, entre fresque familiale et fresque historique, Lydie Salveyre nous emmène en Espagne dans les années 30 pour nous raconter l’histoire de sa famille mais aussi l’histoire d’un pays.

Le récit prend trois directions : de nos jours, les discussions entre la narratrice (l’auteur) et sa mère, Montse, atteinte d’Alzheimer,  qui utilise un français déformé teinté d’espagnol et d’inventions diverses (c’est à la fois drôle et touchant) et qui raconte le peu de souvenirs qu’elle a gardé de son passé. En fait, elle se souvient principalement de l’été qui a changé sa vie.

Puis, il y a le récit qui nous ramène au village où a grandi Montse, avec son frère José et les différents mouvements politiques qui se croisent, se déchirent, se combattent. On y découvre comment ont été vécues les différentes idéologies, que ce soit l’insurrection libertaire, le communiste ou le poids de la tradition… On y parle de choses du quotidien, de querelles de clochers et d’amour mais aussi de la guerre qui déchaine les passions en Espagne.

Enfin, en parallèle de ces « petites » histoires dans la « grande histoire », l’auteur évoque Bernanos et sa vision de la guerre et de l’Espagne a cette même période : l’horreur de la guerre civile prend tout son poids ici en rappelant les exactions subies à cette époque et surtout la place de l’église catholique. C’est extrêmement intéressant.

J’ai beaucoup aimé ce roman car il est à la fois historique (sur une période dont j’ignorais presque tout j’avoue !) et très humain car les « personnages », les personnes qui ont traversés la vie de Montse sont vraiment tous riches et touchants à leur manière. J’ai aussi aimé Monste, la femme âgée qui revient (ou pas) sur son passé. Il y a de belles scènes entre la mère et la fille et des scènes très vivantes avec la langue utilisée par la mère.

Je vous recommande vraiment la version audio. Marie-Christine Letort lit merveilleusement bien ce roman. Tout d’abord, elle parle très bien espagnol et comme il y a des passages en espagnol, ou des noms, c’est vraiment très agréable à entendre. Quand elle lit les passages où la narratrice est avec sa mère, elle rend très bien dans sa lecture le mélange de tendresse et d’exaspération que l’on peut imaginer et quand elle lit les passages concernant Bernanos, elle réussi parfaitement à couper ces passages du reste du récit plus « léger » et quotidien, en prenant un ton plus sérieux. C’est un parfait mélange qui rend cette lecture très vivante.

                     

Lu dans le cadre de la présélection du