La chambre des officiers : Marc Dugain (lu par Pierre Moquet)

« La guerre de 14, je ne l’ai pas connue. Je veux dire, la tranchée boueuse, l’humidité qui traverse les os, les gros rats noirs au pelage d’hiver qui se faufilent entre les détritus informes, les odeurs mélangées de tabac gris et d’excréments mal enterrés, avec, pour couvrir le tout, un ciel métallique uniforme qui se déverse à intervalles réguliers comme si Dieu n’en finissait plus de s’acharner sur le simple soldat.
C’est cette guerre-là que je n’ai pas connue. »

Le narrateur, Adrien Fournier, a été blessé dès son entrée dans la guerre. Il aurait pu  mourir mais il a survécu à ses blessures et c’est un miracle, même si quand il prend conscience de l’ampleur des dégâts, il ne voit pas du tout cela comme un miracle… Il n’est pas mort, certes, il n’a pas perdu de membres, mais c’est son visage qui a été arraché… Et même si la médecine fait des progrès énormes pendant cette terrible guerre, il vit les années qu’il va passer à l’hôpital du Val de Grace dans « la chambre des officiers », parmi d’autres officiers défigurés, comme un emprisonnement.

L’emprisonnement n’est pas que physique, dans cette chambre, il est aussi mental, puisqu’au début, il ne veut même pas que sa famille soit au courant. Et puis il y a la conscience que la société ne peut pas accepter des hommes comme lui. Il y est question de place dans la société, d’amour et d’amitié, de reconnaissance militaire et de l’oubli aussi.

Mais au fil du roman, et au fil des années, ces hommes vont au-delà de la souffrance et des humiliations vécues et ressenties et cela devient le récit d’amitiés fortes et sans faille, de courage et de volonté.

Ce roman est vraiment un livre à lire pour voir l’envers du décor, voir la guerre hors du front. C’est un roman très fort et très juste, sans pathos, avec des faits, durs à lire quand il s’agit des blessures mais aussi plein d’espoir. Une très bonne découverte.

Evidemment, je ne peux pas m’empêcher de penser à Otto Dix que mes élèves de 3ème étudient souvent pour l’Histoire des Arts (et qui est d’ailleurs évoqué dans le roman). Il y a un film qui a été tiré du roman mais je ne l’ai pas vu.

La lecture de ce roman par  Pierre Moquet était tout à fait adaptée au texte, j’avais vraiment l’impression d’entendre le narrateur me raconter son histoire.

 Les joueurs de skat de Otto Dix