Rencontre avec Carole Martinez

Samedi dernier, avec ma copine Mrs B, nous avons décidé de mettre de côté notre fatigue et nos soucis pour aller à la rencontre de Carole Martinez et nous avons eu bien raison car nos avons passé un excellent moment hors du temps !

Je vais tenter de vous transmettre ce qu’elle nous a dit, le plus fidèlement possible, et comme d’habitude ce n’est pas forcément linéaire.

Le merveilleux et la famille

Xavier Houssin (le journaliste du Monde des Livres qui organise avec sa femme ces rencontres littéraire dans la petite ville balnéaire de Carolles dans la Manche) a présenté l’auteur et fait remarquer que l’ambiance de sorcellerie, de fantômes qui parlent aux vivants et les visions qui aident à faire face allaient bien à l’écriture de Carole Martinez. Elle a répondu qu’il y avait chez elle un goût du fabuleux et de l’émerveillement qui lui venait de sa grand-mère. Elle ne s’en rendait pas compte avant qu’on lui en parle car c’était naturel. Sa grand-mère a toujours été à cheval entre le réel, le concret et toute une part de merveilleux et elle a été élevée dedans et cela lui paraissait naturel même si elle n’y croyait pas vraiment. Elle trouvait ça surtout très joli. Sa grand-mère soignait les brûlures avec des prières en espagnole qui se transmettaient de mères en filles.

« Le cœur cousu » est d’ailleurs l’histoire de son aïeule qui lui avait été racontée par sa grand-mère : une femme qui aurait été jouée et perdue au jeu par son mari et qui s’était sauvée d’Espagne en Algérie. Cette histoire familiale devenue une légende, un mélange de conte et de choses réelles, des contes et légendes se mêlant aux histoires familiales, est devenue une mythologie familiale.

Carole Martinez a eu envie de la raconter mais l’écriture de ce premier roman, c’était pour elle une façon de réparer l’histoire familiale qui lui paraissait bancale. Elle voulait  reprendre le pouvoir et ne pas toujours avoir à se méfier du désir des hommes car c’était une des conséquences de cette histoire familiale. Elle voulait rééquilibrer la relation entre les hommes et les femmes. Le choix de la couture dans « Le cœur cousu » était d’ailleurs lié à cette envie de « réparer » cette histoire.

Le merveilleux, c’est son univers. Elle aime cette pensée magique qui appartient à l’enfance.

La création

Carole Martinez a lu (et très bien d’ailleurs ! Xavier Houssin avait expliqué dans son introduction qu’elle avait fait du théâtre avant l’écriture et ça se sent) un extrait de la fin du « Coeur cousu » qui correspondait à ce qu’elle pensait être son projet d’écriture au début. Elle pensait enfermer Frascita Carasco dans une cuisine mais le roman n’a pas pris cette direction et c’est finalement dans le roman suivant qu’elle a enfermé Escarlmonde dans 5m² dans « Du domaine des murmures » . Et pourtant, cette femme qui est cloîtrée et immobile voyage par ses visions et par sa fenêtre, elle va avoir accès à son siècle par les pèlerins qui viennent à elle.

Carole Martinez a expliqué que quand elle a commencé à écrire son deuxième roman, elle voulait que ce soit une histoire de 7 femmes contemporaines, l’une entendant les voix des 6 autres, chacune ayant la parole pendant 50 pages. Mais l’écriture a pris le dessus et son personnage s’est transformé en Escarlmonde et elle avait tant à dire que le roman s’est centré sur elle.

Un paysage et un château imaginaire se sont imposés à elle. Elle voyait ce paysage et s’est créé un château qui était très clair dans son esprit. Et c’est ainsi que plutôt que d’avoir un roman avec 7 femmes, elle compte plutôt parler de 7 femmes différentes qui vont se succéder autour d’un même domaine.

Ses personnages prennent le dessus. Ses femmes qu’elle pensait être des petits êtres sont en fait comme des roseaux qui se révèlent être des femmes beaucoup plus fortes. Elles ressortent vainqueurs.

Elle explique qu’elle trouve cela compliqué de terminer un roman car elle n’a pas envie de quitter ses personnages. Alors, en ayant des personnages récurrents ou des lieux qui se répètent de livre en livre, cela permet de garder le lien, de savoir qu’on va les retrouver. Pour elle, c’est un « château récurrent » qu’elle a créé. Il y a aussi le personnage de la dame verte qu’elle a fait revenir entre « Du domaine des murmure » et « La terre qui penche » et comme elle est immortelle, elle sait qu’elle pourra la réutiliser dans d’autres siècles.

Ecriture

Quand Xavier Houssin lui a demandé ce qui l’a poussé à écrire, elle a répondu qu’elle a tout simplement beaucoup de plaisir à écrire. C’est très égoïste. Et puis, il y a aussi cette idée qu’elle peut embarquer des gens avec elle par l’écriture.

« Le cœur cousu » lui a pris 14 ans à écrire mais ce n’était pas du tout douloureux. Elle avait aussi plein d’autres choses dans sa vie. Elle estime qu’il n’y a pas que l’écriture : il y a la vie. Ce qui n’empêche que les moments d’écriture sont pour elle des moments de bonheur. Elle explique que le plus dur quand un livre prend des années à être écrit c’est le risque que le désir de l’écrire disparaisse et aussi le fait qu’entre le début de l’écriture et la fin elle n’était plus la même femme.

Carole Martinez raconte aussi que pour elle, ses échecs ont été des moteurs pour créer autre chose. Elle a donné l’exemple de son échec au CAPES qui lui a donné envie d’écrire un roman jeunesse qui l’a beaucoup amusé et qui a surtout été consolateur, comme une revanche. Son message c’est que l’échec est ce qu’on en fait et qu’il peut faire naître une réussite.

Les lecteurs

Concernant les lecteurs, Carole Martinez pense qu’il ne faut pas tout dire dans un roman car il faut laisser de la place au lecteur. Chaque lecteur dessine son roman : il y a plein d’histoires, pas une seule. C’est la force de la fiction, il y a la possibilité de laisser une liberté aux lecteurs d’interpréter le roman.

Quand quelqu’un lui a demandé si on pouvait lire ses trois romans dans le désordre, elle a répondu que cela ne posait pas de problème. Cela faisait se dérouler l’histoire globale différemment mais qu’elle aurait un sens. Elle a ajouté que quand elle entendait des lecteurs parler des ses romans elle ne les reconnaissait pas forcément car chaque lecteurs apporte sa perception personnelle à l‘histoire.

Les femmes

Elle a dit que pour elle, les femmes utilisent la poésie et l’imagination pour dépasser des choses difficiles car l’histoire des femmes à travers les siècles n’a jamais été facile.

Il y a eu une discussion sur les règles, qui est un sujet qui lui tient à cœur et qui montre de quelle manière les femmes étaient mises de côté à cause de leurs menstruations à une époque pas si éloignée et que cela les coupait du monde. Elle s’est d’ailleurs réjouie que le Sénat ait reconnu que les protections périodiques étaient des produits de première nécessité en adoptant une TVA moins élevée qu’avant.

Mon impression

Cette rencontre a été formidable ! Carole Martinez est une femme simple et abordable, naturelle. Très bavarde, c’est une vraie conteuse qui part d’une idée et qui dévie entre ses histoires de familles, les histoires de  ses personnages et de ses rencontres liées à l’écriture. Des anecdotes et des histoires détaillées toutes plus passionnantes les unes que les autres viennent émailler son propos. (Je n’ai pas pu tout retranscrire de la rencontre, mes mots n’auraient pas pu transmettre toute la saveur de sa façon si spontanée de se raconter !)

Elle est drôle, sympathique, vive. Ce fut un réel plaisir de l’écouter car elle est passionnante, jamais ennuyeuse : nous aurions pu rester bien plus longtemps avec elle!

Dédicace

Au moment d’aller faire dédicacer nos livres, Mrs B a dit à Carole Martinez qu’elle avait déjà lu le livre qu’elle lui faisait signer car je lui avais prêté et je lui ai raconté que j’avais beaucoup prêté ses 3 romans. Je lui ai raconté que j’avais lu « Le cœur cousu » tout en allaitant mon fils, la nuit, en tenant le roman d’une main et que j’avais eu un coup de cœur. (L’anecdote l’a amusée 😉 Mrs B a acheté le roman jeunesse pour son fils et elle a écrit une très jolie dédicace très personnelle pour lui.

Je lui ai donné ma carte de visite du blog et je lui ai dit que j’avais adoré l’écouter et qu’elle était telle que je me l’imaginais, c’est-à-dire quelqu’un de bienveillant envers ses personnages, car on sentait qu’elle les aimait et que même si elle les faisait souffrir, on sentait qu’elle leur voulait du bien.

Nous avons discuté et plaisanté, elle a fait de vraies dédicaces personnalisées et gentilles et je crois que c’est une des plus jolies rencontres littéraires que j’ai faites !

Je vous conseille vraiment d’aller la voir si elle passe dans une librairie près de chez vous car elle est très vivante et très intéressante. Par contre, ne prévoyez pas de prendre un train juste après car elle a beaucoup de choses à dire (pour notre plus grand plaisir : nous aurions té prêtes à aller manger avec elle et poursuivre la discussion !) D’ailleurs Aifelle, qui l’avait vue la veille, m’avait prévenu et m’avait chargée de lui demander si elle avait eu son train car elle était partie en courant de la librairie (oui, elle l’a eu mais uniquement parce que le train avait quelques minutes de retard 😉

Avec Mrs B, nous sommes sorties de cette rencontre avec le sourire !


Commentaires laissés sur canalblog à l’époque :
  • Très intéressant, tu as de la chance. Moi j’ai vu Delphine de Vigan vendredi, mais il y avait trop de monde, c’était l’enfer, donc je n’ai pas eu de dédicace…
Posté par L’Irrégulière, samedi 19 décembre 2015
  • C’était vraiment chouette car elle avait du temps à nous consacrer et visiblement une vraie envie d’échanger! Une vraie belle rencontre! Je te souhaite de la rencontrer un jour aussi!
Posté par ennapapillon, samedi 19 décembre 2015
  • Merci Enna pour ce compte-rendu très intéressant ! Et qui donne très envie de lire les romans de Carole Martinez ! Passe un bon weekend.
Posté par PatiVore, samedi 19 décembre 2015
  • Je suis contente que ça t’ai plu! Je te conseille ses romans et si tu as l’occasion de la voir, elle vaut la rencontre aussi! Bon weekend à toi aussi!
Posté par ennapapillon, samedi 19 décembre 2015
  • et bin oui tout un compte-rendu….ouaaaahhh vraiment toute une femme…cela donne envie de la connaitre vraiment…
Posté par rachel, samedi 19 décembre 2015
  • C’est une femme vraiment agréable à entendre!
Posté par ennapapillon, samedi 19 décembre 2015
  • Depuis que j’ai lu ses romans (les trois à la suite), ce serait un plus de la rencontrer ! Merci pour ce beau compte-rendu qui la rend encore plus accessible que je ne le pensais !
Posté par Asphodèle, samedi 19 décembre 2015
  • Je pense que tu aurais beaucoup de plaisir à la rencontrer car elle a tellement de choses à dire et je n’ai pas raconté la moitié des anecdotes ou déviations qu’elle a raconté autour des romans je te souhaite de pouvoir la voir!
Posté par ennapapillon, dimanche 20 décembre 2015
  • Il était moins une également lors de son passage dans ma librairie. On a dû finir notre verre de vin très très vite J’adore cette femme. Elle est merveilleuse à écouter.
Posté par Valou, samedi 19 décembre 2015
  • oh oui (nous au moins au savait qu’elle restait là car il n’y avait pas de train je serai même prête à la revoir (j’aimerai vraiment pouvoir la contacter pour lui proposer une rencontre dans ma librairie (enfin, chez mes libraires
Posté par ennapapillon, dimanche 20 décembre 2015
  • Les rencontres avec les auteurs sont souvent de bons moments dans la vie d’un lecteur. Celle ci ne semble pas faire exception !
Posté par Saxaoul, samedi 19 décembre 2015
  • Je retrouve complètement l’ambiance de la rencontre de Rouen, c’est une des auteures les plus vivantes que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Et elle ne ménage pas son temps, on sent qu’elle est heureuse aussi de parler de ses livres, elle ne se la « pète » pas du tout.
Posté par aifelle1, dimanche 20 décembre 2015
  • je suis contente que tu me dises que j’ai réussi à rendre l’ambiance car j’ai eu tellement de plaisir à l’écouter (et je laisse la primeur de beaucoup de petites histoires qu’elle raconte avec tant d’enthousiasme.
Posté par ennapapillon, dimanche 20 décembre 2015
  • Je suis triste car elle est venue chez nous, à la médiathèque et… j’avais une réunion parents-profs ce soir là !!! ARGH. Donc d’autant plus : merci pour ce beau compte rendu qui me fait encore plus regretter !
Posté par Sandrion, lundi 21 décembre 2015
  • oh, je suis désolée de te faire encore plus regretter : mais je suis contente que ça t’ait quand même intéressé. J’espère sincèrement que tu auras l’occasion de la rencontrer un jour!
Posté par ennapapillon, lundi 21 décembre 2015

10 commentaires sur « Rencontre avec Carole Martinez »

  1. C’était vraiment chouette car elle avait du temps à nous consacrer et
    visiblement une vraie envie d’échanger! Une vraie belle rencontre! Je te
    souhaite de la rencontrer un jour aussi!
    Le 19 décembre 2015 à 09:43, L’Irrégulière a écrit
    :

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  2. Il était moins une également lors de son passage dans ma librairie. On a dû finir notre verre de vin très très vite J’adore cette femme. Elle est merveilleuse à écouter.

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  3. Je retrouve complètement l’ambiance de la rencontre de Rouen, c’est une des auteures les plus vivantes que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Et elle ne ménage pas son temps, on sent qu’elle est heureuse aussi de parler de ses livres, elle ne se la « pète » pas du tout.

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  4. Je suis triste car elle est venue chez nous, à la médiathèque et… j’avais une réunion parents-profs ce soir là !!! ARGH. Donc d’autant plus : merci pour ce beau compte rendu qui me fait encore plus regretter !

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