Rencontre avec Gudmundur Andri Thorsson

Samedi 19 novembre, à l’occasion du Festival Nordique Les Boréales, l’auteur islandais Gudmundur Andri Thorsson est venu chez moi, à la librairie Le Détour et je n’ai pas résisté à l’envie de découvrir cet auteur que je ne connaissais pas du tout !

 

L’homme

Fanny, ma libraire débute la rencontre en demandant à Gudmundur Andri Thorsson de nous parler de lui. Il commence par dire qu’elle a très bien prononcé son nom 😉 puis il confirme que « La valse de Valéyri » n’est pas son premier roman (« J’ai 58 ans. Je crois que j’en ai écrit 8. »). Son premier roman date de 1988 et s’intitule « Ma joyeuse angoisse ». Il nous raconte que sa mère était journaliste à la radio et son père écrivain : « Elle donnait les informations et lui, il les créait. Elle disait toujours la vérité, lui ne la disait jamais et moi je suis un mélange des deux. Je dis quelques fois la vérité mais pas toujours et je ne suis pas sûr de quand c’est le cas ! »

Il explique que l’Islande est un petit pays avec peu d’habitants ce qui « oblige » les habitants à être multiples. Lui-même est ou a été journaliste, critique, rédacteur dans une maison d’édition, créateur d’émissions de radio et écrivain. « Et aussi guitariste et chanteur dans un mauvais groupe. En plus, je suis marié et j’ai deux enfants. J’habite tout près de la résidence présidentielle -ça sonne mieux que ça ne l’est… ça y est… je commence à broder ! »

 

L’auteur

Ses livres n’ont pas beaucoup été traduits -celui-ci est le premier traduit en français. Quelques-uns ont été traduits en allemand. Quand ce roman est sorti, il s’était fait à l’idée que les étrangers ne s’intéressaient pas à ses livres et donc « que les étrangers ne s’intéressaient pas à la littérature ».

Il raconte que son père est mort au moment de l’écriture de ce roman et qu’il a beaucoup pensé à lui en l’écrivant. Il est persuadé que son père a veillé sur lui et qu’où qu’il soit, il y est pour quelque chose si ce livre marche à l’étranger car c’est ce qu’il voulait pour lui. « C’est la seule explication que je vois pour qu’il soit traduit et qu’il ait eu un prix littéraire ! »

Fanny lui a demandé s’il avait toujours vécu à Reykjavik et il a expliqué qu’en Islande, tous les ados et lycéens travaillent quelque part dans le pays pour savoir d’où ils viennent, comment les Islandais vivaient avant et vivent maintenant. « C’est aussi pour nous rendre plus solides, gagner des muscles et gagner un peu d’argent ! »

Lui-même a été dans trois villages différents et a travaillé dans le poisson. Il a fait la connaissance de plein de gens et vu plein de choses, certaines belles, d’autres moins. Il s’est rendu compte que pendant qu’il travaillait, sa tête se remplissaient de gens.

Dans ce roman, il y a des gens qu’il a rencontrés, des choses qu’il a vues et d’autres qu’il a inventées. Il avait envie de raconter l’Islande qui n’existe nulle part ailleurs qu’en Islande. Il explique qu’au moment où il a écrit ce roman, c’était la grande crise économique en Islande et il avait envie de créer quelque chose de beau pour les Islandais pour qu’ils réalisent comme « la vie est belle quand le soleil brille toute la journée et qu’on boit de l’aquavit de pissenlit en écoutant de la musique. »

En tant qu’écrivain, tout d’un coup, il a une histoire dans la tête et ensuite son rôle c’est de dégager cette histoire pour écrire.

 

« La Valse de Valeyri »

L’histoire de « La valse de Valeyri » se passe dans un petit village islandais le 24 juin. Les habitants du village sont liés à une chorale et 16 personnages nous parlent de leurs vies dans le village. Contrairement à ce qu’on imagine de la littérature islandaise, le roman ne montre pas une vie rude et difficile. Ici on est dans la vie, autour du village.

Dans le village, il y a une vieille histoire enterrée qui monte comme une brume qui lui donne une couleur. « C’est toujours comme ça dans tous les villages mais la vérité n’apparaît jamais vraiment. C’est comme une énigme qui n’est jamais résolue car il n’y a pas Erlendur dans tous les villages ! » (Spéciale dédicace à Cryssilda et Aifelle…)

Dans le village qu’il a imaginé, il y a environ 1000 habitants et au début il avait prévu d’écrire sur tout le monde. Ils étaient tous dans sa tête mais ça lui aurait pris 20 ans et il a donc fait des choix.

Pour finir sur le roman, il nous dit que pour lui ce n’est pas un roman ni un recueil de nouvelles mais un peu des deux. Une histoire qui se termine dans une autres, des éléments d’une histoire que l’on retrouve dans une autre. Tout se passe en même temps. « C’est comme quand on tricote ou qu’on brode, c’est un enchevêtrement. La prochaine fois ça sera 32 personnages. J’ai envie de faire une sorte de tapisserie de Bayeux ! »

 

La musique

Dans ce village, il voulait faire ressortir l’harmonie qui est importante en Islande, notamment par la chorale qui est un point commun aux personnages du roman. D’ailleurs en Islande, il y a énormément de chorales et même des chorales de différents corps de métiers comme « la chorale de la police qui chante en uniforme des chansons douces et mièvres. C’est très mignon ! »

Il avait envie de parler de ce qui était harmonieux et agréable mais aussi de ce qui est dans l’ombre. Il raconte des choses tristes aussi mais qui s’inscrivent dans le rythme. La musique colore un peu le récit car il trouve que la musique est l’art le plus important.

 

L’Islande et les Islandais

Il parle de la mélancolie propre aux Islandais. Il donne un mot islandais pour « mélancolie » qui ne peut pas être traduit mais qui se décompose en deux mots : tristesse et douceur/sécurité. « C’est un beau sentiment. Les Islandais ne se sentent jamais aussi bien que quand ils se sentent mal. »

L’auteur explique que le 24 juin a une signification spéciale en Islande. C’est la Saint Jean, la journée la plus longue et il raconte qu’il y a tout un folklore autour de ce jour. « Beaucoup de gens croient qu’il faut se rouler nus dans la rosée et cette nuit, les vaches parlent et elles disent beaucoup de mal des hommes. Les elfes, les trolls et les fantômes se mettent en mouvement. » Il ajoute que personnellement, il ne croit pas aux elfes et aux fantômes mais qu’ils font partie de la réalité islandaise et « les gens peuvent raconter qu’ils ont vu un elfe ou un fantôme sans qu’on les enferme pour autant ! »

 

La langue

Autrefois, l’islandais était une langue du monde. Le suédois, le danois et le norvégien ont subi beaucoup d’influences du français et de l’allemand « parce que ça faisait chic » mais l’islandais a été oublié et les Islandais avec.

Les Islandais sont très conscients de la nécessité de préserver cette langue qui leur a été confiée. Pendant tout le 20ème siècle, ils ont créé des mots islandais pour toutes les inventions technologiques. « Peut-être que c’est le destin de l’islandais de se perdre parce que toutes les langues doivent être utilisées quotidiennement mais si l’islandais disparait, c’est tout un monde qui disparaît. Il faut comprendre que ce serait tout un héritage culturel qui disparaitrait. »

 

 

Je ne connaissais pas l’auteur mais j’ai trouvé que c’était un homme qui sous des dehors timides est en réalité un grand bavard avec beaucoup d’humour pince sans rire – nous avons souvent ri pendant cette rencontre- et j’ai essayé de garder cet esprit en faisant quelques citations. Il avait le sourire et l’œil pétillants!

Merci et bravo à sa traductrice (quel travail !) qui nous a permis de vivre cet échange.

Mais surtout un grand merci à Fanny et Raphaël de la librairie Le Détour qui fêtaient leurs 6 ans ce soir-là ! Bravo à eux pour leur enthousiasme et leurs bons conseils. C’est vraiment agréable d’avoir des libraires si sympathiques et une librairie où on se sent chez soi !

 

Le festival des Boréales a aussi été à mon programme du samedi matin mais indirectement! En effet, grâce à la rencontre avec Arnaldur Indridasson organisée à Caen ce jour là, j’ai eu l’occasion de revoir Aifelle et de rencontrer Cryssilda qui venaient toutes les deux (de deux destinations différentes) pour rencontrer l’auteur islandais! Et nous en avons profiter pour bavarder de tout et de rien pendant toute la matinée! Et ça a été un réel plaisir!!

 

Je précise juste qu’Aifelle est floutée à sa demande 😉 Vous remarquerez d’ailleurs qu’elle sourit sous le floutage 😉

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