« Haytham une jeunesse syrienne » de Nicolas Hénin et Kyungeun Park

 

Chez Dargaud : « À Deraa, en Syrie, Haytham est le fils d’un des leaders de la jeune révolution. À 14 ans, il est sur les premières barricades, mais bientôt il doit fuir. Il arrive en France, un pays dont il ne parle pas la langue. Quatre ans plus tard, après une mention bien au bac, le jeune réfugié est devenu un élève de maths sup. Cette histoire vraie, à la fois tragique et porteuse d’espoir, est racontée par Nicolas Hénin, grand reporter et spécialiste de la Syrie qui fut pendant près d’un an otage de Daesh, et mise en images par le dessinateur de Yallah Bye. Haytham a activement participé à l’écriture du scénario, donnant à ce récit passionnant toute sa vérité. »

 

(4ème de couverture)

J’ai trouvé cet album très intéressant : j’ai appris beaucoup de choses sur les conflits en Syrie (oui, n’ayons pas peur des mots, je ne suis pas une as de la géopolitique et je ne comprends pas toujours très bien ce qui se passe dans le monde) et surtout c’est une situation vue par le regarde de l’enfant qui participe activement et qui est impliqué par son père dans les conflits. On est au cœur de la crise syrienne, on vit ce que les gens ordinaires vivent et on constate ce qu’il en est d’avoir des opinions divergentes…

Et puis il y a la vie en France pour Haytham, la découverte d’un nouveau mode de vie et surtout l’apprentissage d’une nouvelle langue et la reconnaissance de ce jeune pour ceux qui savent lui ouvrir les bras (même s’il y a aussi la bureaucratie kafkaïenne…)

C’est donc un message d’information sur un conflit, d’explication sur la raison de la venue de tant de Syriens et aussi un beau message d’amour pour un pays d’accueil et d’espoir pour l’avenir…

 

 

Et voici une vidéo de l’UNICEF qui me tire les larmes car en lisant cette BD, je ne pouvais que penser aux enfants qui sont au coeur des conflits sans y être pour quoi que ce soit … 

       BD de la semaine saumon chez Mo

« Petit pays » de Gaël Faye (lu par l’auteur)

J’ai vu passer beaucoup de billets sur « Petit pays » mais je les ai lus en diagonale quand j’ai compris que c’était un coup de cœur pour tant de lecteurs car je savais que je le lirais et je ne voulais pas être influencée ! Je ne savais pas grand-chose donc sur l’histoire à part que ça se passait au Burundi et qu’il y était question des conflits entre Tutsis et Hutus. Alors quand j’ai vu qu’Audiolib avait sorti une version lue par l’auteur j’ai sauté sur l’occasion.

Cette histoire est une histoire d’enfance. Le personnage principal, Gaby, revient sur ses jeunes années au Burundi où il vivait avec sa sœur, sa mère rwandaise exilée après des massacres ethniques dans les années 60 et son père français.

Ils vivent une vie plutôt simple et agréable, même si ses parents se séparent. La part la plus importante de la vie de Gaby c’estt sa bande de copains de l’impasse. Il y a un petit côté « Marcel Pagnol en Afrique » : Gaby et ses copains font les 400 coups, des bêtises, des aventures et des intérêts d’enfants de 10 ans…

Le lecteur voit en filigrane les problèmes plus larges qui se dessinent -politiques et sociaux- mais les enfants ne les ressentent pas vraiment. On est dans le sous-entendu et cela rend très bien une vision enfantine de la vie sans pour autant nier, pour le lecteur, les particularités de ce pays et de la vie aisée de ces jeunes au milieu d’un monde qui vacille.

Et puis presque du jour au lendemain, les choses basculent : coups d’états et violences raciales (entre les Tustis et les Hutus) et les massacres au Rwanda racontés par la mère de Gaby nous basculent dans l’horreur. Ce passage est poignant même s’il est raconté d’une façon presque neutre par cette femme brisée par ce qu’elle a vu et vécu. Là encore, j’ai aimé que l’auteur ne mette pas de pathos artificiel dans la bouche de cette femme qui raconte cela presque dans un état second. Cela ne m’a pas empêché d’être très émue.

J’ai beaucoup aimé ce roman. J’ai aimé le ton, la voix que l’auteur a choisi de donner. J’ai aimé qu’il dise les choses sans forcément les dire, en installant cette vie ordinaire et heureuse pour la balayer encore plus fort quand tout bascule. J’ai aimé qu’il mette en lumière son « petit pays » et les variétés de gens qui y vivent.

J’ai aimé la plume de l’auteur, la poésie qu’il y glisse (j’ai particulièrement en tête deux lettres : celle qu’il écrit à son cousin mort qui a failli me faire pleurer en conduisant et celle à sa correspondante française après les massacres… Quelles belles lettres poignantes !)

J’avais 20 ans au moment des massacres au Rwanda et j’étais étudiante en Irlande et je suis passée complétement à côté, j’en ai honte maintenant…

C’est donc Gaël Faye qui lit la version audio et il arrive à mettre de l’entrain quand il s’agit de parler des aventures d’enfance et beaucoup de gravité dans les parties dramatiques.

J’ai beaucoup aimé les intermèdes musicaux entre chaque chapitre (par Samuel Kamanzi) et comme souvent j’ai trouvé l’entretien avec l’auteur vraiment intéressant ! J’aimerai beaucoup l’entendre parler plus longuement et pourquoi pas chanter !

Regardez cette vidéo, très bon complément à cette lecture : 

 

 (cliquez)

 2016

Les avis de Aproposdelivres, Estelle, Les lectures de Lily, Meuraïe,   PascalSandrineSylire  (les autres jurés du prix Audiolib)