Jeudi 12 avril j’ai eu la chance d’assister à une rencontre avec Pete Fromm organisée par la librairie Le Détour à Granville, dans le bar juste en face! Je ne connaissais l’auteur que de nom mais l’idée de rencontrer un auteur américain était vraiment intéressante et je n’ai pas regretté c’était passionnant! C’est Raphaël, le libraire, qui a mené l’entretien.

« First, I was born… »

Pour répondre à la question sur l’influence de sa vie sur son oeuvre, Pete Fromm, commence à dire qu’il est né 😉  puis a grandi dans une grande ville du centre des Etats-Unis, il aimait ses parents jusqu’à ce qu’il devienne ado puis il a voulu partir et a choisi une destination à 3000 km pour faire ses études.

« Wildlife biology » sounded like « playing outside »

Il a choisi des études de biologie animale. A la même époque, il lisait beaucoup d’histoires de montagne et il a trouvé un travail où il pouvait vivre dans la nature sauvage pendant 7 mois et cela lui a paru très bien. Puis lorsque les gardes forestiers qui l’ont accompagné sont repartis, il s’est retrouvé seul et s’est alors demandé ce qu’il faisait là! Le roman « Indian Creek » est basé sur son expérience.  « Je ne veux pas gâcher la fin de l’histoire mais … je ne suis pas mort! »

La découverte de l’écriture

Après avoir passé autant de temps seul, il ne supportait plus l’université et le fait de devoir suivre des règles et pour valider son année, il a choisi un cours qui lui paraissait facile : « Creative writing » (écriture littéraire). Cela ne l’intéressait pas du tout mais c’était « créatif ». Le prof était un homme atypique, assez bourru, qui est arrivé en retard au premier cours et a décidé de ne pas faire cours ce jour-là et c’est ainsi qu’il s’est dit qu’il avait vraiment bien choisi!

Pour ce cours, il fallait écrire une nouvelle. Il nous explique que ce qu’il réussissait le mieux à l’école c’était rêvasser (« daydreaming ») et que quand il a écrit sa nouvelle, c’était comme une longue rêverie et après cette histoire, il a trouvé ce qu’il voulait faire. Ce prof était le seul écrivain qu’il ait jamais rencontré et quand ce dernier lui a dit qu’il pouvait vivre de l’écriture, cela ne lui paraissait pas une bonne idée en se basant sur l’image qu’il lui donnait.

Il est donc devenu « park ranger », ce qui consistait à descendre en raft la Snake River pour être prêt à faire des sauvetages mais il ne pouvait pas oublier ce que c’était d’écrire alors il se levait plus tôt le matin pour écrire avant son travail et lors des périodes d’hiver quand il ne travaillait pas et qu’il rejoignait sa petite amie (aujourd’hui sa femme, qui était d’ailleurs présente avec lui ce jour-là), il écrivait 5 heures par jour pendant qu’elle travaillait.

Quand il retournait  travailler, il se levait de plus en plus tôt pour écrire et il écrivait de plus en plus souvent et après 7 ans, il s’est rendu compte que l’écriture prenait toute sa vie alors il a arrêté pour se consacrer à cela. Il avait vendu une nouvelle et il avait été payé par deux exemplaires du magazine et il s’est dit qu’il était donc devenu un auteur professionnel.

« In Montana, nature is not a character that stays in the background. »

« Writing advice : write what you know ». Pour suivre le conseil d’écriture comme quoi il faut écrire des choses que l’on connait, il raconte que ce qu’il connaissait c’était la montagne, la nature et c’était aussi ce qui le rendait heureux depuis toujours. Et il ajoute que dans le Montana, la nature n’est pas un personnage que l’on peut laisser en arrière plan.

« Mon désir le plus ardent »

Il nous a raconté la genèse de son dernier roman qui a commencé sa vie sous forme d’une nouvelle dans laquelle il raconte le mariage et le début de la vie d’un jeune couple. Des années plus tard, il a repensé à ce couple si jeune et innocent en se demandant ce qui leur était arrivé et 8 ans après, il s’est remis à écrire leur histoire mais en leur ajoutant des épreuves pour voir comment ils allaient évoluer car pour lui, une histoire d’amour parfaite, c’est vraiment ennuyeux.

Ils vivaient au bord d’une rivière mais comme dans beaucoup d’endroits, les lieux les plus beaux attirent les gens riches ce qui oblige les gens plus modestes à bouger, donc ils doivent refaire leur vie ailleurs. Après une longue attente, il a fini par leur « accorder » un enfant mais la femme a ensuite été diagnostiquée avec la sclérose en plaque. Et à partir de là, il essayait de voir comment les personnages allaient réagir. Toujours dans l’esprit « So what? » : on continue!

Ecriture

Il ne faut pas l’imaginer comme un intellectuel qui se plonge dans une réflexion profonde pour écrire. Pour lui, écrire c’est comme aller au cinéma. Il se lève tôt et il regarde ce qu’il peut raconter sur les gens qu’il observe. Quand l’écriture se passe bien, ses personnages font des choses auxquelles il ne s’attendait pas. Ils vivent leur vie.

Pour parler de la construction de ce roman, il explique que du fait que l’histoire se déroule sur 30 ans, il n’était pas possible de rester chronologique car cela aurait été trop long. Il explique que quand on raconte des histoires qui se passent dans la nature on parle toujours des choses qui se passent mal, pas des choses ordinaires qui se passent bien. Dans son roman, il  prend le parti d’avancer sans raconter tous les événements car il estime que le lecteur peut remplir les blancs, qu’il est capable d’utiliser son imagination entre les scènes plus fortes.

« Always assume your reader is at least as smart as you are. Trust your reader to follow you. » (Partez toujours du principe que votre lecteur est au moins aussi intelligent que vous. Faites confiance à votre lecteur pour qu’il vous suive)

« Show people what’s happening, don’t tell them. The story must show emotions, not tell the readers what they must fell. » Il préfère faire ressentir les choses à son lecteur plutôt que de lui dire ce qu’il doit ressentir. Il veut mettre le lecteur là où lui se trouve et lui faire ressentir ce que lui ressent. Il estime que s’il dit au lecteur quoi penser, c’est moins fort que de le lui faire ressentir. Le « nature writing » est souvent un genre qui peut donner envie aux  auteurs de dire ce qu’ils pensent mais lui préfère mettre le lecteur dans les lieux et les laisser penser.

Quand quelqu’un lui demande si son expérience à Indian Creek a fait de lui un écrivain, il répond que ça a certainement été un bon entraînement car l’écriture est quelque chose de très solitaire. Il explique que quand on est seul tout le temps, on rêve beaucoup et il n’y a rien qui interrompt l’imagination.

Il raconte aussi qu’il a beaucoup fait d’auto stop et qu’il se réinventait à chaque fois. Si la personne avait l’air sympathique, il disait qu’il allait loin. Quand on lui demandait où il allait et pourquoi il voyageait, au lieu de répondre les vraies raisons sans intérêt, il inventait des réponses et c’était aussi un bon entraînement pour l’écriture.

Lecture

Quand il était petit, son père lisait des histoires à ses trois fils jusqu’à un âge très avancé et cela s’est arrêté quand le lit est devenu trop petit pour qu’ils y soient tous les 4! (Il dit même « up to  an emabrassing age », un âge un peu gênant, vers ses 15 ans.). Il leur lisait des classiques comme Conan Doyle, Kipling, Jules Verne, Stevenson. Pete Fromm raconte qu’il adorait lire et les histoires jusqu’à ce qu’il aille à l’école chez les bonnes soeurs qu’il l’ont dégoûté de la lecture. Quand il est allé à Indian Creek, son père lui a envoyé sa bibliothèque dans des caisses et c’était sa seule distraction. Et il a énormément lu et ne s’est plus jamais arrêté.

« You can’t be a writer if you are not a reader ». Pour lui, être un lecteur est essentiel pour être un écrivain. Il dit que quand il lit, il observe ce que les autres écrivent et peut se dire qu’il veut faire certaines choses ou au contraire qu’il ne veut pas en faire d’autres. Tout ce qu’il lit l’influence. Il évoque en particulier Marc Twain avec lequel il a apprit que l’on pouvait écrire des choses noires avec de l’humour.

Poésie

A la question de la place de la poésie pour lui, il répond qu’il est influencé mais qu’il ne peut pas en écrire. En écoutant des poètes, il a appris beaucoup sur la langue, comment réduire la langue pour exprimer de grandes émotions. Mais la poésie lui donne envie de « regonfler » le texte pour le transformer en romans.

Conclusion

Il nous a remercié de notre présence, s’étonnant de faire une rencontre littéraire dans un bar en face d’une librairie, quelque chose qui lui plait beaucoup! Il a relevé le fait qu’il y ait eu des questionnements autour de l’écriture et de la poésie et il a dit qu’aux Etats-Unis, les rangs se seraient sans doute dépeuplés petit à petit avec ce genre de discussions dans un bar 😉

Mon avis sur cette rencontre

Comme je vous le disais au début, je ne connaissais pas Pete Fromm et j’ai beaucoup apprécié cette rencontre. C’est un homme charmant, souriant, drôle et intéressant. Il sait écouter et se raconter avec simplicité et modestie. C’est un homme qui semble être resté simple. J’ai acheté « Indian Creek » avant la rencontre car quand j’ai dit à Fanny, ma libraire, que le côté « Nature writing » me faisait un peu peur, elle m’a répondu que c’était pareil pour elle et qu’en fait elle avait beaucoup aimé. Après l’avoir entendu lors de cette rencontre, je suis contente d’en savoir plus! Ma copine, Mrs B, avec qui j’ai partagé ce moment, a acheté « Lucy in the sky », on se les prêtera!

Nous avons fait dédicacer nos livres. On lui a dit qu’on n’avait encore rien lu de lui mais qu’on avait beaucoup apprécié cette rencontre et il avait l’air agréablement surpris que l’on vienne voir un auteur qu’on ne connait pas.

Merci encore mille fois à Fanny et Raphaël de la librairie Le Détour qui savent faire vivre la littérature!

11 commentaires sur « Rencontre avec Pete Fromm »

  1. Je l’ai rencontré à un festival America et l’ai trouvé très sympathique. Je lui a fait dédicacer Indien Creek dont j’ai adoré la lecture, ainsi que celui qu’il a écrit 20 ans plus tard, sur le même thème.

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  2. ooohhh tu donnes envie de le lire…il nous donne envie de le lire…vraiment tout un auteur comme on les aime et qu’on voudrait soutenir vraiment (euh l’avant derniere photo n’est pas la)….en tout cas belle ambiance…peut-etre le bar et une bonne biere ont aide….;)

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  3. L’ambiance semblait intimiste, ce qui est toujours mieux pour que l’auteur « se laisse aller » à des confidences et pour que les auditeurs oublient le côté « promotionnel » qu’ont parfois ce genre de rencontres.

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    1. Les rencontres de ma libraire se passent toujours dans le petit bar en face et c’est toujours intimiste (par la taille du lieu 😉) on est vraiment proche de l’auteur.

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  4. J’ai aussi vu Pete Fromm au Festival America et j’ai adoré Indian Creek, le seul que j’ai lu jusque là. Hier j’ai entendu Craig Johnson à Bruxelles et il m’a fait la même impression : simple, souriant, plein d’humour, les pieds sur terre… Ils adorent venir en Europe, ces écrivains américains, chez eux il n’y a pas ou peu de rencontres avec les lecteurs – dans un bar ou une librairie 😉

    Aimé par 1 personne

    1. C’est l’impression qu’il m’a donné en effet! J’ai l’impression qu’aux États-Unis ce sont surtout des séances de dédicaces et moins.des rencontres et échanges comme en France!

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