Grâce au Festival Les Boréales (cliquez sur l’affiche pour en savoir plus), j’ai eu la chance de rencontrer l’auteure islandaise, Yrsa Sigurðardóttir, avec deux copines, à la bibliothèque d’une ville tout près de chez moi.

  • Yrsa Sigurðardóttir, l’auteure

Yrsa Sigurðardóttir est ingénieure, dans le bâtiment à l’origine, en parallèle d’être écrivain. Actuellement, il y a 5 romans d’elle traduits en français. « ADN » est le premier d’une série. Elle a écrit plusieurs romans jeunesse qui ne sont pas traduits en français.

Elle a toujours été une grande lectrice c’est ainsi qu’elle est entrée dans l’écriture. Elle s’est mise à écrire pour que les enfants se mettent à la place des autres, pas devant des films ou des jeux vidéos. Elle était frappée par le fait que son jeune fils ne lisait pas du tout et quand elle a regardé les livres pour enfants disponibles à l’époque, elle s’est rendue compte qu’ils étaient très ennuyeux et comportaient tous d’une leçon de vie qu’on devait inculquer aux enfants. Elle a essayé de faire des histoires divertissantes avec de l’humour. Après avoir écrit 5 livres pour enfants, elle a gagné un prix jeunesse en Islande mais elle n’était pas satisfaite de ce livre, si bien qu’elle a décidé d’arrêter d’écrire. Pendant 2 ans, elle n’a pas écrit puis elle a eu à nouveau envie de s’y remettre mais pour les adultes et quand elle a réfléchi à quel genre d’histoires elle voulait écrire, c’était évident pour elle que c’était le genre de livres qu’elle voulait lire elle-même. Elle s’est donc mise à écrire des polars et c’est ce qu’elle fait depuis.

  • « ADN » (pour lire mon avis sur le roman : cliquez ici)

En Islande le nom de famille n’a pas d’importance et sur la couverture islandaise du roman « ADN », le sien est même complètement caché par un scotch. Dans ce roman, les personnages n’ont que des prénoms et quand les traducteurs lui ont demandé leurs noms de famille et il a fallu qu’elle les invente et elle ne s’en souvient d’ailleurs plus et doit les rechercher dans ses notes quand elle veut les réutiliser.

« ADN » est le 10ème livre qu’elle a écrit et elle a enfin obtenu de son éditeur qu’elle puisse le dédicacer à son chien et celui qui suit est dédicacé à son chien et à son chat!

Le deuxième roman de la série commencée avec ADN va bientôt sortir en France (elle nous a d’ailleurs dit au moment de la dédicace qu’elle allait voir son éditeur français le lendemain). Il y a 5 romans déjà écrits dans cette série et en parallèle elle a écrit trois romans qui sont indépendants. Elle pense qu’il y aura un 6ème titre dans cette série mais qu’elle n’ira pas au-delà car elle est arrivée au bout.

Elle nous explique que c’est difficile, quand on choisit des personnages qui évoluent, qui changent, de les faire continuer sans fin. Si on a des personnages qui n’évoluent pas, comme Hercule Poirot, on peut continuer sans fin. Elle ajoute qu’elle ne juge pas que l’un ou l’autre soit meilleur mais elle arrive à un point où elle ne peut plus faire évoluer ses personnages, elle ne peut plus continuer avec eux.

Écrire trois romans indépendants était très intéressant pour elle car elle pouvait faire ce qu’elle voulait avec les personnages comme ils ne revenaient pas, elle pouvait tous les tuer si elle voulait.

Après, elle fera quelque chose de différent, peut-être scientifique, post-apocalyptique ou science-fiction.

  • Construction des romans

Elle se pose beaucoup la question sur la différence entre un thriller et un polar. Sa théorie est que le polar commence par un événement horrible où très progressivement tout devient plus calme et on sait à la fin ce qui s’est passé et dans un thriller, tout va très bien au début, puis il y a un événement qui va se produire -ou pas- et on sait juste à la fin du livre que cet événement a lieu ou pas (une bombe qui va exploser ou un secret révélé par exemple…) mais le suspense augmente toujours jusqu’à la fin. Elle avait envie de combiner les deux dans un même livre : des éléments de thriller et du polar. Elle voulait garder le suspense et ça se croise : lorsque l’une des histoires se calme l’autre prend son envol.

Pour le côté thriller, elle s’est posé la question de ce qui lui faisait peur à elle. Mais ce n’était pas très utilisable dans les romans car c’est plutôt les manifestations et les augmentations d’impôts qui l’inquiètent. Elle constate que de nos jours, il y a très peu de choses qui font peur maintenant à l’homme moderne, il y a peu de choses contre lesquelles on ne puisse rien faire mais on ne peut rien y faire contre la peur des fantômes et elle avait envie d’écrire sur cette peur là.

  • « Je sais qui tu es. »

C’est un roman très angoissant qui a eu beaucoup de succès en Islande. Il y a même eu un film qui en a été tiré. Beaucoup de gens ne voulaient pas avoir le livre chez eux tellement il faisait peur! Quand le livre est sorti en anglais, ils ont dit que c’était construit à partir de faits réels mais ce n’était pas vrai!

  • Inspiration

Elle explique qu’il y a beaucoup de choses dans notre environnement qu’on peut utiliser pour créer une histoire : on peut prendre quelque chose qui s’est passé pour le transformer et le rendre pire!

Ce qui a fait naître l’histoire d' »ADN » est quelque chose qui s’est vraiment passé avec des enfants adoptés et le livre suivant, c’est l’histoire d’une petite fille qui a été trahie par le système social islandais. Elle a pris cette histoire et en a fait une histoire plus terrible mais qui aurait pu se passer. Elle était tellement en colère quand elle l’a écrit qu’il y a beaucoup de violence et elle s’est sentie mieux quand elle a fini, comme défoulée.

En Islande, il y a très peu de meurtres et la plupart trouvent leur résolution dès que la police arrive et le meurtrier est souvent encore sur place. Il y a peu ou pas de meurtres prémédités et il y a peu de meurtriers qui essaient de s’échapper (une fois l’un d’entre s’est échappé mais il a été retrouvé à un arrêt de bus!). Elle nous raconte qu’un meurtrier voulait tuer le premier ministre mais il s’est trompé de maison et il a tué le voisin (un meurtre horrible : il l’a éventré et a placé une haut-parleur dans le ventre et il a été surnommé «Mono» (comme «mono-stéréo»). Il est maintenant libre et c’est un poète. A chaque fois qu’il écrit un livre, il appelle Yrsa pour lui proposer son livre et elle n’ose pas le refuser! En Islande, personne ne passe sa vie en prison, les gens ont toujours une deuxième chance. Par contre, elle dit qu’ils ont le record de fous de détraqués et il y a beaucoup de crimes liés au chantage et à l’économie. Elle admet que la criminalité est bizarre chez elle.

Les meurtres dans les livres ne sont pas représentatifs de la vraie vie, ils sont en général plus compliqués. En tant qu’écrivain, elle estime qu’elle peut se permettre que les personnages soient vraisemblables et les faits et les événements soient corrects et le lecteur pensera que ça ne s’est pas passé pour de vrai mais que ça AURAIT pu se passer.

  • Histoire de l’Islande

En Islande, on peut obtenir beaucoup de documentation sur la thématique des sorciers et sorcières. En matière de sorcellerie, c’étaient les hommes qui ont été brûlé.

L’Islande a longtemps été une colonie danoise et les gens étaient horriblement pauvres : les commerçants étaient Danois et les Islandais devaient tout acheter auprès d’eux très cher et de mauvaise qualité et leur revendre les productions à très bas prix. Un des moyens de sortir de cette situation était la sorcellerie. Il ne suffisait pas d’être travailleur, les gens essayaient par ce moyen d’améliorer leur vie. l’Islande a été une colonie danoise jusqu’en 1944. Pendant que les Allemands occupaient le Danemark, le roi s’est exilé et les islandais en ont profité pour prendre leur indépendance. Yrsa et la traductrice précisent qu’ils sont maintenant amis avec les Danois mais qu’ils sont quand même plus proches des Norvégiens!

  • Littérature et écriture en Islande

Avec Ragnar Jonasson, elle a créé un prix littéraire islandais pour les jeunes auteurs qui écrivent un premier polar en islandais. Ils ont déjà remis ce prix une fois et ils vont bientôt recevoir de nouveaux manuscrits. C’est pour inciter les jeunes auteurs à écrire en islandais et pour que les jeunes auteurs se fassent connaître car c’est très difficile d’être nouveau sur la scène littéraire.

Plusieurs de ses livres édités en France sont «traduits de l’anglais». Elle explique que souvent il y a un manque de traducteurs et ça passe de l’islandais à l’anglais puis de l’anglais au français.

En Islande, les polars ne représentent pas la plus la grande part de ce qui est écrit mais c’est la plus grande part de ce qui est vendu et exporté à l’étranger! Il y a beaucoup d’autres types de livres islandais que les polars : de la poésie, des romans… De son côté, elle sait qu’elle n’écrira jamais d’histoires d’amour ou d’histoires de vampire!

L’état subventionne les écrivains: ils peuvent obtenir un salaire pour écrire car l’Islande est un petit marché. Un auteur peut vivre de cette subvention même s’il ne vit pas de la vente de ses livres.

  • Dédicace

Cette rencontre était très agréable et nous avons un petit peu discuté avec elle au moment de la dédicace. Mon amie Mrs B lui a dit qu’elle avait lu « ADN » puis me l’avait prêté puis prêté à Titi, la troisième amie présente à la rencontre. Je lui ai raconté que je ne pouvais pas le lâcher et que dans une file d’attente de musée, je lisais en marchant et nous lui avons aussi raconté que la fille de Titi avait assisté à une rencontre avec elle l’après-midi au lycée et elle nous a dit qu’elle avait beaucoup aimé cette rencontre car les jeunes avaient été vraiment chouettes.

C’est une jeune grand-mère de 55 ans (elle nous a expliqué que son fils avait eu un enfant à 19 ans) et elle fait effectivement très jeune! Elle est souriante, très agréable, chaussée de ses sabots, elle contrastait avec ses romans aux thématiques assez terribles 😉

Nous avons acheté chacune un de ses romans avec l’idée de nous les prêter après, donc vous entendrez sans doute encore parler d’Yrsa Sigurðardóttir sur le blog!

 

 chez Cryssilda (Islande)

9 commentaires sur « Rencontre avec Yrsa Sigurðardóttir, auteure islandaise »

  1. Oh la la, je suis complètement impressionnée par ton billet ! Dis donc, quand tu parles d’une rencontre avec un auteur, tu ne fais pas dans la demi-mesure, quel roman ! C’est passionnant, merci beaucoup pour ce partage de qualité ! Je note cette auteure dans mes tablettes.

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