J’avais repéré ce titre chez The Autist Reading en décembre 2017 et il m’avait donné envie et puis après j’ai eu un petit peu peur de le lire mais Amandine m’a rassurée et encouragée à le lire quand on en a parlé au Festival America. Et je dois dire que j’ai été cueillie par ce roman qui m’a fait traverser tant de sentiments et d’émotions que je vais avoir beaucoup de mal à écrire ce billet… Chez Sylire, j’avais commenté en plein dans ma lecture  : « Je tremble, je suis horrifiée, je souris et j’ai de l’espoir : ce roman est plein d’émotions fortes! » Et pour une fois (et c’est vraiment très rare pendant une lecture audio) j’ai pris quelques notes pour retenir ces impressions. J’ai délibérément évité de relire les billets qui m’avaient donné envie ou d’autres billets de blogueurs amis avant d’écrire mon billet pour ne pas être influencée. Et avant même de commencer je sens que ce billet sera incomplet et ne rendra pas justice à ce roman qui a été un coup de coeur et un coup de poing qui n’est peut-être pas à mettre entre toutes les mains.

Le résumé de l’éditeur me parait suffisant pour planter le décor : « À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie. »

Turtle vit donc avec son père de façon très isolée en pleine nature. Elle fréquente aussi son grand-père et va à l’école mais ne s’y sent pas à sa place et fait tout pour se faire oublier.

Elle vit dans une manipulation mentale de la part de son père qui exerce sur elle une destruction psychologique mais aussi physique par le viol et autres violences. Turtle est à la fois encore une enfant (qui parle de son père comme « mon papa ») et une adulte aguerrie aux armes à feu toujours prête à se défendre contre le monde extérieur que son père lui présente comme le vrai danger. Mais la menace est à l’intérieur du foyer et pourtant, elle est partagée entre son amour pour son père, un amour protecteur et la peur qu’il lui transmet. Il y a aussi de la haine qu’elle retourne contre elle, une haine qui se traduit par une violence verbale envers elle-même dans ses monologues intérieurs et envers ceux qui cherchent à se dresser entre elle et son père.

Le père a un rapport malsain de toute puissance envers sa fille. Il cherche soit-disant à la protéger du monde mais il l’abuse et cherche surtout garder la main mise sur elle, disant même à un moment « Tu es à moi » et préférant la voir morte que de la voir le quitter…

Quand un jour elle fait la connaissance de deux adolescents d’un monde complètement différent du sien, deux jeunes un peu décalés, qui ont beaucoup d’humour, qui ne la jugent pas, au contraire qui l’apprécient beaucoup pour ce qu’elle est, elle commence à réaliser qu’une autre voie est possible et c’est comme si ses yeux s’ouvraient et qu’elle entrevoyait enfin une vie « normale ». Malheureusement, la normalité n’est pas au programme de son père et sa vie va prendre une brusque acceleration dans la violence…

Il y a aussi un autre aspect dans ce roman, c’est le rapport organique, presque primitif, à la nature. Turtle connait chaque plante, chaque élément de la nature comme si elle vivait dans un monde physiquement complètement à part, comme si elle devait se rattacher à cet aspect naturel de son environnement pour survivre.

Au niveau de l’atmosphère, ce roman rassemble donc des éléments très intenses de maltraitance : le climat est souvent extrêmement tendu avec des moments particulièrement violents mais à partir de la rencontre avec les deux garçons, il y a des moments plus légers et même drôles (oui, j’ai ri en lisant ce roman!), comme des respirations dans la tension, ce qui met d’ailleurs en contraste la vie de Turtle avec celle des autres adolescents, comme si ces parenthèses auprès d’eux lui faisaient réaliser qu’elle pourrait vivre avec plus de légèreté en permanence.

Et puis, j’ai aussi trouvé qu’il y avait beaucoup de poésie dans ce roman. D’abord dans les passages sur la nature qui sont vraiment très beaux. Mais aussi dans le style qui est très rythmé. Il y a beaucoup de répétition de l’amorce de phrase « Elle pense,… » (je sais que ça a gêné une de mes amies) qui à mon avis apportait une poésie au texte, comme si elle psalmodiait, comme un chant rituel… Certains n’ont pas aimé la vulgarité mais le vocabulaire utilisé participe et est causé par la violence générale qui entoure Turtle et ce n’est donc jamais gratuit, c’est un système de défense et d’assimilation en quelque sorte.

Bref, j’ai adoré même si j’ai été souvent bousculée par cette relation toxique entre un père et sa fille, bousculée par cet amour de cette fille pour ce père qui la violente de toutes les façons possibles. J’ai d’ailleurs relevé cette phrase où elle parle de son père : « Il ne veut pas me faire de mal. Il m’aime plus que la vie elle-même. Il n’est pas toujours parfait. Parfois, il n’est pas vraiment l’homme qu’il voudrait être. Mais il m’aime comme personne n’a jamais été aimé. Je pense que ça compte plus que tout. »

J’ai été fascinée par la force du personnage de Turtle qui est à la fois âpre et touchant. Elle est comme un cactus avec ses aiguilles qui empêchent quiconque de l’approcher mais avec aussi une fleur délicate en son coeur qui commence à s’épanouir. C’est un personnage fort que je ne suis pas prête d’oublier!

Quant à la version audio, je dois dire qu’elle m’a beaucoup plu. La lectrice est devenue Turtle pour moi! Bravo à elle d’avoir lu ce roman si fort avec beaucoup de justesse!

 Chez Sylire

Merci à 

catégorie « adjectif » de ma ligne audio

16 commentaires sur « My Absolute Darling : Gabriel Tallent (lu par Marie Bouvet) »

  1. Tant mieux si la lecture en est réussie… j’imagine que ce ne devait pas être évident pour la lectrice de trouver le ton juste. Un très bon souvenir pour moi aussi que ce roman.

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