Fief : David Lopez (Lu par l’auteur)

Je ne sais pas par quel bout vous parler de ce roman alors je vais commencer par vous dire que j’ai beaucoup aimé!

Je ne voudrais pas vous faire peur en étant trop réductrice et en vous disant que c’est l’histoire d’une bande de plus ou moins jeunes garçons, qui vivent plus ou moins en banlieue (ils sont vraiment entre la campagne et la ville, pas assez « banlieue » pour être des vraies racailles, mais ne sont ni des « bourg' » de la ville ou des « ploucs » de la campagne) et qui passent leur temps à fumer des joints en parlant des filles et des potes en n’ayant pas beaucoup de perspectives d’avenir…. Et pourtant, il y a de ça dans ce roman… Mais en même temps, cette bande de copains permet de dire beaucoup sur une partie de la société : ceux qui sont dans un entre-deux : entre-deux catégories sociales, entre-deux zones géographiques, entre-deux identités, entre-deux âges aussi et dans une période d’incertitude entre l’envie d’évoluer et l’envie que rien ne bouge.

Je ne voudrais pas vous faire peur en vous disant que c’est un roman sur la boxe, car ce n’est qu’un aspect du roman mais il y a pourtant de très belles pages (oui, belles!) sur la boxe. La boxe comme lien fédérateur et en même temps comme échappatoire, la boxe comme défouloir et comme zone d’espoir. L’auteur dit beaucoup sur son personnage principal au travers de ces pages sur la boxe.

Il y aussi des questionnements très sérieux sur la vie et les relations humaines (amis, femmes, famille) mais aussi des passages très drôles (le chapitre sur la dictée est très amusant et réaliste!). Il y a aussi l’évocation de l’enfance, la manière dont les jeunes prennent tous des voies différentes : les études, le deal de drogue, la glande…

C’est un roman vraiment riche sur de nombreuses thématiques très actuelles et pourtant assez universelles. L’auteur fait aussi le lien avec des textes très littéraires, notamment « Candide » de Voltaire qu’un de ses personnages évoque pour metre en perspective leurs propres vies.

J’ai aimé le style de ce roman qui mêle habilement le language parlé et une narration plus traditionnelle et qui dégage une certaine musicalité, un rythme presque poétique. Il y a parfois des chapitres qui explorent certaines thématiques ou certaines scènes en profondeur : je pense à un combat de boxe, le match de foot du père du personnage principal, un rapport sexuel… et ces scènes sont comme des tableaux qui s’insèrent dans le roman et apportent un autre éclairage sur les passages plus dialogués entre les différents protagonistes. Concernant ces personnages, je note aussi que certains ressortent plus que d’autres : Jonas, le personnage central, Lahuiss, qui est celui qui par les études sort un peu du milieu, Ixe le copain dealer mais les autres forment plutôt une sorte d’ensemble indéfini, on ne voit pas vraiment leurs couleurs, leurs origines, leurs passés et leurs avenirs, il font parti d’un groupe, ils sont un peu une entité et c’est aussi très intéressant dans ce roman.

Dans cette version audio, c’est l’auteur qui lit et il le fait très bien. Il prend un intonation, un rythme qui colle parfaitement à ses personnages et les dialogues sont extrêmement bien lus, on s’y croirait. Vraiment, félicitations pour sa lecture, il donne à son roman une dimension très authentique.

A la fin, il y a un entretien avec l’auteur que j’ai trouvé vraiment intéressant. Il dit des choses sur son écriture et sur ses intentions qui ont vraiment apporté un plus à ma lecture (mais par contre, je me suis vraiment demandé pourquoi la personne qui l’interviewait le tutoyait, j’ai trouvé cela déplacé).

Voici une interview également très intéressante :

Pendant ma lecture, j’ai pensé à deux BD « TMLP (Ta Mère La Pute) » et « La petite couronne » toutes deux de Gilles Rochier et aussi au film « La haine » :

 Chez Sylire

Sandrine l’a aussi lu dans le cadre du prix.

catégorie « lieu »

Différente : Marlène Tissot (Lu par Margot Châron)

Margot est une jeune femme qui semble un peu simplette, gentille et douce mais un peu naïve. Elle travaille avec Gisèle avec qui elle s’entend bien. Elle se sent assez assez à l’aise pour lui raconter que quand elle était enfant, son oncle « soulevait sa jupe et tirait sur l’élastique de sa culotte pour regarder ses fesses. Il l’étouffait avec sa main pour l’empêcher de crier. » Elle raconte cela sans paraître réaliser ce que cela implique. Son autre oncle fait en sorte que son frère soir condamné mais Margot ne s’est pas laissée abattre par ces événements, comme s’ils lui étaient passés au-dessus. Elle dit souvent qu’un médecin lui avait dit qu’elle n’était pas idiote mais « différente » et elle est très attachée à cela.

Et effectivement, Margot est différente. Peut-être plus lente intellectuellement mais surtout pleine de joie de vivre et d’envie de voir le meilleur dans ce qui l’entoure.

Gisèle prend très mal les confidences de Margot, elle ne voulait pas savoir et le seul regret de la jeune femme, c’est la peur d’avoir perdue son amie, qui est un peu comme une figure de mère, après s’être confiée.

J’ai trouvé ce texte très touchant et le personnage de Margot est lumineux. Une belle découverte et la lectrice donne vraiment vie au personnage.

La particularité de la maison d’édition 15K est de proposer des textes courts et celui-ci dure 24 mn. c’est sans doute intéressant pour certains audiolecteurs qui n’ont pas envie de rester trop longtemps sur le même texte audio mais pour moi c’était trop court, j’aurais apprécié de trouver ce texte dans un recueil de nouvelles mais une seule nouvelle ne dure même pas le temps de mon trajet pour aller au travail alors je suis un peu restée sur ma faim.

Mais cette remarque mise à part, je dois dire que j’ai vraiment aimé cette nouvelle.

Lauréat « fiction » 2019 du

 Chez Sylire