L’art de perdre : Alice Zeniter

Ce pavé me faisait un peu peur et pourtant je l’avais acheté les yeux fermés parce qu’il avait reçu le prix Goncourt des Lycéens et je suis rarement déçue par ce prix. J’appréhendais un peu pourtant vu le sujet et la taille mais j’ai beaucoup aimé.

Le roman est découpé en 3 parties : le passé en Algérie avant et pendant la guerre d’indépendance avec la famille d’Ali, un Berbère, ancien combattant de l’armée française pendant la 2ème guerre mondiale. Il crée son petit empire dans les montagnes mais au moment où commencent les conflits, il ne se positionne pas contre les français -gardant même des relations ambiguës avec les représentants de l’armée française.

Il fait donc partie des « Harkis » qui quitteront l’Algérie, comme lui avec sa femme et ses enfants, pour fuir ceux qui le considèrent comme un traître.

La deuxième partie, c’est la vie en France – en tant que Français Musulmans ou plutôt en tant que parias de la société -parqués dans des camps… La France n’est pas très accueillante… Puis on suit plus particulièrement Hamid, le fils qui est né en Algérie et qui va s’adapter à la France mais qui toute sa vie va être tiraillé dans son identité floue.

Et enfin, la troisième partie c’est celle de Naïma, la fille d’Hamid et de Clarisse. Elle est de double culture mais avec une facette de sa famille qu’elle ne connaît pas car son père et son grand-père ont tellement tu leur passé et leur Algérie qu’elle ne sait elle-même pas qui elle est. Son travail lui donne l’occasion de faire le « retour » vers l’Algérie que sa famille n’a jamais pu faire.

Cette saga familiale entre l’Algérie et a France est passionnante -très documentée et pourtant ce n’est pas un documentaire mais un vrai beau roman avec de très belles pages sur l’identité, sur la famille, sur l’exil, sur l’honneur.

J’ai vraiment aimé (si je ne vais pas jusqu’au coup de coeur, c’est parce que j’ai trouvé le début un peu long).

Pour la petite histoire personnelle, dans une autre vie, j’ai très bien connu un jeune homme issu de la deuxième génération des « rapatriés d’Algérie » appelés aussi « Harkis » et même si cette histoire n’est pas la sienne car il est né 10 ans plus tard qu’Hamid et qu’il est né en France, j’ai eu un peu l’impression que c’est une histoire que j’aurais pu mieux connaître à l’époque si les silences n’étaient pas en effet très pesants sur ce sujet. En plus il a grandi à Flers où vit la famille du roman! Quand je lisais « Yema » (qui veut dire « maman » en kabyle), moi j’entendais « Imma » comme ils le prononçaient dans sa famille. Et même si je n’ai plus de contacts avec lui depuis plus de 15 ans j’aurais vraiment envie qu’il lise ce roman!

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(La Normandie 😉 )

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 chez Antigone

2017