Le nouveau (New boy) : Tracy Chevalier

Je vais commencer par mon gros bémol sur le roman : j’ai été très gênée par l’âge des enfants, qui à mon avis a été une grosse erreur de la part de l’auteure. Dans la version originale, les enfants sont en primaire, en « 6th grade » qui correspond à la 6e en France et je crois que dans la traduction, les enfants sont en CM2, mais ayant un fils en CM2 et étant prof de 6e depuis 20 ans, je peux vous dire que ce roman est totalement irréaliste à cause de l’âge, car je n’ai pas une seconde cru aux actions et réactions des enfants (d’autant plus dans les années 1970, où les enfants étaient sans doute encore moins délurés que les enfants de notre époque). Pour adhérer à l’histoire, j’ai préféré imaginer que les jeunes avaient 14-15 ans. En effet, il y a une sexualité latente (tout le monde s’embrasse à bouche que veux-tu dans la cour, on accuse les filles d’avoir couché avec des garçons…), une manipulation, des calculs et une connaissance des relations humaines qui ne correspondent pas à la tranche d’âge choisie par l’autrice.

L’autre chose qui m’a un peu gênée c’est que toute l’intrigue se passe sur une seule journée.

Maintenant que j’ai dit ça, je peux vous dire que j’ai aimé le fond de l’histoire qui a deux niveaux de lecture : la première, c’est l’arrivée d’un nouveau dans une école de banlieue assez préservée de Washington. C’est un garçon noir, fils d’un diplomate ghanéen. Il est le seul enfant noir de cette cour d’école et il est à la fois habitué à cette situation après avoir vécu cela à Rome, Londres et New York et à la fois toujours assez inquiet. Dans cette cour, il y a toutes les facettes de la société : la petite frappe qui terrorise tout le monde, la jolie et sérieuse petite chouchou, la fille un peu « pétasse », la bonne copine qui a du mal à se situer et qui se sent à part, le gentil garçon ami avec tout le monde, le prof strict qui dirige tout le monde à la baguette et la prof plus débordée….

Osei, le nouveau est accueilli chaleureusement par Dee, la fille sage et sérieuse, qui se sent dès son arrivée irrémédiablement attirée par lui. Elle fait tout pour qu’il se sente bien et ils tombent sous le charme l’un de l’autre. Cela ne plait pas du tout à Ian qui sent qu’il perd du pouvoir sur son petit monde et il va donc manipuler tout le monde pour que l’arrivée d’Osei, qui s’est beaucoup trop bien passée à son goût, se retourne contre ce dernier sans que qui que ce soit sache que ça vient d’Ian. Il manipule les un et les autres pour créer de la jalousie et faire éclater des tensions qui sont accentuées par le fait que Osei soit noir.

Certains auront peut-être compris le lien entre cette histoire et la pièce de théâtre de Shakespeare « Othello » et c’est très bien vu (même si je l’ai lue il y a très très longtemps, en relisant un résumé, j’ai vraiment bien vu les liens).

Mais ce que j’ai surtout aimé c’est la vision d’Osei sur la place des Noirs aux Etats-Unis, par sa perception de la place d’un jeune Noir aux Etats-Unis dans les années 70, ou par sa soeur qui se tourne vers les Black Panthers et la notion de Black is Beautiful…

C’est vraiment très intéressant, si on enlève les défauts que j’ai relevés au début. J’imagine très bien une série (mais avec des ados) tirée de ce roman.

Je vous le recommande mais n’oubliez pas d’imaginez que ce sont des adolescents de 3e plutôt qu des CM2 ça sera plus crédible!

Thématique : « Etre jeune et noir aux Etats-Unis »

chez Antigone