Un mariage anglais : Claire Fuller (Lu par Rafaèle Moutier)

Ce roman est construit sur plusieurs périodes qui s’alternent. Il y a l’époque actuelle avec Gil, un homme d’une soixantaine d’années, qui vit au bord de la mer. Cet écrivain célèbre vit au milieu de ses livres d’occasion et un jour, il croit voir sa femme qui a disparu 15 ans auparavant sans laisser de traces – peut-être noyée, suicidée ou fugueuse- et en la poursuivant il a un accident. Ses deux filles adultes, Nan et Flora, reviennent dans la maison de famille pour s’occuper de lui…

En parallèle, on découvre Ingrid et sa relation avec Gil au travers de lettres qu’elle a écrites à son mari mais qu’elle ne lui a jamais envoyées, les cachant dans des livres. Dans ces lettres, Ingrid raconte sa rencontre avec Gil quand elle était une étudiante de 20 ans et qu’il était son professeur de 15 ans de plus. Elle va raconter comment elle a sacrifié ses rêves de jeune fille en tombant enceinte de lui et en se mariant avec lui, se retrouvant isolée dans une maison au bord de la mer. Elle va se confier sur ses peines de femme trompée, ses malheurs de femme qui fait des fausses couches, ses maladresses de mère de deux filles très différentes, dont une, Flora, a une admiration sans bornes pour son père, sa conscience de ne pas être une « bonne mère » par moment et surtout son désespoir de ne pas vivre la vie qu’elle voudrait, se sentant et étant souvent abandonnée. Gil est dépeint comme un homme extravagant, opportuniste, volage et très égoïste… Et puis un jour, Ingrid part, abandonnant mari et filles…

En 2007, quand Nan et Flora revienne sur leur passé, elles ne savent pas vraiment ce qui s’est passé le jour du départ de leur mère. Flora a gardé cette admiration pour son père qu’elle avait quand elle était petite fille, ne connaissant pas sa vraie nature. Nan, elle était plus âgée et avait sans doute perçu plus de choses, elle est moins dupe sur la personnalité de son père.

J’ai beaucoup aimé ce roman, j’ai aimé l’atmosphère (même si celle des lettres est souvent lourdes de mal-être), j’ai aimé voir comment des personnes sont perçues différemment selon ce que l’on vécu avec eux : mari et femme, filles et parents, amis…

La vie d’Ingrid n’est pas gaie et Gil n’était pas un homme bon et juste envers sa femme mais j’avoue ne pas avoir eu beaucoup de compassion pour Ingrid non plus car je ne peux m’empêcher de penser qu’au lieu d’écrire ces lettres et de les cacher dans des livres, elle aurait mieux fait de les lui donner à lire ou même de lui parler? Finalement, elle fait partie du problème en acceptant toutes les trahisons et toutes les attitudes négatives de Gil. Elle aurait pu lui dire tout ce qu’elle savait et ce qu’elle ressentait… Et puis, elle écrit ces lettres en 1992, pas en 1930 : pourquoi n’a -t-elle pas divorcé tout simplement? J’ai un peu eu l’impression qu’elle se complaisait dans sa position de victime.

C’est donc un roman d’introspection et de relations humaines. Si vous allez lire le billet de Sylire, vous verrez qu’elle n’a pas ressenti les choses comme moi, elle a été plus touchée par Ingrid.

Chez Sylire

par Estellecalim : Merci!

chez Lou, Titine et Mélanie

catégorie « amour »