Une vie : Simone Veil (lu par Marie-Dominique Bayle)

Avis de l’éditeur : « Simone Veil accepte de se raconter à la première personne. Personnage au destin exceptionnel, elle est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée, en France et à l’étranger ; son auto-biographie était attendue depuis longtemps. Elle s’y montre telle qu’elle est : libre, véhémente, sereine. »

Cette autobiographie de Simone Veil m’a passionnée! Je ne connaissais finalement pas grand chose de sa vie : son passage dans les camps bien sûr, la légalisation de l’avortement, évidemment mais sinon c’était assez flou et pourtant c’était une femme qui me faisait une très bonne impression et j’avais été assez touchée au moment de sa mort (les discours de ses fils à ses obsèques m’a terriblement émue!)

Dans cette autobiographie, Simone Veil commence par parler de son enfance, heureuse, en famille. Puis elle aborde son expérience des camps et elle raconte cela avec beaucoup de pudeur et sans être larmoyante, c’est bouleversant.

Ensuite elle parle de ses études et de son besoin viscéral de travailler, faire quelque chose de sa vie -héritage de sa mère- même si elle aurait pu se contenter d’être mère au foyer. Elle revient sur son travail au cœur des prisons puis son implication dans gouvernement, sous la présidence de Giscard d’Estaing, en tant que ministre de la Santé  et son combat passionnant pour le droit à l’avortement.

Puis elle évoque son travail pour la construction et le développement de l’Europe mais aussi ses convictions féministes.

J’ai vraiment lu le portrait d’une femme admirable (même si je l’aurais plus appréciée, si elle n’avait pas soutenu Nicolas Sarkozy de façon sans équivoque :-). Une femme réaliste, déterminée, courageuse et forte, qui ne se laissait impressionnée par personne! Mais elle montre aussi par petites touches pudiques le portait d’une fille, d’une épouse et d’une mère que l’on ne peut que trouver touchante. Je me souviens particulièrement du passage où elle parle d’un déjeuner avec l’un des ces petits fils adolescent avec qui elle fait une virée en librairie et de leurs échanges sur la littérature.

Au niveau de la version audio, je dois dire que le début est particulièrement émouvant car c’est Simone Veil qui lit elle-même le premier chapitre sur son enfance. Ensuite, la lectrice qui prend le relais a très bien sur donner vie à cette vie! Bravo!

 par Estellecalim

pour ma ligne « passage du temps »

 

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Mots rumeurs, mots cutter : Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini

J’ai souvent vu ce titre passer sur les blogs et quand je suis allée à Rennes au festival Rue des Livres et j’ai eu la chance de croiser Charlotte Bousquet sur un stand et j’ai craqué!

Cette BD commence comme une tranche de vie de collège avec et son côté très réaliste de relations entre les copines, les copains, les cours, la futilité de ces petits moments. Et pourtant, au-delà des histoires de drague, de rivalité entre copines et de fêtes, on bascule un jour dans le harcèlement.

Léa rencontre Mattéo en cours, il est redoublant et ses copines craquent sur lui et quand il commence à l’intéresser à Léa, cela ne plait pas du tout aux autres filles de la classe. Un soir lors d’une fête, alors que la bande de copines a trop bu et a joué à « action ou vérité », une photo compromettante de Léa a été prise et diffusée à tout le collège sans qu’elle soit au courant…

Son copain la quitte, et la vie devient un cauchemar pour la jeune fille car non seulement tout le monde la traite comme une pestiférée mais en plus elle subit des violence verbales, physiques et des brimades anonymes… C’est un enfer pour Léa qui ne sait pas vers qui se tourner…

Ce sujet du harcèlement est toujours très important à évoquer avec et pour les jeunes et le format BD me parait vraiment une bonne idée car c’est très abordable.

J’ai aussi aimé le fait que Léa soit une ado « cool » avec des copines et des amours, pas forcément la caricature de la fille effacée qui se fait harceler. Elle se montre même parfois pas toujours super sympa avec les autres, elle se permet quelques jugements hâtifs mais pourtant, son monde apparemment facile et normal va s’écrouler par cette violence. Et cela montre bien aux jeunes lecteurs que tout le monde peut être concerné. Et enfin, j’ai apprécié que la résolution de cette affaire passe par l’intervention d’une autre élève qui en tenant tête aux harceleurs permet à Léa de comprendre que ce qu’elle subit est inacceptable et elle arrive enfin à en parler à des adultes. Et cela aussi c’est important car c’est un message que j’essaie de faire passer à mes élèves : « Si vous voyez quelqu’un qui est malheureux à cause d’autres personnes, il faut d’abord dire à ces personnes d’arrêter et si ça ne marche pas, il faut encourager la victime à parler à quelqu’un. »

C’est une BD qui devrait être dans tous les CDI et j’ai conseillé à ma documentaliste de l’acheter!

 

Intimité : Hanif Kureishi

Ce livre m’a été offert en janvier par mon collègue A qui m’a prévenu en me le donnant que c’était un roman « spécial »… La lecture commune prévue avec Rachel m’a motivée pour le lire mais je dois dire que s’il n’avait pas été très court je l’aurais sans doute abandonné (j’ai d’ailleurs lu la fin en diagonale…) car même s’il était court, il m’a paru interminable!

Avant de vous dégoûter (mais ne comptez pas sur moi pour vous donner envie, peut-être que Rachel y parviendra ;-)) je vais vous dire de quoi il s’agit… En fait, le résumé sera bref … L’histoire est sensée se dérouler pendant une nuit, la dernière soirée qu’il compte passer dans sa maison de famille car après 6 ans de mariage, il va quitter sa femme et ses deux enfants. Il s’ennuie à mourir avec sa femme même s’il adore ses fils et il profite de cette nuit de réflexion pour revenir sur sa vie de couple…

Cela aurait pu être intéressant, il y a des choses qui m’ont parlées, je n’ai pas forcément eu une vie affective très linéaire et j’ai connu ces moments d’ennui et j’ai certainement été à la place de Susan mais j’ai trouvé que le personnage  de l’homme (je ne me souviens même plus de son nom) était d’une hypocrisie terrible et assez odieux car il brosse un portrait très négatif de sa femme, elle semble être la cause de l’échec de leur couple (mais il ne lui en parle pas, il le subit) mais il admet aussi l’avoir régulièrement trompée et même avoir aimé quelqu’un d’autre pendant leur mariage… alors qu’ils n’ont été marié que 6 ans… Et puis, au lieu de parler à sa femme et préparer ses enfants, il va partir comme un voleur dans sans rien dire à personne et il se tracasse de savoir quels livres et quels vêtements il va emporter avec lui…

Bref j’ai détesté ce personnage cynique et désagréable au possible et au niveau du style je me suis beaucoup ennuyée car il y a beaucoup d’aller et retour dans le temps et beaucoup de tergiversations… Un échec de lecture pour moi.

 mon collègue A.

 avec Rachel : Allons voir son avis!

chez Titine 

Où va le blog cette semaine ?

Où va le blog cette semaine?

Le soleil est enfin arrivé en Normandie et les vacances scolaires arrivent… Autant dire que tout va bien!

Demain dimanche 22 avril, je vous parlerai de « Intimité » en LC avec Rachel et d’une BD jeunesse « Mots cutters, mots rumeur ».

Mardi 24 avril, je vous donnerai mon avis sur « Une vie », l’autobiographie de Simone Veil, en audio.

Mercredi 25 avril, je vous ferai un compte rendu de la rencontre avec Sylvère Denné et Sophie Ladame, les auteurs de la BD « Bleu amer »

Et enfin, il y aura aussi un petit billet pour vous annoncer que je prends une pause de blog pour partir quelques jours en famille car « une pause s’impose »! (Et à part le billet sur ma rencontre d’auteurs, j’ai plein e billets d’avance, déjà tapés, pour le courant du mois de mai!)

En ce moment, je lis  « A l’encre Russe » de Tatiana de Rosnay (après deux abandons de romans, je rentre enfin dans une histoire, croisons les doigts que ça dure!). En audio, je lis  « En sacrifice à Moloch » d’Åsa Larsson lu par Odile Cohen, le dernier titre du Prix Audiolib.

Mes prochaines lectures :

 

« Alexandrin ou L’art de faire des vers à pied »

« Linea Nigra »

« Le livre que je ne voulais pas écrire »

« Ecrire en deuxième division »

Oui, je suis un peu gourmande 😉

A bientôt! Bonne semaine et bonnes lectures!

Les amandes vertes Lettres de Palestine : Anaële et Delphine Hermans

Cette bande dessinée raconte l’échange de lettres entre deux sœurs, les deux auteurs. L’une d’entre elle part 10 mois en Palestine pour une organisme humanitaire et si la sœur restée en Belgique envoie des cartes postales de son quotidien ordinaire, celle qui est partie lui envoie de longues lettres depuis la Palestine qui sont retranscrites sous forme de récit dessiné.

On découvre ce pays avec les yeux de l’occidentale innocente qui prend conscience au contact des gens qu’elle fréquente là-bas de la réalité d’une vie en permanence dans le danger et dans l’incertitude. Elle est désabusée, elle n’arrive pas à accepter le « C’est normal » qu’elle entend sans cesse car rien n’est normal et tout semble si injuste.

Sans faire de politique, c’est plus un constat des conditions de vie de gens ordinaires et en cela c’est très touchant. Cela montre aussi à quel point c’est une situation bien compliquée. Beaucoup de questionnements sont soulevés et la jeune femme en apprendra aussi sur elle-même sur place.

Une lecture BD a mettre en parallèle avec « Chroniques de Jérusalem » de Guy Delisle.

Je n’ai pas été vraiment sous le charme des dessins mais le fond est intéressant.

 par ma Best

 deuxième ligne couleur

Les petites gens : Vincent Zabu et Thomas Campi

J’ai repéré ce titre chez Bulles d’Air un mercredi de la BD et elle m’a donné envie de lire cette BD alors je l’avais déjà croisée à la médiathèque sans jamais l’emprunter!

Cette bande dessinée raconte les vies de certaines personnes qui vivent dans la même rue. Paul, Monsieur Armand, Lucie, Louis et son papa, Irina…

Ils se croisent, se parlent, ou pas, ils ont des histoires personnelles qui les perturbent et leurs relations de voisinage vont petit à petit les aider à y voir plus clair dans leurs vies de « petites gens » assez ordinaires auxquels on peut tous s’identifier un peu et j’ai passé un bon moment en leur compagnie.

C’est une jolie tranche de vies et de communauté, parfois triste, parfois drôle souvent touchante. Mention spéciale au personnage de Monsieur Armand qui se fait passeur de livres avec sa bibliothèque improvisée dans son appartement du rez de chaussée, presque un médecin/psychologue littéraire!

Les couleurs chaudes, fauves sont vraiment agréables.

La vérité sort de la bouche de Bastien

 Bastien a 8 ans et 6 mois… Voici ses petites phrases et ses bons mots volontaires ou involontaires!
  • On lui dit qu’on le trouve beau :
    «On t’a bien réussi!
    Vous m’avez bien réussi! Mais quand je dis ça, je sais pas si c’est un compliment pour vous ou pour moi! Les deux !»

 

  • Son père mange des noisettes et amandes et Bastien le regarde :
    «Papa! C’est quoi cette gavade!»

 

  • «Quelquefois dans les livres, y a une petite question avec une réponse pas sûre mais sur laquelle en fait va s’appuyer tout le livre.  Par exemple, là, ils se demandent où est passé l’or d’une épave et ils répondent «Oh… l’épave a sans doute été pillée…» «Sans doute», ça veut dire que c’est pas sûr mais je pense que ça va être la grande histoire! Vu que je lis beaucoup de livres, je commence à connaître cette technique!»

 

  • Il va à l’anniversaire d’un copain plus âgé que lui. Ce copain a fait une affiche pour «vendre sa petite soeur», je blague en disant que sa petite soeur a peut-être aussi fait une affiche avec «grand frère à vendre». Bastien rétorque : «Moi, je t’achèterais!» et le copain d’ajouter «Je te ferais un prix!»

 

  • «Si quelqu’un me faisait ça, il tâterait de mes poings!»

 

  • J’appelle Bastien à 10h :
    «Bastien lève toi, il est midi!
    Midi? Midi!!!
    -Poisson d’avril!
    Ah! Je m’en doutais bien. Mais je suis content que vous jouez le jeu! Continuez comme ça !»

 

  • «Est-ce que ça existe «un tiers d’heure»?»
    -Non, ça ne se dit pas même si «un quart d’heure» existe.

 

  • «Je ne sais pas encore quel métier je veux faire. Peut-être minerologue, géologue, étymologique, entomologiste ou marin…
    -Marin? C’est nouveau ça? D’où ça sort?
    Mais j’ai le droit!
    -Bien sûr! Et tu ne veux plus être écrivain?
    Si mais je veux d’abord écrire deux ou trois romans pour moi sans les faire publier et après je vais choisir!»

 

  • «Oh… mercredi tu vas encore dire «Je suis occupée, j’ai du travail! Et du coup, tu abandonnes ton fils et tu le laisses sombrer dans l’ennui!» (vis ma vie de fils de prof un peu cabotin!)

 

  • Nous sommes allés voir une pièce de théâtre («Encyclopédie de mon père» de Bruno Léandri joué par Jean-Charles Lenoël). Dans ce texte le personnage, Bruno Léandri, raconte son enfance. A la fin de la pièce, la première réaction de Bastien a été : «Comment il a fait pour retenir tout ce texte?!!!» Puis «C’est lui qui a écrit l’histoire?» Mais pour être honnête ce qui lui a le plus plu, c’étaient tous les gros mots, il a même dit à Jean-Charles : «J’ai appris plein de gros mots!»

 

Bakhita : Véronique Olmi (+ mon avis sur sur la version audio lue par l’auteur)

J’ai pris tout mon temps pour lire ce roman, il n’est pas si long et pourtant j’ai mis presque 2 semaines à le lire car je voulais le savourer et le lire dans des bonnes conditions pour déguster la langue et me plonger dans cet univers. J’ai trouvé le style magnifique, poétique sans fioritures, très visuel et pourtant plein de pudeur, pour parler d’un sujet dur, douloureux, et aussi très beau.

L’histoire est celle de Bakhita, tout d’abord petite fille au Soudan dans sa famille en 1865, avec des parents, des frères et sœurs et même une jumelle, mais à 7 ans elle est kidnappée et devient une esclave qui va être traînée sans ménagement sur les chemins. Elle va y perdre littéralement son identité, sa langue et même ses souvenirs. Elle va créer des amitiés même si elles sont dérisoires dans les conditions de vie qu’elle mène.

Elle sera achetée, vendue, maltraitée, torturée et puis elle sera sauvée quand elle sera achetée par le consul d’Italie et qu’il l’emmènera avec lui en Italie. Là, même si elle appartient encore à quelqu’un elle découvrira qu’elle peut être un individu à part entière. Une fois affranchie et donc libre, elle deviendra alors extrêmement croyante et entrera dans les ordres et deviendra même une sainte!

Ce roman est d’une grande puissance, il y a tant de domaines abordés, il y a de l’introspection, des questionnements sur ce qu’est la liberté, sur l’amour et le partage. Et puis, c’est aussi une fresque historique de l’Afrique et de l’Europe car on traverse l’histoire su 20ème siècle avec Batikha qui mourut en 1947 après avoir traversé deux guerres mondiales.

J’avais vu ce roman circuler sur Internet, notamment parce qu’il a gagné le Grand Prix des Blogueurs Littéraires 2017 et j’avais un peu peur de le lire car parfois quand un roman est « sur-vendu » on peut être déçu mais je suis tombée littéralement sous le charme de cette histoire pour le sujet et pour le style. J’ai souvent été très émue, que ce soit dans la première partie, très dure, sur l’esclavage ou dans la partie européenne où Batikha est dans la recherche d’elle-même et d’amour. Je vous le recommande vraiment même si je me rends compte que j’en parle sans doute très mal car c’est souvent comme ça pour les gros coups de coeur!

Et voici mon avis sur la version audio :

Il faut d’abord que je vous dise que j’ai commencé ma lecture de ce roman par sa version audio et que je l’ai abandonné au bout d’une heure d’écoute mais comme ce que j’en avais entendu me faisait penser que j’aimerais le texte je l’ai ensuite repris sur ma liseuse.

Donc cette partie du billet n’est pas pour parler du contenu dont vous avez pu lire tout le bien que j’en pensais au-dessus mais pour parler de la lecture audio par l’auteur elle-même… Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai détesté!

Je ne comprends vraiment pas pourquoi les auteurs sont choisis pour lire leurs livres car à quelques exceptions près (Pierre Lemaitre par exemple) c’est rarement positif! Ça fait longtemps que je veux demander à Audiolib comment ils choisissent les lecteurs? Il y a tant d’acteurs formidables qui lisent merveilleusement bien, qui font vivre le roman car c’est leur métier… Ici, pour moi, la lecture de Véronique Olmi a massacré le texte qui est pourtant vraiment beau et fort, poétique et réaliste… Elle en fait une récitation d’enfant mal posée, mal rythmée avec des intonations artificielles et ajoute aussi une sorte de pseudo lyrisme poétique. Pour tout dire, parfois, je l’imitais en écoutant sa lecture, pour voir comment on faisait pour si mal lire une si belle phrase.

Bref, Véronique Olmi devrait continuer à écrire car elle le fait très bien mais surtout laisser la lecture de ses romans en version audio à des lecteurs professionnels!

Les avis de mes co-jurés : SandrineMeuraïe

 Chez Sylire

catégorie « mot unique » de ma ligne audio

Ma reine : Jean-Baptiste Andrea (lu par Guillaume Jacquemont)

Le narrateur est un adolescent des années 1960 qui est, on le comprend assez vite qu’il est un peu limité intellectuellement. Il a d’ailleurs quitté l’école car il avait des problèmes à s’ajuster à la vie en communauté, ne comprenant pas les codes et gérant mal ses émotions. Il travaille avec son père dans la station essence de son village de Provence. Mais un jour, il comprend que ses « bêtises » risquent de pousser ses parents à l’envoyer dans une école spécialisée loin de chez lui. Il décide de partir de chez ses parents en cachette pour « aller faire la guerre » et prouver qu’il vaut quelque chose.

En fait, bien entendu, cet ado qui est plus comme un petit garçon dans ses actions et ses raisonnements, ne va pas bien loin et il a oublié tout ce qu’il avait prévu d’emporter avec lui, et il se retrouve sur le plateau, dans le maquis. Là-bas, il se retrouve confrontée à une jeune fille d’à peu près son âge. Une fille qui le considère comme un garçon normal et qui lui invente un univers car elle se dit « Reine » et raconte qu’elle vit dans un château magique et que ses pouvoirs lui permettent de contrôler les éléments… Le jeune garçon, qu’elle nomme « Shell » car il porte un blouson au logo de la marque d’essence, ne sait pas trop s’il faut la croire ou pas mais il se laisse porter par cette rencontre magique.

Plus tard, il sera pris sous l’aile d’un berger solitaire (si solitaire que Shell le croyait muet). Encore une rencontre qui lui permet de grandir.

Il y a quelques incohérences (comment personne ne retrouve ce garçon dans un périmètre si petit?) et j’ai mis un peu de temps à entrer dans l’histoire car j’ai trouvé le démarrage  un peu lent mais j’ai fini par plutôt bien aimer ce roman et même y trouver une certaine poésie mais je ne peux pas dire qu’il me marquera vraiment sur le long terme et même, à vrai dire au moment d’écrire ce billet, je n’ai plus trop en tête les détails.

La voix du lecteur est plutôt bien adaptée au narrateur un peu innocent.

Les avis de mes co-jurés : Sylire

 Chez Sylire

catégorie « animal » (= des abeilles) de ma ligne audio

Rencontre avec Pete Fromm

Jeudi 12 avril j’ai eu la chance d’assister à une rencontre avec Pete Fromm organisée par la librairie Le Détour à Granville, dans le bar juste en face! Je ne connaissais l’auteur que de nom mais l’idée de rencontrer un auteur américain était vraiment intéressante et je n’ai pas regretté c’était passionnant! C’est Raphaël, le libraire, qui a mené l’entretien.

« First, I was born… »

Pour répondre à la question sur l’influence de sa vie sur son oeuvre, Pete Fromm, commence à dire qu’il est né 😉  puis a grandi dans une grande ville du centre des Etats-Unis, il aimait ses parents jusqu’à ce qu’il devienne ado puis il a voulu partir et a choisi une destination à 3000 km pour faire ses études.

« Wildlife biology » sounded like « playing outside »

Il a choisi des études de biologie animale. A la même époque, il lisait beaucoup d’histoires de montagne et il a trouvé un travail où il pouvait vivre dans la nature sauvage pendant 7 mois et cela lui a paru très bien. Puis lorsque les gardes forestiers qui l’ont accompagné sont repartis, il s’est retrouvé seul et s’est alors demandé ce qu’il faisait là! Le roman « Indian Creek » est basé sur son expérience.  « Je ne veux pas gâcher la fin de l’histoire mais … je ne suis pas mort! »

La découverte de l’écriture

Après avoir passé autant de temps seul, il ne supportait plus l’université et le fait de devoir suivre des règles et pour valider son année, il a choisi un cours qui lui paraissait facile : « Creative writing » (écriture littéraire). Cela ne l’intéressait pas du tout mais c’était « créatif ». Le prof était un homme atypique, assez bourru, qui est arrivé en retard au premier cours et a décidé de ne pas faire cours ce jour-là et c’est ainsi qu’il s’est dit qu’il avait vraiment bien choisi!

Pour ce cours, il fallait écrire une nouvelle. Il nous explique que ce qu’il réussissait le mieux à l’école c’était rêvasser (« daydreaming ») et que quand il a écrit sa nouvelle, c’était comme une longue rêverie et après cette histoire, il a trouvé ce qu’il voulait faire. Ce prof était le seul écrivain qu’il ait jamais rencontré et quand ce dernier lui a dit qu’il pouvait vivre de l’écriture, cela ne lui paraissait pas une bonne idée en se basant sur l’image qu’il lui donnait.

Il est donc devenu « park ranger », ce qui consistait à descendre en raft la Snake River pour être prêt à faire des sauvetages mais il ne pouvait pas oublier ce que c’était d’écrire alors il se levait plus tôt le matin pour écrire avant son travail et lors des périodes d’hiver quand il ne travaillait pas et qu’il rejoignait sa petite amie (aujourd’hui sa femme, qui était d’ailleurs présente avec lui ce jour-là), il écrivait 5 heures par jour pendant qu’elle travaillait.

Quand il retournait  travailler, il se levait de plus en plus tôt pour écrire et il écrivait de plus en plus souvent et après 7 ans, il s’est rendu compte que l’écriture prenait toute sa vie alors il a arrêté pour se consacrer à cela. Il avait vendu une nouvelle et il avait été payé par deux exemplaires du magazine et il s’est dit qu’il était donc devenu un auteur professionnel.

« In Montana, nature is not a character that stays in the background. »

« Writing advice : write what you know ». Pour suivre le conseil d’écriture comme quoi il faut écrire des choses que l’on connait, il raconte que ce qu’il connaissait c’était la montagne, la nature et c’était aussi ce qui le rendait heureux depuis toujours. Et il ajoute que dans le Montana, la nature n’est pas un personnage que l’on peut laisser en arrière plan.

« Mon désir le plus ardent »

Il nous a raconté la genèse de son dernier roman qui a commencé sa vie sous forme d’une nouvelle dans laquelle il raconte le mariage et le début de la vie d’un jeune couple. Des années plus tard, il a repensé à ce couple si jeune et innocent en se demandant ce qui leur était arrivé et 8 ans après, il s’est remis à écrire leur histoire mais en leur ajoutant des épreuves pour voir comment ils allaient évoluer car pour lui, une histoire d’amour parfaite, c’est vraiment ennuyeux.

Ils vivaient au bord d’une rivière mais comme dans beaucoup d’endroits, les lieux les plus beaux attirent les gens riches ce qui oblige les gens plus modestes à bouger, donc ils doivent refaire leur vie ailleurs. Après une longue attente, il a fini par leur « accorder » un enfant mais la femme a ensuite été diagnostiquée avec la sclérose en plaque. Et à partir de là, il essayait de voir comment les personnages allaient réagir. Toujours dans l’esprit « So what? » : on continue!

Ecriture

Il ne faut pas l’imaginer comme un intellectuel qui se plonge dans une réflexion profonde pour écrire. Pour lui, écrire c’est comme aller au cinéma. Il se lève tôt et il regarde ce qu’il peut raconter sur les gens qu’il observe. Quand l’écriture se passe bien, ses personnages font des choses auxquelles il ne s’attendait pas. Ils vivent leur vie.

Pour parler de la construction de ce roman, il explique que du fait que l’histoire se déroule sur 30 ans, il n’était pas possible de rester chronologique car cela aurait été trop long. Il explique que quand on raconte des histoires qui se passent dans la nature on parle toujours des choses qui se passent mal, pas des choses ordinaires qui se passent bien. Dans son roman, il  prend le parti d’avancer sans raconter tous les événements car il estime que le lecteur peut remplir les blancs, qu’il est capable d’utiliser son imagination entre les scènes plus fortes.

« Always assume your reader is at least as smart as you are. Trust your reader to follow you. » (Partez toujours du principe que votre lecteur est au moins aussi intelligent que vous. Faites confiance à votre lecteur pour qu’il vous suive)

« Show people what’s happening, don’t tell them. The story must show emotions, not tell the readers what they must fell. » Il préfère faire ressentir les choses à son lecteur plutôt que de lui dire ce qu’il doit ressentir. Il veut mettre le lecteur là où lui se trouve et lui faire ressentir ce que lui ressent. Il estime que s’il dit au lecteur quoi penser, c’est moins fort que de le lui faire ressentir. Le « nature writing » est souvent un genre qui peut donner envie aux  auteurs de dire ce qu’ils pensent mais lui préfère mettre le lecteur dans les lieux et les laisser penser.

Quand quelqu’un lui demande si son expérience à Indian Creek a fait de lui un écrivain, il répond que ça a certainement été un bon entraînement car l’écriture est quelque chose de très solitaire. Il explique que quand on est seul tout le temps, on rêve beaucoup et il n’y a rien qui interrompt l’imagination.

Il raconte aussi qu’il a beaucoup fait d’auto stop et qu’il se réinventait à chaque fois. Si la personne avait l’air sympathique, il disait qu’il allait loin. Quand on lui demandait où il allait et pourquoi il voyageait, au lieu de répondre les vraies raisons sans intérêt, il inventait des réponses et c’était aussi un bon entraînement pour l’écriture.

Lecture

Quand il était petit, son père lisait des histoires à ses trois fils jusqu’à un âge très avancé et cela s’est arrêté quand le lit est devenu trop petit pour qu’ils y soient tous les 4! (Il dit même « up to  an emabrassing age », un âge un peu gênant, vers ses 15 ans.). Il leur lisait des classiques comme Conan Doyle, Kipling, Jules Verne, Stevenson. Pete Fromm raconte qu’il adorait lire et les histoires jusqu’à ce qu’il aille à l’école chez les bonnes soeurs qu’il l’ont dégoûté de la lecture. Quand il est allé à Indian Creek, son père lui a envoyé sa bibliothèque dans des caisses et c’était sa seule distraction. Et il a énormément lu et ne s’est plus jamais arrêté.

« You can’t be a writer if you are not a reader ». Pour lui, être un lecteur est essentiel pour être un écrivain. Il dit que quand il lit, il observe ce que les autres écrivent et peut se dire qu’il veut faire certaines choses ou au contraire qu’il ne veut pas en faire d’autres. Tout ce qu’il lit l’influence. Il évoque en particulier Marc Twain avec lequel il a apprit que l’on pouvait écrire des choses noires avec de l’humour.

Poésie

A la question de la place de la poésie pour lui, il répond qu’il est influencé mais qu’il ne peut pas en écrire. En écoutant des poètes, il a appris beaucoup sur la langue, comment réduire la langue pour exprimer de grandes émotions. Mais la poésie lui donne envie de « regonfler » le texte pour le transformer en romans.

Conclusion

Il nous a remercié de notre présence, s’étonnant de faire une rencontre littéraire dans un bar en face d’une librairie, quelque chose qui lui plait beaucoup! Il a relevé le fait qu’il y ait eu des questionnements autour de l’écriture et de la poésie et il a dit qu’aux Etats-Unis, les rangs se seraient sans doute dépeuplés petit à petit avec ce genre de discussions dans un bar 😉

Mon avis sur cette rencontre

Comme je vous le disais au début, je ne connaissais pas Pete Fromm et j’ai beaucoup apprécié cette rencontre. C’est un homme charmant, souriant, drôle et intéressant. Il sait écouter et se raconter avec simplicité et modestie. C’est un homme qui semble être resté simple. J’ai acheté « Indian Creek » avant la rencontre car quand j’ai dit à Fanny, ma libraire, que le côté « Nature writing » me faisait un peu peur, elle m’a répondu que c’était pareil pour elle et qu’en fait elle avait beaucoup aimé. Après l’avoir entendu lors de cette rencontre, je suis contente d’en savoir plus! Ma copine, Mrs B, avec qui j’ai partagé ce moment, a acheté « Lucy in the sky », on se les prêtera!

Nous avons fait dédicacer nos livres. On lui a dit qu’on n’avait encore rien lu de lui mais qu’on avait beaucoup apprécié cette rencontre et il avait l’air agréablement surpris que l’on vienne voir un auteur qu’on ne connait pas.

Merci encore mille fois à Fanny et Raphaël de la librairie Le Détour qui savent faire vivre la littérature!