Rencontre avec Valentine Goby

J’ai eu la chance de pouvoir écouter Valentine Goby qui est venue dans mon petit coin de la Manche pour parler de son dernier roman « Un paquebot dans les arbres » et c’était une vraie chance car c’était la première fois qu’elle en parlait depuis sa sortie.

Valentine Goby était absolument rayonnante, avec un très beau sourire naturel et communicatif, joyeuse et très agréable à écouter, très généreuse dans cette rencontre. Comme d’habitude, je vais faire de mon mieux pour retranscrire ce beau moment (pas forcément de façon linéaire mais plutôt thématique) même si je n’ai pas pu tout noter car il y avait tant de choses passionnantes à écouter, j’espère lui avoir été fidèle  😉

L’entretien est mené comme d’habitude par Xavier Houssin qui commence par lire un extrait du roman et qui présente l’auteur et ses romans.  Valentine Goby a commencé par parler de l’histoire de « Un paquebot dans les arbres » (pour savoir de quoi parle roman, n’hésitez pas à aller lire mon billet). Elle explique qu’elle fait confiance à la vie qui l’a souvent mise sur des chemins lui ayant permis de rencontrer des gens qui lui racontent leurs histoires. Elle a une passion pour l’Histoire et ces histoires lui donnent envie d’écrire des romans.

  • Mathilde

Par le biais d’une personne rencontrée au moment de l’écriture de « Kinderzimmer », elle a rencontré Elise Bellion (la « vraie » Mathilde du roman), qui au détour d’une conversation lui parle du sanatorium et de la tuberculose de ses parents. Après avoir fait des recherches sur ce sanatorium, le sanatorium d’Aincourt, Valentine Goby propose à Elise Bellion de l’accompagner sur les lieux. D’ailleurs, la scène d’ouverture du roman où Mathilde adulte retourne là-bas, a réellement eu lieu mais en compagnie de l’auteur.

L’histoire de cette femme, c’était une histoire d’amour filial, familial. Pour elle, c’est l’histoire de la résistance à la fatalité. Cette jeune femme qui a admirablement sauté par-dessus l’obstacle.

A travers le rôle que lui donne cette tragédie, elle prend une revanche : elle a le regard du père, qu’elle a toujours cherché. On part d’une situation de manque et d’abandon à une situation d’écrasement. Elle met en balance amour et fidélité à la famille et l’envie et le besoin de devenir quelqu’un.

Elle va porter sur ses épaules le projet que la société ne peut pas encore offrir à ses parents qui ne bénéficient pas de la sécurité sociale en tant que commerçants ni des antibiotiques qui ne sont pas encore répandus en France.

Valentine Goby dit qu’elle aime parler de personnages faillibles. Parler de comment on arrive à surmonter les obstacles pour continuer à vivre. Parler des défis surmontés, des actes de bravoures. C’est facile de baisser les bras et d’arrêter de vivre mais choisir la vie, accepter les difficultés, c’est fascinant.

Cette maladie va ouvrir de nouvelles portes à Mathilde qui va rencontrer des personnes qui vont l’ouvrir sur le monde. Même les parents malades vont « profiter » de leur maladie au sanatorium pour se retrouver à deux et mieux connaître leur fille cadette. Tous apprennent de cette tragédie.

  • L’Histoire

Valentine Goby nous dit qu’elle a le sentiment qu’une mémoire chasse l’autre. Au sanatorium d’Aincourt, il y a une plaque qui explique que ce lieu a été un camp d’internement administratif pendant la deuxième guerre mondiale et qu’il est reconnu comme tel mais que rien n’est fait pour entretenir l’histoire du sanatorium en tant que lieu médical. Il y a coexistence de la douleur mais on a l’impression que ces douleurs ne permettent pas de cohabiter. C’est aussi ce qui fait la richesse de ce lieu. Mais l’histoire de la tuberculose a été oubliée…

Aujourd’hui, la tuberculose revient, la sécurité sociale recule, comme beaucoup de droits sociaux Peut-être que l’histoire de la tuberculose reviendra en avant car on a souvent oublié à quel point cette maladie a été dévastatrice.

Ce qui l‘intéresse quand elle écrit un roman c’est de participer à la vivacité de notre mémoire. Elle aime les gens qui ont une mémoire, elle-même n’en ayant pas beaucoup.

Elle aime beaucoup travailler sur les oubliés de l’histoire. Le roman selon elle peut être le relais de l’Histoire et de la sociologie dans une problématique de transmission.

L’Histoire est un moyen d’être mieux dans le présent, une façon de le mettre en perspective. On devrait regarder plus souvent le passé pour analyser, relativiser le présent.

Sa première passion, avant la littérature, c’est l’histoire. Elle considère que l’amnésie est une maladie mortelle.

  • Kinderzimmer

Valentine Goby a parlé longuement de la genèse du roman « Kinderzimmer » qui parle des enfants nés au camp de concentration de Ravensbrück. Sa passion de l’Histoire et des histoire individuelles ressort vraiment dans tout ce qu’elle raconte sur ce roman, l’avant, le pendant et l’après et je l’ai trouvée passionnante et très émouvante.

  • « D’après une histoire vraie »

Valentine Goby explique que ce n’est pas anodin de prendre l’histoire personnelle de quelqu’un pour écrire. Dans « Kinderzimmer », c’était déjà le cas mais le personnage central était collectif, c’était un chœur qui correspondait à plusieurs femmes rencontrées mais aussi inventées. Dans « L’antilope blanche » elle est partie du témoignage d’une femme qui est décédée avant l’écriture du roman alors elle a dû se « débrouiller » seule.

Dns « Un paquebot dans les arbres », elle est rentrée dans l’intimité de cette famille et elle a travaillé sous le regard d’Elise Bellion.

Quand elle écrit un roman, elle explique qu’elle va ajouter et retirer des choses car l’auteur doit trouver sa place. Elle ne fait pas de biographie.

Elle a le trac quand la personne concernée lit son roman car elle sait que si elle sent que celle-ci n’est pas à l’aise avec l’histoire qu’elle a recrée, elle ne publiera pas. C’est un risque mutuel qui est pris comme dans toute relation humaine.

« Un paquebot dans les arbres » est une histoire « vraie » mais pas « réelle ». C’est une histoire « véridique » et « Kinderzimmer » aussi.

  • Imagination / Ecriture

Elle déclare qu’elle n’a aucune imagination mais qu’elle a le sens de l’observation et l’empathie. Elle rencontre des gens pour s’inspirer. Elle n’invente pas mais elle met ensemble des choses qui existent déjà.

Pour elle, un roman c’est la rencontre de deux personnes et son travail à elle c’est la langue : mettre des mots sur ces histoires.

  • La relation au père

Dans « Baumes », elle a retracé son enfance à travers ses souvenirs liés aux parfums pour parler de ses relations entre elle et son père parfumeur. Elle profite d’ailleurs que son père ne soit pas présent ce jour-là pour admettre que Mathilde ressemble beaucoup à la petite fille qu’elle était.

  • Le corps

Le rapport au monde, pour elle, n’est pas cérébral : ça passe par le corps, par les sensations. La pensée vient ensuite faire la synthèse des sensations.

Le rapport aux autres passe par la peau. C’est le territoire commun. Chacun a son propre corps, unique, mais c’est une expérience commune. Nous sommes avant tout des corps.

Dans son écriture, elle passe par les sensations. Elle n’a pas envie de décréter qu’un personnage est triste ou a peur car elle ne sait pas ce que le lecteur mettra derrière ces mots. Elle préfère décrire ce que ressent ce personnage à ce moment, car elle sait que les lecteurs comprendront, identifieront les sensations. Pour elle, les sensations n’excluent pas alors que les mots peuvent le faire.

  • Dédicace

Après cette belle rencontre, je suis allée faire dédicacer mon exemplaire de son dernier roman. Je lui aussi dit que j’avais eu un coup de cœur pour  « Kinderzimmer » en version audio et que la lectrice était extraordinaire. Elle ne la connaissait pas, m’expliquant que c’était compliqué pour un auteur d’écouter son texte lu par quelqu’un d’autre. (Personnellement, je vous recommande la version audio si vous aimez ce type de lecture !)

Elle était tout à fait charmante, disponible pour chacun et je garderai un excellent souvenir de cette rencontre.

Retrouvailles de blogueuses et enregistrement de l’émission des Bibliomaniacs (avec moi dedans!)

En 2014, je participais au Prix de ELLE et au travers d’une page FB je me suis fait quelques très bonnes copines que j’ai eu grand plaisir à rencontrer lors de la remise du prix mais qui sont aussi ensuite venues me rendre visite chez moi à 5. Et je suis fan de l’émission Les Bibliomaniacs animée par Coralie, Eva, Fleur (et Laure même si elle prend un peu de temps off en ce moment). Je leur dis en rigolant que je suis leur « Number one fan » (les fans de Misery de Stephen King sauront que ça peut faire peur ;-).

Vous imaginez un peu mon émotion quand le 1er mai elles m’ont envoyé un message pour me proposer de participer à l’enregistrement de l’émission de juillet chez moi ! (Si émue que je me revois encore lire le message pendant une balade en famille au soleil pour voir des concerts de rue). J’ai bien entendu tout de suite accepté !

Alors je vais profiter de ce billet pour vous raconter les coulisses de l’émission Les Bibliomaniacs (je sais qu’il y a d’autres fans qui me lisent 😉 Cette émission allait être une « spéciale poches ». Les filles décident entre elles des livres qu’elles vont lire, elles font chacune des propositions (même moi : j’ai proposé « En cas de forte chaleur » de Maggie O’Farrel, que j’avais en anglais dans ma PAL mais qui existait en poche en français). Elles peuvent aussi proposer des livres que certaines ont déjà lus (ce qui m’arrangeait bien, vu mon programme chargé du mois de juin).

Nous avons donc fixé une date, ce serait le dimanche 26 juin, chez moi. Une arrivée vers midi et un départ à 18h45 nous permettant de manger ensemble, d’enregistrer l’émission et de faire une petite balade !

J’étais un peu stressée, j’avoue. J’ai lu les livres proposés : « En cas de forte chaleur » et « L’histoire de l’amour ». Je me souvenais clairement de ma lecture audio de « Joseph » et j’ai relu en version audio « Ru » que j’avais un peu oublié. J’ai imprimé mes anciens billets pour les relire et écrit et tapé les nouveaux pour avoir mes idées bien au clair.

J’étais vraiment heureuse de les retrouver à la gare comme si on se voyait régulièrement, ça me semblait vraiment naturel de nous retrouver comme ça chez moi ! Bastien et L’Homme étaient là pour le repas et Bastien a fait des dessins pour chacune. Il s’est montré naturel et charmant 😉 Pendant l’apéro au champagne (il faut bien ça pour des filles qui se sont connues par le magazine ELLE 😉 nous avons parlé de de tout et de rien mais pas des livres de l’émission pour garder la fraîcheur de nos avis pendant l’enregistrement. J’ai juste demandé si elles étaient d’accord avec mon interprétation de la fin de « L’histoire de l’amour », sachant qu’on ne parlerait pas de cet aspect-là !) et échangé des cadeaux (j’ai été bien trop gâtée les filles !!)

Après le repas, nous nous sommes « débarrassées » des hommes pour pouvoir enregistrer tranquillement.

Et à ce moment-là, j’avoue que j’étais un peu intimidée : les premiers tests de voix m’ont non seulement rappelé que je détestais le son de ma voix et que je riais un peu trop fort mais surtout que c’était LE moment… on allait vraiment enregistrer ! J’avais mes petites notes pour me rassurer (et j’étais contente de voir que Fleur / Amandine aussi prenait ses notes).

Pendant les premières minutes, j’étais un peu tendue, j’avais peur de dire des bêtises et petit à petit j’ai tout simplement oublié qu’on enregistrait et j’écoutais tout simplement les copines qui parlaient ! C’était un moment très agréable.

Et j’ai trouvé que le temps est passé très vite (et pourtant l’émission a bien duré 1 heure !°

Après l’enregistrement, Coralie a sauvegardé l’émission pour ne pas la perdre avant le montage (d’ailleurs, Eva l’avait aussi enregistrée sur son iphone car les filles étaient échaudées d’un précédant problème technique).

Puis nous sommes allées nous balader. Un petit tour à la librairie Le détour (MA librairie) pour déposer des marques-pages de l’émission et ensuite nous avons fait un tour dans la Haute Ville pour voir les petites rues et la mer.

Nous avons pris un dernier verre près de la gare (en face d’un magnifique rond point 😉 et les filles sont reparties.

J’ai passé une excellente journée et l’expérience de l’enregistrement d’une émission et de voir l’envers du décor m’a énormément plu !

Merci encore mille fois les copines ! Vous êtes les bienvenues quand vous voulez ou alors la prochaine fois, je viens vous voir à Paris !

Et pour écouter l’émission, c’est ici : Couverture de l'émission d'été spéciale Poches

Et n’hésitez à leur laisser un petit commentaire : il y avait un petit problème technique et on ne pouvait plus commenter mais maintenant c’est réglé (Merci à Une Ribembelle et Claire de l’avoir signalé!) : il faut mettre son pseudo, son adresse mail et pas la peine de noter un mot de passe, il  suffit de cocher « I’d rather be a guest » et c’est bon 😉

Rencontre avec Catherine Poulain

Vendredi dernier, grâce à la Librairie Le Détour, j’ai eu la chance de rencontrer Catherine Poulain, l’auteur du roman « Le grand marin ». L’entretien était mené par Fanny, ma libraire, dans le bar en face de la librairie.

Catherine Poulain est une femme menue au visage buriné, au sourire délicat et à la voix toute douce. Son roman a été un coup de cœur pour Fanny et Raphaël, mes libraires, avant même sa sortie et ils avaient vraiment envie de le faire connaître et de rencontrer l’auteur.

(Désolée pour les photos floues, mon téléphone ne fonctionne plus très bien et je n’avais pas mon appereil photo 😦 )

Le roman « Le grand marin »

Fanny a commencé par faire un résumé succinct du roman : l’aventure d’une femme, Lili, qui va en Alaska pour pêcher avec des hommes mais surtout qui va au bout d’elle-même. Un roman intense et très rythmé. Puis elle a lu un extrait du début du roman (Fanny lit très bien à voix haute, je m’en fais la remarque à chaque fois !) puis la discussion commence avec l’auteur, parfois  à l’initiative de Fanny, parfois de lecteurs présents.

Catherine Poulain est allée pêcher en Alaska et on peut dire que Lili, le personnage du roman, est un peu son double, mais elle ne voulait pas parler d’elle mais des marins et de la pêche et de cette envie de pêcher. Elle s’est servie de Lili, d’elle, pour parler de ça : un regard étranger qui se pose sur les gens.

Lili fuit quelque chose, elle va au bout d’elle-même et elle rencontre de grands hommes. Le « grand marin » est un homme impressionnant dans le roman et il a existé. C’tait un grand homme en mer qui perdait toute sa substance à terre. C’était un être humain entier.

L’écriture

Fanny a demandé à Catherine Poulain comment était né ce roman. Elle nous a expliqué qu’elle avait toujours tenu des carnets pour garder le fil car elle avait toujours eu une vie chaotique. Et quand elle avait le temps, elle essayait de construire des histoires. Les scènes de pêche étaient écrites depuis longtemps car elle avait peur d’oublier. Elle avait d’ailleurs retrouvé des bribes du « grand marin » dans ses carnets.

Elle est devenue bergère et elle a rencontré une auteur dans le cadre de son travail qui l’a encouragée à lui envoyer quelques pages. Elle s’est alors mise à écrire des passages et Olivier Cohen des Editions de L’Olivier a voulu la rencontrer et elle est allée au bout de ce projet.

A la question de l’écriture d’un autre roman, elle a répondu que ce n’était qu’un commencement. Elle a un synopsis énorme qui attend là et ça va lui permettre d’écrire et elle n’est pas sûre s’avoir assez de sa vie !

Son style

A la question concernant la féminité de son style, elle répond que sur le bateau de pêche, elle ne perdait pas sa féminité et elle estime qu’on peut arriver à être dans le monde des hommes ET être dans la féminité. On peut allier les deux et c’est peut-être la même chose pour l’écriture. C’est peut-être devenu une écriture sans genre.

Elle explique aussi qu’elle ne veut pas entrer dans le cérébral, elle veut être dans ce que l’on ressent. Elle a plein de questionnements sur la vie. Elle aimerait faire passer des choses que les gens pourraient ressentir et qu’ils décident d’eux-mêmes.

Sa vie

Catherine Poulain a raconté qu’elle avait passé 10 ans à pêcher et qu’à chaque fois qu’elle revenait en France elle n’avait qu’une envie, c’était de repartir là-bas.

Après avoir été expulsée des Etats-Unis car vivait en Alaska avec de faux papiers, elle est revenue en France et est allée dans un centre de formation pour apprendre à tailler les vignes. Il y avait aussi des cours pour devenir berger transhumant et quand elle a su qu’elle ne pourrait plus retourner en Alaska elle s’est dit qu’elle se donnerait à fond dans la montagne avec les brebis.

Lecture

A la question sur les lectures qui l’ont nourries, elle a répondu qu’enfant elle avait beaucoup lu mais qu’à 20 ans, elle ne voulait pas être influencée alors elle ne lisait plus. Puis aux Etats-Unis, elle s’est remise à lire tout ce qu’elle pouvait trouver : littérature américaine, littérature universelle. Mais elle n’aime pas les livres qui se perdent dans les idées. Elle a cité Harrison, McCarthy, Colum McCann, la poésie de Bukowski, des scandinaves… Elle a dit qu’elle avait des goûts très éclectiques. Tout ce qui est intense, tout ce qui brûle, tout ce qui va au bout.

Notoriété

Fanny lui a demandé comment elle vivait sa notoriété. Elle a raconté que quand le roman est sorti, elle était dans la montagne avec les brebis et qu’elle a reçu les premiers échos de l’éditeur par téléphone quand elle avait du réseau mais qu’elle était surtout concentrée sur son travail.

Puis en février elle est arrivée à Paris, terrorisée et il y a eu « La Grande Librairie » et elle a dit en plaisantant que ses éditeurs ont dû se demander à ce moment là si elle n’allait pas repartir en courant !

Après, elle s’est habituée mais ce qui l’a le plus gênée c’était de lire des portraits d’elle dans la presse. Elle est quelqu’un d’un peu sauvage et tout à coup voir sa vie dévoilée (et surtout avec des aspects mis en avant qui n’étaient pas toujours vrais) l’a vraiment perturbée. Puis elle a pris de la distance et elle ne lit tout simplement plus les journaux.

Elle admet que là, elle commence à fatiguer et qu’il était temps qu’elle retourne à sa vie réelle et elle était contente de retrouver ses brebis en juin.

Dédicace

Après cette rencontre dépaysante et très intéressante, nous avons pu faire dédicacer nos livres dehors, dans la barque qui est devant la librairie. Catherine Poulain est quelqu’un de vraiment charmant, toute en délicatesse et en retenue, elle prend le temps d’échanger quelques mots avec chacun.

Ce fut une jolie rencontre qui m’a vraiment donné envie de découvrir son roman.

(Même commentaire sur mes photos floues…)

Merci à Fanny et Raphaël d’avoir organisé cette rencontre ! Vous aussi, si près de chez vous une librairie organise ce genre de rencontre avec des auteurs, n’hésitez pas à y aller, même si vous n’avez pas lu les livres : d’abord, vous apportez du soutien aux libraires qui se donnent beaucoup de mal pour rendre la littérature encore plus vivante et puis vous découvrirez forcément quelque chose de nouveau !

Festival Rue des Livres 2016 à Rennes et rencontres des « Blogueurs de l’Ouest »!

Samedi 12 mars, j’étais à Rennes pour le Festival Rue des livres, un salon du livre gratuit et à taille humaine où j’ai retrouvé le traditionnel groupe des  « Blogueurs de l’Ouest » grâce à l’organisation toujours parfaite de Gambadou. Vous pouvez lire mes compte-rendus de 2011 2012 et 2014 

Après avoir roulé dans un brouillard à couper au couteau, je suis arrivée à Rennes sous le soleil et j’ai d’abord retrouvé Sandrine à 11h. Puis nous avons été rejointes par Canel et son mari et Géraldine. Peu de temps après, Gambadou est arrivée avec le groupe de voyageurs en train:  SylireClaireYvon et sa femme.

Nous avons fait une petit tour dans le salon : j’en ai profité pour aller saluer Sorj Chalandon et faire dédicacer son dernier livre. La discussion a été sympathique mais il faut que je me rende à l’évidence : il ne se souvenait pas de moi 😉

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Pour être honnête, notre premier petit tour dans le salon a surtout été une excuse pour nous arrêter toutes les 5 minutes pour bavarder entre nous de tout et de rien et beaucoup des livres que nous voyions sur les stands (heureusement que nous n’avons pas acheté tous les livres recommandés par les unes et les autres 😉

Je suis allée faire un tour du côté des stands de littérature jeunesse et j’ai acheté un livre pour Bastien au titre qui me paraissait parfait pour cette journée sans Homme ni enfant : « Papa qui lit ». Charles Dutertre, l’illustrateur a fait une chouette dédicace et m’a dit que ce livre était une commande qu’il avait acceptée avec plaisir car lui-même étant papa de trois enfants, le sujet du papa qui lit l’histoire du soir lui parlait bien. Je lui ai fait remarquer que ses enfants avaient de la chance d’avoir un papa qui faisait des livres et il m’a dit que sa série « Louison Mignon » était basée sur sa propre fille qui est surnommée ainsi chez eux 😉

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Nous nous sommes ensuite retrouvés avec Antigone que je rencontrai pour la première fois (et avec grand plaisir car je la suis depuis très longtemps sur la blogo) et Yaneck que j’avais déjà rencontré en 2014.

Nous avons mangé ensemble dans une pizzeria non sans avoir papoté tout le long du chemin, de tout et de rien mais beaucoup de livres et de blogs 😉

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Un petit groupe est parti en avance pour aller écouter Sorj Chalandon parler de son dernier roman « Profession du père ».

Il a expliqué que dans ses romans il essayait de prendre de la distance car pour lui le roman a plus d’élégance que la réalité. Il a listé les choses dans le roman qui ne correspondaient pas à sa réalité, expliquant notamment que le personnage de l’enfant, Emile, était un mélange de son frère et lui. Il a dit qu’en étant Emile, il prenait une distance pour être « je » sans être tout à fait lui. Il se réappropriait Sorj.

Il a aussi parlé de son style aux phrases souvent courtes et a expliqué que ce n’était pas un « effet » mais une conséquence de son bégayement de l’enfance qui l’a toujours obligé à aller vers l’épure dans le langage. Un besoin d’aller là où le mot est le plus cru, le plus vrai. Un besoin que dans une phrase il y ait un monde entier. L’oralité et l’écrit passent pour lui par des phrases courtes et des points pour garder le sens du mot, pour ne pas trahir ses mots.

Quand il a parlé du sujet de son roman, il a expliqué que s’il avait pleuré en l’écrivant, il ne voulait pas pour autant qu’il y ait de larmes dans le texte. Il voulait qu’on puisse y trouver l’effroi qui empêche de respirer mais pas de larmes. Il voulait raconter l’épouvante pour qu’elle soit ressentie.

Il a aussi dit que pour lui, la violence physique était annexe, que ce qui était plus grave c’était que l’home qui portait les coups s’invente des vies et entraîne son enfant dans ces vies et que l’enfant devenait le véhicule des mensonges du père, tout le monde croyant que c’était l’enfant qui mentait, qui était dingue,  personne ne pouvant imaginer qu’il y avait un adulte derrière. Enfant, il croyait jouer aux cow-boys et aux indiens mais à aucun moment le père ne disait qu’il « jouait », car lui « vivait » ces situations. Il a fait remarquer d’ailleurs au sujet du mensonge que son frère est devenu détective privé et lui journaliste : deux métiers qui recherchent la vérité.

Il a aussi parlé de sa famille. Expliquant qu’il avait déjà écrit sur son père (« La légende de nos pères ») mais que ce dernier après l’avoir lu n’avait absolument pas compris qu’il s’agissait de lui. Il a écrit « Profession du père » après la mort de son père, commençant littéralement à prendre des notes le jour de l’inhumation. Avant que le roman ne sorte, il l’a fait lire à sa mère et à son frère. Sa mère lui a juste dit qu’elle l’avait lu et qu’elle proposait qu’ils n’en reparlent plus jamais. Il a aussi raconté qu’après la mort du père, il pensait pouvoir atteindre sa mère mais elle restait ancrée dans l’image de son mari, ne semblant pas pouvoir lui faire le moindre reproche. Quant à son frère, il lui a dit qu’il avait beaucoup ri en le lisant. Récemment, son frère lui a avoué que lui, enfant, n’avait jamais cru les histoires du père et quand Sorj lui a demandé pourquoi  lui le croyait, son frère a répondu « Parce que toi, tu l’aimais ». D’ailleurs, il dit que jusqu’au bout il a attendu quelque chose de son père et regretté aussi que sa mère ne lui fasse pas comprendre une seule fois que quoi qu’il se passe elle était là pour lui.

Cette entretien était assez drôle, beaucoup plus léger que les autres fois où j’ai assisté à des rencontres. Il a raconté avec beaucoup d’humour les vraies situations vécues avec son père, comme des histoires d’enfances ordinaires. Il a aussi plaisanté sur le fait qu’à chaque fois qu’il allait dans des salons ou des rencontres, il y a des psys qui lui donnaient leur carte en s’inquiétant de son étant mental actuel 😉 Il était plus drôle et léger mais il bégayait un peu vers la fin quand il parlait de sa mère, ce qui montrait quand même son émotion.

Et enfin, il a dit que concernant son écriture, il en avait fini avec la guerre, que l’Irlande était retournée dans la sphère privée car c’était maintenant uniquement en lien avec un pays et des gens qu’il aimait et qu’il avait fait le deuil du père. Il n’a écrit à ce jour qu’un seul roman complètement imaginaire (« Une promesse ») qui ne soit pas lié à des blessures personnelles et comme il ne se souhaitait pas d’autres malheurs, il y avait donc deux solutions maintenant : soit il arrêtait d’écrire complètement, soit il passait en fiction pure en quittant les blessures intimes.

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Après cette rencontre très intéressante, je suis allée voir Jeff Sourdin, un auteur que je voulais rencontrer depuis longtemps mais que je connaissais déjà pourtant… Il avait été prof stagiaire dans mon collège il y a très longtemps et je savais qu’il était aussi auteur mais je n’avais pas encore eu l’occasion ni de le lire ni de le voir depuis. Ce qui est très amusant c’est qu’il m’a tout de suite reconnue (alors qu’on ne s’était pas vus depuis plus de 10 ans !) J’ai beaucoup apprécié de discuter avec lui. Déjà, j’avais oublié que « Sourdin » était son vrai nom de famille (ben oui, on ne s’appelle pas M. Truc et Mme Machin en salle des profs, alors j’avais juste retenu son prénom) et j’étais persuadée que « Sourdin » était un pseudo car c’est le nom des habitants de la ville où nous travaillions à l’époque ! J’ai acheté son premier roman « Ripeur » dont Midola avait parlé chez elle et que j’avais envie de lire depuis très longtemps et son dernier « Pays retrouvé » pour lequel Midola a aussi eu un coup de cœur ! Nous avons parlé du collège, des anciens collègues, de nos vies actuelles et de la maison d’édition « La part commune » maison Rennaise qui fait de très beaux objets livres.

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Après avoir fait une petite pause avec mes copines blogueuses et reparlé de la rencontre avec Sorj Chalandon, j’ai été tentée par l’achat qu’Antigone avait fait d’un roman de l’auteur jeunesse Hubert Ben Kemoun, me rappelant que j’avais beaucoup aimé « La gazelle » et que comme je « collectionne » un peu les romans en lien avec la course à pied je voulais l’acheter. Cette rencontre a été très drôle ! Quand nous sommes arrivées avec Antigone, il était sur le point de partir. Mais je lui ai dit que je voulais acheter « La Gazelle » car je l’avais déjà  lu et que j’avais aimé. Il m’a répondu que c’était un roman que lui aimait beaucoup mais qu’en général les gens n’aimaient pas car il ne s’y passait rien ! Je lui ai dit que moi qui courais, je trouvais au contraire c’était un roman très réaliste car quand on court de longues distances notre esprit vagabonde tout à fait comme ça. Il a dit qu’il était tout à fait d’accord avec moi et que seules les bonnes lectrices le voyaient (tout ça avec humour bien sûr !) Après il m’a demandé pourquoi je voulais acheter si je l’avais déjà lu. Alors je lui ai demandé lequel il me conseillait et il m’a dit « Lisez celui là ! » en montrant son dernier roman « La fille quelques heures avant l’impact » (qu’Aproposdelivres venait de lire justement et avait aimé). Il était encore pressé de partir et m’a dit faussement bourru « Je suppose vous voulez une dédicace ? » J’ai dit oui et il m’a dit : « C’est bien parce que j’ai repéré vos collants Mona Lisa » (Oui, j’avais des collants avec Mona Lisa dessus… tiens, tiens, comment a-t-il pu les repérer ? 😉  La conversation était vraiment drôle et plein de sous-entendus, j’ai adoré cette rencontre ! Nous avons pris une photo et je crois que ça se voit 😉 Juste avant de partir, il y avait un petit garçon qu’il semblait connaître pour qui il n’avait plus le temps de faire une dédicace (à cause de moi 😦 ) et il lui a dit très gentiment « Tu sais, ce n’est pas important la dédicace, ce qui est important ce sont les histoires du livres et puis, il faut que tu arrêtes de ruiner ta maman : emprunte les à la médiathèque » (et j’ai beaucoup aimé cette petite phrase !)

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Avant de rejoindre les autres, Antigone et moi avons craqué sur une petite revue « Pop Corn : La revue qui se fait des films » sur Star Wars pour nos fils réspectifs, dédicacée par Pauline Payen.

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Juste au moment où Sandrine et moi allions repartir, nous avons croisé Midola qui était venue avec son fils et j’étais vraiment très contente de la revoir !

Inutile de vous dire que j’ai adoré cette journée ! Elle tombait parfaitement à pic : après deux semaines d’arrêt maladie, j’avais un peu le moral en berne car je me suis sentie un peu isolée chez moi alors voir plein de têtes connues ou faire de nouvelles rencontres, papoter de livres et autres, rire et plaisanter m’ont fait beaucoup de bien ! Merci à tous pour votre bonne humeur et la passion des livres qui nous réunit!

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Je vous laisse avec des photos de groupe où nous montrons à quel point les blogueurs de l’Ouest sont sérieux (ou pas 😉

Cette année, il y avait (par ordre alphabétique et non d’apparition sur les photos) :  Antigone (son billet sur la journée est ici)Aproposdelivres (son billet sur la journée est ici)Canel (qui est notre photographe) (son billet sur la journée est ici)Gambadou (son billet sur la journée est ici)Géraldine Sandrine (son billet sur la journée est ici)SylireYaneck (qui n’était pas là au moment des photos), Yvon (et son épouse Nicole).

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Et un petit clin d’oeil, le festival proposait de coller un post it avec un coup de coeur de lecture : moi j’ai noté mon dernier coup de coeur en date « Les gens dans l’enveloppe » de Isabelle Monnin.


Commentaires laissés à l’époque sur canalblog :
  • Super journée ! c’est toujours très sympa ces rencontres avec les blogueuses et les auteurs. Sorj qui ne t’a pas reconnue, tu vas t’en remettre ?? 
Posté par aifelle1dimanche 20 mars 2016
  • oh oui, une super journée! Oh tu sais, je joue un peu la « groupie » : je ne me faisais aucune illusion sur mon lien avec Sorj Chalandon  Ce que

j’aime vraiment ce sont ses mots (à l’écrit mais aussi à l’oral)  Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016 |

  •  Ton compte rendu est très complet. Oui, une chouette journée. J’ai vu moins d’auteurs que toi mais je me suis rattrapée le lendemain au salon de Quintin. Vivement l’an prochain ! Posté par syliredimanche 20 mars 2016
  • Bavarde un jour, bavarde toujours  Tu as de la chance d’avoir plein de petits salons à taille humaine près de chez toi. Le salon du livre de Paris ne me fait pas du tout envie! Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • Quelle chouette journée. Je n’ai jamais eu la chance de rencontrer Sorj Chalandon mais avec ce petit compte-rendu, c’est un peu comme si j’y étais ! Merci ! Posté par Saxaouldimanche 20 mars 2016
  • Je suis ravie de te faire participer indirectement à cette rencontre  et j’espère qu’un jour on pourra faire une rencontre de blogueurs avec toi! Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • Un compte rendu exhaustif et sympa! Sorj ne se rappelait pas de toi ? Mais quel mufle!  Posté par Gwenaëlledimanche 20 mars 2016
  •  Je ne peux même pas lui en vouloir : il voit tant de monde et je ne suis pas la seule à l’aimer  J’ai en tout cas passé un super moment entre blogueurs (et je serai venue pour LES voir même si Sorj n’avait pas été là  Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • C’est sympa ! J’attends le festival du livre de Nice avec impatience   Je vois que tu as fais quelques petits achats, histoire de faire monter un peu ta PAL  Posté par Chapitre Onzedimanche 20 mars 2016
  • Difficile de résister! par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • et bin didonc toute une bien belle journee didonc…et surtout le meilleure que de chouettes rencontres…j’adore didonc…j’adore…. Posté par racheldimanche 20 mars 2016
  • Oh oui, des retrouvailles de blogueurs, une rencontre avec Antigone et des auteurs très sympas : j’ai passé une excellente journée! Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • yesss…c reparti pour les coms…lol….ouiiii vraiment une journee toute bonne pour recharger les piles…que du bonheur…. Posté par rachellundi 21 mars 2016 |
  • oui, c’est exactement ça : du bonheur! Posté par ennapapillon, mardi 22 mars 2016
  • Oui, c’était une super journée !! Nous nous sommes bien amusées. Et puis je me suis sentie tout de suite à l’aise, bien que « petite nouvelle »… il faut dire que nous nous connaissons depuis des années. Je lirai le Chalandon, très certainement, son discours était très marquant. Posté par Antigone1dimanche 20 mars 2016
  • Je n’ai pas du tout eu l’impression que tu étais une « petite nouvelle », j’avais ml’impression qu’on se connaissait déjà (vive les blogs, ils ne sont pas si virtuels que ça!) J’espère qu’on pourra se revoir vite! Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • Merci de partager ce moment avec nous. Posté par manikadimanche 20 mars 2016
  • Je ne peux que te souhaiter de faire de chouette rencontres comme ça!  Posté par ennapapillonmardi 22 mars 2016
  • Tu me fais rire quand tu dis de Jeff Sourdin que tu avais envie de lui    si si tu l’as dit  Posté par Sandrine(SD49)dimanche 20 mars 2016
  • J’ai dit ça ?? Non?? A lui?? Roh… Je ne m’en souviens pas (Sorj Chalandon peut me donner les cartes des psy qu’il aura reçu ce jour là car c’était inconscient pour le coup !! Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • Tu le dis dans ton billet  Posté par Sandrine(SD49)dimanche 20 mars 2016
  • et depuis très longtemps en plus  Posté par Sandrine(SD49)dimanche 20 mars 2016
  • Non??? Je me suis relue pourtant, je n’avais pas vu ça… Je vais me relire! Posté par ennapapillon, dimanche 20 mars 2016
  • Ça fait plaisir de relire un compte rendu de cette journée, comme ça j’ai l’impression de la revivre une deuxième fois ! Cool !Posté par Gambadou, dimanche 20 mars 2016
  • ça passe trop vite ce genre de journée! Merci encore d’avoir organisé ça avec ta bonne humeur habituelle! J’espère pouvoir revenir l’année prochaine!  Posté par ennapapillon, mardi 22 mars 2016
  • Super ce concept de rencontre des globeuses de l’Ouest, l’année prochaine j’essaye d’en être… Posté par Joëlledimanche 20 mars 2016
  • N’hésite pas : c’est très convivial! C’est toujours au mois de mars et Gambadou organise ça de main de maître  Posté par ennapapillon, mardi 22 mars 2016
  • A chaque fois que je lis les compte-rendus je me dis qu’il faudrait vraiment que j’y aille, il a l’air très sympa ce salon, et les blogueurs aussi  Posté par Tiphanielundi 21 mars 2016
  • ça fait peut-être un peu loin pour toi  mais je serai vraiment contente de te rencontrer enfin!  Posté par ennapapillon, mardi 22 mars 2016
  • J’irai peut-être l’année prochaine, après tout moi aussi je suis une blogueuse de l’ouest ! Posté par Arianelundi 21 mars 2016
  • Bonne idée! C’est en mars et Gambadou se charge de rassembler tout le monde! On s »y verra peut-être! Posté par ennapapillon, mardi 22 mars 2016 | 

Rencontre avec Carole Martinez

Samedi dernier, avec ma copine Mrs B, nous avons décidé de mettre de côté notre fatigue et nos soucis pour aller à la rencontre de Carole Martinez et nous avons eu bien raison car nos avons passé un excellent moment hors du temps !

Je vais tenter de vous transmettre ce qu’elle nous a dit, le plus fidèlement possible, et comme d’habitude ce n’est pas forcément linéaire.

Le merveilleux et la famille

Xavier Houssin (le journaliste du Monde des Livres qui organise avec sa femme ces rencontres littéraire dans la petite ville balnéaire de Carolles dans la Manche) a présenté l’auteur et fait remarquer que l’ambiance de sorcellerie, de fantômes qui parlent aux vivants et les visions qui aident à faire face allaient bien à l’écriture de Carole Martinez. Elle a répondu qu’il y avait chez elle un goût du fabuleux et de l’émerveillement qui lui venait de sa grand-mère. Elle ne s’en rendait pas compte avant qu’on lui en parle car c’était naturel. Sa grand-mère a toujours été à cheval entre le réel, le concret et toute une part de merveilleux et elle a été élevée dedans et cela lui paraissait naturel même si elle n’y croyait pas vraiment. Elle trouvait ça surtout très joli. Sa grand-mère soignait les brûlures avec des prières en espagnole qui se transmettaient de mères en filles.

« Le cœur cousu » est d’ailleurs l’histoire de son aïeule qui lui avait été racontée par sa grand-mère : une femme qui aurait été jouée et perdue au jeu par son mari et qui s’était sauvée d’Espagne en Algérie. Cette histoire familiale devenue une légende, un mélange de conte et de choses réelles, des contes et légendes se mêlant aux histoires familiales, est devenue une mythologie familiale.

Carole Martinez a eu envie de la raconter mais l’écriture de ce premier roman, c’était pour elle une façon de réparer l’histoire familiale qui lui paraissait bancale. Elle voulait  reprendre le pouvoir et ne pas toujours avoir à se méfier du désir des hommes car c’était une des conséquences de cette histoire familiale. Elle voulait rééquilibrer la relation entre les hommes et les femmes. Le choix de la couture dans « Le cœur cousu » était d’ailleurs lié à cette envie de « réparer » cette histoire.

Le merveilleux, c’est son univers. Elle aime cette pensée magique qui appartient à l’enfance.

La création

Carole Martinez a lu (et très bien d’ailleurs ! Xavier Houssin avait expliqué dans son introduction qu’elle avait fait du théâtre avant l’écriture et ça se sent) un extrait de la fin du « Coeur cousu » qui correspondait à ce qu’elle pensait être son projet d’écriture au début. Elle pensait enfermer Frascita Carasco dans une cuisine mais le roman n’a pas pris cette direction et c’est finalement dans le roman suivant qu’elle a enfermé Escarlmonde dans 5m² dans « Du domaine des murmures » . Et pourtant, cette femme qui est cloîtrée et immobile voyage par ses visions et par sa fenêtre, elle va avoir accès à son siècle par les pèlerins qui viennent à elle.

Carole Martinez a expliqué que quand elle a commencé à écrire son deuxième roman, elle voulait que ce soit une histoire de 7 femmes contemporaines, l’une entendant les voix des 6 autres, chacune ayant la parole pendant 50 pages. Mais l’écriture a pris le dessus et son personnage s’est transformé en Escarlmonde et elle avait tant à dire que le roman s’est centré sur elle.

Un paysage et un château imaginaire se sont imposés à elle. Elle voyait ce paysage et s’est créé un château qui était très clair dans son esprit. Et c’est ainsi que plutôt que d’avoir un roman avec 7 femmes, elle compte plutôt parler de 7 femmes différentes qui vont se succéder autour d’un même domaine.

Ses personnages prennent le dessus. Ses femmes qu’elle pensait être des petits êtres sont en fait comme des roseaux qui se révèlent être des femmes beaucoup plus fortes. Elles ressortent vainqueurs.

Elle explique qu’elle trouve cela compliqué de terminer un roman car elle n’a pas envie de quitter ses personnages. Alors, en ayant des personnages récurrents ou des lieux qui se répètent de livre en livre, cela permet de garder le lien, de savoir qu’on va les retrouver. Pour elle, c’est un « château récurrent » qu’elle a créé. Il y a aussi le personnage de la dame verte qu’elle a fait revenir entre « Du domaine des murmure » et « La terre qui penche » et comme elle est immortelle, elle sait qu’elle pourra la réutiliser dans d’autres siècles.

Ecriture

Quand Xavier Houssin lui a demandé ce qui l’a poussé à écrire, elle a répondu qu’elle a tout simplement beaucoup de plaisir à écrire. C’est très égoïste. Et puis, il y a aussi cette idée qu’elle peut embarquer des gens avec elle par l’écriture.

« Le cœur cousu » lui a pris 14 ans à écrire mais ce n’était pas du tout douloureux. Elle avait aussi plein d’autres choses dans sa vie. Elle estime qu’il n’y a pas que l’écriture : il y a la vie. Ce qui n’empêche que les moments d’écriture sont pour elle des moments de bonheur. Elle explique que le plus dur quand un livre prend des années à être écrit c’est le risque que le désir de l’écrire disparaisse et aussi le fait qu’entre le début de l’écriture et la fin elle n’était plus la même femme.

Carole Martinez raconte aussi que pour elle, ses échecs ont été des moteurs pour créer autre chose. Elle a donné l’exemple de son échec au CAPES qui lui a donné envie d’écrire un roman jeunesse qui l’a beaucoup amusé et qui a surtout été consolateur, comme une revanche. Son message c’est que l’échec est ce qu’on en fait et qu’il peut faire naître une réussite.

Les lecteurs

Concernant les lecteurs, Carole Martinez pense qu’il ne faut pas tout dire dans un roman car il faut laisser de la place au lecteur. Chaque lecteur dessine son roman : il y a plein d’histoires, pas une seule. C’est la force de la fiction, il y a la possibilité de laisser une liberté aux lecteurs d’interpréter le roman.

Quand quelqu’un lui a demandé si on pouvait lire ses trois romans dans le désordre, elle a répondu que cela ne posait pas de problème. Cela faisait se dérouler l’histoire globale différemment mais qu’elle aurait un sens. Elle a ajouté que quand elle entendait des lecteurs parler des ses romans elle ne les reconnaissait pas forcément car chaque lecteurs apporte sa perception personnelle à l‘histoire.

Les femmes

Elle a dit que pour elle, les femmes utilisent la poésie et l’imagination pour dépasser des choses difficiles car l’histoire des femmes à travers les siècles n’a jamais été facile.

Il y a eu une discussion sur les règles, qui est un sujet qui lui tient à cœur et qui montre de quelle manière les femmes étaient mises de côté à cause de leurs menstruations à une époque pas si éloignée et que cela les coupait du monde. Elle s’est d’ailleurs réjouie que le Sénat ait reconnu que les protections périodiques étaient des produits de première nécessité en adoptant une TVA moins élevée qu’avant.

Mon impression

Cette rencontre a été formidable ! Carole Martinez est une femme simple et abordable, naturelle. Très bavarde, c’est une vraie conteuse qui part d’une idée et qui dévie entre ses histoires de familles, les histoires de  ses personnages et de ses rencontres liées à l’écriture. Des anecdotes et des histoires détaillées toutes plus passionnantes les unes que les autres viennent émailler son propos. (Je n’ai pas pu tout retranscrire de la rencontre, mes mots n’auraient pas pu transmettre toute la saveur de sa façon si spontanée de se raconter !)

Elle est drôle, sympathique, vive. Ce fut un réel plaisir de l’écouter car elle est passionnante, jamais ennuyeuse : nous aurions pu rester bien plus longtemps avec elle!

Dédicace

Au moment d’aller faire dédicacer nos livres, Mrs B a dit à Carole Martinez qu’elle avait déjà lu le livre qu’elle lui faisait signer car je lui avais prêté et je lui ai raconté que j’avais beaucoup prêté ses 3 romans. Je lui ai raconté que j’avais lu « Le cœur cousu » tout en allaitant mon fils, la nuit, en tenant le roman d’une main et que j’avais eu un coup de cœur. (L’anecdote l’a amusée 😉 Mrs B a acheté le roman jeunesse pour son fils et elle a écrit une très jolie dédicace très personnelle pour lui.

Je lui ai donné ma carte de visite du blog et je lui ai dit que j’avais adoré l’écouter et qu’elle était telle que je me l’imaginais, c’est-à-dire quelqu’un de bienveillant envers ses personnages, car on sentait qu’elle les aimait et que même si elle les faisait souffrir, on sentait qu’elle leur voulait du bien.

Nous avons discuté et plaisanté, elle a fait de vraies dédicaces personnalisées et gentilles et je crois que c’est une des plus jolies rencontres littéraires que j’ai faites !

Je vous conseille vraiment d’aller la voir si elle passe dans une librairie près de chez vous car elle est très vivante et très intéressante. Par contre, ne prévoyez pas de prendre un train juste après car elle a beaucoup de choses à dire (pour notre plus grand plaisir : nous aurions té prêtes à aller manger avec elle et poursuivre la discussion !) D’ailleurs Aifelle, qui l’avait vue la veille, m’avait prévenu et m’avait chargée de lui demander si elle avait eu son train car elle était partie en courant de la librairie (oui, elle l’a eu mais uniquement parce que le train avait quelques minutes de retard 😉

Avec Mrs B, nous sommes sorties de cette rencontre avec le sourire !


Commentaires laissés sur canalblog à l’époque :
  • Très intéressant, tu as de la chance. Moi j’ai vu Delphine de Vigan vendredi, mais il y avait trop de monde, c’était l’enfer, donc je n’ai pas eu de dédicace…
Posté par L’Irrégulière, samedi 19 décembre 2015
  • C’était vraiment chouette car elle avait du temps à nous consacrer et visiblement une vraie envie d’échanger! Une vraie belle rencontre! Je te souhaite de la rencontrer un jour aussi!
Posté par ennapapillon, samedi 19 décembre 2015
  • Merci Enna pour ce compte-rendu très intéressant ! Et qui donne très envie de lire les romans de Carole Martinez ! Passe un bon weekend.
Posté par PatiVore, samedi 19 décembre 2015
  • Je suis contente que ça t’ai plu! Je te conseille ses romans et si tu as l’occasion de la voir, elle vaut la rencontre aussi! Bon weekend à toi aussi!
Posté par ennapapillon, samedi 19 décembre 2015
  • et bin oui tout un compte-rendu….ouaaaahhh vraiment toute une femme…cela donne envie de la connaitre vraiment…
Posté par rachel, samedi 19 décembre 2015
  • C’est une femme vraiment agréable à entendre!
Posté par ennapapillon, samedi 19 décembre 2015
  • Depuis que j’ai lu ses romans (les trois à la suite), ce serait un plus de la rencontrer ! Merci pour ce beau compte-rendu qui la rend encore plus accessible que je ne le pensais !
Posté par Asphodèle, samedi 19 décembre 2015
  • Je pense que tu aurais beaucoup de plaisir à la rencontrer car elle a tellement de choses à dire et je n’ai pas raconté la moitié des anecdotes ou déviations qu’elle a raconté autour des romans je te souhaite de pouvoir la voir!
Posté par ennapapillon, dimanche 20 décembre 2015
  • Il était moins une également lors de son passage dans ma librairie. On a dû finir notre verre de vin très très vite J’adore cette femme. Elle est merveilleuse à écouter.
Posté par Valou, samedi 19 décembre 2015
  • oh oui (nous au moins au savait qu’elle restait là car il n’y avait pas de train je serai même prête à la revoir (j’aimerai vraiment pouvoir la contacter pour lui proposer une rencontre dans ma librairie (enfin, chez mes libraires
Posté par ennapapillon, dimanche 20 décembre 2015
  • Les rencontres avec les auteurs sont souvent de bons moments dans la vie d’un lecteur. Celle ci ne semble pas faire exception !
Posté par Saxaoul, samedi 19 décembre 2015
  • Je retrouve complètement l’ambiance de la rencontre de Rouen, c’est une des auteures les plus vivantes que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Et elle ne ménage pas son temps, on sent qu’elle est heureuse aussi de parler de ses livres, elle ne se la « pète » pas du tout.
Posté par aifelle1, dimanche 20 décembre 2015
  • je suis contente que tu me dises que j’ai réussi à rendre l’ambiance car j’ai eu tellement de plaisir à l’écouter (et je laisse la primeur de beaucoup de petites histoires qu’elle raconte avec tant d’enthousiasme.
Posté par ennapapillon, dimanche 20 décembre 2015
  • Je suis triste car elle est venue chez nous, à la médiathèque et… j’avais une réunion parents-profs ce soir là !!! ARGH. Donc d’autant plus : merci pour ce beau compte rendu qui me fait encore plus regretter !
Posté par Sandrion, lundi 21 décembre 2015
  • oh, je suis désolée de te faire encore plus regretter : mais je suis contente que ça t’ait quand même intéressé. J’espère sincèrement que tu auras l’occasion de la rencontrer un jour!
Posté par ennapapillon, lundi 21 décembre 2015

Rencontre avec Kim Leine

 

J’ai envie de garder en tête que le vendredi 13 novembre 2015, avant de devenir une soirée d’horreur, a été une belle soirée amicale et culturelle puisqu’avec mon amie Mrs B (et Bastien qui s’est encore une fois montré si sage qu’il a été félicité par plusieurs personnes) grâce  à ma librairie chouchou,  la librairie Le Détour,  et dans le cadre du Festival « Les Boréales », un festival de culture nordique,  j’ai pu rencontrer un auteur danois qui parle du Groenland. C’était aussi les 5 ans de cette librairie dont je ne pourrais plus me passer et que je peux maintenant appeler « ma » librairie !

Kim Leine est l’auteur de plusieurs romans mais « Les prophètes du fjord de l’Eternité » est le seul roman traduit en France (mais au moment des dédicaces il a dit que son dernier avait été acheté par Gallimard alors il sera sans doute bientôt traduit !) Il parle danois et communiquait grâce à sa traductrice (bravo à elle, c’est un métier que j’admire !)

Fanny, « ma » libraire  a dit de très belles choses sur le roman que je n’ai moi-même pas encore lu. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais elle a abordé les côtés humains, historiques, la poésie qui existe dans les descriptions de la nature mais c’est aussi un roman initiatique et philosophique. Le personnage est un jeune pasteur danois qui vient au Groenland pour évangéliser le pays dans les années  1790. Elle explique que les personnages sont extrêmement bien campés et que c’est un roman dense dans lequel on plonge dans être submergé, sans étouffer. Il est noir et en même temps il y a des passages apaisants.

Le passé du Groenland

Kim Leine qui connaît très bien le Groenland pour y avoir vécu de nombreuses années précise que son livre n’est pas une dénonciation de la colonisation du Groenland par le Danemark. Il fait remarquer que si la colonisation a évidemment eu des aspects négatifs, elle a quand même permis d’apporter la lecture et l’écriture car pour lui, ce sont des choses qui permettent d’évoluer car on est amené à réfléchir à soi et avoir une nouvelle façon de parler et de transmettre aux générations suivantes.

Mais évidemment, il y a aussi des choses que l’on perd comme l’autonomie. C’est en travaillant sur ce roman qu’il a réalisé que la liberté était le thème principal, à la fois sur le plan personnel avec son personnage et pour le Groenland car cela traite des efforts pour s’affranchir de l’état danois.

Cette lutte pour la liberté des groenlandais a duré très longtemps car  la colonisation a été arrêtée en 1952 mais ce n’est que dans les années 60 qu’il y a eu un statut d’autonomie politique. La lutte perdure car le Groenland est toujours soumis à des mécanismes de colonisation.

Le présent du Groenland

Kim Leine a aussi parlé du Groenland à l’époque actuelle en disant que le pays était un carrefour. Il y a l’industrie minière qui est en plein essor et qui suppose l’arrivée massive d’étrangers ce qui représente une menace pour l’environnement et  l’équilibre. On estime qu’il y a au Groenland le double du pétrole de la Norvège. Il n’est pas exploité mais cela risque d’avoir un impact énorme sur l’économie et sur la qualité de vie des habitants ainsi que sur l’écologie qui risque également d’être menacée. Il explique d’ailleurs qu’au niveau climatique, le Groenland est précurseur de l’évolution climatique : on peut y constater des changements qui auront lieu ailleurs plus tard. Il évoque aussi le fait que la population de 60000 personnes subit encore une dynamique coloniale et qu’ils essaient de s’affranchir. Il estime que l’on peut faire des parallèles entre son roman -historique- et les défis du Groenland actuel.

Les liens de Kim Leine avec le Groenland

Il a raconté qu’il est allé vivre au Groenland parce qu’il avait envie de devenir quelqu’un d’autre. Il a mentionné son envie de suivre les traces de Karen Blixen  et que le Groenland a été « son » Afrique.  Mais que peu importe où on est, il y a des choses qui reviennent toujours, on se retrouve confronté aux stéréotypes de l’homme blanc. Bien que l’on voie ces stéréotypes et les erreurs colonialistes du passé, c’est comme une malédiction, on ne peut jamais revenir à « avant ».

Il raconte qu’à l’époque où il vivait au Groenland, il voulait devenir groenlandais et a commencé par la langue car pour lui la langue et l’identité sont intimement liées. Il na expliqué qu’il peut parler la langue inuit même si la grammaire est surréaliste pour un européen. Il a réussi à s’approprier cette langue et il a même appris à aimer la cuisine qui est très différente ! Il s’est comporté comme un groenlandais et les gens se sont mis à le saluer avec le sourire en l’appelant « Galak ». En regardant dans son dictionnaire datant des années 60, il a vu que cela signifiait « vrai groenlandais » alors il était fier, jusqu’à ce qu’il réalise que dans le vocabulaire contemporain, cela signifiait « grand idiot » ! Il a aussi raconté qu’il a vécu dans des petits villages et qu’en tant qu’infirmier de formation il a souvent joué le rôle d’un médecin et il a mis au monde 25 bébés dans des conditions très rudimentaires.

Quelqu’un lui a demandé dans quelle langue il rêvait et il a répondu que sa femme lui disait que la nuit il criait en norvégien (il est norvégien de naissance) et qu’il parlait parfois dans une langue qu’elle pensait être du groenlandais.

Une autre personne lui a demandé si les groenlandais lisaient ses romans. Il a alors expliqué que le groenlandais écrit était très difficile à lire et que s’ils étaient lecteurs ils préféreraient lire le livre en danois.

La construction du roman

Il a expliqué que la structure de son roman pouvait faire penser un peu à un polar qui commence par la fin avec un drame et après, on replonge dans le passé pour expliquer cela et que cela formait une boucle. Il a raconté qu’il est né en Norvège qu’il est ensuite allée plusieurs année au Groenland et qu’il est ensuite retourné en Norvège et que ce parcours était aussi celui de son personnage principal. Il avait envie de décrire ça sur un fond historique pour faire une sorte d’aliénation pour que tout ce qui est universellement humain ressorte.

Il explique aussi que la partie centrale peut faire penser à des petites nouvelles et il trouve que cela est intéressant pour le rythme. Il a également écrit un prologue et un épilogue, un peu comme un fil rouge qui donne une vue d’ensemble dans ce gros roman.

La libraire a conclu la rencontre en lisant –très bien (Fanny a une voix à lire des livres audio !!)- le prologue et ce passage au très beau style m’a donné envie d’acheter le roman et une dame assise derrière nous a fini de me convaincre en nous disant qu’elle était en train de le lire et qu’elle trouvait que c’était un très beau roman !

La rencontre se passait dans le bar en face de la librairie et nous avons trouvé une place assise juste derrière 😉

 

Bastien a été très sage avec son catalogue Lego et son carnet 😉

 

Au moment des dédicaces, j’ai pu lui dire que j’avais vraiment apprécié d’avoir découvert le Groenland à travers lui.

 

 

J’espère avoir été fidèle à cette rencontre, comme d’habitude, j’ai pris plein de notes qui sont assez illisibles sur mon cahier de brouillon mais que vite retranscrites pour ne rien oublier!

 

Rencontre avec Jean-Philippe Blondel

Encore une fois, après ma rencontre avec Olivier Adam et celle avec Gilles Leroy grâce au journaliste littéraire et auteur Xavier Houssin (qui écrit dans le Monde des livres) et Amélie Dor-Houssin qui  habitent tout près de chez moi et qui organisent régulièrement des rencontres avec des auteurs, j’ai pu rencontrer un auteurs que j’apprécie !

J’aime beaucoup Jean-Philippe Blondel que j’ai d’abord rencontré avec G229 qui m’a beaucoup parlé puis j’ai enchaîné avec Blog et Brise-glace, deux romans jeunesse, j’ai ensuite lu Et rester vivant, son roman quasi autobiographique, (Re)play, encore un roman jeunesse, et le mois dernier j’ai lu Un hiver à Paris, son dernier roman, et Juke-box… Et j’ai tout aimé! Comme à chaque rencontre d’auteurs, j’ai pris un milliard de notes illisibles. Je ne vais pas forcément raconter de façon linéaire ce qui a été dit mais je pense avoir été fidèle en vous racontant ce joli moment littéraire.

Xavier Houssin a commencé la rencontre en citant la quatrième de couverture du premier roman de Jean-Philippe Blondel : « Ecumeur de région côtières et amateur d’iode » car, pour la petite histoire, l’auteur est venu dans la Manche directement de Troie et s’est baigné dès son arrivée 😉

J’ai beaucoup aimé la description que Xavier Houssin a ensuite faite de Jean-Philippe Blondel car je la trouve très juste : « Tragique et tendre, des romans sur la solitude, la perte, le hasard, la réconciliation. Toujours léger, même quand c’est grave, toujours grave, même quand c’est léger. » L’auteur a approuvé en disant qu’effectivement c’était ce qui l’intéressait.

Le journaliste est ensuite  revenu sur le passé de l’auteur (la perte de sa mère et de son frère à 17 ans puis de son père à 22 ans dont il a parlé de façon très autobiographique dans « Et rester vivant ».) Il a lu un extrait qui semble avoir ému Jean-Philippe Blondel (et qui m’a ému aussi).

Jean-Philippe Blondel a expliqué qu’il oscillait entre la normalité et le fait de s’évader en écrivant. Il a toujours l’impression d’être un funambule mais que maintenant, il n’y a pas juste un fil sous lui mais un muret, qu’il se sent plus en confiance. Il se réinvente une vie à chaque fois qu’il écrit. Il l’embellit, il la transforme, il la torture parfois. Il essaie de lui donner du volume.

A la question de ce qui lui a donné envie de devenir écrivain, il a répondu qu’il serait romantique et beau de penser que le drame qu’il a vécu à 17 ans l’avait poussé à écrire mais qu’en réalité il écrit depuis qu’il a 7 ans (des poèmes d’enfant pour commencer, puis des nouvelles à l’adolescence, et depuis longtemps un journal) .Il s’est toujours senti bien dans ce moyen d’expression. Il savait de manière obscure, sans le dire, qu’il voulait être écrivain mais avec ce qui lui est arrivé, cela avait pris une autre ampleur. Il ne peut pas vivre sans écrire :  il écrit tous les jours et s’il n’écrit pas, il n’arrive pas à dormir.

Dans son premier roman « Accès direct à la plage », il a écrit un roman puzzle, à tiroirs, avec de nombreux personnages qui se croisent au fil des ans. Il a commencé avec quelques personnages qu’il a voulu suivre à d’autres périodes et il s’est même laissé surprendre par eux et a fait évoluer le roman en fonction d’eux.

La notion de « normalité » revient régulièrement dans ses romans et il dit qu’on a tous notre petite folie et que la sienne c’est la normalité. Cette recherche de normalité, pour lui, est liée à l’écriture car dans son milieu d’origine, le fait d’écrire sortait de la norme alors il se cachait. C’est cette expérience de la différence, liée à l’écriture, qui a amené une envie d’être comme tout le monde.

Pour revenir sur son intérêt pour les personnages dans ses romans, il explique que quand on est écrivain, il y a trois grands cycles : l’intrigue, les personnages et le style et que pour chaque écrivain il y a un aspect qui ressort plus. Chez lui, les intrigues sont minuscules et peuvent se réduire parfois à quelques lignes. Son influence anglo-saxonne fait qu’il a tendance à faire en sorte que le style se fasse oublier mais pour lui les personnages sont essentiels.

Il a raconté qu’il pouvait passer des heures à regarder les gens qui passent, en imaginant leurs vies. Il écoute ce que les gens disent dans les restaurants et se faire rappeler à l’ordre par sa femme (Alors là, je comprends très bien, je suis pareille! ma meilleure amie me dit que « j’ai mis mes antennes » quand je parais moins concentrée parce que j’écoute ce qui se passe ailleurs 😉 ). Les gens l’intéressent vraiment. Les personnages sont ses amis intimes et il est très attaché à eux, au point d’avoir du mal à terminer un roman car il a du mal à quitter ses personnages. Il reste parfois quelques heures dans sa pièce de travail après avoir fini pour les laisser partir.

Ses personnages ont une part de lui en eux. D’ailleurs, il mêle souvent de la réalité à la fiction et cela devient le roman. Il se dilue dans tous les personnages.

Il considère qu’il y a des personnages qui grandissent de façon harmonieuse mais que souvent on grandit face aux drames. Le bonheur permet aussi de grandir mais face à un drame la maturité monte à pic.

Ce qui l’intéresse beaucoup dans un personnage, c’est l’entre-deux. Dans « Un hiver à Paris », Victor est coincé entre Paris et la province, entre le lycée huppé où il étudie et le logement universitaire où il loge, entre le milieu social de ses parents et celui de ceux qu’il fréquente en prépa. Il est perdu mais en même temps, il est libre au milieu de tout. Jean-Philippe Blondel considère que tout le monde peut se retrouver perdu entre-deux à un moment donné et que lui même a ressenti cette impression de ne pas avoir « les codes » quand il a commencé à fréquenter le monde de l’édition.

Il aime beaucoup parler de lieux où les gens se croisent quels qu’ils soient, peu importe leurs vies ou leurs origines. Des lieux où toutes les histoires peuvent naître : plage, rue, train…

Concernant la nostalgie, il nous a dit qu’il y avait pas mal de nostalgie dans ses romans alors que dans la vie il était plutôt happé par le quotidien. Mais l’écriture est un moment qui permet de se poser et de revenir sur le passé et c’est quelque chose qu’il aime.

Au début de sa carrière d’écrivain, il jouait beaucoup sur la forme et il ne s’autorisait pas à plonger dans l’émotion mais maintenant il a envie de s’ouvrir à ses émotions. Il a parlé de « Et rester vivant » et « Passage du gué » qui sont ses deux romans les plus personnels (il m’a d’ailleurs semblé très ému en parlant su deuxième).

Il a expliqué que quand il commence un nouveau roman, il met beaucoup de temps à chercher une chanson qui va coller à son envie et ensuite il l’écoute en boucle tout le temps de l’écriture. Cela lui permet de garder une couleur au roman et chaque jour quand il reprend l’écriture, la musique le ramène exactement où il en était la veille. Cela donne une tonalité au roman qu’il est peut-être le seul à ressentir  mais qui est importante pour lui. (Cela m’a rappelé ce que Sorj Chalandon avait dit sur ses rituels d’écriture liés à la musique).

Jean-Philippe Blondel est toujours professeur d’anglais et il dit se sentir autant prof qu’écrivain. Si on lui demandait de choisir entre être prof d’anglais et écrivain PUBLIÉ, il choisirait prof car il considère qu’il sera toujours écrivain. Il organise sa vie autour de l’écriture, il a besoin de cette routine car l’écriture est essentielle pour lui et s’il ne devait plus être édité, il pense qu’il s’y ferait et continuerait d’écrire. Pour rester humble, il regarde souvent les catalogues d’éditeurs des années 70 pour se rendre compte que la majorité des auteurs de l’époque sont complètement oubliés aujourd’hui. Il a joute qu’il a aussi une vraie fibre pour le métier de prof.

Il a écrit G229 car il en avait marre d’entendre toujours la même chose dans les médias : soit des critiques sur les profs, soit une mise en avant des problèmes rencontrés à l’école et il regrettait qu’on ne se concentre jamais sur la majorité des cas où globalement tout se passait bien. Il voulait aussi remettre de l’humanité derrière le prof.

Concernant ses romans jeunesse/ado, il a expliqué qu’il n’écrivait pas différemment pour les jeunes et les adultes -à part qu’il mettait peut-être moins d’ellipses et que les romans sont un peu plus courts. Il déplore d’ailleurs qu’en France l’édition sépare tant les deux catégories. Dès qu’il y a un personnage adolescent, c’est classé en « jeunesse ».

Il a raconté qu’il a commencé à écrire pour la jeunesse par hasard. Pour remercier une classe dont il était très proche, il leur a écrit une histoire qu’il leur a lue et offerte sous forme de photocopies : « Un endroit pour vivre ». La mère d’un des élèves qui était libraire en a parlé à Jeanne Benameur qui l’a contacté pour le publier. Cette expérience a déclenché quelque chose. Il a eu envie d’écrire pour eux, pour ceux qui sont en face de lui tous les jours.

Il a ensuite parlé de son amour pour la littérature. Il aime Modiano « pour creuser le temps » et Kerouak « pour l’arrêter ». C’est un amoureux des livres qui peut en lire 80 par an mais qui, à part pour Proust et Modiano, n’est pas attaché à une œuvre mais plus aux livres. Il a parlé avec passion de certaines de ses lectures (Il a d’ailleurs dit que « Les intéressants » de Meg Wolitzer était extraordinaire) ajoutant qu’il était souvent étonné et emporté par ses contemporains. Il aime beaucoup les romans qui parlent de la vie quotidienne car il a besoin de se reconnaître dans les personnages.

Il a aussi parlé d’une adaptation théâtrale de son roman « 6h41« prévue bientôt et qu’il avait hâte de voir ses personnages sur scène.

Cette rencontre s’est passée sous le signe du sourire et de la bonne humeur. Plein d’aisance et de gentillesse, Jean-Philippe Blondel était naturel et sympathique.

Au moment de passer aux dédicaces, j’avais plusieurs livres à faire signer car j’avais proposé à Saxaoul qui m’avait prêté son exemplaire de lui renvoyé avec un petit plus 😉 J’avais aussi un livre pour ma copine Mrs B qui devait venir et qui a eu un empêchement de dernière minute. Personnellement j’avais acheté « G229 » que j’avais lu il y a longtemps mais emprunté à la médiathèque et « 6h41 ». Je lui ai dit que je m’étais reconnue dans « G229 » car j’étais prof d’anglais dans le même collège depuis 15 ans et que pour moi c’était  « A26 »! Au moment où il était en train de dédicacer mon deuxième livre, j’ai osé lui dire que j’avais un blog de lecture et je lui ai tendu ma carte de visite et là j’ai eu un grand moment d’émotion quand en voyant mon nom, il a dit « Ah mais oui! Mais oui, Enna! Mais il fallait le dire! » J’ai répondu que je n’osais pas trop mais que j’avais parlé de plusieurs de ses romans et que je les avais aimés. Il m’a dit que même si je ne les avais pas aimés, pour lui, une fois que le livre est lu, il vit sa vie. Je lui ai quand même dit que si je n’avais pas aimé ses livres je ne lui aurais peut-être pas donné ma carte 😉 Nous avons aussi parlé de ses romans jeunesse car j’étais contente de l’entendre dire qu’il ne faisait pas de différences quand il les écrivait. Je lui aussi dit que j’avais lu « Juke Box » après avoir lu « Et rester vivant » et que j’avais eu cette impression que les deux racontaient la même histoire mais que Juke Box (qui a été écrit en premier) était un roman plus « construit » et « Et rester vivant » le roman de l’émotion et il a approuvé.

Cette rencontre fut encore un très bon moment de découverte et d’échange avec un auteur et je suis vraiment ravie d’avoir la chance de pouvoir assister à ce genre d’événements! Il y a une pause dans le rendez-vous pour des raisons de transports ferroviaires mais la très bonne nouvelle c’est que normalement Carole Martinez devrait venir en décembre (et qu’elle va sortir un roman pour la rentrée de septembre!!)

Rencontre avec Gilles Leroy

Encore une fois, après ma rencontre avec Olivier Adam, grâce au journaliste littéraire et auteur Xavier Houssin (qui écrit dans le Monde des livres) et Amélie Dor-Houssin qui  habitent une petite ville du bord de mer de 800 habitants à quelques minutes de chez moi et qui organisent régulièrement des rencontres avec des auteurs, j’ai pu faire une  belle rencontre littéraire !

Bon habiter tout près, ne veut pas dire ne pas être presque en retard 😉 Mais je suis arrivée exactement en même temps que Xavier Houssin et Gilles Leroy (et son chien qui a été d’un calme exemplaire pendant toute la rencontre malgré les quelques larsen 😉

Xavier Houssin a commencé par faire la lecture d’un extrait du roman « Le monde selon Billy Boy » qui nous replonge dans l’ambiance de l’histoire en mettant en avant Eliane le « personnage » principal. Puis il a résumé le roman et fait un retour sur la bibliographie de l’auteur.

J’ai pris plein de notes à toute vitesse et très mal tout en ouvrant grand mes oreilles. J’ai recopié mes pattes de mouches le soir même pendant que c’était frais dans ma tête et je vais essayer de vous retranscrire le plus clairement tout ce qui a été dit (pas forcement chronologiquement mais plus par thèmes).

 

J’espère être fidèle aux propos de Gilles Leroy que j’ai trouvé très intéressant.

 

 

Le monde selon Billy Boy

Même si les noms et les lieux sont vrais, dès qu’on commence à écrire on échappe à la vérité car on les transpose. Dès qu’on transcrit des souvenirs en mots, on les transforme.

Son grand-père l’appelait « le dernier des Mohicans » et aujourd’hui c’est vrai, il est aujourd’hui le dernier de ce lignage. Il avait déjà écrit sur sa mère (« Maman est morte ») et sur son père (« Machines à sous ») mais il estimait qu’il ne pouvait pas tout dire car ses deux tantes étaient encore en vie. Il voulait raconter la vie des gens qu’il a connus et aimés mais il considère que quand les gens sont en vie il faut avoir des égards pour eux. Il ne trouve pas bien de livrer sa famille en pâture de leur vivant. A la mort de sa tante Myriam (la sœur de sa mère, handicapée mentale, qu’il aimait comme une sœur), ce fut un cataclysme. Il a réalisé qu’il était seul au monde, qu’il n’avait plus de liens de sang et cela a été un choc. Il a eu envie de rendre hommage à sa mère et aussi à sa tante Myriam. Il a senti la nécessité de décrire ce sentiment de solitude car cela lui paraissait incongru d’être encore là, car pour lui, vivre c’est être relié à d’autres.

Cette histoire reste un roman, il le revendique, étant donné qu’il recrée des scènes qu’il n’a pas vécues. Il a été obligé de reconstituer cette période. Par la forme c’est du roman. L’essentiel vient du récit familial même si c’est romancé. Il est précis et généreux dans les détails. Sa mère lui a beaucoup parlé et il a appris beaucoup de choses auprès d’eux. Comme ils étaient de très jeunes parents, ils l’emmenaient partout et il était toujours dans la proximité d’adultes.

Il n’était pas désiré mais il était aimé et reconnu. Il est arrivé par accident mais il a reçu tout l’amour possible. Il dit que ses parents, malgré leur jeunesse, se sont bien débrouillés et que si aujourd’hui il se sent bien dans sa vie c’est qu’ils ont fait un bon travail de parents ! Dans le roman, il s’interroge sur ses origines, sur sa vie s’il avait eu d’autres parents mais il ajoute que si beaucoup d’enfants jouent à ce jeu, c’est un luxe qu’un enfant non désiré mais accueilli et aimé ne peut pas trop se permettre. Il a aussi évoqué son sentiment de culpabilité. Il dit qu’il peut légitiment se poser la question de savoir si sa venue au monde n’a pas été le point d’arrêt de leurs vies.

Alabama Song

Il a voulu écrire sur Scott Fitzgerald et Zela parce que leur histoire est une histoire de rivalité amoureuse et que cela faisait écho à sa vie. Il a pris la colonne vertébrale de leur vie car il voulait parler de la rivalité amoureuse qu’il avait lui-même connue mais dont il n’avait pas envie de parler directement pour ne pas impliquer une personne qui ne demandait rien, il ne voulait pas de règlement de comptes.

Il avait aussi envie de défendre Zelda qui était une femme qui le fascinait car c’était une des premières femmes à avoir payé cher son désir d’être libre et de s’affirmer et qui de tout temps avait subi les critiques violentes de tous ceux qui traitaient Fitzgerald comme une idole et qui accusaient Zelda de tous les maux.

Il a écrit à la première personne, il s’est glissé dans la peau de Zelda car il pensait qu’elle n’avait jamais vraiment eu la parole.

« Alabama song » a été traduit dans 33  langues mais pas en anglais car les américains n’ont pas aimé qu’un « frenchy » se permette d’écorner le monument qu’était Fitzgerald. Récemment, quelques extraits ont été traduits dans une revue et peut-être que 9 ans après, il sera enfin traduit.

Concernant le titre, il explique qu’il n’arrivait pas à en trouver un, jusqu’à ce qu’il se retrouve la nuit sur une route américaine à écouter la chanson des Doors à la radio et ça a été une évidence pour lui, il fallait que son roman s’appelle « Alabama Song ». Les droits de ce titre appartiennent à une descendante de Brecht qui a accepté de le lui donner sans contrepartie financière.

Zola Jackson

Son roman suivant était également écrit à la première personne et ce n’était pas « fait exprès », c’est venu tout seul. Cette vie est totalement inventée, aucun des personnages n’a existé réellement mais ce n’est pas non plus venu par hasard. Il avait envie depuis longtemps d’écrire sur le deuil d’une mère ayant perdu un enfant. Il a évoqué la mort  de deux de ses amis de jeunesse dont il connaissait les mères. Il ne se remettait pas de la mort de ses amis et il ressentait les douleurs des mères mais il ne pouvait pas mettre ces morts en scène par respect pour elles. Quand il a vu un documentaire sur l’ouragan Katrina et qu’il a vu une femme noire avec son chien coincée dans sa maison, il a su immédiatement que ce serait une mère en deuil, c’était comme une évidence et il tout de suite commencé à prendre des notes alors même qu’il n’avait pas fini « Alabama song ».

Nina Simone, roman

Pour parler de Nina Simone, il avait envie de continuer cette mise en scène de vies d’artistes qui peut faire écho dans la vie de gens qui ne sont pourtant pas artistes.

Dans ce qui est souvent appelé « la trilogie américaine », le point commun pour lui c’est que ce sont trois femmes et trois femmes en colère à qui il a voulu donner une voix.

Le Prix Goncourt

Gilles Leroy a eu le Prix Goncourt pour Alabama Song et Xavier Houssin lui a demandé s’il s’y attendait. Mais il a répondu qu’il n’avait aucune idée de pourquoi ce roman a eu plus de succès. Il se souvient qu’avant la sortie, des libraires s’étaient montrés enthousiastes et qu’il avait bénéficié d’un article très positif de Bernard Pivot. Il précise aussi que cela faisait 20 ans qu’il écrivait et qu’il avait déjà été sur des listes de prix sans pour autant remporter quoi que ce soit alors, jusqu’à la fin il s’est forcé à ne pas y croire de peur d’être déçu.

L’écriture

A chaque fois qu’il commence une nouvelle histoire, il se dit que cette fois, il va faire un roman court avec peu de personnages mais il ne peut pas s’empêcher de greffer des personnages secondaires qui s’imposent et qu’il accueille volontiers.

Il a expliqué que souvent, il prend des personnages jeunes car il y a une évolution possible, comme de la glaise que l’on façonne.

Quand au choix de la 1ère personne, il dit qu’il fait des essais de voix pour voir si ça marche. C’était le cas pour Zelda ainsi que pour Zola. Ce n’est pas un choix de procédé narratif, c’est l’intuition que c’est ce qui fonctionnera le mieux.

Quand quelqu’un lui a demandé si l’écriture était facile pour lui, il a répondu que ça ne l’était pas. Parfois, il connait des moments de grâce qui viennent tous seuls mais c’est rare d’écrire plusieurs pages en une journée. Souvent, il faut lutter. Il n’y a pas deux journées d’écriture qui se ressemblent. L’écriture pour lui c’est un travail mais qui va au-delà des moments où il est devant son clavier. C’est aussi sa vie, l’occupation de tout son temps et ça continue dans sa tête même quand il fait autre chose : il est là sans être là. Mais il a aussi dit que quand il n’était pas en pleine écriture, il vivait sa vie entre autre en passant beaucoup de temps à jardiner !

Il a aussi raconté que souvent il sent que le roman qu’il est en train d’écrire touche à sa fin quand il commence à avoir des idées pour une prochaine histoire. En ce moment, il est dans la phase finale de l’écriture de son prochain roman et il se réveille la nuit pour prendre des notes sur autre chose alors il pense qu’il va bientôt le finir !

Dédicace

Après cet entretien que j’ai trouvé vraiment riche et intéressant, je suis allée faire dédicacer mon livre. J’ai dit à Gilles Leroy que je l’avais découvert en l’écoutant à La Librairie Francophone sur France Inter et que sachant qu’il venait aujourd’hui j’ai lu son roman très vite. Et là, il me regarde et me dit « Vous avez écrit sur internet, non ? Parce que ce matin, j’ai eu une alerte Google de Hellocoton avec un billet sur le roman. » Alors je ne vous cache pas que j’étais très étonnée (et agréablement surprise) et je lui ai dit que oui, j’avais un blog et que la veille j’avais parlé de son roman et je lui ai donné une de mes nouvelles cartes de visite. Il l’a regardé et a dit « Ah oui ! Enna, c’est ça ! C’est votre prénom ? » 😉 Nous avons pris un peu de temps pour parler de son roman, je lui ai dit ce que j’avais particulièrement aimé et il m’a écrit une jolie dédicace personnalisée et m’a salué d’un « A bientôt » 😉

 

Ce petit moment a été vraiment très sympathique. J’ai trouvé Gilles Leroy très abordable et simple, souriant et à l’écoute. J’ai aimé sa façon de parler de sa manière d’écrire et aussi de ses romans. Je suis sortie en ayant envie de lire d’autres romans de lui.

Je suis vraiment contente d’être allée à cette rencontre car je suis rentré chez moi avec un grand sourire ! 

Rencontre avec Olivier Adam

Quand un journaliste littéraire et auteur habite une petite ville du bord de mer de 800 habitants, il y a parfois de belles rencontres littéraires qui sont rendues possibles! Xavier Houssin (qui écrit dans le Monde des livres) et Amélie Dor-Houssin organisent donc régulièrement des rencontres avec des auteurs. C’est ma twin Mrs B qui m’a informée qu’elle avait vu dans la presse locale que Olivier Adam venait le samedi suivant et mon homme m’avait découpé le même article le midi et l’avait laissé l’air de rien sur la table pour que je le trouve en rentrant du travail (pour moi c’est un acte vraiment romantique de la part de mon ours !)

C’est donc avec Mrs B que je suis allée dans cette toute petite station balnéaire pour assister à la rencontre avec un de mes auteurs chouchous dont j’ai lu tous les romans (il me reste à découvrir son recueil de nouvelles et sa littérature jeunesse… Mais je peux aussi vous dire qu’il a dit qu’il était en pleine écriture de son prochain roman !)

Après une longue présentation d’Olivier Adam et la lecture d’un extrait des « lisières » par  Xavier Houssin, la discussion entre les deux hommes a commencé et c’était passionnant. Je vais essayer de retranscrire des passages, pas forcément chronologiquement, pas forcément mot pour mot, mais j’ai pris beaucoup de notes très vite et très mal alors je vais faire de mon mieux pour retranscrire l’esprit de ce qu’il a partagé avec nous.

Peine perdue

Concernant « Peine Perdue », il a dit que le choix du titre était un pied de nez à tous ceux qui lui disent qu’il est un auteur triste qui écrit des choses sinistres et lui demandent quand il va écrire quelque chose de drôle et à qui il a envie de répondre que c’est peine perdue !

Il a parlé de son écriture : « J’essaie de réunir l’intime et le collectif. Même quand je fais semblant d’écrire des autobiographies, le « je » tend le plus possible vers un « nous », quelque chose de collectif. J’essaie de faire cohabiter l’intime, le psychologique avec des choses qui sont de l’ordre du social, du sociologique. Cette volonté du collectif est apparemment contradictoire au travers du « je » alors pour parler du collectif, j’ai voulu tenter un livre où le personnage principal n’existerait pas et je suis donc parti sur l’idée d’un livre qui serait une ronde dont l’intrigue concernerait tous les personnages. »

Quant au choix du lieu, quand il écrit, il a expliqué que ce sont les lieux qui s’imposent à lui mais que ce n’est seulement la photogénie du lieu, son atmosphère ou la topographie mais aussi les gens. Cela faisait longtemps qu’il avait envie d’écrire sur le Sud qu’il fréquente depuis 20 ans. Il évoque le fait que cette région connait une fracture entre la haute saison avec son côté bling bling et tourisme argenté et la basse saison avec les gens ordinaires qui ne peuvent pas vivre cette vie. Dans « Peine Perdue » c’est aussi le Var et son côté « trouble », les opérations immobilières louches, les pots de vin, la mafia locale… Il a raconté que le lieu qu’il a recréé dans son roman était basé sur Saint Raphaël et cette zone… trouble. C’est là qu’il a eu l’idée d’en faire un roman noir avec les paysages qui ont une certaine violence avec sa sécheresse et l’ambiance politco-sportive véreuse. Quand il a rencontré des libraires et des journalistes du Sud Est, tout le monde disait reconnaître le personnage de l’homme d’affaire véreux, chacun y allant de son idée !

L’enjeu de « Peine perdue » était que chaque personnage devait faire progresser l’intrigue collective, qu’il soit un maillon d’un ensemble mais qu’il vive comme un personnage individuel. Il a conçu chaque chapitre presque indépendant des autres mais pour servir l’ensemble.

Ses thèmes

Quand il bâtit un personnage, il veut qu’il soit psychologique, qu’il fonctionne dans son intériorité mais aussi qu’il soit un être social. Il a expliqué qu’il a découvert qu’il était un romancier social dans la presse. Il écrivait sur le monde qu’il connaissait mais il a découvert que sa façon de parler du plus grand nombre, que parler de la société française, c’était bizarre et après, il délibérément radicalisé cela.

S’il écrit sur certains sujets, c’est pare qu’il estime qu’on en parle mal, pour rectifier la place que l’on donne à ces thèmes dans le discours politique et médiatique. Il précise qu’il ne faut pas écrire en se posant en juge, jamais en se plaçant au-dessus et en se sentant supérieur ou en-dessous et en se sentant paternaliste. Le regard doit être dans la fraternité, avec de l’empathie, sans condescendance et sans compromis, avec les qualités et les défauts.

Dans « Peine perdue » il a voulu parler aussi de la question du déterminisme social qui est souvent sous-évalué dans l’écriture des personnages. C’est aussi un roman sur ce qu’on fait de la douleur des autres. Qu’est-ce qu’on devient les uns pour les autres ? Il a une tendresse particulière pour les personnages mal armés, qui ne s’en sortent pas, qui doutent car ils le touchent. Il pose la question de ce qu’on fait pour les jeunes « borderline ».

Il a parlé de la famille, du fait que les parents se sentent toujours coupables des fragilités de leurs enfants et qu’il traite de thématiques qui le travaillent en tant que fils et en tant que père. « Je passe ma vie à écrire sur ce que je redoute. Parfois il faut faire le deuil de la tendresse inconditionnelle de ses enfants pour passer à d’autres types de relations. » Il écrit sur des sujets qui sont souvent minorés dans la vie car il trouve que la fragilité psychologique est trop taboue et qu’on n’en parle pas assez.

Son écriture

Dans « Les lisières » il a écrit une fausse autobiographie où il a beaucoup emprunté à sa propre vie mais où tout est tordu pour servir son propos, il a réinventé son propre parcours. Dans « Peine perdue », il a laissé ce « je » qui tend vers le « nous » pour passer à un « nous » qui tend à un « je ». Sur certains sujets, il estime pouvoir être plus personnel en se cachant derrière certains personnages. D’ailleurs quand Xavier Houssin a évoqué le personnage de Anouk qui est écrivain dans le roman, Olivier Adam a dit que même s’il s’était maquillé en femme, plus âgée et lesbienne on pouvait bien le reconnaître. Et au départ, le chapitre était beaucoup plus long car il avait rendu son personnage très critique vis-à-vis du milieu littéraire et son éditrice lui a conseillé de couper car il était en train de régler des comptes personnels et que ça ne servait pas le roman (il dit que c’était très utile d’avoir un éditeur pour éviter de tomber dans ce genre de travers 😉 ) Il a aussi parlé de la dichotomie de l’auteur : « D’un côté, je rejette ce milieu et à côté de ça je pleurniche quand on ne m’y fait pas une place. J’ai vécu 9 ans à Saint Malo et maintenant je vis à Montmartre et je croise des gens du monde littéraire tous les matins. A l’école de mes enfants, il y a plusieurs écrivains et le jour de la rentrée quelqu’un a dit « Ce n’est pas la rentrée des classe, c’est la rentrée littéraire ! » 😉

Il estime que la fiction ne doit pas être désincarnée de son auteur. L’idée c’est de tordre la réalité pour aller chercher autre chose. Il y a des autobiographies où on ment tout le temps et des fictions où on dit la vérité. Il aime le roman car d’un livre à l’autre il peut avoir des mélanges entre la fiction et la non-fiction.

Pour lui ce qui est le plus important c’est le son de la phrase. Pour savoir si un roman est fini, pour lui c’est quand chaque phrase sonne juste, qu’il y a de l’harmonie dans l’ensemble du texte. Il accorde énormément d’importance à la justesse de la phrase. C’est la musique de la phrase qui est importante.

L’envie d’écrire lui est venu à l’adolescence « comme une envie de crier, de m’exprimer parce que j’avais l’impression d’étouffer. » Il a expliqué qu’il a toujours eu du mal à être présent dans le monde et que l’écriture lui permet d’être présent au monde et aux autres. Il a l’impression qu’il ne peut penser et ressentir qu’en passant par l’écriture.

Littérature jeunesse

Il a commencé à écrire pour la jeunesse un peu par hasard et en gardant des thèmes lourds persuadé qu’il ne serait pas publié mais très vite il a trouvé qu’écrire pour les jeunes lui permettait de se libérer d’un certain carcan en se laissant plus facilement aller à un certain sentimentalisme. Il a l’impression aussi de se recréer une enfance et une jeunesse car il ne se souvient pas de ses 11 premières années et qu’il était « absent » des suivantes.

Ensuite, il s’est mis à écrire pour ses enfants, s’aventurant dans des genres qu’il n’aurait jamais abordés sans eux. C’est pour lui l’expérience d’une écriture joyeuse, plus légère. Et il apprécie qu’en littérature jeunesse « il n’y ait pas de « milieu littéraire », d’articles assassins dans le Figaro et que c’est très libérateur !»

Karine Reysset

Il a parlé de façon touchante et drôle de sa première rencontre avec sa femme au collège et puis de leurs vies d’auteurs. Ils sont leurs deux premiers lecteurs et c’est même parfois compliqué pour leur éditrice qui a parfois du mal à trouver sa place.

Désolée pour les photos floues… Mon téléphone portable n’a pas de zoom…

Après la discussion, nous sommes allés faire dédicacer nos romans. Je me suis transformée en oie, j’ai bredouillé que je l’avais déjà rencontré et que j’étais fan de ses romans que j’avais tous lus et que j’aimais beaucoup. Je crois même avoir dit « je vous aime beaucoup » mais je préfère essayer d’oublier ce moment bafouillant… 😉 je lui ai donné une petite carte où j’avais écrit l’adresse de mon blog en lui disant qu’il pouvait aller lire ce que j’avais écrit sur ses romans (à mon avis, la carte est à la poubelle maintenant mais j’aurai osé lui donné 😉

En tout cas c’est un homme charmant et pas que pour ses beaux yeux !) Il est très abordable et parle très facilement et pourtant on sent en lui une certaine maladresse, je pense qu’il n’est pas forcément super à l’aise en publique.

Bref, j’ai passé un excellent moment littéraire !

Rencontre avec Lars Kepler

Dans ma petite ville il y a une jolie petite librairie (La librairie Le Détour) qui reçoit régulièrement des auteurs. Vendredi,  elle a fêté ses 4 ans et dans le cadre du Festival « Les Boréales », un festival de culture nordique, ils ont aussi reçu Lars Kepler, auteur suédois de polar… ou plutôt auteurS suédois puisqu’il s’agit d’un couple, à la ville comme à la plume : Alexandra et Alexander (ça ne s’invente pas!) Comme la librairie est toute mimi et toute mini, les rencontres d’auteurs se font dans le bar juste en face, car il y a une vie culturelle de quartier très vivante dans cette rue! J’y étais avec mon amie Mrs B et Bastien, qui a été sage comme une image (merci le catalogue Lego!) et  par moment, il écoutait même avec une certaine fascination les auteurs parler suédois!

Alexandra Coelho Ahndoril et Alexander Ahndoril sont charmants, amusants, très sympathiques, ils se complètent bien, se coupant parfois la parole ou ajoutant des détails, ils parlent en suédois (c’est intrigant de ne pas comprendre la langue!) et leur traductrice (la jeune femme blonde) est très bien!. Voici la retranscription la plus fidèle possible de cette rencontre que j’ai trouvée passionnante! (Je crains que ça ne soit long 😉

Désolée pour la photo floue!

 « Ils parlent en quelle langue, maman? »

La libraire leur a d’abord demandé comment ils écrivaient à deux.

Ça fait 20 ans qu’ils sont ensemble et ils écrivaient chacun de leur côté avec des styles différents mais ils voulaient écrire ensemble. Ils ont commencé par un roman jeunesse mais ça a été très conflictuel. Ils n’arrivaient pas à trouver leur rythme. Puis, ils ont essayé une pièce de théâtre (Alexandra ayant une formation de comédienne et Alexander ayant déjà écrit pour le théâtre) mais, là, ils ont failli divorcer! Ils se sont laissé une dernière chance en se disant qu’avec leurs styles différents, il fallait qu’ils créent un autre auteur et qu’ils inventent un autre style et le fait qu’ils se détachent de leurs égos individuels leur a permi d’écrire. Ils laissent l’imagination fonctionner. Ecrire ensemble leur permet de partager un univers. Quand l’un des deux à une baisse de régime, l’autre lui redonne l’impulsion et comme ça ils ont l’impression de toujours être au « top » de la création.

La première chose qu’ils font c’est de discuter de la ligne qu’ils vont suivre et ensuite ils peuvent se plonger dans le travail. Pour l’intrigue, ils travaillent comme des scénaristes, scène par scène sur des petits papiers qu’ils mettent sur un mur pour avoir une vision globale de la manière dont va se construire l’histoire. Ensuite, chacun à son ordinateur, côte à côte, ils prennent les papiers et ils écrivent puis s’envoient ce qu’ils ont écrit par mail et chacun retravaille dessus avant de le renvoyer. (Remarque de Bastien qui n’en perdait pas une miette : « Mais ils vont jamais le faire leur livre s’ils se passent tout le temps les papiers! » 😉 A la fin, ils ne savent plus qui a écrit quoi et ils se disent que c’est bien Lars Kepler qui a écrit! Ils ajoutent en riant que depuis qu’il y a Lars Kepler, ils ne se disputent plus!

Une question leur a été posée sur les auteurs en Suède. Ils ont expliqué qu’Alexander a eu une subvention avec un salaire d’auteur mais que la plupart du temps, les auteurs ne peuvent pas vivre uniquement de leurs livres et qu’ils travaillent à côté. D’ailleurs Alexandra était comédienne avant et c’est Alexander qui l’a persuadée d’écrire. Elle a d’abord écrit des essais et des articles.  Ils sont très fiers que Lars Kepler ait autant de succès. Il est actuellement traduit en 40 langues (le dernier pays  en date étant le Bengladesh!)

Quelqu’un leur a demandé de parler de l’ambiance de leurs romans. Ils ont répondu qu’en Suède, il fait sombre et qu’il y a très peu d’habitants au kilomètre carré, l’hiver est très long et que l’ambiance très  sombre. Dans leurs livres, il y a beaucoup de violence, très sombre et de la psychologie. Ils font en sorte qu’il y ait de l’empathie. Ils écrivent au présent pour que le lecteur se sente proche de l’action, quasiment comme dans un scénario. Ils veulent que le lecteur ne sache pas tout de suite où il va, comme dans un film.

Dans « L’hypnotiseur », ils voulaient faire ressentir comment on rentre dans le cerveau, dans l’âme de quelqu’un, qu’on arrive à comprendre le fonctionnement de quelqu’un. Leurs propres peurs sont souvent là. Alexander disait qu’en tant que père de 3 enfants, il est sensé être celui qui n’a jamais peur mais qu’en réalité, dans l’écriture,  il a souvent peur et que tout le monde a peur du noir. Alexandra a raconté que pendant l’écriture du dernier roman, elle faisait régulièrement un cauchemar dans lequel le personnage du tueur venait la chercher et le rêve s’est arrêté avec la fin de l’écriture!

Ils veulent être sincères dans leurs romans, qu’il y ait de l’honnêteté, quelque chose qui vient d’eux. Pour l’anecdote, l’appartement de l’hypnotiseur dans le premier roman était le leur et c’était donc dur de sortir du roman (et Alexandra avait tendance à bien fermer les portes à double tour!)

Quelqu’un leur a demandé s’ils avaient une tendresse particulière pour certains personnages, s’ils se répartissaient l’écriture de certains personnages.

Joona Linna, l’inspecteur héros de tous leurs livres, est vraiment un personnage qu’ils aiment beaucoup et c’est peut-être le seul héros de littérature suédoise qui vienne de Finlande. C’est comme si les personnages s’imposaient à eux. Ils se construisent de souvenirs, de références. Par exemple, Alexandra connaissait une famille de finlandais suédophone et quand elle imagine Joona Linna  parler, c’est l’accent chantant du père de cette famille qu’elle entend! En Suède, il y a un mythe du finlandais, taiseux, bourru. Et la Finlande a une place particulière en Suède et ils avaient envie d’en parler.

Joona c’est Jonas, comme dans la Bible et chaque livre est comme une baleine dont Joona/Jonas doit sortir.

Enfin, quand on leur a demandé si la littérature avait une grande place en Suède, ils ont répondu que traditionnellement, le polar avait toujours eu une place très importante et que les suédois lisaient beaucoup.

Enfin, à la question sur une adaptation cinématographique de leurs romans, ils ont répondu que « L’hypnotiseur » était devenu un film mais indépendamment d’eux et pour les prochains, ils aimeraient être plus impliqués et ils préféreraient qu’ils soient  filmés sous forme de série télévisée car ce serait plus adapté au rythme des romans pour suivre l’évolution des personnages.

Petits + pour les fans : Le 5ème roman est sorti en Suède (mais pas encore en France) : « Stalker ». Et le personnage de l’hypnotiseur  y refait surface! Le 4ème, « Le Marchand de sable », est sorti en France en 2014 : ils nous en ont parlé et ça a l’air vraiment bien angoissant!

Après la discussion, nous sommes retournés à la librairie pour faire dédicacer nos livres. Ils ont été charmants : un mot gentil en anglais sur notre ville, un bonjour à Bastien. Ils nous ont d’ailleurs dit que quand ils voyaient des petits enfants comme ça, leurs enfants leur manquaient beaucoup car ils étaient partis depuis une semaine et c’était la mère de Alexander qui les gardait. Je ne sais pas pour vous mais de parler de façon tellement simple avec des auteurs ça me touche en fait!

Pour la petite anecdote, ils signent chacun leur tour : »Lars Kepler » 😉

Ah oui, avec Mrs B, nous leur avons dit que nous les avions découverts en livre audio et ils étaient très intéressés! (Par contre, monsieur le libraire : on LIT aussi quand on écoute un livre audio… ce n’est pas juste de la musique que l’on ECOUTE 😉

Merci beaucoup aux auteurs, merci beaucoup aux libraires dynamiques et passionnés que je suis vraiment heureuse d’avoir dans ma ville!

Merci à Mrs B d’avoir partagé ce chouette moment avec moi et merci à mon petit Bastien qui a été tellement sage qu’il en a été complimenté!

Mon avis sur « L’hypnotiseur »