Nina Simone, mélodie de la lutte : Sophie Adriansen

Résumé de l’éditeur : « Elle est jeune, elle est douée. Mais parce qu’elle est noire, Eunice Waymon doit renoncer à son rêve de devenir concertiste classique. Alors, à l’été 1954, à Atlantic City, dans un bar grill accueillant des ivrognes et un piano droit, pour que sa mère pasteure ne sache pas qu’elle se produit dans ce genre d’endroit, elle devient Nina Simone. Il lui faudra dix ans d’une carrière remarquable pour que germent en elle les graines du militantisme en faveur des droits civiques. En 1963, désormais mère, et alors que Martin Luther King vient d’affirmer qu’il a un rêve, elle choisira d’utiliser la seule arme qu’elle ait jamais eue entre les mains : la musique. Sous la plume de Sophie Adriansen, au cœur d’une Amérique en proie à la ségrégation et au racisme, se dessine la figure inoubliable de Nina Simone. La femme, l’artiste hors du commun et la militante infatigable qu’elle a été. Une légende dont les motifs de colère sont toujours d’actualité. »

*

Nina Simone est une artiste que j’aime beaucoup et je vous en ai déjà parlé sur le blog au travers d’un très bel album jeunesse que j’avais lu avec Bastien : « Nina » de Alice Brière-Haquet et Bruno Liance et d’un documentaire sur Netflix : « What happened, Miss Simone?« . Alors, quand Sophie Adriansen m’a proposé de lire son livre biographique sur Nina Simone, j’ai bien entendu dit oui tout de suite, d’autant que j’ai eu de très belles rencontres littéraires avec cette autrice par le passé avec « Le syndrome de la vitre étoilée« , « Linea Nigra« , « La remplaçante » (BD avec Mathou) et « Max et les poissons » (jeunesse).

La collection « Les indomptées » propose des « biographies subjectives » de femmes et dans ce cas particulier, l’autrice explique à la fin qu’elle a fait le choix de parler des années où Nina Simone était « l’artiste engagée, haranguant le public depuis le tabouret de son piano ou scandant debout sa révolte au micro » sans pour autant raconter toute sa vie jusqu’à sa mort.

C’est une biographie subjective en cela qu’elle n’est pas exhaustive mais je l’ai trouvée vraiment intéressante. Tout d’abord, elle s’intéresse à l’essor d’une artiste talentueuse, musicienne classique dont les ambitions seront contrariées du fait d’être née noire au mauvais endroit au mauvais moment et qui se révélera dans une musique plus populaire (elle n’a jamais aimé les étiquettes de « jazz » ou de « soul » mais en tout cas, ce n’était pas du classique).

Puis; la jeune femme va s’investir dans la cause des droits civiques et s’impliquer dans le movement pour l’égalité des droits entre les Noirs et les Blancs dans le sud des Etats-Unis. Elle le fera par ses actes, ses mots et aussi ses chansons.

J’ai beaucoup aimé le fait que l’autrice insère régulièrement des petites informations sur la société de l’époque, sur des faits en lien avec la situation des Noirs aux Etas-Unis à chaque périodes évoquées par la biographie, des mises en perspective.

J’ai aussi aimé qu’à la fin, Sophie Adriansen replace Nina Simone aussi dans sa vie et explique ce qui la rattache à elle, car quitte à faire une biographie subjective, je trouve intéressant de savoir pourquoi un auteur ou une autrice a choisi de parler d’une personnalité!

Je ne suis en générale pas une grande adepte des documentaires et biographies mais j’ai lu celle-ci comme un roman et ça pour moi c’est un signe de réussite!

Pour conclure voici des chansons engagées de Nina Simone :

Une lecture commune en différé avec Blandine et Nath Sci qui vont en parler plus tard !

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catégorie « art »
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avec un peu de retard

Les moissons funèbres : Jesmyn Ward

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Résumé de l’éditeur : « En l’espace de quatre ans, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels Jesmyn Ward a grandi sont morts dans des circonstances violentes. Ces décès n’avaient aucun lien entre eux si ce n’est le spectre puissant de la pauvreté et du racisme qui balise l’entrée dans l’âge adulte des jeunes hommes issus de la communauté africaine-américaine. Dans Les Moissons funèbres, livre devenu instantanément un classique de la littérature américaine, Jesmyn Ward raconte les difficultés rencontrées par la population rurale du Sud des États-Unis à laquelle elle appartient et porte tant d’affection.« 

*

De l’autrice, j’avais lu et beaucoup aimé « Le chants des revenants » et Kathel et Sharon participantes de l’African American History Month Challenge m’avaient donné envie de découvrir « Les moissons funèbres ».

Je disais l’autre jour que je n’étais en général pas fan de documentaire et c’est un autre coup de coeur pour de la non-fiction! Mais ce texte est vraiment exceptionnel : c’est un récit autobiographique qui raconte aussi des faits de société sur la communauté noire aux Etats-Unis mais c’est écrit comme un roman. C’est sensible, c’est sincère et instructif, c’est à la fois introspectif et une vraie analyse de la situation de la société américaine.

L’autrice parle d’elle, de ses parents, de son frère et ses sœurs, de ses cousins, de ceux qui sont morts trop jeunes, de la place des hommes noirs et des femmes noires, les uns vis à vis des autres et selon les rôles presque préétablis qu’ils peuvent avoir, du racisme, du manque de confiance en soi…

C’est un texte que j’ai trouvé intelligent, passionnant et émouvant : un savant mélange!

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Little Rock 1957 : Thomas Snégaroff

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D’habitude je ne suis pas une grande adepte des documentaires mais j’ai eu un coup de coeur pour ce livre! J’ai trouvé l’écriture fluide et le texte facile à lire, instructif et passionnant et je l’ai lu comme un roman!

L’histoire est celle de la déségrégation du lycée de Little Rock à la fin des années 1950, c’est à dire l’autorisation pour des lycéens noirs de suivre les cours dans le même lycée que les élèves blancs.

L’auteur commence par présenter un historique de la situation dans cet état du Sud des Etats-Unis qui n’accepte pas du tout cette nouvelle règle et qui fait tout, politiquement ou par le biais de citoyens hostiles, pour empêcher cette intégration.

Eisenhower, le président des Etats-Unis est obligé d’intervenir pour faire appliquer la loi.

La vie des jeunes, ceux qui seront surnommés les « Little Rock Nine », est assez terrible au quotidien, du premier jour, où ils sont rejetés avec violence par des hordes de citoyens haineux, puis chaque jour quand ils doivent subir insultes et brimades pendant qu’ils ne font qu’essayer de suivre des cours, mais en fait, on découvre à la fin, que c’est quelque chose qu’il aura été dur à porter toute leur vie.

Je suis admirative de ces jeunes, je suis horrifiée de la haine qui peut émaner de gens qui semblent pourtant ordinaires et dans la conclusion, on découvre qu’il y a même maintenant un retour à une « reségrégation » scolaire à peine camouflée dans certains états…

Je vous recommande vraiment ce livre si vous voulez en savoir plus sur cette époque aux Etats-Unis!

J’avais découvert l’histoire des « neuf de Little Rock » dans le roman jeunesse « Sweet Sixteen« .

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mon amie Mrs B pour mon anniversaire
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Catégorie chiffre
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L’origine des autres : Toni Morrison

Je ne résiste jamais à un bookface!

Ma relation avec Toni Morrison est ambivalente : j’ai adoré certains titres comme « Beloved« , « Home » et « Un don » , j’ai moins aimé « Délivrances » et j’ai abandonné « Tar Baby » et « L’oeil le plus bleu ». Je me suis dit que j’allais lui laisser une chance avec ce livre que j’ai trouvé par hasard chez un bouquiniste en décembre.

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Résumé de l’éditeur : « Le prix Nobel, Toni Morrison, revient sur les thèmes qui imprègnent son travail et dominent de plus en plus clairement la politique nationale et mondiale : la « race », la peur, les frontières, le mouvement de masse des populations, le désir d’appartenance. Qu’est-ce que la « race » et pourquoi est-ce si important ? Qu’est-ce qui motive la tendance de l’être humain à créer les Autres ? Pourquoi la présence de ces Autres nous fait-elle si peur ?
Dans le cadre d’une intervention à Harvard, faisant partie de la série des prestigieuses conférences « Norton Lectures », Toni Morrison réfléchit à ces questions – ainsi qu’à d’autres questions vitales – au sujet de l’identité. Dans sa quête de réponses, l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. »

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Ce n’est pas un roman, mais une série de six conférences qu’elle a données à Harvard en 2016. C’est un livre court (90 pages) mais ce n’est pas pour autant une lecture « légère ». Moi qui ne suis pas une grande adepte des essais, je vais avoir un peu de mal à vous en parler en détail.

C’est pourquoi je vous ai donné le résumé de l’éditeur et aussi parce que même si j’écris ce billet moins d’une semaine après avoir lu le livre, je ne me souviens presque de rien… La seule chose dont je me souviens c’est que c’était intéressant sur le moment, plutôt érudit (en même temps… c’était pour Harvard…) et que j’ai aimé quand elle faisait des parallèles littéraires mais sinon, c’est le vide complet pour vous dire précisément de quoi il s’agit exactement…

Je crois que Toni et moi, c’est fini cette fois 😉

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C’est l’anniversaire de Toni Morrison aujourd’hui!
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Une colère noire – Lettre à mon fils : Ta-Nehisi Coates

Il n’est vraiment pas simple du tout d’écrire un billet sur ce livre pour plusieurs raisons. Et principalement parce que c’est un documentaire qui mêle un témoignage très personnel mais aussi une analyse de la société américaine du point de vue d’un Afro-Américain. Il écrit à son fils de 15 ans pour lui parler de comment il a vécu sa vie d’homme noir aux Etats-Unis, la peur qu’il a ressenti en permanence en grandissant car être Noir n’est jamais anodin dans ce pays qui a vécu avec l’esclavage.

Il parle des personnes qui l’ont influencé, qui l’ont fasciné, qui ont donné du sens à sa vie, comme Malcolm X. Mais au fil de sa vie et de ses rencontres, il se remet aussi en question. Ce texte n’est pas manichéen, il réfléchit et évolue et cela donne une grande richesse à son propos. C’est à la fois factuel, émouvant, révoltant. C’est autant plein d’espoir que de craintes.

Ce texte est passionnant car il dresse vraiment un portrait de l’intérieur de ce que peuvent ressentir les Afro-Américains, vraiment à différents niveaux. J’ai vraiment aimé ce document, j’ai coché plein de passages et je peux vous dire que si le sujet vous intéresse comme moi, vous devez lire ce livre qui pour moi est absolument parfait pour l’African American History Month challenge!

Voici quelques passages que j’ai relevés, mais j’aurais pu en mettre bien plus.

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8 ans au pouvoir: entretien avec l’auteur Ta-Nehisi Coates

catégorie « objet » pour ma ligne générale

Les Passeurs de livres de Daraya -Une bibliothèque secrète en Syrie : Delphine Minoui

Je ne suis pas une grande fan de documentaires et témoignages alors si j’ai un coup de coeur pour ce genre de livre c’est que vraiment j’ai été très touchée!

Pour ne pas dénaturer le fond de ce livre je vous recopie le résumé de l’éditeur :

« De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. »

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Ce texte est vraiment passionnant, bouleversant et émouvant. Je l’ai déjà prêté plusieurs fois et offert une fois et ce n’est sans doute pas la dernière fois!

Dans ce livre on apprend énormément de choses sur ce qui s’est passé en Syrie et à Daraya plus précisément (et même moi qui m’étais intéressée à la situation à l’époque où j’ai couru le marathon de Paris pour récolter des dons pour l’UNICEF et les enfants en Syrie, je ne savais pas tout ça). On s’interroge sur les positions des différents grands pouvoirs impliqués et on est complètement effaré par ce que subit le peuple pris au piège, pris en otage de ces combats terriblement destructeurs.

Et puis, il y a les livres… Il y a ces hommes, jeunes hommes privés de leurs études, privés de leurs espoirs, qui ne supportent pas de voir ces livres perdus et qui les sauvent, comme on sauverait des enfants et qui créent cette bibliothèque secrète, ce lieu de savoir et de paix sous les bombes qui détruisent tout, ce lieu d’ouverture d’esprit quand les corps sont enfermés, ce lieu de nourritures intellectuelles en pleine famine créée par les blocus…

L’amour des livres, le besoin de savoirs et la passion de l’esprit quand tout le reste semble perdu et voué à la destruction pourrait paraître dérisoire mais finalement, il devient essentiel et c’est d’une beauté émouvante.

Vous qui lisez des blogs de lecture, vous qui devez être des amoureux des livres, je n’ai qu’une chose à vous dire : lisez ce livre!

Repéré chez Amandine qui m’avait donné envie!

« Documentaire 2018 »

J’inscris ce texte au Défi Livres de Argali  

catégorie métier

Des hommes qui lisent : Edouard Philippe

Tout d’abord, si j’ai lu ce livre ce n’était pas pour des raisons politique, l’auteur étant bien le premier ministre mais ce n’est pas pour cela que je l’ai lu! Mon père, à qui un ami l’a offert, me l’a prêté parce qu’il sait que j’adore lire et il s’est dit que le sujet m’intéresserait.

En effet, Edouard Philippe écrit ici un essai où il parle principalement de son lien avec la lecture. Il parle aussi un peu de politique (mais pas trop), un peu de la ville du Havre dont il est originaire et a été maire, de sa politique de la promotion de la lecture. Mais il parle aussi de ses ancêtres, de son père, de la boxe …

Il parle surtout de ce qui a fait de lui un lecteur passionné et de la place que les livres ont toujours eu pour lui dans son enfance, dans son cheminement d’homme. Et j’ai trouvé ces parties vraiment intéressantes et je pense que nombreux seraient les lecteurs compulsifs que nous sommes tous un peu ici à nous reconnaître dans ces parties!

A noter que le livre se termine par une bibliographie commentée par l’auteur qui donne une liste de livres ou d’auteurs qui l’ont marqués.

Je dois quand même reconnaître que j’ai parfois un peu lu en diagonales certains passages qui m’intéressaient moins mais j’ai relevé plusieurs passages qui vous intéresseront peut-être comme moi! (Moi aussi, j’ai toujours eu du mal avec l’orthographe, malgré ma propension à beaucoup lire quand j’étais jeune! mais contrairement à lui, je prête très volontiers mes livres 🙂

C’est un livre sans doute inégal mais court et vous pouvez l’emprunter à la médiathèque pour vous concentrer sur les passages spécifiques aux bibliophiles!

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 chez Antigone

par mon papa

catégorie « lecture »

Avec toutes mes sympathies : Olivia de Lamberterie (lu par l’auteure)


Résumé de l’éditeur : « Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.
Moi, je ne voulais pas me taire.
Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.
Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

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Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en lisant ce documentaire. Je connaissais Olivia de Lamberterie de nom (j’ai quand même participé deux fois au prix des lectrices de Elle!) et je savais qu’elle parlait de la mort de son frère mais je n’en savais pas plus.

En fait, dans ce texte, Olivia de Lamberterie parle certes de la mort de son frère qui s’est suicidé, mais elle parle surtout de leur vie ensemble, leur jeunesse, leur famille et puis aussi de la vie que l’on vit avec un frère parfois flamboyant, parfois mélancolique, avec la crainte de ce qui peut se passer à n’importe quel moment.

Après la mort de ce frère aimé, il y a alors le récit de la vie sans lui, la vie impossible à supporter… Avec finalement l’envie de revivre pour soi et pour l’être aimé…

J’ai beaucoup aimé ce témoignage qui m’a particulièrement touchée parce qu’il y a plus de 10 ans, un ami s’est suicidé et même si je n’avais pas une relation aussi proche qu’Olivia de Lamberterie avec son frère, cela a cependant réveillé des souvenirs…

Dans ce texte, il n’y a pas que le drame et le désespoir mais aussi du quotidien heureux, ordinaire, familial. Il y a aussi la vie d’Olivia de Lamberterie, la lectrice acharnée et femme du milieu littéraire ainsi que sa vie de femme. Mais jamais très loin, il y a toujours ce frère aimé et torturé.

J’ai eu un coup de coeur pour ce récit très touchant sans être voyeur, très intense et avec de l’espoir et tellement d’amour. Ce livre audio est très bien lu par l’auteure, avec beaucoup d’émotion et de pudeur. J’ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux et j’ai même choisi d’arrêter de l’écouter à un moment car je commençais à pleurer en conduisant vers le travail…

 Chez Sylire

Voici les avis de quelques co-jurées : Aproposdelivres, Estellecalim, Meuraie, Sandrine, Sylire

I am not your Negro : James Baldwin et Raoul Peck

Résumé de l’éditeur : « Dans ses dernières années, le grand écrivain américain James Baldwin a commencé la rédaction d’un livre sur l’Amérique à partir des portraits de ses trois amis assassinés, figures de la lutte pour les droits civiques : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Partant de ce livre inachevé, Raoul Peck a reconstitué la pensée de Baldwin en s’aidant des notes prises par l’écrivain, ses discours et ses lettres. Il en a fait un documentaire – salué dans le monde entier et sélectionné aux Oscars – aujourd’hui devenu un livre, formidable introduction à l’oeuvre de James Baldwin. Un voyage kaléidoscopique qui révèle sa vision tragique, profonde et pleine d’humanité de l’histoire des Noirs aux États-Unis et de l’aveuglement de l’Occident. »

Avant de lire ce texte je n’avais jamais lu James Baldwin et j’ai découvert un homme engagé et à la plume à la fois incisive et poétique. Le travail de Raoul Peck a été de reprendre des textes écrits par James Baldwin pour un livre resté inachevé, des passages de lettres, des extraits d’interviews ou d’émissions de télévision où James Baldwin échangeaient avec d’autres interlocuteurs et de saupoudrer le tout de citations de films, photos…

Ce livre est un témoignage très fort de ce qu’était (et est encore) la question de la place des Noirs aux Etats-Unis. James Baldwin évoque ses amitiés avec des hommes qui ont eu une place majeure dans l’histoire de son pays mais il parle aussi des gens ordinaires qui vivaient le racisme ordinaire et institutionnalisé dans le pays.

J’ai adoré. C’est un document passionnant et émouvant. Historiquement c’est très intéressant, et surtout, c’est encore malheureusement encore tellement actuel.

Après avoir lu ce livre, j’ai tout de suite eu envie de voir le film (j’ai fait une suggestion d’achat à la médiathèque et la bibliothécaire m’a sous-entendu que c’était tout à fait ce genre de films qui pourrait être acheté!). Voici la bande annonce :

Et le hasard a voulu que dans la revue « America », il y avait une article de James Baldwin où il parle du « Blues » (mais pas le Blues musical), et de la place des Noirs dans la société américaine et c’est passionnant!

Pour l’anecdote, cet article, inédit en France apparemment, avait été publié en dans Playboy… Je trouve cela assez incroyable de penser qu’un magazine plutôt léger sur le plan de ses photos, publiait de longs articles de fond  sur un sujet qui en  1964 était loin d’être consensuel aux Etats-Unis par auteur lui aussi loin d’être politiquement correct…. C’est étonnant! En tout cas cet article aurait pu être écrit hier plutôt que 55 ans auparavant!

ligne « gros mot »

Confessions de Nat Turner (recueillies par Thomas R. Gray)

Attention, il ne faut pas confondre ce texte avec « Les Confessions de Nat Turner » de William Styron. Ici, il ne s’agit pas de fiction mais des vraies confessions de Nat Turner, recueillies en prison par Thomas R. Gray en 1831 auprès de l’homme ayant conduit une révolte d’esclave qui a entraîné un terrible massacre parmi les Blancs (hommes, femmes et enfants) de plusieurs plantations en Virginie.

Difficile de savoir si Nat Turner était uniquement un fanatique religieux persuadé d’être un prophète sujet à des visions ou un homme ne pouvant plus supporter sa condition d’esclave. Mais ce texte a le mérite de montrer les conditions de désespoir d’hommes qui n’avaient plus rien à perdre et qui ont préféré tuer et mourir que de subir…

Le texte est suivi de « Une révolte en noir et blanc » de Michael Roy qui apporte un éclairage historique et sociologique très intéressant sur l’esclavage et les révoltes.

Ces « confessions » ont été ensuite reprises et romancées par William Styron en 1967 et d’après ce que j’ai lu, ses choix sont aujourd’hui assez controversés car l’auteur aurait choisi de dépeindre Nat Turner à charge, comme un illuminé mystique mais aussi obsédé sexuel allant jusqu’au viol ce qui  n’apparaît pas du tout dans « Confessions » et qui a participé à véhiculer le mythe de l’esclave noir pervers envers les femmes blanches.

Et plus récemment, un film a été adapté de ces confessions. Il s’agit de « The Birth of a Nation » réalisé par Nate Parker mais cette fois, le parti pris du réalisateur est de montrer Nat Turner comme un héros, un penseur politique qu’il n’était pas forcément.

Et pour approfondir sur l’esclavage, je vous conseille l’article  de la revue « America« , qui est très intéressant.