Harvey : Emma Cline

Lecture assortie à ma tenue 😉

Quand j’allais commencer à lire ce livre, j’ai fait quelques recherches sur l’autrice et j’étais intriguée car je ne trouvais pas ce titre dans sa bibliographie et j’ai découvert que c’était en fait une nouvelle intitulée « White Noise » qui faisait partie initialement d’un recueil de nouvelles intitulé « Daddy : stories » (en anglais). Les éditions « La Table Ronde » ont d’ailleurs aussi édité la nouvelle « Los Angeles » de ce recueil et ils ont aussi le titre « Daddy » mais en lisant le résumé je n’arrive pas à comprendre s’il s’agit du même recueil de plusieurs nouvelles ou juste la nouvelle « The Nanny ». Je suis très curieuse et j’ai bien envie de lire le recueil entier!

Cette nouvelle parle d’un certain « Harvey » dans lequel on reconnait bien évidemment Harvey Weinstein (mais ce n’est pourtant entièrement biographique, j’ai même fait quelques recherches pour vérifier des faits.)

L’autrice prend le partie de raconter la veille du verdict du procès du protagoniste. Il est persuadé qu’il ne sera pas condamné -il minimise ce dont il est accusé (les femmes qui l’accusent savaient bien ce qu’elles faisaient, d’après lui, il n’a rien à se reprocher!) et il est déjà en train de se projeter sur des idées d’avenir après avoir cru voir l’auteur Don DeLillo à côté de la maison où il vit reclus, se voyant déjà adapter le roman « White Noise ».

A côté de cette arrogance, on voit aussi un homme diminué physiquement, au corps qui se délite et qui doit être assisté et cherche du réconfort auprès d’un médecin au traitement douteux pour son dos et auprès de sa fille (personnage fictif) qui semble assez mal à l’aise au moment de rendre visite à son père avec sa petite-fille.

J’ai bien aimé cette nouvelle qui montre finalement un homme à deux facettes, entre le monstre sans scrupule et inconscient du fait qu’il arrive à la fin d’une ère et un homme blessé sans force et sans charisme. Et les deux aspects ne sont pas glorieux. Et d’ailleurs, j’étais un peu mal à l’aise au début de lire ce quotidien et ces désillusions égoïstes d’un homme qui avait été tellement puissant avant et puis on voit petit à petit comment l’autrice montre la chute de l’homme.

EDIT de « La table ronde » : « Harvey est un texte à part, il ne fait pas partie du recueil Daddy. White noise est le titre de la courte nouvelle (publiée en 2020 dans le New Yorker), qui a servi de point de départ à Harvey. »

Merci aux Éditions de La Table Ronde chez qui j’ai gagné ce livre lors du mois Américain sur Instagram l’an dernier !

Etats-Unis

American Dirt : Jeanine Cummins (Lu par Mélissa Windal)

Le roman s’ouvre sur le massacre de la famille de Lydia lors d’une fête de famille. Seule elle et son fils de 8 ans, Luca, s’en sont sortis par miracle. La police arrive mais comme la scène se passe à Acapulco au Mexique et que Sebastian, le mari de Lydia, était journaliste d’investigation et qu’il travaillait sur les cartels de drogue, Lydia se doute que ce massacre est en représailles de son dernier article et elle préfère ne pas faire confiance à la police et elle fuit…

On repart d’abord dans le passé, et on découvre la vie de Lydia avant cet événement dramatique : sa vie de famille, son travail de libraire, une rencontre amicale un peu ambiguë avec Javier, un homme charmant et la vie quotidienne ordinaire au Mexique, teintée par les dangers liés à la drogue et les cartels.

Puis la suite du roman, c’est le changement radical de vie pour Lydia et Luca qui, étant en danger de mort, se retrouvent sur les routes du pays et vont chercher à rejoindre l’Amérique du Nord pour échapper à leurs bourreaux potentiels.

Ils vont rejoindre une longue cohorte de migrants de tous les horizons de l’Amérique du Sud qui fuient tous quelque chose ou recherchent une vie meilleure. Ils vont se lier d’amitié, se serrer les coudes, traverser de terribles dangers, risquer leurs vies et souffrir physiquement et psychologiquement…

C’est un roman vraiment fort, très dur par le sujet mais extrêmement touchant sur le plan humain et qui fait la part belle à la psychologie des personnages. Lydia, ça pourrait être nous tous, avec sa vie ordinaire qui tout d’un coup tombe dans une vie d’aventures et de dangers malgré elle et qui doit sauver sa vie et celle de son fils et on peut se mettre à sa place de mère et toucher du doigts ce que peut-être la vie des migrants qui risquent tout.

J’ai vraiment aimé cette histoire très bien lue par Mélissa Windal.

Ma vie pour la tienne (My sister’s keeper) : Jodi Picoult

Anna a 13 ans et toute sa vie elle a été celle grâce à qui sa soeur a survécu. En effet, Kate, qui a 16 ans au moment de l’histoire, a été diagnostiquée à deux ans d’une leucémie rare et très virulente. Jess, le grand frère n’est pas compatible et les parents finissent par avoir un bébé « sur mesure », un bébé génétiquement testé pour pouvoir être donneur pour Kate et il s’agit de Anna.

Anna est aimée et aime sa soeur dont elle très proche, mais après le don du cordon ombilical, d’autres dons : sang, moelle etc ont suivi et arrivée à 13 ans, quand Kate en arrive à avoir besoin d’une greffe de rein, elle surprend tout le monde en allant voir un avocat pour obtenir l’émancipation médicale et reprendre la main sur son corps.

Evidemment, cette décision bouleverse tout l’équilibre familial. Ce roman est un roman de tribunal avec les relations avec l’avocat et la jeune femme qui a été chargée par le juge d’étudier la situation familiale de Anna pour essayer de trouver la meilleure solution pour elle. Mais en réalité, c’est un roman où on découvre les relations familiales, suivant une alternance de points de vue de tous les personnages et avec aussi un retour en arrière sur l’histoire de Kate et Anna.

Il y a beaucoup de psychologie et l’autrice creuse la nature humaine et les différents liens entre tous les protagonistes. Ce n’est pas manichéen, il n’y pas de gentils ou de méchants, tous les personnages ont leurs failles mais ils font de leur mieux. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, juste des personnes qui cherchent à faire du mieux qu’elles peuvent.

Ce n’est pas non plus une histoire à l’eau de rose ou « tire larmes ». C’est touchant bien sûr et cela fait aussi réfléchir et la construction de roman chorale rend l’ensemble rythmé et même, aussi surprenant que cela puisse paraître, distrayant.

J’ai beaucoup aimé ce roman que je vous recommande.

De cette autrice, j’ai aimé Nineteen minutes et Mille petits riens.

Un film a été tiré de ce roman, il semble assez fidèle mais je ne pense que je le regarderai tout de suite.

Etats-Unis

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit : Celeste Ng

Le roman commence par cette phrase : « Lydia est morte. » Et on pourrait croire que ce sera un roman policier mais en réalité, la mort de Lydia n’est pas tant le point de départ d’une enquête policière mais plutôt un retour sur une histoire familiale et psychologique car au-delà de la mort de Lydia, c’est l’histoire de sa famille mais aussi une histoire américaine et le titre est très approprié puisque le sujet est surtout sur les secrets que les gens de cette famille ont les uns pour les autres et beaucoup de non-dits.

Cette famille est composée de Marilyn, la mère américaine pure souche et de James Lee, son mari, Américain né de parents chinois. Ils se rencontrent en 1955, à l’université, quand Marilyn fait des études pour devenir médecin et lui enseignant. Leurs plans pour sortir des clichés de leur époque : ne pas être une femme au foyer pour elle et enseigner à Harvard pour lui vont être contrecarrés par l’arrivé des enfants et à cause des préjugés raciaux.

Ils ont trois enfants, dont Lydia, qui est la plus « Américaine » des trois avec ses yeux bleus… Marilyn reporte sur elle, son aînée, toute son ambition scientifique en la poussant dans son travail scolaire pour faire d’elle la future médecin qu’elle-même n’a pas réussie à devenir. Lydie fait de son mieux pour devenir une élève et une fille parfaite mais qu’en est-il réellement?

Son frère, Nath, lui aussi lycéen, passionné de science et d’astronomie et pourtant, il passe presque inaperçu aux yeux de ses parents, qui ne semblent voir que Lydia. Quant à Hannah, la petite dernière, elle peine aussi à faire sa place.

James, le père qui a souffert du racisme toute sa jeunesse et même sa vie d’adulte, ne souhaite qu’une chose : que ses enfants soient le plus intégrés, le plus « normaux » possible et il met tous ses espoirs dans sa fille aîné et se sent irrité de se reconnaître dans les difficultés de son fils à s’affirmer. La mère, elle, en souhaitant donner à sa fille toutes les chances de ne pas devenir ce que sa propre mère voulait qu’elle-même devienne (c’est à dire la parfaite petite femme au foyer), lui impose un autre modèle.

Chacun dans la famille vit dans le mensonge et personne ne dit ce qu’il ressent réellement. La mort de Lydie va révéler tout cela, ce qu’ils se cachent les uns aux autres ou à eux-mêmes.

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui dresse un portrait psychologique d’une famille américaine ordinaire mais aussi une famille qui doit vivre avec le racisme ordinaire et quotidien et la place des femmes dans la société.

C’est le premier roman de l’autrice dont j’ai aussi lu et aimé « La saison des feux« .

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est ACtC-3fhpD91oVu8DxcNteNlndYaeakSrcL6hOqDvO7E0giRHJkfA--gJGZ7lvg-LCqi-lO-zlFlwBijcrql3K9L1RZZ6Inc4sMiAaw8mpHpK-hNF8NT5dnGU120FqhaCXUfZV4UDRFCo21XBiD-mBPI9qc2mw=w223-h226-no

Arpenter la nuit : Leila Mottley

Couverture assortie à mes fringues 😉

Kiara est une jeune femme qui vit avec son frère Marcus un peu plus âgé. Ils sont livrés à eux-mêmes dans un appartement d’une résidence plutôt minable d’East Oakland et reçoivent des avis d’augmentation du loyer et risquent l’éviction… Mais même si Kiara a arrêté le lycée, elle n’est pas assez âgée pour trouver du travail et son frère se berce de l’illusion qu’il va réussir dans le rap et ne cherche même pas à gagner de l’argent par des petits boulots avant d’atteindre une improbable célébrité…

Ils n’ont plus de parents sur qui compter et à part sa meilleure amie et un petit voisin de la résidence, qui est lui aussi seul au monde, Kiara ne sait plus comment faire pour s’en sortir. Presque par hasard, elle commence la prostitution, occasionnelle tout d’abord, juste pour payer le loyer, puis elle va tomber dans un système qui va l’exploiter encore plus et qui la dépasse complétement. Par la suite, les conséquences judiciaires, vont lui compliquer encore plus la vie. Partout où elle passe, elle semble être quantité négligeable.

Ce roman est noir tout en étant vraiment réaliste sur la vie de jeune citadins américains, qui vivent des vies précaires, sans aide sociales, particulièrement compliquées pour les américains noirs ou latinos. Et c’est aussi un roman très touchant car Kiara est une jeune fille qui fait tellement d’efforts pour vivre une vie normale, malgré toutes les embûches familiales qu’elle rencontre, tous les problèmes financiers, tous les obstacles qu’elle croise et l’absence d’aides extérieures. Elle reste très honnête, exploitée par un système qui écrase les filles comme elle, quoi qu’elle fasse elle ne semble pas pouvoir s’en sortir.

Il y a de la violence, de la noirceur et c’est assez désespérant. Les personnages annexes, comme son frère, sa mère, la petite amie du copain de son frère, son oncle Ty, Camilla, la prostituée flamboyante et autres sont des portraits d’une misère sociale et humaine qui colle à une réalité des Etats-Unis, loin du glamour ou des séries télé.

Mais il y a aussi de très beaux moments dans ses relations avec son amie Ale qui est un ancrage pour elle, une bulle de légèreté et le petit Trévor qui dépend vraiment d’elle et à qui elle essaie de faire vivre une vie normale d’enfant. C’est d’ailleurs avec eux seuls qu’elle peut se permettre d’être elle-même.

Je vous recommande ce premier roman que j’ai beaucoup aimé.

Merci aux éditions Albin Michel!

Si vous êtes intéressés, vous pourriez le lire en février pour mon challenge :

Tout le bonheur du monde : Claire Lombardo

Quand mon amie m’a prêté ce roman, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et j’avoue même qu’à cause du titre et de la couverture, j’avais un peu peur que ce soit du « feel good-chick lit » et que je n’aimerais pas… En plus, en le commençant, j’ai réalisé qu’il faisait 700 pages alors ça m’a un peu fait peur aussi et comme je l’ai commencé juste avant les vacances et j’ai eu un peu de mal à entrer dedans car je le lisais par petits morceaux, mais dès que j’ai commencé à le lire de façon plus soutenue, j’ai vraiment accroché et j’ai fini par dévorer le roman!

Concernant ma crainte que ce soit un roman un peu léger : c’est loin d’être le cas! En fait, c’est une sorte de saga familiale contemporaine, avec un couple de parents qui s’aiment terriblement et leurs quatre filles, depuis leur naissance jusqu’à l’âge adulte. Mais c’est plus sombre que léger!

Le roman parle des relations familiales, les relations entre les sœurs, dans les couples des filles, les enfants des unes et des autres, il y a des tensions, des drames : petits, comme il peut y avoir dans toutes les familles, des rivalités, des crises d’adolescence, les histoires de coeur et de sexe, ou grands, quand il s’agit de l’abandon d’un enfant, la mort d’un bébé, la mort d’un mari…

Ce n’est pas un roman manichéen, les personnages ne sont pas tout blanc ou tout noir, ils sont pleins de nuances et il y a un grosse place à la psychologie des personnages. Je les ai trouvés très humains et attachants malgré leurs défauts.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman et je vous le recommande.

par ma copine Carole
Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est ACtC-3fhpD91oVu8DxcNteNlndYaeakSrcL6hOqDvO7E0giRHJkfA--gJGZ7lvg-LCqi-lO-zlFlwBijcrql3K9L1RZZ6Inc4sMiAaw8mpHpK-hNF8NT5dnGU120FqhaCXUfZV4UDRFCo21XBiD-mBPI9qc2mw=w223-h226-no
Chez Brize (Rivages : 700 pages)

Changer l’eau des fleurs : Valérie Perrin

On me parlait depuis longtemps de ce roman -en grand bien- et pourtant, j’avais un peu peur de le lire… Pour plusieurs raisons : la principale étant que j’avais peur que ce soit un « feel good » dégoulinant de bons sentiments sucrés qui ne me plairait pas, une autre étant qu’il faisait plus de 600 pages et la dernière, aussi paradoxal que cela puisse paraître, parce que beaucoup de gens que j’apprécie beaucoup l’avaient adoré et j’avais vraiment peur de les décevoir si je ne l’aimais pas (j’ai plus peur de faire de la peine à mes amis en n’aimant pas un de leurs livres chouchous que de vexer les auteurs dans mes billets, personnellement ;-)… Alors qu’est-ce qui m’a fait changer d’avis? Et bien, l’été dernier j’ai audiolu « Trois » de l’autrice et j’ai beaucoup aimé et il y a quelques semaines, je suis tombée sur une offre chez Leclerc, d’un poche offert pour l’achat de deux (je n’ai pas résisté!) et « Changer l’eau des fleurs » était dans la pile sur le présentoir ! Une lecture commune planifiée avec Nath Sci a scellé le tout et je ne regrette pas une seconde car j’ai beaucoup aimé (et je l’ai dévoré en quelques jours, en profitant de mon isolement dû au covid!)

Par contre je me retrouve bien embêtée pour vous en parler car vous vous doutez bien qu’en 660 pages, il s’en passe des choses mais que je ne peux pas vous parler de tout pour garder du suspens!

Alors je vais vous planter le décors : l’histoire est principalement celle de Violette Toussaint, qui dans les années 1980 est une jeune fille un peu paumée, qui tombe sous le charme de Philippe Toussaint avec qui elle se marie et devient d’abord garde-barrière sur une ligne de train. Son mari est plutôt un bon à rien coureur de jupons mais ils restent ensemble.

Je passe sur un grand nombre d’événements qui vont jalonner leur vie parce que l’histoire n’est pas racontée de façon linéaire alors je ne veux pas faire de gaffes en parlant de certains personnages ou certains éléments…

Nous retrouvons plus tard Violette alors qu’elle est devenue gardienne de cimetière. Ici, elle est une figure importante, sa maison est comme un refuge entre la vie et la mort pour les personnes endeuillées et elle recueille les confidences et apaise les esprits. Elle est aussi bien entourée par les employés municipaux du cimetière, les employés des pompes funèbres et le curé qui sont comme sa famille. Mais pourtant on sent bien que Violette n’est pas entièrement sereine dans sa propre vie…

De nombreux personnages et des tranches de vies vont s’intercaler dans l’histoire, des personnages secondaires sans importance apparente mais qui vont en mettre d’autres sur le chemin de Violette et ceux-là vont changer sa vie…

Je ne peux pas vous parler des drames, ni des dépressions, ni des « renaissances », ni des enquêtes, ni des destins brisés, ni des amours sincères … vous les découvrirez au fur et à mesure et j’admire la façon dont l’autrice a réussi à faire de ce roman une fresque foisonnante : à la fois saga familiale et roman d’amour, quasi polar et roman psychologique, roman sur la mort pourtant plein de douceur et d’espoir… Les personnages sont tous bien construits et intéressants, même les moins importants, il y a des belles figures maternelles et paternelles et beaucoup de transmission.

Bref, je n’ai pas vu les pages se tourner et je vous le recommande à mon tour!

Chez Brize : Livre de Poche (663 pages)
avec Nath Sci : allons voir son avis!

Rose : Tatiana de Rosnay

Le roman se situe sous le Second Empire alors que Paris est en pleine destruction par les travaux magistraux d’assainissement et d’embellissement entrepris par le Baron Haussmann.

Dans la rue Childebert, Rose Bazelet, qui vit dans la maison de famille de feu son mari, pense que son quartier est à l’abri des travaux à cause d’une église. Mais un jour, elle aussi reçoit une lettre du préfet qui lui annonce que le futur boulevard St Germain passera par sa demeure.

Elle et ses voisins sont bouleversés, les commerçants perdent leurs lieux de travail et leurs clientèles et les habitants se préparent à quitter leurs logements pour aller en province ou dans leurs familles. Mais Rose ne peut pas quitter cette maison car c’est toute sa vie.

Et ce roman est en fait une longue lettre qu’elle écrit à son mari mort 10 ans auparavant. Elle y raconte son combat pour essayer de sauver le maison, l’évolution de Paris et du quartier, ses sentiments pour sa famille, ses amitiés et des secrets qu’elle ne lui avait encore jamais confiés.

Ce roman est très touchant, par tous les aspects personnels de la vie de Rose, son passé et son présent, et par le point de vue des habitants de Paris qui subissent les travaux d’Haussmann, les gens ordinaires qui sont expropriés sans états d’âme et les conséquences immédiates et à long terme pour les parisiens.

Le hasard a voulu que le soir même où j’ai fini ce roman, j’ai vu un documentaire sur France télévision sur les changements apportés à Paris par le baron Haussmann!

par Mrs B
avec Nath Sci : allons voir son avis
Catégorie couleur

Un peu, beaucoup, à la folie : Liane Moriarty

Résumé de l’éditeur : « Trois couples épanouis. De charmants enfants. Une amitié solide. Et un barbecue entre voisins par un beau dimanche ensoleillé : tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment. Alors, pourquoi, deux mois plus tard, les invités ne cessent-ils de se répéter : « si seulement nous n’y étions pas allés » ?« 

*

Le roman alterne des chapitres qui se déroulent au moment présent et des passages qui se déroulent « le jour du barbecue » et on entend les voix de six personnages qui forment trois couples. Erika et Oliver, un couple un peu rangé, Clémentine et Sam, un couple avec deux petites filles de 4 et 2 ans. Les deux femmes sont amies depuis l’enfance même si elles sont très différentes que ce soit dans leurs personnalités ou dans leurs histoires personnelles et familiales. Les voisins de Erika et Oliver, Tiffany et Vid, parents de Dakota qui a 10 ans, les invitent tous à faire un barbecue chez eux.

Je ne veux vraiment pas trop en dire car on ne sait pas ce qui s’est passé pendant le barbecue avant le milieu de ce pavé de 620 pages alors je ne veux rien dévoiler. Mais ce que je peux dire c’est que dans les passages au présent, il y a de très grosses tensions pour tous les personnages, adultes comme enfants.

En plus de ce qui s’est passé pendant cette soirée, il y a aussi des éléments de la vie de tous les personnages qui petit à petit prennent de l’ampleur dans leur quotidien : le travail, les relations toxiques que ce soit les traumatismes de l’enfance avec les parents ou dans l’amitié, les problèmes de couples et autres retours sur le passé…

J’ai aimé qu’on ne sache pas tout tout de suite et qu’on se pose la question de la cause du problème au coeur du roman mais finalement, une fois que l’on sait ce qui s’est passé, on se rend compte que ce sont tous les autres secrets ou les non-dits qui existent entre les personnages, même proches.

Cependant, j’ai un bémol sur la longueur du roman. Je pense en effet, qu’il n’aurait pas pâti de quelques coupes pour le raccourcir un peu. Mais cela se lit bien pour les vacances.

Chez Brize (Livre de Poche : 620 pages)
avec Manika : allons voir son avis!
Catégorie ponctuation

The High House : Jessie Greengrass

Je dois commencer par dire que ce roman n’est actuellement pas encore traduit mais j’ose espérer qu’il le sera très vite car il est vraiment bon et le sujet est terriblement d’actualité… Ce roman m’a été prêté par mon amie Mrs B qui me permet souvent de faire de belles découvertes non traduites car elle est plus aventureuse que moi dans ses choix de lectures en anglais 😉

Pour vous donner une idée du sujet du roman, je vous montre la page 11 du roman (et ma traduction personnelle). Je l’ai lue après une journée de canicule comme je ne me souviens pas avoir vécue en Normandie. j’ai trouvé cette synchronicité un peu effrayante…

« Il faisait souvent chaud en juillet et août quand j’étais enfant mais pas comme c’est devenu plus tard, quand les étés duraient la moitié de l’année et que chaque jour il y avait un soleil blanc dans un ciel pâle. Il y avait beaucoup de locations de vacances dans le village et en fin de matinée une portion de la plage était remplie de vacanciers, des rangées, allongés sur le dos ou assis avec leurs enfants autour d’eux, seaux et pelles éparpillés, et des restes de pique-niques, bouteilles de crème solaire, chapeaux de soleil, vêtements. Francesca à la maison disait :

-Comment peuvent-ils supporter de l’apprécier, cette météo ? […]

-Ils agissent comme si c’était un mythe pour les effrayer disait Francesca

-au lieu de la fin imminente de notre putain de planète.

Et je savais que quand elle disait « ils », elle voulait dire mon père aussi, et moi. »

Les étés de l’enfance du personnage qui parle ici correspondent à nos étés actuels mais comme vous le comprenez la situation va empirer et devenir absolument critique.

Au niveau de la narration, trois points de vue s’alternent, ceux de Sally, Caro et Pauly et leurs propos reviennent sur leurs passés respectifs et sur leur présent commun et permet aussi de brosser un tableau de la situation mondiale.

Le père de Caro est marié avec Francesca qui est une militante écologiste très impliquée. Pauly, le demi-frère de Caro et fils de Francesca nait au moment où la situation climatique empire et Francesca et le père de Caro, qui est scientifique, s’éloignent de leurs enfants pour essayer d’alerter le monde entier sur les graves dangers que nos sociétés vont subir (on retrouve ici en filigrane ici une thématique vue dans le film « Don’t look up » sur Netflix).

Caro, adolescente, s’occupe de Pauly comme d’une mère de substitution et quand un coup de fil de son père lui dit de quitter en urgence leur maison pour rejoindre la maison de campagne de Francesca « The High House », elle obéit car elle prend conscience que le monde est en train de s’effondrer.

Sally, elle, est un peu plus âgée et elle vit seule avec son grand-père, Grandy, dans un village côtier, principalement habité par des touristes en été et délaissé en hiver. Grandy est une sorte de gardien du village et il essaie d’enseigner, de transmettre, à sa petite fille tout ce qu’il sait… C’est dans ce village que se situe la maison « The High House ». Avant la grande catastrophe écologique, Francesca a pris contact avec Grandy pour lui confier la maison et par conséquent, Caro et Pauly, puisqu’elle a la certitude que seule cette maison pourra être préservée d’une inondation historique et peut-être définitive et que c’est là que son fils ira vivre…

Ce roman parle donc d’écologie, de la destruction du monde tel que nous le connaissons , mais aussi des relations familiales, de transmission, d’amour et de traumatismes, de survie et de psychologie. C’est assez noir et inquiétant sur notre situation et en même temps, il y a de vraiment beaux passages sur la nature et sur les introspections des personnages.

J’ai beaucoup aimé l’histoire et la construction du roman faite d’allers et retours dans le passé et le présent et dans les vies des différents personnages. J’espère que vous aurez l’occasion de le lire. Si vous lisez en anglais, n’attendez pas et s’il est traduit en français, je pense qu’on en entendra parler!

par mon amie Mrs B : Merci!