Mais leurs yeux dardaient sur Dieu ou Une femme noire (Their eyes were watching God) : Zora Neale Hurston

(Un petit Book Face pour la route 😉

Le personnage principal, Janie Crawford revient dans sa ville et son retour éveille les ragots de ses voisins… Janie va alors se confier à sa meilleure amie en lui racontant toute son histoire jusqu’à ce jour.

La grand-mère de Janie était esclave et eut une fille par son maître. Sa fille fut violée par le maître d’école et accoucha de Janie. La petite fille fut élevée par sa grand-mère parmi les enfants du patron de celle que tout le monde -même Janie-appelait « Nanny ». Elle était tellement intégrée au groupe qu’elle raconte avoir découvert qu’elle n’était pas blanche en voyant une photo d’elle avec les petits Blancs.

A l’entrée dans l’adolescence, sa grand-mère la voir embrasser un garçon et craignant qu’elle ne se « perde », elle arrange un mariage avec un fermier voisin. Mais Logan Killicks ne correspond pas à ce dont rêvait Janie : il n’y a pas d’amour ou d’étincelle mais plus un arrangement pratique pour lui, une aide pour la ferme.

Un jour, elle croise la route de Joe Starks, un homme charmant, qui présente bien, plein d’assurance. Elle quitte la ferme pour le suivre à Eatonville (la première ville des États-Unis uniquement habitée par des Noirs). Là, l’esprit d’entreprise de Joe s’épanouit et il permet à la ville de se développer, il devient le maire et monte un magasin général avant d’acheter et vendre des terres. Janie est petit à petit reléguée à la boutique et comme Janie est très belle et qu’elle attire le regard des hommes, il l’efface en commençant par l’obligeant à porter un foulard pour cacher ses cheveux…

Janie n’a pas la langue dans sa poche et elle aimerait pouvoir s’exprimer et participer à la vie de la communauté aussi librement que les hommes mais son mari ne le permet pas. Pour lui, elle n’a qu’à être la femme du maire et vivre une vie aisée. Mais elle veut plus que cela.

Et puis, à la mort de son mari, elle fait la connaissance de Tea Cake, un homme beaucoup plus jeune qu’elle et sans le sou. Il la fait rire, il la traite d’égal à égal et surtout lui redonne le goût de la liberté. Elle est indépendante financièrement et Tea Cake ne cherche pas à abuser d’elle, il est courageux et très bon joueur de dés et vit de ses paris. Alors, faisant fi de l’opinion des autres, elle le suit et quitte tout pour une vie plus simple mais plus heureuse.

Malheureusement, un ouragan terrassa les Everglades où le couple vivait alors et si Janie et Tea Cake en réchappent en vie, un drame va pourtant les séparer et entraîner le retour de Janie seule…

Cette histoire est une histoire de femme forte qui petit à petit prend le pouvoir sur sa vie. Janie est un personnage féministe, ce qui pour une femme noire de son époque n’était pas une mince affaire. C’est aussi une histoire d’amour très forte entre Janie et Tea Cake, une vraie passion.

La langue est très particulière, du langue vernaculaire de la communauté noire de cette région. Ce n’est pas très facile à lire et j’ai souvent lu à mi-voix pour entendre ce que l’écriture phonétique et grammaticalement incorrecte donnait et pourtant, c’est une langue que j’entendais (et que je connais pour avoir pas mal lu de littérature afro-américaine, comme Alice Walker). Et en écrivant ce billet, j’ai trouvé cette version audio et je me demande si je ne l’audiolirai pas un de ces jour, rien que pour la musique de la langue!

 Zora Neale Hurston était une figure importante du « Harlem Renaissance » dans les années 1920 (cliquez sur la première photo pour trouver une biographie en français et sur la deuxième pour une biographie en anglais) 

C’est Alice Walker qui a œuvré pour remettre Zora Neale Husrton sur la scène littéraire après qu’elle ait été oubliée et c’est grâce à elle que j’ai entendu parler de « Their eyes were watching God » quand j’ai lu toute l’oeuvre d’Alice Walker quand j’ai écrit mon mémoire de DEA sur trois de ses romans. D’ailleurs, j’aurais dû le lire en 1996 mais il fallu que j’attende tout ce temps! Maintenant que j’ai lu ce roman, je comprends l’influence qu’il a eu sur elle quand elle écrit « La couleur pourpre ». Alors je suis très touchée quand j’entends Alice Walker lire un bel extrait de ce roman :

Il existe un film (ou téléfilm?) tiré du roman (avec Halle Berry) et d’après la bande annonce, il semble fidèle au roman (mais je ne sais pas s’il a été doublé en français) :

 avec Anne: Allons voir son avis!

 chez Antigone

ma maman qui sait que la thématique des Afro-Américains m’intéresse

catégorie « partie du corps »

Mille petits riens (Small great things) : Jodi Picoult

Résumé de l’éditeur français : « Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une em­ployée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d’un adolescent qu’elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer.
Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui.
Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d’avoir tué le bébé d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ? »

Je recopie le résumé de l’éditeur car il est concis et pose la situation de base de ce roman. J’ai un peu de mal à rassembler mes idées sur ce roman… Je l’ai lu cet été mais je me souviens très bien de l’histoire qui m’a beaucoup plu et marquée mais j’ai peur de trop en dire ou pas assez. En fait, je ne veux pas renter dans les détails de l’histoire qui est en quelque sorte un enchaînement de coïncidences. Cela part d’une décision humaine raciste (la demande d’un couple qu’une sage-femme noire ne s’occupe pas de leur enfant) et de l’acceptation de cette demande par la supérieure (blanche) de Ruth suivi, d’un problème de santé qui aurait pu arriver n’importe où n’importe quand à un nouveau né, puis escalade dans l’accusation par les parents envers Ruth disant qu’elle a délibérément tué cet enfant…

Mais en réalité ce roman derrière ce « fait divers » dramatique à tous points de vue, c’est une histoire de la perception de la race aux Etats-Unis au 21e siècle. Il y a donc Ruth qui vit le plus normalement possible mais qui à chaque instant a conscience qu’elle est noire : que ce soit par des remarques anodines de personnes de son entourage ou parce que les vigiles la surveillent de plus près dans les magasins. Il y a Turk et Brittany qui sous des dehors plus lisses sont en réalité les héritiers du Ku Klux Klan : des Blancs qui estiment que les Noirs ne devraient pas avoir les mêmes droits que les Blancs et à vrai dire, qui ne devraient même pas exister. Et puis, il y a Kennedy, qui est blanche, mais qui estime ne pas voir les races, qui est certaine que pour elle, il n’y a pas de différences et qui pourtant ne veut pas axer le procès sur un problème de racisme contrairement à ce que souhaite Ruth car elle pense que cela desservirait leur cas

La rencontre de ces différentes personnes va être l’occasion de dresser un portrait des Etats-Unis loin d’être reluisant. C’est belle réflexion intelligente sur la relation aux races aux États-Unis! Kennedy va apprendre beaucoup sur elle et sur ce qu’elle a intégré comme étant normal, malgré elle. C’est un personnage auquel je me suis identifiée. Elle n’est pas raciste mais elle croit aussi sincèrement ne pas avoir de préjugés raciaux et elle réalise en fait qu’elle est malgré tout un produit d’une société qui divise. Auprès de Ruth, elle va apprendre à ouvrir les yeux sur ce qu’elle ne voyait pas. C’est un livre qui fait vraiment réfléchir!

La fin, avec le personnage de supérmaciste blanc Tuck, est sans doute un peu exagérée (même si elle est étayée par des recherches faites par l’auteure sur un cas similaire) et tranche un peu avec le reste du roman qui est beaucoup plus fin sur le sujet mais elle ne m’a pour autant pas dérangée.

J’ai été très touchée par Ruth et son fils et leur vie quotidienne qui sans être dramatique est toujours un peu plus compliquée que pour des Blancs et par Kennedy qui traverse une réelle remise en question.

EDIT : Mon amie Mrs B m’a parlé d’une scène dans la série « How to Get Away With Murder » (série 4 épisode 13) dans lequel l’avocate fait un plaidoyer qui montre que la race aux Etats-Unis a un grand poids dans la justice et qui m’a fait penser à ce roman (en anglais mais vous pouvez mettre les sous-titres en français) :

 improvisée avec Kathel! Allons voir son avis!

 chez Antigone

ligne « adjectif »

Je m’appelle Léon (My name is Leon) : Kit De Waal

Leon a 9 ans et il a un petit frère encore bébé. Ils sont de deux pères différents (Le père de Leon est noir et celui de Jake est blanc) et leur mère n’est pas capable de s’occuper d’eux. Pendant un temps, Leon essaie de pallier l’incapacité de sa mère en s’occupant du mieux qu’il peut de son petit frère mais cela ne peut plus durer et les services sociaux prennent une mesure d’urgence et les deux garçons sont placés.

Maureen, celle qui va les accueillir, a une sacrée expérience en matière d’enfants cabossés et elle sait comment prendre Leon même s’il reste persuadé que lui seul sait comment s’occuper de Jake. Une relation de confiance se tisse doucement entre eux.

Malheureusement, un bébé blanc est beaucoup plus facile à faire adopter qu’un grand garçon métisse et les deux frères vont être séparés. Maureen fait de son mieux pour accompagner Leon mais c’est vraiment dur pour lui, d’autant que sa mère n’est toujours pas capable de s’occuper de lui.

Et puis un jour, Maureen tombe malade et est hospitalisée. Leon va vivre avec la soeur de cette dernière. Elle s’occupe de lui du mieux qu’elle peut mais au détour de ses balades en vélo, Leon va rencontrer deux hommes très différents dans des jardins ouvriers : il y a Tufty le grand noir qui fait du vélo et qui a une conscience politique en plein dans les émeutes raciales des années 1980 en Angleterre et un vieil irlandais un peu râleur et un peu alcoolique. Ils vont tous les deux lui apprendre beaucoup et le jardinage sera aussi une façon pour lui de communiquer et de grandir.

Leon ne dit pas le manque qu’il a de son frère et quand il craint un jour que sa existence soit encore chamboulée, il va tenter de reprendre sa vie en main en risquant le tout pour le tout…

Cette histoire est vraiment touchante et les personnages sont très attachants et réalistes. Il y a des aspects très sociaux dans ce roman ainsi que beaucoup d’humanité. Une bonne découverte!

 chez Antigone

catégorie « Prénom »

Une vie après l’autre (Life after life) : Kate Atkinson

Voici un roman de plus de 600 pages qu’il va être très très difficile de vous présenter mais que j’ai beaucoup aimé… Il est très difficile voir impossible à résumer… J’ai peur de vous faire peur et pourtant, il est vraiment très facile à lire et à comprendre et est même à mon avis assez passionnant.

Le personnage principal est Ursula Todd. Dès le début, le 10 février 2010, jour de sa naissance, on découvre qu’on va nous présenter plusieurs destins de cette fillette puisqu’elle commence par être morte née, puis par naître et mourir le cordon enroulé autour du cou, puis naître le cordon autour du cou mais être sauvée…

Plusieurs fois encore, Ursula va mourir mais aussi revivre sa vie avec quelques modifications… Elle ne garde pas de souvenirs de ses passés, même si elle connaît parfois des impressions de « déjà vu » qui font qu’il lui arrive malgré elle de modifier son nouveau présent car elle « sent » que quelque chose ne va pas.

Au fil de ses différentes vies, Ursula va connaître des drames qui vont orienter ses choix de vie plus ou moins heureux. Parfois, dans certaines de ses vies il y a des points communs avec d’anciennes vies mais avec quelques nuances.

Je sais que certains lecteurs ont trouvé le procédé un peu répétitif mais moi cela ne m’a pas gênée du tout, j’ai même beaucoup aimé voir les changements et les petits « clins d’oeil » aux autres vies et voir aussi comment des choix ou des événements extérieurs pouvaient influencer toute une vie mais aussi comment l’expérience même inconsciente pouvait faire dévier de peu les choses.

Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman c’est aussi l’époque -les époques- qu’Ursula traverse : elle naît en 1910, elle va donc connaître la 1ère et la 2ème guerre mondiale en Angleterre (mais aussi en Allemagne dans l’une de ses vies) et particulièrement le Blitz à Londres. Elle est issue d’une famille plutôt aisée qui vit dans la campagne anglaise et a plusieurs frères et soeurs et une tante un peu fantasque que l’on retrouve dans diverses situations au fil des différentes vies d’Ursula. Je ferais un rapprochement avec les roman de Kate Morton pour le côté saga familiale que j’ai vraiment apprécié.

Une très bonne lecture pour moi!

 chez Antigone

 chez Titine

Lucy in the sky : Pete Fromm

J’ai assisté à une rencontre avec Pete Fromm et c’était une rencontre vraiment intéressante et c’est à cette occasion que Mrs B a acheté ce roman puis me l’a prêté.

Lucy Diamond a quatorze ans et elle vit avec ses parents dans une petite ville un peu paumée du Montana. Enfin, elle vit surtout avec sa mère parce que son père n’est presque jamais là. Il est bûcheron et il doit partir pendant de très longues périodes. Ses parents l’ont eu très jeunes et ils ont une relation un peu spéciale : quand ils se voient ils sont très immatures, très « amoureux » mais quand on entre dans l’histoire, leur vie est train de prendre un tournant. La mère de Lucy ne supporte pas de passer son temps à attendre un mari absent et elle a pris un travail en secret et elle est encore jeune et éprouve le besoin de plaire à d’autres hommes.

Les relations de Lucy avec son père sont aussi particulières : il ne la voit grandir et surtout il la voit plus comme un garçon, allant même jusqu’à lui raser les cheveux à chaque fois qu’il la revoit. Et ce dernier départ marque aussi une nouvelle période pour la jeune fille qui entre dans l’adolescence et qui ne sait plus trop où se situer : est-elle un quasi garçon qui doit être loyale envers son père ou une vraie fille qui peut ressentir de l’attirance pour un garçon et des sentiments forts?

Cette période va marquer une opposition de Lucy vis à vis de ses parents. Elle est souvent en conflit avec sa mère qui malgré sa présence se révèle être presque aussi absente que son père car elle a décidé de vivre sa vie sans trop se soucier de sa fille, et elle ne croit plus en son père qui l’a trahie trop souvent. Elle découvre l’indépendance et la sexualité avec un ami, elle se cherche, elle grandit et se révèle beaucoup plus mature que tous les adultes autour d’elle.

J’ai beaucoup aimé cette histoire et je dois dire que j’admire vraiment la manière dont l’auteur, un homme de 45 ans à l’époque où il a écrit le roman, a réussi à se mettre dans la peau de Lucy cette adolescente de 14 ans. Bravo car c’est vraiment très naturel, très juste et il s’est totalement effacé derrière son personnage! Lucy est vraiment attachante, j’ai vraiment eu l’impression de faire sa connaissance et de la voir évoluer.

 par mon amie Mrs B : merci!

Catégorie « Prénom » pour le 

Avenue des Géants : Marc Dugain

Ce roman raconte la vie de Al Kenner mais il est inspiré de Ed Kemper (c’est même une biographie romancée). Deux périodes s’alternent : de nos jours, Al Kenner est en prison à vie et communique avec une visiteuse de prison et le même personnage dans le passé, à partir de ses 15 ans quand sa vie a basculé.

En effet, le jeune Al Kenner, un « géant » de 2,20 mètres, au QI supérieur à celui d’Einstein est un garçon très discret et mal dans sa peu qui vit chez ses grands-parents, mis à l’écart par son père et sa mère séparés. Un matin, exaspéré, il tue froidement sa grand-mère qu’il ne supporte plus et tout de suite après son grand-père. Il commence par fuir, comme pour se libérer mais se dénonce et est mis en hôpital psychiatrique.

Là, auprès de son psychiatre, il va à la fois se livrer un peu mais surtout apprendre beaucoup de choses sur les différentes psychoses. Il porte une histoire familiale particulièrement lourde et ses relations avec sa mère qui sont la cause de « mauvaises pensées » contre lesquelles il lutte…

Une fois sorti de l’hôpital psychiatrique, il reprend une vie à peu près normale même si la fréquentation de sa mère ne l’aide pas forcément et il boit énormément. Il est amené à se rapprocher de la police et même l’aider dans une enquête grâce à ses connaissances sur la psychiatrie. Il est toujours un solitaire qui a du mal à communiquer…

Comme je vous le disais, on sait dès le premier chapitre qu’il a fait quelque chose de grave mais le roman est vraiment bien construit car quand on revient dans le passé, si on sent bien que le personnage de Al n’est pas tout à fait « net », on ne saura qu’à la fin ce qui l’a mené en prison, car on découvre alors une autre perspective à l’histoire qu’on vient de lire.

En plus de ce roman autour d’un personnage, c’est un roman qui brosse le portait des Etats-Unis des années 60-70 avec des pères qui ont fait la deuxième guerre mondiale, des jeunes qui subissent la guerre du Vietnam et la montée des mouvements hippies, un vrai tournant dans la société américaine.

Bien écrit et bien construit, on est touché par ce personnage hors norme qui semble presque avoir deux personnalités, à la fois « gendre idéal » et « personnalité borderline » et le roman le rend très bien.

 ma Best Elise

 chez Antigone

Les petites tempêtes : Valérie Chevalier

Quand j’ai commencé cette lecture j’avais un peu peur de tomber sur un roman à l’eau de rose mais je dois dire que j’ai plutôt été agréablement surprise.

On rencontre Raphaëlle alors qu’elle est adolescente et commence le lycée. Elle vit avec son père (sa mère les a quittés il y a des années) et elle fait la connaissance de Chanterelle, une ado indépendante et au caractère bien trempé qui va devenir sa meilleure amie et la complice de sa vie.

Ce roman est en fait un déroulé de la vie affective de Raphaëlle au fil de sa vie : ses relations fortes et pleine de bienveillance avec son père qui sait lui laisser sa liberté, son amitié indéfectible avec sa meilleure amie Chanterelle, ses choix professionnels quand elle va se lancer dans la vie d’artiste peintre et ses rencontres amoureuses plus ou moins sérieuses, plus ou moins sexuelles…

Elle va traverser des tempêtes, certaines petites, certaines plus grandes et aller de Monréal à Newberry aux Etats-Unis et passer plusieurs mois à Paris.

Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est que l’auteur ne nous sert pas le « parfait amour » à longueur de pages. Au contraire, les relations amoureuses de Raphaëlle sont plutôt « normales », passagères et la construisent petit à petit. Les éléments essentiels à sa vie sont son père et son amie. Elle passe par des hauts er des bas comme chacun d’entre nous peut en connaître.

J’ai aussi aimé sa passion pour la peinture et la partie à Paris où sont évoqués les différences culturelles entre le Québec et la France!

Si vous souhaitez un moment de détente sans prise de tête, c’est un petit roman plutôt sympathique.

  chez Karine:) et  Yueyin

Manikanetish : Naomi Fontaine

L’an denier, j’avais eu un coup de coeur pour la version audio du premier roman de Naomi Fontaine : Kuessipan alors je savais que je lirai celui-ci quand j’ai vu qu’elle en avait écrit un autre. J’ai eu la chance de l’acheter lors de son passage au Festival Amercica.

Et c’est à nouveau un coup de coeur. Quelle plume! Cette jeune auteur écrit vraiment bien, tout en finesse, avec une certaine poésie pourtant tout à fait ancrée dans la réalité. Elle dit les choses d’une belle façon, tout sonne juste. C’est d’une belle fluidité.

L’auteur sait s’effacer derrière son texte et pourtant, le texte parle d’elle. Pas uniquement d’elle car elle parle du peuple Innu (anciennement connu sous le nom des Montagnards), de la vie à la réserve de Uashat mais aussi plus particulièrement des jeunes avec qui elle travaille. En peu de mots, elle sait tisser une communauté

On suit Yammie, toute jeune enseignante fraîchement diplômée qui décide de quitter Québec et son petit ami pour retourner à Uashat, sur la Côte-Nord pour prendre son premier poste à l’école Manikanetish (Petite Marguerite). Elle vient de cet endroit, elle y est née mais sa mère est partie à Québec avec elle quand elle avait 7 ans et elle est dans une position particulière de celle qui EST Innue mais qui n’a pas vécu au sein de la communauté. Son retour pour y enseigner est autant pour elle le besoin de transmettre que d’apprendre de ceux qu’elle va côtoyer.

Cette histoire est donc celle de Yammie, de sa famille, de cette jeune femme de son époque qui apprend à s’approprier des codes et retrouver ses racines mais surtout, c’est l’histoire -les histoires- de ses élèves.

Elle rencontre des jeunes parfois en perdition, parfois qui s’accrochent pour s’en sortir malgré les difficultés rencontrées. Décrochage scolaire, maternité précoce, étudiantes élevant déjà un ou deux enfants, suicides, deuils familiaux…

Elle ne va pas essayer de les « sauver » mais de leur apporter une écoute, un enseignement qui les revalorise et aussi, un peu sous la contrainte de son directeur elle va les pousser un peu dans leurs retranchements en leur faisant monter et jouer « Le Cid » dans le cadre d’un atelier théâtre.

Ce roman est très touchant, pas du tout manichéen, il ne cache pas les difficultés à enseigner et les difficultés à vivre dans une réserve, il montre des personnages vraiment attachants et des situations de vie pas simples.

J’ai vraiment aimé et je sais que je lirai son prochain aussi!

Quelques extraits, mais j’aurais pu noter une page deux 😉 :

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Petite anecdote : Au festival America, dans la queue pour la dédicace, j’ai parlé quelques  minutes avec la personne devant moi, elle a évoqué qu’elle avait un blog mais je n’ai pas rebondi mais j’ai entendu le prénom qu’elle donnait à Naomi Fontaine et c’est une fois rentrée chez moi que j’ai réalisé que ce prénom correspondait à la blogueuse Sharon que je connais virtuellement depuis un moment alors on peut dire qu’on s’est rencontrées sans s’en rendre compte 😉

Je n’ai pas eu la chance d’assister à la table ronde sur la thématique des Premières Nations mais j’ai regardé la captation qui en a été faite et c’est passionnant. Cela ne concerne pas seulement les Premières Nations au Québec mais Naomi Fontaine intervient et à l’occasion de cette lecture commune autour de le littérature autochtone, je trouve que c’est très intéressant de se plonger dans leurs univers.

  chez Karine:) et  Yueyin

 autour de la littérature autochtone et sur ce titre plus particulièrement avec  Argali, Karine et Sharon : Allons voir leurs avis!

Le fleuve : Sylvie Drapeau (lu par l’auteur)

Je ne m’attendais rien en commençant cette lecture audio et j’ai tout de suite été saisie par le style plein de douceur et la très belle façon dont l’auteur lit son propre texte. Et puis l’histoire, racontée du point de vue d’une petite fille d’abord puis l’enfant qui grandit est à la fois pleine d’amour et pleine de la nostalgie de l’enfance et puis pleine du drame qui survient.

La narratrice (l’auteur d’après ce que j’ai compris) raconte donc une enfance pleine de liberté dans la campagne de  la Côte-Nord, avec le fleuve comme une figure vivante, à la fois attirant et inquiétant. Les enfants, de nombreux frères et soeurs de tous âges, qu’elle surnomme « la meute », passent leurs journées à vivre des aventures dehors. La petite fille qui a 5 ans a une admiration sans borne pour Roch, son frère aîné :  elle le suit, il est fort et courageux, il est téméraire et aventurier… Et pourtant, c’est lui qui va disparaître, noyé dans le fleuve…

Ce drame va bien évidemment bouleverser la famille entière. L’enfant va raconter ses parents qui doivent survivre à cette mort. Elle va raconter l’équilibre de la meute qui change… Et puis elle va raconter la vie qui continue.

Qu’est-ce que ce texte est beau! Émouvant et touchant et superbe! J’ai été vraiment très émue mais pas seulement par les moments dramatiques : les passages sur l’enfance sont formidables et les passages sur le retour à la vie de la famille sont aussi très jolis… Tout m’a plu!

Le fait que l’auteur soit une aussi actrice est un réel atout pour cette lecture audio car elle le lit, elle le joue avec une vraie justesse, une grande sincérité.

C’est un coup de coeur et je vous recommande vraiment la version audio.

A découvrir en le téléchargeant gratuitement sur Ici Radio Canada

 Chez Sylire

   chez Karine:) et  Yueyin

Je suis un écrivain japonais : Dany Laferrière

Je dois commencer par vous dire que j’ai abandonné cette lecture après en avoir lu la moitié… Et que juste avant j’ai mis de côté après un tiers « Le cri des oiseaux fous » (mais je vais laisser une seconde chance à ce titre, peut-être pour Québec en Novembre 2019, car la langue est belle et le propos très intéressant…. Je pense que ce n’était pas le bon moment pour ce livre et moi!). Mais pour cette lecture commune autour de Dany Laferrière, j’avais envie de participer quand même car c’est un auteur dont j’ai aimé ce que j’ai lu jusqu’ici. Avant le blog, il y a très longtemps, j’avais lu et beaucoup aimé « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » et j’ai eu un coup de coeur pour « L’énigme du retour » et j’ai découvert l’homme et l’auteur grâce à un entretien avec Jean-Luc Hess. Mais je dois admettre que je n’ai pas du tout réussi à entrer dans « Je suis un écrivain japonais »…

Alors, je vais vous recopier le résumé de l’éditeur québécois pour vous donner une idée de l’histoire : « Il vit à Montréal, il lit Mishima et Basho, il drague des japonaises, il passe sa journée au café, il projette d’écrire un roman ou de faire un film, mais plus particulièrement un roman ou un film à la manière des maîtres japonais.
C’est ce qu’il raconte à une journaliste japonaise en tournée dans la métropole québécoise, et c’est ainsi que le scandale éclate à Tokyo. Comment peut-on, quand on vit à Montréal, se prendre pour un écrivain et un cinéaste japonais ? Jusqu’à son éditeur, qui l’appelle pour lui dire son mécontentement de ne pas avoir reçu ce roman qui l’a déjà rendu célèbre sur les rives du Pacifique.
Dany Laferrière est ici plus que jamais fidèle à lui-même. Fête de l’intelligence et des sens, Je suis un écrivain japonais est une célébration de la littérature et du plaisir, des femmes et des écrivains, dans l’ordre et dans le désordre. »

Et je vais être franche avec vous, pour moi, j’ai surtout remarqué le désordre car très vite, je n’ai rien compris 😉 J’ai trouvé que ça partait un peu dans tous les sens et puis la littérature japonaise et moi ça fait deux, je ne suis pas vraiment fan, alors Dany Laferrière a sans doute bien réussi  son coup : il m’a autant perdue qu’un « vrai » écrivain japonais l’aurait fait!

Cependant, j’ai relevé plusieurs phrases que j’ai trouvées belles, fines et très bien pensées ce qui me fait dire que ce n’est pas l’auteur qui ne m’a pas plu mais ce roman en particulier. Ce n’est donc sans doute pas mon dernier Dany Laferrière. D’autant que j’aime beaucoup l’homme que je trouve vraiment passionnant!

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Cliquez sur la photo pour écouter un interview de l’auteur au sujet de ce roman 

 autour de l’auteur Dany Laferrière dans le cadre de    chez Karine:) et  Yueyin