Appelle-moi par ton nom / Plus tard ou jamais (Call me by your name) : André Aciman

Elio revient sur l’été de ses 17 ans dans les années 80, qu’il a passé comme tous les ans avec ses parents dans leur maison de vacances en Italie. Son père, qui est professeur d’université, accueille chaque été un assistant qui partage leur vie tout en travaillant. Cette année, c’est Oliver, un jeune universitaire de 27 ans, intelligent et nonchalant.

Très vite Elio se sent attiré par Oliver, une attirance intellectuelle et physique. Le jeune homme découvre avec cette attirance les premiers vrais émois émotionnels, sexuels, amoureux même. Ils s’observent et Elio est persuadé que rien ne pourra sortir de ce désir, Oliver le tenant à distance. Les deux hommes ont d’ailleurs des relations avec deux jeunes voisines.

Mais petit à petit, sous le soleil italien, ils se rapprochent et toute la tension sexuelle de ce premier amour, à priori impossible, prend chaire et culmine lors d’un weekend à Rome qui sera leur chant du cygne.

On suit l’evolution de leurs vies après cette parenthèse d’un été mais le coeur du récit est vraiment cette période très intense. C’est très sensuel et le fait que cette relation soit homosexuelle n’est pas une barrière pour s’identifier car tous ceux qui ont vécu un jour les affres des premières attirances, des premiers doutes et désirs et les premières fins d’histoires pourront s’y retrouver.

C’est un beau texte, plein de poésie, de chaleur, de sensualité. J’ai beaucoup aimé.

Un film a été tiré de ce roman (d’ailleurs, le livre avait été publié en France sous le titre « Plus tard ou jamais » et il est ressorti sous un nouveau titre, la traduction du titre original) mais en regardant la bande annonce, je retrouve bien l’ambiance mais je me demande bien comment toute l’introspection et les doutes et le désir d’Elio est rendu en images. Il faudra que j’essaie de le voir un jour!

 chez Antigone

Chez Martine

Eleanor Oliphant va très bien (Eleanor Oliphant is Completely Fine) : Gail Honeyman

Eleanor Oliphant a une vie bien rangée et bien réglée. Elle est extrêmement soucieuse de choisir les mots justes, s’appliquant à toujours s’exprimer le plus correctement possible et de respecter les bonnes manières. Mais Eleanor a beaucoup de mal avec les codes sociaux. Son intelligence et sa culture font qu’elle est un peu comme sortie d’une autre époque et qu’elle ne comprend pas les gens qui l’entourent, elle ne comprend pas les manières actuelles et passe à côté du second degré et des non-dits. Et pourtant, Eleanor a 30 ans et travaille dans une grande ville… Elle est à part, ne se gênant pas pour remettre les gens à leur place sans penser à mal et à être parfois trop franche. Pour ceux qui connaissent la série « The big bang theory », elle m’a fait pensé à Sheldon tout au long de ma lecture.)

Sa vie réglée comme du papier à musique depuis toujours (appartement, travail, vodka le weekend pour faire passer le temps plus vite) va être bousculée par deux événements à peu près au même moment. Lors d’une inhabituelle sortie dans un bar, elle croise le regard d’un musicien sur scène et est persuadée que c’est l’homme de sa vie et décide donc de se transformer pour aider un peu le destin, ce qui va la faire essayer de coller aux codes de féminité auxquels elle ne s’était jamais intéressée jusqu’ici (ce qui entraîne des passages vraiment drôles!)

L’autre événement se produit lorsqu’en sortant du travail avec son collègue informaticien, Raymond, elle est croise un vieil homme qui fait un malaise devant eux dans la rue et le fait d’appeler les secours va la lier à Raymond et à la victime. Pour la première fois, elle est confronté à l’empathie, aux relations humaines et sociales et elle s’aperçoit que ça lui est très agréable.

Il faut savoir aussi qu’Eleanor revient de loin. On sait certaines choses dès le début mais beaucoup d’informations sur son passé sont distillées petit à petit, l’air de rien au fil de son évolution. Elle a une importante brûlure au visage qui date de son enfance et elle a été placée en familles d’accueil mais reste en contact avec celle qu’elle appelle « mummy » en anglais (c’est à dire, le nom vraiment enfantin pour maman). Il est clair dès le début qu’il y a quelque chose dans son passé qui n’est pas dit et les transformations dans la vie d’Eleanor, que ce soit dans son fonctionnement social ou dans sa personnalité et son rapport aux autres vont lui permettre d’y voir plus clair.

Eleanor répète souvent qu’elle va très bien mais c’est un peu de l’auto persuasion mais elle finira par aller mieux!

J’ai eu un coup de coeur pour ce roman qui est à la fois drôle et sérieux : la différence, la solitude et les relations humaines dans notre société sont très importants mais ces sujets sont traités aussi avec des touches de légèreté quand il s’agit de mettre en lumière certains aspects de notre société actuelle sous le regard très candide d’Eleanor.

Il y a aussi tout une thématique autour des traumatismes de l’enfance et c’est vraiment réussi!

Je vous recommande vraiment ce roman qui n’est pas un « feel-good » mais qui très intelligemment fait qu’en le refermant on se sent bien et on a envie d’être gentil avec les gens que nous croisons!

 chez Antigone

catégorie animal (= un animal fantastique du monde de J. R. R. Tolkien)

On the come up : Angie Thomas

J’ai repéré ce titre chez Jackie Brown qui en a parlé juste après que j’ai lu « The hate U give« , le premier roman de l’auteur. Je n’ai pas attendu et je l’ai acheté en Angleterre en mars et je l’ai lu dans la foulée (au départ je voulais attendre février prochain pour l’African American History Month Challenge mais en réalité j’ai une PAL et une LAL assez conséquentes pour ne pas avoir à attendre 😉 et une LC avec Karine m’a motivée aussi!

Cette histoire n’est pas une suite de « The hate U give » mais elle se passe dans le même quartier et la mort d’un jeune, tué par un policier, suivie d’émeutes, est évoquée donc on est bien dans le même univers que dans le premier roman.

L’héroïne, Bri, est une jeune fille Noire de 16 ans qui vit dans un quartier compliqué, avec des gangs et peu de chances d’évolution pour la jeunesse. Son père qui était un rappeur assez influent dans le quartier a été assassiné par un gang des années auparavant. Bri et ses deux meilleurs amis vont dans un lycée extérieur spécialisé dans les arts qui prend des jeunes des « quartiers » et depuis les émeutes, des gardiens fouillent les lycéens à l’entrée…

Bri est passionnée de rap et elle est douée. Elle est capable d’exprimer ses sentiments et ses ressentis avec des phrases rimées et percutantes. Sa tante l’encourage et la pousse à participer à une « battle » en public et c’est un vrai succès… Bri envisage même de gagner de l’argent en décrochant un contrat pour sauver sa famille de la misère dans laquelle ils sont en train de sombrer.

Un jour, les gardiens à l’entrée du lycée, qui avaient déjà montrés des signes de préjugés raciaux, s’en prennent arbitrairement à Bri et la plaquent au sol comme une délinquante qu’elle n’est pas… La colère inspire le jeune fille et elle écrit un rap virulent contre cette situation et cette chanson est enregistrée et diffusée. « On the come up » fait le buzz mais elle ne fait pas l’unanimité dans son entourage car pour dénoncer le fait que les jeunes Noirs sont toujours pris à partie, Bri donne d’elle une image de « racaille » armée prête à en découdre …

Influencée par l’ancien manager de son père, Bri qui a toujours le souhait de gagner de l’argent vite, risque de se perdre en acceptant de donner la mauvaise image d’elle.

Ce roman est vraiment riche car il y est question de l’histoire familiale de Bri avec sa mère, ancienne droguée sevrée depuis 8 ans,  qui fait de son mieux pour s’occuper dignement de sa fille et de son fils, diplômé qui est revenu vivre avec sa mère et sa soeur en travaillant dans une pizzeria pour aider à la maison. Il y a donc aussi toute l’évocation de la difficulté pour les jeunes de s’en sortir, même en faisant des études, de devoir quitter le quartier pour pourvoir évoluer sereinement. On y parle aussi d’une conscience politique qui se développe dans la veine du « Black Lives Matter » et aussi la place des gangs (Pooh, la tante de Bri est dealer de drogue dans un gang) et de leurs rivalités. Et l’homosexualité est aussi un sujet abordé et ce n’est pas anodin.

J’ai beaucoup aimé. Attention, ce roman n’est pas encore traduit… et je souhaite bon courage au traducteur vu qu’il y a beaucoup de passages de rap qui sont à la fois un mélange de langage très spécifique à ce style musical et au quartier et la communauté Afro-Américaine et de poésie rythmée/rimée.

avec Karine : Allons voir son avis!

Meurtres pour mémoire : Didier Daeninckx

L’histoire commence en 1961 lors d’une grande manifestation d’Algériens qui refusent le couvre-feu qui leur est imposé. Cette révolte est réprimée dans la violence et le sang par les CRS. Des centaines de manifestants sont victimes -morts ou blessés- de cette repression.

Roger Thiraud est professeur d’histoire dans un lycée. C’est un homme sans histoires qui rentre un soir après ses cours pour rejoindre sa femme enceinte. Il assiste, impuissant, à la manifestation des Algériens et contre toute attente, il est exécuté froidement par un CRS.

Le roman change alors d’époque puisqu’on se retrouve une vingtaine d’années plus tard.

Bernard Thiraud est un jeune homme, étudiant spécialisé en histoire médiévale comme son père. Avec sa fiancée, il part en vacances au Maroc mais ils font une pause à Toulouse où Bernard fait des recherches dans les archives du Capitole et de la Préfecture. Le deuxième jour, en sortant, il est attendu par un homme qui le poursuit pour le tuer de sang froid.

L’inspecteur Cardin, nouveau venu à Toulouse, doit prendre en charge l’enquête en l’absence de son supérieur. Il s’intéresse à la victime : pourquoi est-ce que l’étudiant s’est arrêté faire des recherches à Toulouse. Est-ce que sa mort peut avoir un lien avec la mort de son père en 1961?

Il remonte jusqu’aux services des RG à Paris où il a des contacts pour en savoir plus sur la façon dont a été gérée la répression de la manifestation des Algériens. Mais il s’étonne aussi du fait que le fils avait repris les mêmes recherches que son père à Toulouse.

Ce roman se lit comme un polar mais c’est plus une toile de fond et c’est plus l’aspect historique qui compte que ce soit la guerre d’Algérie ou la Deuxième Guerre Mondiale. Et en réalité, l’aspect le plus fort, c’est le côté politique car ce roman est aussi une dénonciation à mot à peine cachée de Maurice Papon dont le passé pendant l’occupation en Gironde et le passé de Préfet de Paris en 1961 se rejoignent dans le roman … Quand j’ai rencontré Didier Daeninckx, il a expliqué pourquoi il avait voulu écrire ce roman sur Maurice Papon -pour le dénoncer.

J’ai aimé ce roman pour toutes ses facettes, très riches tout en gardant sa forme plus légère du polar. Je suis contente d’avoir lu ce roman qui est certainement devenu un classique du genre!

 chez Antigone

avec Usva  : Allons voir son avis!

L’art de perdre : Alice Zeniter

Ce pavé me faisait un peu peur et pourtant je l’avais acheté les yeux fermés parce qu’il avait reçu le prix Goncourt des Lycéens et je suis rarement déçue par ce prix. J’appréhendais un peu pourtant vu le sujet et la taille mais j’ai beaucoup aimé.

Le roman est découpé en 3 parties : le passé en Algérie avant et pendant la guerre d’indépendance avec la famille d’Ali, un Berbère, ancien combattant de l’armée française pendant la 2ème guerre mondiale. Il crée son petit empire dans les montagnes mais au moment où commencent les conflits, il ne se positionne pas contre les français -gardant même des relations ambiguës avec les représentants de l’armée française.

Il fait donc partie des « Harkis » qui quitteront l’Algérie, comme lui avec sa femme et ses enfants, pour fuir ceux qui le considèrent comme un traître.

La deuxième partie, c’est la vie en France – en tant que Français Musulmans ou plutôt en tant que parias de la société -parqués dans des camps… La France n’est pas très accueillante… Puis on suit plus particulièrement Hamid, le fils qui est né en Algérie et qui va s’adapter à la France mais qui toute sa vie va être tiraillé dans son identité floue.

Et enfin, la troisième partie c’est celle de Naïma, la fille d’Hamid et de Clarisse. Elle est de double culture mais avec une facette de sa famille qu’elle ne connaît pas car son père et son grand-père ont tellement tu leur passé et leur Algérie qu’elle ne sait elle-même pas qui elle est. Son travail lui donne l’occasion de faire le « retour » vers l’Algérie que sa famille n’a jamais pu faire.

Cette saga familiale entre l’Algérie et a France est passionnante -très documentée et pourtant ce n’est pas un documentaire mais un vrai beau roman avec de très belles pages sur l’identité, sur la famille, sur l’exil, sur l’honneur.

J’ai vraiment aimé (si je ne vais pas jusqu’au coup de coeur, c’est parce que j’ai trouvé le début un peu long).

Pour la petite histoire personnelle, dans une autre vie, j’ai très bien connu un jeune homme issu de la deuxième génération des « rapatriés d’Algérie » appelés aussi « Harkis » et même si cette histoire n’est pas la sienne car il est né 10 ans plus tard qu’Hamid et qu’il est né en France, j’ai eu un peu l’impression que c’est une histoire que j’aurais pu mieux connaître à l’époque si les silences n’étaient pas en effet très pesants sur ce sujet. En plus il a grandi à Flers où vit la famille du roman! Quand je lisais « Yema » (qui veut dire « maman » en kabyle), moi j’entendais « Imma » comme ils le prononçaient dans sa famille. Et même si je n’ai plus de contacts avec lui depuis plus de 15 ans j’aurais vraiment envie qu’il lise ce roman!

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(La Normandie 😉 )

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 chez Antigone

2017

Mistral perdu ou les événements : Isabelle Monnin

J’avais eu un coup de coeur pour « Les gens dans l’enveloppe » de l’auteure et  Saxaoul m’avait donné envie de lire celui-ci.

Résumé de l’éditeur :

« C’est une histoire intime, deux sœurs grandissent ensemble dans la France provinciale des années 1980  ; et puis l’une meurt.
C’est une histoire politique, on croit qu’on appartient à un tout  ; et puis on ne comprend plus rien.
C’est l’histoire du je et du nous, ces deux-là s’intimident, ils se cherchent, parfois ils se trouvent  ; et puis ils se déchirent.
C’est l’histoire de valeurs, elles disent qui on est  ; et puis elles se laissent bâillonner.
C’est l’histoire d’un chanteur préféré, tendre et rebelle  ; et puis il finit par embrasser les flics.
C’est l’histoire d’un hier, où ne comptait que le futur  ; et puis des aujourd’hui, malades du passé.
C’est l’histoire d’un monde qui se croyait fort et paisible  ; et puis il réapprend la haine.
C’est l’histoire qui nous arrive  ; et puis l’impression de ne plus y arriver.
C’est une nostalgie, sans doute, mais pas seulement  : dans la mémoire de ce qui fut, demeurent peut-être les graines de ce qui renaîtra, après la catastrophe. »

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C’est une lecture particulière car tout au long de ma lecture je n’étais pas sure si c’était un roman  ou un récit autobiographique mais au fond peu importe car c’est écrit dans un style très intéressant, avec une certaine poésie, un rythme, tout en étant ancré dans la réalité, ce qui lui donne un réel caractère littéraire.

Il y a sans doute de la réalité et de la vie personnelle de l’auteur dans cette histoire de deux sœurs qui grandissent ensemble de façon quasi fusionnelle dans une famille de gauche. Mais il y a aussi un caractère universel que ce soit dans l’époque puisqu’elle raconte la vie dans les années 70-80, les aspects culturels et politiques mais aussi tout simplement la vie quotidienne d’enfants puis de jeunes (la narratrice a mon âge à un ou deux ans près, autant vous dire que je me suis grandement identifiée dans le portrait de cette jeunesse) et puis il y a des aspects qui peuvent parler à un grand nombre quand il s’agit des relations entre les deux sœurs et le deuil.

Ce roman est à la fois réjouissant et frais avec le regard de l’enfant sur son époque, nostalgique avec le regard de l’adultes sur son passé et très émouvant quand elle évoque sa soeur car tout le long du roman on sent qu’il va se passer quelque chose et on se met à sa place quand il faut « vivre avec » ce qui arrive.

Une bonne lecture.

Petit clin d’oeil et joli hasard : quelques jours après avoir fini ce livre, j’étais au Victoria & Albert Museum à Londres et je suis tombée sur cette photographie :

 chez Antigone

catégorie « adjectif »

Brown girl dreaming : Jacqueline Woodson

Il faut que je commence par vous dire que j’ai cherché partout et je n’ai pas trouvé trace d’une traduction de ce texte en français et ça m’a tellement choquée que j’ai écrit un mail à Stock, l’éditeur qui a publié « Un autre Brooklyn » pour leur suggérer de le faire! 😉 Ce texte a eu de nombreux prix prestigieux : le National Book Award, Newbery Honor Book, le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) Image Award et le Coretta Scott King Award.

Ce qui fait peut-être peur aux éditeurs français, c’est que ce texte est souvent associé à de la littérature jeunesse ou young adult et que c’est de la poésie alors j’imagine que les deux ensemble n’ont pas vraiment de public garanti mais ce n’est pas du tout cela… C’est une autobiographie en vers (libres) qui raconte la vie de Jacqueline Woodson du jour de sa naissance jusqu’à la pré-adolescence mais cela va bien au-delà de l’aspect « jeunesse ».

Ce texte, au-travers des souvenirs qui sont racontés, au-delà des anecdotes personnelles et familiales, drôles ou tristes, ce texte est une « petite » histoire des Etats-Unis, une « petite » histoire du Sud, un éclairage sur la place des Noirs aux Etats-Unis avant les mouvements pour les droits civiques et après… Il y a une vraie réflexion sur le monde qui entoure cette petite fille qui grandit au milieu du monde.

Et puis, il y a aussi la manière dont elle se situe au sein d’une famille et également, son amour de raconter des histoires qui ne la lâchera pas de toute sa vie.

Ce texte est très bien écrit, très beau et très abordable. Il est passionnant et je ne pouvais pas le lâcher. Et il plairait certainement aux adolescents comme aux adultes!

De plus, si vous avez lu « Un autre Brooklyn », « Brown girl dreaming » vous fera comprendre quelle est la part d’autobiographie dans ce roman.

Je vous propose quelques pages que j’ai particulièrement aimées et qui correspondent bien à mon African American History Month challenge. N’étant ni traductrice professionnelle, ni poète, je ne m’aventure pas à la traduire ici désolée 😉

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Une vidéo de Jacqueline Woodson qui parle de « Brown girl dreaming » (en anglais mais les sous-titres en français sont disponibles) :

Dans cette vidéo, Jacqueline Woodson lit certains passages de « Brown Girl Dreaming » (en anglais mais les sous-titres en français sont disponibles) :

Un article sur l’auteur dans Livres Hebdo.

D’autres billets chez moi sur des livres de Jacqueline Woodson (cliquez sur les couvertures pour voir mes avis) :

Et un roman jeunesse « Le garçon qui n’était pas noir » :

catégorie « couleur »

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu ou Une femme noire (Their eyes were watching God) : Zora Neale Hurston

(Un petit Book Face pour la route 😉

Le personnage principal, Janie Crawford revient dans sa ville et son retour éveille les ragots de ses voisins… Janie va alors se confier à sa meilleure amie en lui racontant toute son histoire jusqu’à ce jour.

La grand-mère de Janie était esclave et eut une fille par son maître. Sa fille fut violée par le maître d’école et accoucha de Janie. La petite fille fut élevée par sa grand-mère parmi les enfants du patron de celle que tout le monde -même Janie-appelait « Nanny ». Elle était tellement intégrée au groupe qu’elle raconte avoir découvert qu’elle n’était pas blanche en voyant une photo d’elle avec les petits Blancs.

A l’entrée dans l’adolescence, sa grand-mère la voir embrasser un garçon et craignant qu’elle ne se « perde », elle arrange un mariage avec un fermier voisin. Mais Logan Killicks ne correspond pas à ce dont rêvait Janie : il n’y a pas d’amour ou d’étincelle mais plus un arrangement pratique pour lui, une aide pour la ferme.

Un jour, elle croise la route de Joe Starks, un homme charmant, qui présente bien, plein d’assurance. Elle quitte la ferme pour le suivre à Eatonville (la première ville des États-Unis uniquement habitée par des Noirs). Là, l’esprit d’entreprise de Joe s’épanouit et il permet à la ville de se développer, il devient le maire et monte un magasin général avant d’acheter et vendre des terres. Janie est petit à petit reléguée à la boutique et comme Janie est très belle et qu’elle attire le regard des hommes, il l’efface en commençant par l’obligeant à porter un foulard pour cacher ses cheveux…

Janie n’a pas la langue dans sa poche et elle aimerait pouvoir s’exprimer et participer à la vie de la communauté aussi librement que les hommes mais son mari ne le permet pas. Pour lui, elle n’a qu’à être la femme du maire et vivre une vie aisée. Mais elle veut plus que cela.

Et puis, à la mort de son mari, elle fait la connaissance de Tea Cake, un homme beaucoup plus jeune qu’elle et sans le sou. Il la fait rire, il la traite d’égal à égal et surtout lui redonne le goût de la liberté. Elle est indépendante financièrement et Tea Cake ne cherche pas à abuser d’elle, il est courageux et très bon joueur de dés et vit de ses paris. Alors, faisant fi de l’opinion des autres, elle le suit et quitte tout pour une vie plus simple mais plus heureuse.

Malheureusement, un ouragan terrassa les Everglades où le couple vivait alors et si Janie et Tea Cake en réchappent en vie, un drame va pourtant les séparer et entraîner le retour de Janie seule…

Cette histoire est une histoire de femme forte qui petit à petit prend le pouvoir sur sa vie. Janie est un personnage féministe, ce qui pour une femme noire de son époque n’était pas une mince affaire. C’est aussi une histoire d’amour très forte entre Janie et Tea Cake, une vraie passion.

La langue est très particulière, du langue vernaculaire de la communauté noire de cette région. Ce n’est pas très facile à lire et j’ai souvent lu à mi-voix pour entendre ce que l’écriture phonétique et grammaticalement incorrecte donnait et pourtant, c’est une langue que j’entendais (et que je connais pour avoir pas mal lu de littérature afro-américaine, comme Alice Walker). Et en écrivant ce billet, j’ai trouvé cette version audio et je me demande si je ne l’audiolirai pas un de ces jour, rien que pour la musique de la langue!

 Zora Neale Hurston était une figure importante du « Harlem Renaissance » dans les années 1920 (cliquez sur la première photo pour trouver une biographie en français et sur la deuxième pour une biographie en anglais) 

C’est Alice Walker qui a œuvré pour remettre Zora Neale Hurston sur la scène littéraire après qu’elle ait été oubliée et c’est grâce à elle que j’ai entendu parler de « Their eyes were watching God » quand j’ai lu toute l’oeuvre d’Alice Walker quand j’ai écrit mon mémoire de DEA sur trois de ses romans. D’ailleurs, j’aurais dû le lire en 1996 mais il fallu que j’attende tout ce temps! Maintenant que j’ai lu ce roman, je comprends l’influence qu’il a eu sur elle quand elle écrit « La couleur pourpre ». Alors je suis très touchée quand j’entends Alice Walker lire un bel extrait de ce roman :

Il existe un film (ou téléfilm?) tiré du roman (avec Halle Berry) et d’après la bande annonce, il semble fidèle au roman (mais je ne sais pas s’il a été doublé en français) :

 avec Anne: Allons voir son avis!

 chez Antigone

ma maman qui sait que la thématique des Afro-Américains m’intéresse

catégorie « partie du corps »

Mille petits riens (Small great things) : Jodi Picoult

Résumé de l’éditeur français : « Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une em­ployée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d’un adolescent qu’elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer.
Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui.
Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d’avoir tué le bébé d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ? »

Je recopie le résumé de l’éditeur car il est concis et pose la situation de base de ce roman. J’ai un peu de mal à rassembler mes idées sur ce roman… Je l’ai lu cet été mais je me souviens très bien de l’histoire qui m’a beaucoup plu et marquée mais j’ai peur de trop en dire ou pas assez. En fait, je ne veux pas renter dans les détails de l’histoire qui est en quelque sorte un enchaînement de coïncidences. Cela part d’une décision humaine raciste (la demande d’un couple qu’une sage-femme noire ne s’occupe pas de leur enfant) et de l’acceptation de cette demande par la supérieure (blanche) de Ruth suivi, d’un problème de santé qui aurait pu arriver n’importe où n’importe quand à un nouveau né, puis escalade dans l’accusation par les parents envers Ruth disant qu’elle a délibérément tué cet enfant…

Mais en réalité ce roman derrière ce « fait divers » dramatique à tous points de vue, c’est une histoire de la perception de la race aux Etats-Unis au 21e siècle. Il y a donc Ruth qui vit le plus normalement possible mais qui à chaque instant a conscience qu’elle est noire : que ce soit par des remarques anodines de personnes de son entourage ou parce que les vigiles la surveillent de plus près dans les magasins. Il y a Turk et Brittany qui sous des dehors plus lisses sont en réalité les héritiers du Ku Klux Klan : des Blancs qui estiment que les Noirs ne devraient pas avoir les mêmes droits que les Blancs et à vrai dire, qui ne devraient même pas exister. Et puis, il y a Kennedy, qui est blanche, mais qui estime ne pas voir les races, qui est certaine que pour elle, il n’y a pas de différences et qui pourtant ne veut pas axer le procès sur un problème de racisme contrairement à ce que souhaite Ruth car elle pense que cela desservirait leur cas

La rencontre de ces différentes personnes va être l’occasion de dresser un portrait des Etats-Unis loin d’être reluisant. C’est belle réflexion intelligente sur la relation aux races aux États-Unis! Kennedy va apprendre beaucoup sur elle et sur ce qu’elle a intégré comme étant normal, malgré elle. C’est un personnage auquel je me suis identifiée. Elle n’est pas raciste mais elle croit aussi sincèrement ne pas avoir de préjugés raciaux et elle réalise en fait qu’elle est malgré tout un produit d’une société qui divise. Auprès de Ruth, elle va apprendre à ouvrir les yeux sur ce qu’elle ne voyait pas. C’est un livre qui fait vraiment réfléchir!

La fin, avec le personnage de supérmaciste blanc Tuck, est sans doute un peu exagérée (même si elle est étayée par des recherches faites par l’auteure sur un cas similaire) et tranche un peu avec le reste du roman qui est beaucoup plus fin sur le sujet mais elle ne m’a pour autant pas dérangée.

J’ai été très touchée par Ruth et son fils et leur vie quotidienne qui sans être dramatique est toujours un peu plus compliquée que pour des Blancs et par Kennedy qui traverse une réelle remise en question.

EDIT : Mon amie Mrs B m’a parlé d’une scène dans la série « How to Get Away With Murder » (série 4 épisode 13) dans lequel l’avocate fait un plaidoyer qui montre que la race aux Etats-Unis a un grand poids dans la justice et qui m’a fait penser à ce roman (en anglais mais vous pouvez mettre les sous-titres en français) :

 improvisée avec Kathel! Allons voir son avis!

 chez Antigone

ligne « adjectif »

Je m’appelle Léon (My name is Leon) : Kit De Waal

Leon a 9 ans et il a un petit frère encore bébé. Ils sont de deux pères différents (Le père de Leon est noir et celui de Jake est blanc) et leur mère n’est pas capable de s’occuper d’eux. Pendant un temps, Leon essaie de pallier l’incapacité de sa mère en s’occupant du mieux qu’il peut de son petit frère mais cela ne peut plus durer et les services sociaux prennent une mesure d’urgence et les deux garçons sont placés.

Maureen, celle qui va les accueillir, a une sacrée expérience en matière d’enfants cabossés et elle sait comment prendre Leon même s’il reste persuadé que lui seul sait comment s’occuper de Jake. Une relation de confiance se tisse doucement entre eux.

Malheureusement, un bébé blanc est beaucoup plus facile à faire adopter qu’un grand garçon métisse et les deux frères vont être séparés. Maureen fait de son mieux pour accompagner Leon mais c’est vraiment dur pour lui, d’autant que sa mère n’est toujours pas capable de s’occuper de lui.

Et puis un jour, Maureen tombe malade et est hospitalisée. Leon va vivre avec la soeur de cette dernière. Elle s’occupe de lui du mieux qu’elle peut mais au détour de ses balades en vélo, Leon va rencontrer deux hommes très différents dans des jardins ouvriers : il y a Tufty le grand noir qui fait du vélo et qui a une conscience politique en plein dans les émeutes raciales des années 1980 en Angleterre et un vieil irlandais un peu râleur et un peu alcoolique. Ils vont tous les deux lui apprendre beaucoup et le jardinage sera aussi une façon pour lui de communiquer et de grandir.

Leon ne dit pas le manque qu’il a de son frère et quand il craint un jour que sa existence soit encore chamboulée, il va tenter de reprendre sa vie en main en risquant le tout pour le tout…

Cette histoire est vraiment touchante et les personnages sont très attachants et réalistes. Il y a des aspects très sociaux dans ce roman ainsi que beaucoup d’humanité. Une bonne découverte!

 chez Antigone

catégorie « Prénom »