Concerto pour 4 mains : Paul Colize

Résumé de l’éditeur : Cinq bandits de haut vol, deux femmes d’exception, un avocat mythique et… de la musique avant toute chose.
D’un côté Jean Villemont, avocat pénaliste amoureux des sommets et sa consoeur Leila Naciri. De l’autre, Franck Jammet, braqueur virtuose et sa compagne Julie Narmon, aussi discrète qu’efficace. Entre eux, un homme et une affaire. Où se trouvait Franck Jammet la nuit du 18 au 19 février 2013 ? Pourquoi Jean Villemont ne se contente-t-il pas de la version officielle ? Qui a réalisé le casse du siècle?

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Deux époques s’alternent dans ce roman : le passé et les années 1980-1990 avec une bande de malfaiteurs de grande envergure, inventifs et géniaux qui font des braquages de fourgons bancaires sans jamais utiliser la violence… Le cerveau de cette bande est Franck Jammet épaulé entre autre par son ami d’enfance Alex Grozdanovix et sa femme Julie Narmon. Ils s’en sortent souvent bien et quand certains se font arrêter ils s’échappent et quand ils sont en cavale, ils arrivent quand même à fêter le réveillon ensemble. Une bande gangsters à l’ancienne!

En parallèle, nous sommes en 2013 avec l’avocat réputé Jean Villemont, qui est appelé à défendre Akim Bachir qui vient de faire un braquage de bureau de poste assez minable alors que juste avant un braquage presque parfait d’un fourgon de dimants a été réalisé…. Jean Villemont, avec l’aide de sa collègue Leila Naciri, va creuser l’histoire de Akim et des liens entre les deux époques vont se tisser.

Après un démarrage un peu lent, les histoires de vols et d’enquêtes d’hier et d’aujourd’hui s’enchainent et le rythme prend bien et j’ai bien aimé. J’imagine bien un film tiré de ce roman.

Il y a aussi toute une partie psychologique avec Franck Jammet le criminel et Jean Villemont l’homme de loi, qui tous les deux ont des principes et une certaine moralité et qui sont tous les deux plus sensibles qu’ils ne le laissent paraître. Tous deux ont une passion qui les relient à leur travail : Jammet est fou de musique classique et mène ses casses comme un chef d’orchestre et Villemont est passionné des grands espaces et d’escalade et fini par se retrouver professionnellement en équilibre…

Pour le mois Belge chez Anne

Du côté des Indiens : Isabelle Carré (lu par l’autrice)

Résumé de l’éditeur : « « Il s’est trompé, il a appuyé sur la mauvaise touche, pensa aussitôt Ziad. Il ne va pas tarder à redescendre… Il se retint de crier : “Papa, tu fais quoi ? Papa ! Je suis là, je t’attends…” Pourquoi son père tardait-il à réapparaître ? Les courroies élastiques de l’ascenseur s’étirèrent encore un peu, imitant de gigantesques chewing-gums. Puis une porte s’ouvrit là-haut, avec des rires étranges, chargés d’excitation, qu’on étouffait. Il va comprendre son erreur, se répéta Ziad.
Son père s’était volatilisé dans les derniers étages de l’immeuble, et ne semblait pas pressé d’en revenir.» Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre ; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses ? Le regard poétique d’Isabelle Carré et sa voix nuancée éclairent d’une poignante intensité la ronde vertigineuse de ces êtres qui cherchent désespérément la lumière. »

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J’avais beaucoup aimé le précédant livre d’Isabelle Carré, également lu par elle : « Les rêveurs » et j’étais donc ravie de découvrir ce titre dans la sélection du prix Audiolib. Je vais commencer par dire qu’il est très bien lu, avec beaucoup de douceur et de justesse (mais Isabelle Carré est aussi une actrice que j’aime beaucoup alors je n’étais pas étonnée.)

Quant au roman lui-même, mon avis est mitigé. J’ai apprécié ma lecture sur le moment mais je dois dire qu’il faudrait presque le lire comme une recueil de nouvelles plus qu’un roman pour vraiment l’apprécier car j’ai trouvé que c’était très décousu et sans réel lien entre les différentes parties. Avec du recul, en considérant ce texte comme des nouvelles liées par des personnages communs mais sans lien dans le sujet, je trouve que c’est plus intéressant qu’en le prenant comme un texte unique. Je ne sais pas ce que l’autrice a voulu dire mais elle m’a malheureusement vraiment perdue alors que j’ai plutôt apprécié chaque tranche de vie qui est racontée.

Le résumé ne parle que de Ziad, le petit garçon dont le père va voir la voisine du 5e en cachette et c’est alors l’occasion de le mettre au centre de l’histoire à ce moment : les craintes de cet enfant qui sent que son monde va s’écrouler et qui cherche à tout prix à le sauver…

Et puis au travers d’une improbable amitié entre Ziad et Muriel, la fameuse voisine, on va découvrir l’histoire de la jeunesse de cette dernière dans le monde du cinéma, partie qui met en avant la thématique du « #metoo » et des abus de pouvoir de certains réalisateurs sur de jeunes actrices vulnérables.

Ensuite, le récit se porte sur Bertrand, le père de Ziad pour mettre en lumière ce qui l’a poussé dans les bras de Muriel puis qui va le mettre au centre après un accident.

Puis c’est Anne, la mère de Ziad qui devient le personnage principal dans une sorte de road movie / cavale sordide qui je l’avoue a été la goutte d’eau qui m’a perdue car j’avais impression qu’on tombait dans une série B des années 70…

A la fin, on revient sur Ziad, adulte, mais cette fin m’a parue également improbable et tombe un peu comme un cheveux sur la soupe…

J’ai aimé le style d’Isabelle Carré mais je n’ai pas aimé la construction de ce roman qui m’a paru bancal et qui pourtant aurait pu être réussi car chaque « sous-histoire » a son intérêt et sans doute a pour point commun le mal-être des personnages qui essaie juste d’être aimé.

Je suis restée sur ma faim et je suis un peu déçue.

New Cherbourg Stories : Pierre Gabus, Romuald Reutimann (T1 : Le Monstre de Querqueville, T2 : Le Silence des Grondins)

Résumé de l’éditeur : Tome 1 « Aventure, mystère et fantastique dans un Cherbourg imaginaire !Alors qu’une créature sous-marine d’origine inconnue s’échoue sur la plage de New Cherbourg, un dossier top secret de la plus haute importance est dérobé au service de contre-espionnage de la ville. Fort heureusement, les frères Côme et Pacôme Glacère veillent, aidés par leur nouvelle recrue Julienne et son jeune frère Gus, un éleveur d’oiseaux dégourdi. Ensemble, ils mènent l’enquête sur terre et sous la mer, à la découverte d’un monde mystérieux et fascinant…

Tome 2 « À New Cherbourg, le mystère plane toujours…Quel est donc ce nouvel engin secret tout juste sorti des chantiers navals de New Cherbourg ? Quel est cet étrange cristal offert au jeune Gus ? Et où sont donc passés les Grondins, ces créatures sous-marines amies aux pouvoirs mystérieux ? Pour les agents Côme et Pacôme Glacère, ainsi que pour Julienne, la nouvelle recrue du service de contre-espionnage de New Cherbourg, l’enquête commence, pleine de pièges et de zones d’ombre… »

J’ai emprunté ces BD parce qu’elles parlent de Cherbourg et que je vis dans la Manche, mais à part l’allusion au chantier naval on est vraiment dans une ville imaginaire.

Bon, je ne vais pas être très longue dans ce billet car même si j’ai lu ces BD sans déplaisir, je n’ai pas non plus été emballée. Tout d’abord parce que les dessins ne sont pas du tout à mon goût : il y a un petit côté retro style « Tintin » que je n’apprécie pas plus que ça et ensuite, au niveau du contenu, c’est un peu trop « fantastique » des années 1930 pour moi. En cela, cela m’a fait penser au seul « Blake et Mortimer » que j’ai lu : « La marque jaune », avec du pseudo scientifique, un peu fantastique et un peu policier / espionage…

En plus c’est très enfantin alors que ce sont des BD que j’ai empruntées au rayon adulte. Je me demande d’ailleurs ce que Bastien va en penser.

Pour voir des planches : cliquez ICI et ICI!

Catégorie gros mot (« Monstre ») de ma ligne BD

Le Consentement : Vanessa Springora (Lu par Guila Clara Kessous)

Résumé d’Audiolib : «Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. »
Séduite à l’âge de quatorze ans par un célèbre écrivain quinquagénaire, Vanessa Springora dépeint, trois décennies plus tard, l’emprise que cet homme a exercée sur elle et la trace durable de cette relation tout au long de sa vie de femme. Audelà de son histoire intime, elle questionne dans ce récit magnifique les dérives d’une époque et la complaisance d’un milieu littéraire aveuglé par le talent et la notoriété.
Force de caractère et puissance de la littérature se lient dans ce récit inoubliable et nécessaire, lu avec tact par Guila Clara Kessous. »

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On a beaucoup entendu parler de ce livre qui a été très médiatisé en raison de son sujet et du fait que l’autrice parle de sa relation toxique avec Gabriel Matzneff l’auteur connu pour sa pédophilie.

J’appréhendais un peu cette lecture. J’avais peur que ce soit malsain et trop dur et en fait j’ai beaucoup aimé l’angle et le message choisis par Vanessa Springora pour parler de son histoire personnelle et en faire une histoire plus générale sur le consentement et l’emprise qu’un adulte peut avoir sur une jeune personne.

En effet, dans la première partie de ce texte, Vanessa Springora raconte comment elle est tombée sous le charme de Gabriel Matzneff et comment elle était persuadée du haut de ses 13 ans d’être plus que consentante, d’être choisie, aimée, importante, différente. Elle raconte la valorisation qu’elle ressentait auprès de cet homme charismatique et reconnu dans le monde littéraire et médiatique. Sa mère était au courant et acceptait… Cette partie m’a mise assez mal à l’aise je dois l’avouer, comme si elle excusait l’attitude de cet homme.

Et puis, il y a une prise de conscience que cette situation n’est pas normale, qu’elle est utilisée par cet adulte qui ne s’intéresse qu’à sa jeunesse. Elle découvre aussi par la lecture des textes de Mazneff, que ce n’est pas un homme qui est tombé amoureux par hasard d’une très jeune fille mais d’un prédateur qui revendique de choisir de ne coucher qu’avec de très jeunes personnes et là elle comprend que son consentement n’a pas été accordé en toute connaissance de cause, qu’elle a en fait été abusée.

Et la dernière partie raconte sa reconstruction difficile et son désir de sortir de ce cercle infernal, ce besoin de dire ce qu’elle a vécu et de donner son point de vue.

J’ai trouvé ce texte très bien écrit, très bien amené pour montrer l’évolution de la vision de la jeune Vanessa sur sa propre vie et qui rappelle que même si une fille de 13 ans semble consentante, c’est aux adultes de la protéger d’elle-même comme du prédateur (et là, on pense forcément aux parents, aux médecins…). J’ai été très touchée par ce texte qui est très bien lu avec beaucoup de douceur et de pudeur par Guila Clara Kessous qui est devenue V pour moi.

Et dans cet extrait de l’emission d’Apostrophe de 1990 (1990… c’est quand même hier, non?) dans laquelle Denise Bombardier a le courage de critiquer en face de Matzneff ce que tout le monde semble accepter… Ce que Denise Bombardier dit pourrait être un résumé du texte « Le consentement ».

Documentaire 2020

Les vacances d’un serial killer : Nadine Monfils

Résumé de l’éditeur : Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane. Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s’enfuit. Furieux, Alfonse s’arrête dans un snack pour s’enfiler une bière pendant que les deux ados, avec leur manie de tout filmer, s’amusent à planquer leur caméra dans les toilettes, histoire de recueillir quelques images truculentes. La famille Destrooper reprend finalement la route. À l’arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leur vidéo. Quand, soudain, ils découvrent à l’écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute ! Et, pour couronner le tout, la magnifique pension dans laquelle les Destrooper ont prévu de séjourner est un rade pourri. Les vacances en enfer ne font que commencer… Une comédie décapante, teintée d’humour noir et d’un zeste de poésie, un hymne à la Belgique.

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La première page du roman plante le décors ou plutôt présente les personnages principaux : on est face à une famille plutôt « beauf » qui a priori ne devrait pas vivre d’aventures extraordinaires :

« Le grand jour est arrivé ! Ceux qui ont du pognon vont à la Costa del Sol s’enduire de crème solaire et pavaner sur la playa en sirotant des punchs. Les autres se rendent à la mer du Nord où il pleut trois jours sur quatre, et encore, c’est quand t’as du bol.
La famille Destrooper est sur le départ. Le père, Alfonse – surnommé Fonske -, est en tenue de combat, chemise à fleurs et short kaki, prêt à partir traquer les lions dans la pampa. Sauf qu’à Blankenberge, il va avoir du mal à en trouver, des lions. Son fils et sa fille, deux glandeurs fumeurs de pétards, sont déjà installés à l’arrière de la voiture. Steven, l’aîné, doit son prénom à Steven Seagal, l’idole de sa mère, Josette Destrooper, qui connaît tous ses films par coeur. Il a enfilé sa parka, un short destroy, et a visse son casque de moto sur sa tête. Il n’a pas de mob, mais son casque, il ne le quitte jamais. Lourdes – comme le prénom de la fille de Madonna que Josette a péché dans Voici, son magazine préféré – porte un jean troué et un T-shirt avachi. Un walkman orné de pompons roses sur ses oreilles, elle écoute la Cool Connexion. Des as du Hip-Hop. Le père, lui, préfère les chansons à texte de Sheila. Il possède tous ses disques. L’ancienne nénette à couettes et à jupette vichy le fait bander depuis des lustres. À part Sheila, Alfonse a une grande passion : le tuning. Sa bagnole, c’est sa vie, et il y consacre le plus clair de son temps. L’engin est d’un kitsch absolu, avec ses jantes dorées, son volant en peau de zèbre, ses sièges recouverts de housses tigrées, et surtout sa sono à vous défoncer les tympans.
Derrière la bagnole est attachée la caravane Wa-Wa, devenue elle aussi une pièce de collection. Comme la mémé qui est à l’intérieur. Une teigne, celle-là ! Et qui, en prime, a des goûts à vous faire gerber. Elle a même accroché des géraniums en plastique aux fenêtres pour faire plus coquet. Alfonse a l’impression de trimbaler un potager au cul de sa cage.
« 

Mais c’était sans compter sur le fait que presque sans s’en rendre compte ils vont croiser la route d’un sérial killer en vacances, que la grand-mère va se révéler totalement sans scrupule avec la vie des gens qu’elle croise, que les enfants, ados, vont mettre leurs nez (ou plutôt leur caméra) où il ne faut pas et que l’hôtel avec vu sur mer est en réalité un bouge loin de tout et que les parents vont vivre une crise de couple fracassante…

Bref, des personnages plus qu’ordinaires qui rencontrent des personnages sans foi ni loi, qui vont vivre des situations totalement improbables, avec des morts à tour de bras et des coucheries.

C’est un roman loufoque qui n’est vraiment pas mon genre en temps normal. Je l’ai emprunté uniquement parce que c’était un des livres belges disponibles à la médiathèque et je l’ai lu dans la foulée. Je l’ai lu très vite et heureusement que le roman est court et rythmé car je n’ai pas eu le temps de me lasser (mais il n’aurait pas fallu qu’il soit plus long. Je ne suis pas du tout le bon public pour les livres drôles 😉

En tout cas, pour une lecture détente et rapide, ça passe bien (mais je n’en lirai pas tous les jours de ce style non plus 😉

Pour le mois Belge chez Anne
Catégorie « voyage »

Avant que j’oublie : Anne Pauly

Résumé de l’éditeur : « Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant. »

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J’ai beaucoup aimé ce roman et il m’a beaucoup touchée et émue mais maintenant que je dois donner mon avis, j’ai du mal à en parler. Au-delà du texte et des faits racontés, c’est le ressenti que j’ai eu en tant que fille d’à peu près le même âge que la narratrice qui raconte la mort de son père qui m’a parlé. Mon père est bien en vie mais il est assez âgé et j’arrive à cette période de ma vie où j’ai pris conscience que mes parents peuvent disparaître un jour et ce roman m’a remis dans cette position.

Le père de Anne dans ce roman (autobiographique?) est loin d’être simple et leurs relations n’ont pas été faciles. D’ailleurs le frère de Anne n’a pas réussi à lui pardonner la vie qu’il leur a fait vivre et dans le roman, il est toujours amer.

Anne, quant à elle, a souffert également de ce père si special, original et fantasque au mieux, violent et alcoolique aux pires moments mais avec le temps elle a appris à le voir autrement et elle a beaucoup d’amour pour lui, tout en gardant un regard lucide sur ses mauvais côtés.

Mon père n’est pas du tout comme ce père mais nos relations ont toujours cette même ambivalence de « je t’aime mais tu m’exaspères » (des deux côtés) et ce roman m’a laissé imaginer ce que je pourrais ressentir à sa mort et de nombreux passages m’ont mis les larmes aux yeux.

Je pense que cette histoire sur le deuil, sur l’enfance et le fait de devenir adulte tout en restant l’enfant de son père, sur l’acceptation de l’autre et sur le temps qui passe, sur le fait qu’on ne connaît pas vraiment l’autre (la lettre de l’amie d’enfance du père est vraiment touchante) est une histoire assez universelle qui pourrait parler à de nombreux lecteurs.

J’ai aimé le style qui mêle une certaine poésie, de humour dans les descriptions de moments très terre à terre de ce deuil et de l’émotion comme les passages où il faut vider la maison, même si j’ai trouvé que la fin perdait en intensité comme si l’autrice ne savait pas comment finir.

Repéré dans l’émission de décembre 2019 des Bibliomaniacs.

Rhapsodie des oubliés : Sofia Aouine (lu par Ariane Ascaride)

Résumé de l’éditeur : « Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. »
Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. À la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.
Il fallait le talent d’Ariane Ascaride pour incarner avec autant de justesse cette écriture qui allie humour et drame, et ces « oubliés » que sa lecture nous rend inoubliables.

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Il faut que je commence par dire que j’ai failli ne pas aimer ce roman à cause du côté « Titi parisien », les histoires d’enfance qui racontent des frasques de gamins et particulièrement les histoires de branlettes d’adolescents ne me faisaient pas rire et ne m’emballaient pas franchement mais heureusement le roman ne s’arrête pas à cet aspect un peu potache et j’ai terminé cette écoute en ayant beaucoup aimé.

En effet, Abad, le narrateur de cette histoire est finalement plus un prétexte pour raconter les histoires d’autres personnages, d’autres « oubliés » du quartier : il y a la psychologue qui va l’aider à s’ouvrir et qui porte le lourd passé de sa mère passée par les camps, il y a Odette la voisine âgée qui a pris Abad sous son aile et lui fait découvrir la lecture et la musique mais qui perd la mémoire. Il y a des passages noirs sur la prostitution en particulier au travers du personnage de Gervaise prostituée au grand coeur mais surtout exploitée jusqu’à perdre espoir de retrouver sa petite fille. Et puis, il y a l’histoire de la jeune fille entièrement voilée dont Abad tombe amoureux en la voyant par la fenêtre et qui intérieurement espère pouvoir dépasser l’enfermement imposé par son frère.

Cette histoire qui raconte un quartier raconte surtout des facettes multiples de la société et c’est vraiment très émouvant et l’autrice sait adapter son style aux différentes tranches de vies qu’elle raconte.

la version audio est très réussie car Ariane Ascaride sait aussi s’adapter aux personnages et elle apporte beaucoup d’émotions. J’ai aussi apprécié que l’autrice intervienne quand elle lit un texte dans la fiction.

Curieusement, le personnage de Abad est celui pour lequel j’ai un sentiment un peu ambivalent. Je l’ai trouvé un peu brouillon, comme s’il avait fallu créer un trait d’union artificiel entre tous les personnages de cette histoire. J’ai aimé le côté plus profond et plus philosophe d’Abad, ses failles, sa fragilité mais j’ai trouvé que cet aspect très touchant ne « collait » pas avec un côté hyper ado, parfois presque enfantin… Dans l’entretien avec l’autrice, la journaliste parle d’un roman très drôle mais moi j’avoue ne pas avoir été sensible à l’humour mais vraiment j’ai été touchée par toute la galerie de portraits émouvants qui constituent ce roman.

Le bilan final de cette lecture est positif, j’en garderai un bon souvenir et l’entretien avec l’autrice est intéressant aussi.

Taqawan : Éric Plamondon (lu par François-Éric Gendron)

Résumé de l’éditeur : « Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les
mains. »
Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…
Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves  brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du  présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits. »

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Je lis régulièrement de la littérature québécoise grâce au challenge « Québec en Novembre » chez Karine:) et  Yueyin et j’avais vraiment très envie de découvrir cet auteur et ce titre! Et pourtant mon avis est un peu mitigé.

J’ai aimé tout ce qui concernait l’histoire des relations entre les Mig’mags et les Canadiens, entre les Québécois et les Canadiens. Tout le côté social et historique m’a beaucoup intéressée.

J’ai aimé les petits intermèdes sur des aspects culturels des Mig’mag. D’ailleurs j’ai trouvé intéressant la construction du roman qui insère des sortes de vignettes d’informations.

Par contre, il y a une sorte d’histoire policière ou criminelle et je n’ai pas vraiment vu l’intérêt de celle-ci m’a parue artificielle et sonnait faux… Tout semble réglé en deux temps trois mouvements…

Mon avis mitigé est aussi valable pour le lecteur. J’ai trouvé très agréable sa façon de lire le roman mais j’ai trouvé très gênante sa façon d’imiter l’accent québécois pour faire parler certains personnages. Il se trouve que je lis régulièrement de la littérature audio québécoise lue PAR des québécois grâce à Ici Radio Canada, que j’ai des copines québécoises et que je suis allée au Québec. Personnellement, ça m’a gênée, je ne reconnaissais pas du tout l’accent québécois, j’avais l’impression d’entendre un faux accent « paysan ».

D’ailleurs, c’est la deuxième fois pendant mes lectures pour le Prix Audiolib que je me dis qu’il faudrait dire aux lecteurs de ne pas imiter les accents.

Catégorie « animal » de ma ligne audio

La Soustraction des possibles : Joseph Incardona (lu par Damien Witecka)

 

Résumé de l’éditeur : « On est à la fin des années 80, la période bénie des winners. Le capitalisme et ses champions, les Golden Boys de la finance, ont gagné : le bloc de l’Est explose, les flux d’argent sont mondialisés. Tout devient marchandise, les corps, les femmes, les  privilèges, le bonheur même. Un monde nouveau s’invente, on parle d’algorithmes et d’OGM.
À Genève, Svetlana, une jeune financière prometteuse, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus. Plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Leur chance, ce pourrait être ces fortunes en transit. Il suffit d’être assez malin pour se servir. Mais en amour comme en matière d’argent, il y a toujours plus avide et plus féroce que soi.
De la Suisse au Mexique, en passant par la Corse, Joseph Incardona brosse une fresque ambitieuse, à la mécanique aussi subtile qu’implacable.
Pour le monde de la finance, l’amour n’a jamais été une valeur refuge. »

*

Je vais être honnête : si je n’avais pas écouté ce livre audio tout en faisant des heures de jardinage, je l’aurais abandonné… Je me suis ennuyée, je n’ai pas du tout vu l’intérêt de ce roman vers lequel sans le prix Audiolib je ne serais de toute façon pas allée…

Dans ce roman, il est question d’histoires trafic d’argent, de riches banquiers et d’avocats peu scrupuleux, de gigolos, de « desperate housewives », de pseudo mafia corse et de detectives privés, de prostitués, de coucheries et d’histoire d’amour réciproques ou pas… Tout ça sous fond de bling bling années 1980 et avec un auteur qui fait des apartés pour parler au lecteur…

Je suppose que ça peut plaire mais moi, je ne suis tout simplement pas le public de ce style de livre. Je n’ai pas été intéressée par l’aspect financier, ni pas l’aspect social, ni par le côté aventure. Et je n’ai pas ri non plus…

Quant au lecteur, j’ai plutôt apprécié sa prestation (sans lui, même le jardinage n’aurait pas suffit à me faire tenir!) mais il faut vraiment dire aux acteurs de ne pas imiter les accents, c’est rarement une réussite!

Bref, je n’ai pas été convaincue par ce roman…

Bone and bread : Saleema Nawaz

Voici des Bookfaces pas parfaits car mes hommes ne sont pas patients mais je m’estime heureuse qu’ils participent quand même à mes lubies 😉

Cette histoire est celle de deux soeurs, Beena et Sadhana et pourtant Sadhana est morte depuis 6 mois. Beena doit commencer à se plonger dans son deuil pour vider l’appartement de sa soeur et c’est à ce moment qu’elle est contactée par une amie de celle-ci. Cela la bouleverse à nouveau et lui fait revenir sur son passé.

Tout le long du roman, on fait des allers-retours entre le passé et le présent. Beena et Sadhana sont nées à Montreal d’un père Sikh gérant d’un magasin de bagels et d’une mère Américaine, un peu hippie et bohème. Les deux filles vont se retrouver orphelines très tôt et vont devoir se gérer d’abord avec l’aide d’une amie de leur mère puis sous la surveillance d’un oncle qui ne sait pas trop comment s’occuper de jeunes filles mais surtout elles vont se retrouver assez seules.

Les deux soeurs vont avoir beaucoup de mal à se trouver à l’adolescence, leurs relations se distendant. Beena va tomber enceinte à 16 ans et Sadhana sombre dans l’anorexie.

Plus tard, les vies des deux soeurs vont tourner autour de Quinn le fils de Beena et de la maladie de Sadhana qui sera toujours présente dans l’esprit de Beena la grande soeur qui s’est donné le rôle de protéger sa petite soeur.

Et après la mort de Sadhana, Beena se pose des questions sur la fin de vie de sa soeur et doit accepter de voir son fils devenir un jeune homme et prendre ses propres décisions.

Au début, j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman (je sortais d’un coup de coeur pour le pavé « La mémoire est une chienne indocile » et c’est parfois dur d’être le roman qui suit une lecture intense!) mais une fois que je l’ai repris j’ai vraiment accroché à cette histoire de ses soeurs très perturbées par leur histoire familiale et par l’anorexie, qui ont souvent du mal à se supporter mais qui ont aussi du mal à se passer l’une de l’autre. Une belle histoire d’amour.

Malheureusement, ce roman canadien n’a pas l’air traduit en français mais si vous lisez en anglais ou que vous vivez au Canada, je vous le conseille.

par ma maman
Catégorie aliment