Ohio : Stephen Markley

Résumé de l’éditeur : « Par un fébrile soir d’été, quatre anciens camarades de lycée désormais trentenaires se trouvent par hasard réunis à New Canaan, la petite ville de l’Ohio où ils ont grandi.

Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire devenu toxicomane, doit y livrer un mystérieux paquet. Stacey Moore a accepté de rencontrer la mère de son ex-petite amie disparue et veut en profiter pour régler ses comptes avec son frère, qui n’a jamais accepté son homosexualité. Dan Eaton s’apprête à retrouver son amour de jeunesse, mais le jeune vétéran, qui a perdu un œil en Irak, peine à se raccrocher à la vie. Tina Ross, elle, a décidé de se venger d’un garçon qui n’a jamais cessé de hanter son esprit.

Tous incarnent cette jeunesse meurtrie et désabusée qui, depuis le drame du 11-Septembre, n’a connu que la guerre, la récession, la montée du populisme et l’échec du rêve américain. Chacun d’entre eux est déterminé à atteindre le but qu’il s’est fixé.

À la manière d’un roman noir, cette fresque sociale et politique hyperréaliste s’impose comme le grand livre de l’Amérique déboussolée et marque l’entrée en littérature d’un jeune écrivain aussi talentueux qu’ambitieux. »

*

Je n’avais pas prévu d’acheter de livre de la rentrée littéraire, j’étais entrée dans la librairie chouchou pour faire des cadeaux et puis, j’ai regardé ce roman et mon libraire m’a dit que ça avait été un coup de coeur pour lui. En lisant la quatrième de couverture, ça m’a un peu fait penser à « Retour à Little Wing » (dans les faits pas vraiment!) et mon libraire m’a dit deux mots sur le côté très contemporain et noir et j’ai craqué alors que je n’avais même pas encore vu passer la couverture du livre sur internet (et pourtant en matière d’achats de livres brochés, je suis en général plus prudente que cela 😉 (Bon depuis, je vois que plein de lecteurs l’ont lu et aimé!)

J’ai commencé ce gros livre de plus de 500 pages au pire moment pour une prof : juste avant la rentrée scolaire… Résultat, j’ai lu très très doucement car je manquais de temps libre et de temps de cerveau disponible et je l’ai donc lu en 18 jours… mais je l’ai lu avec un vrai plaisir et jamais l’envie de l’abandonner. Au contraire, c’est un roman qui me manquait quand je ne le lisais pas, j’avais vraiment envie de le retrouver!

Je ne sais pas si je vais vous « raconter l’histoire » car c’est très compliqué mais plutôt vous dire à quel point je suis admirative de l’auteur qui a réussi à faire un récit complexe qui se lit avec une grande facilité tout en nous faisant voyager dans le temps.

En racontant une nuit où des personnes qui se sont connues à l’époque du lycée vont se retrouver, se croiser (ou sont passées à côté des autres sans le savoir), il va tisser des connexions entre l’époque où ils se sont connus, entre leurs vies  d’adultes quand ils sont partis, et il ajoute à cela des éléments concernant la marche du monde et les conséquences que cela a sur les individus : les attentats du 11 septembre qui surviennent quand ils sont au lycée et qui vont influencer leurs relations sur le coup mais qui vont aussi influencer des choix de vie, que ce soit dans le patriotisme et l’armée ou dans l’opposition au système, la vie des soldats sur les terrains de combats et les conséquences lorsqu’ils reviennent aux Etats-Unis…

Mais d’autres thématiques sociales extrêmement fortes sont aussi évoquées comme les relations amoureuses adolescentes, les « clans » au lycée, les abus sexuels, l’homosexualité, la place de la religion dans une Amérique bien pensante, l’usage de drogues, la précarité…

Et puis, il arrive aussi à glisser du mystère ce qui fait que ce roman se lit à la fois comme un documentaire, comme un roman noir et même un thriller tout en développant énormément la psychologie des personnages.

Ce roman est pour moi un grand roman sur la société américaine actuelle entre les années 2000 et nos jours dans l’Amérique profonde! J’imagine très bien une série télé hyper réaliste tiré de ce roman (et vu sa richesse, il y aurait pas mal d’épisodes!)

Et pour finir, ce qui m’a le plus étonnée c’est de lire que c’était un premier roman! Si l’auteur est capable de cela avec un premier roman, je peux vous dire que j’ai hâte de lire d’autres romans de lui car il maîtrise vraiment ce qu’il fait!

Bon, je vous ai mis le résumé de l’éditeur en début de billet car je n’ai finalement pas réussi à vraiment vous dire de quoi ça parlait et je vous mets une vidéo de Stephen Markley qui vous fait un résumé d’une minute, mais franchement, je ne peux que vous le recommander, il est excellent!

 chez Titine

L’arbre-Monde : Richard Powers

Quand j’ai participé à l’émission 78 des Bibliomaniacs en traduisant et en doublant Jean Hegland, j’avais noté ce livre dont elle avait parlé avec beaucoup de passion et quand l’occasion s’est présentée pour moi d’acheter ce livre, je me suis laissée tenter même si le fait que ce soit un pavé de plus de 700 pages me faisait un peu peur… D’autant plus que je dois vous dire que je ne trouve pas que la 4e de couverture rende justice au roman. Le résumé m’a presque refroidie alors que j’avais envie de le lire après avoir entendu des avis positifs de lecteurs…

Et pourtant, j’avais tort de m’inquiéter : je l’ai dévoré! Par contre, je ne sais pas comment faire pour vous parler de ce roman en lui rentrant vraiment justice car c’est une merveille bien compliquée à raconter! Si je devais juste résumer je dirai que c’est un roman écologiste qui est passionnant, une épopée romanesque et foisonnante!

Il faut savoir que le debut du roman ressemble à des nouvelles sans lien les unes avec les autres. Chaque chapitre raconte l’histoire de personnages et on sent que le lien entre ces personnes et les arbres a une grande importance. Ces personnes qui ont des histoires, des origines, des âges et des vies très différents vont se retrouver liés les uns aux autres et surtout leur rapport aux arbres et la protection des arbres va devenir leur cause commune….

Les arbres sont d’ailleurs le centre du roman et c’est extrêmement bien documenté. Pour avoir lu « La vie secrète des arbres » de Peter Wohlleben je peux vous dire que l’on apprend beaucoup de choses au sujet des arbres qui sont vraies d’un point de vue scientifique. C’est aussi un roman qui parle de conscience écologique et politique avec une mise en avant romanesque mais réaliste des éco-combattants qui cherchent à défendre les arbres mais pas seulement car c’est aussi un roman sur la transmission, sur l’evolution des personnages, la manière dont ils grandissent et changent et aussi la manière dont ils vivent dans la société occidentale moderne..

Comme vous pouvez le voir, il m’est presque impossible de parler de ce roman car il est d’une grande richesse et balaye toute la société américaine. L’auteur sait très habilement mêler la fiction (il sait incroyablement bien mener son récit et ses personnages sur 700 pages) et des faits. C’est un roman à la fois distrayant que l’on lit avec passion et qui nous instruit, nous élève.

J’avais abandonné deux romans coup sur coup juste avant et celui-ci m’a tout de suite accroché mais je vous conseille quand même de choisir un moment où vous avez le temps de vous plonger dedans. La fin (les 150 dernières pages je dirais, m’ont un peu moins passionnée mais j’abordais ma reprise de travail et mon esprit n’était plus assez disponible, je m’étais mise à picorer et le rythme c’est relâché. Mais par contre je n’ai pas vu passer les 500 première pages!

Evidemment, je ne peux que vous le recommander!

Pour aller au-delà de mon billet, je vous conseille évidemment l’émission des Bibliomaniacs mais aussi le podcast « Histoires d’Amérique » consacré à « L’arbre-monde » que j’ai trouvé vraiment intéressant!

 chez Titine

chez Brize

Un pied au paradis : Ron Rash

Ce roman commence comme un polar : un shérif part à la recherche de Holland Winchester que la mère a signalé comme disparu. Elle est non seulement persuadée qu’il est mort mais elle pense aussi que c’est son voisin Billy Holcombe qui l’aurait tué parce que son fils fréquentait sa femme…

Mais en réalité, l’enquête n’a que peu d’importance : le shérif est assez vite convaincu que Mme Winchester a raison mais ne peut pas le prouver car il ne trouve pas de corps et le lecteur connait lui aussi très vite la vérité mais ce n’est pas ce qui compte le plus…

Tout d’abord, c’est le roman d’un lieu car les deux familles vivent côte à côte dans un endroit isolé et assez sauvage des Appalaches. Les éléments naturels jouent sur l’atmosphère au fil de l’histoire qui se déroule sur 18 ans : au début, la météo -une période de canicule- perturbe les cultures de tabac et a une influence sur l’enquête, la rivière est comme un personnage, et à la fin, le fait que la compagnie d’électricité inonde la vallée pour construire un barrage est aussi un élément important…

Les événements sont racontés par différents personnages qui font avancer le récit, les uns après les autres : le shérif, le voisin, la femme du voisin, le fils et l’adjoint… Chacun apporte des informations supplémentaires sur la disparition de Holland Winchester mais surtout sur la vie de tous ces personnages et dessinent le portrait d’une époque…

Ce sont les années 1950 et au travers des différents personnages, il est question de tentative de sortir de son milieu par les études, de la guerre et du retour à la vie civile, du mariage, des difficultés d’avoir des enfants… Les personnages sont des taiseux, des personnes qui ne disent pas grand chose, qui cachent beaucoup de choses mais qui sont prêts à tout par amour, par loyauté, par fierté… Ils ont tous leurs failles, leurs regrets, leurs forces…

Je me rends compte que j’ai beaucoup de mal à parler de ce roman et à transmettre tout ce que j’ai aimé mais j’ai vraiment beaucoup aimé et je ne suis pas passée loin du coup de coeur (peut-être à cause de la toute fin qui m’a moins convaincue) mais je ne peux que vous le conseiller et j’ai très envie de lire d’autres romans de cet auteur.

Pour son côté « faux polar mais vrai roman de personnages et d’atmosphère », j’ai un peu pensé à « Dans les angles morts » et « Bondrée » que je vous conseille aussi.

Repéré chez (cliquez sur le logo pour écouter l’émission)

 chez Titine

Long week-end : Joyce Maynard

En 1987, Henry a 13 ans et ses parents sont divorcés. Il vit avec sa mère et voit son père et la nouvelle famille de ce dernier une fois par semaine. C’est un ado assez banal, pas très à l’aise avec lui-même et avec ses pensées d’adolescent plein d’hormones… Assez banal, sauf que sa famille n’est pas tout à fait ordinaire, sa mère s’étant peu à peu coupée du monde et ils vivent tous les deux un peu en autarcie, faisant les courses en très grandes quantités pour éviter d’avoir à ressortir de la maison trop souvent, ne voyant jamais personne. Quand son père lui demande comment va sa mère, Henry sent bien que le sous-entendu est sur la santé mentale de cette dernière… Mais ils vivent ensemble de manière assez harmonieuse malgré cette vie un peu hors normes.

Et puis, la veille du long week-end de « Labor Day », fin août avant la rentrée scolaire, Henry et Adèle sont allés dans une grande surface et Henry va croiser la route de Frank, un homme blessé, qui saigne et qui boite. Il va lui dire qu’il travaille là et lui demande de l’emmener hors du magasin. Pris au dépourvu, Henry le présente à sa mère et malgré toutes ses difficultés à interagir avec les autres, Adèle l’emmène chez eux.

Il se trouve que Frank est un prisonnier condamné pour meurtre des années auparavant qui vient de s’évader. Mais une fois arrivé chez Henry et Adèle, ce n’est pas un homme menaçant qui va s’installer, au contraire. Frank semble avoir choisi Adèle et le charme opère entre les deux et Henry va observer une transformation chez sa mère qui auprès de Frank va s’ouvrir et s’épanouir, comme revivre… C’est comme si Frank ouvrait toutes les fenêtres de la maison et laissait entrer le soleil et la fraîcheur dans une maison jusqu’ici renfermée.

Henry, lui, va être traversé de sentiments contradictoires, entre la joie de voir sa mère se sentir bien, la jalousie de voir que c’est Frank qui sait la rendre heureuse, la peur de perdre sa mère, l’envie que Frank soit son père, la colère d’être le témoin de la relation sensuelle entre les deux adultes…

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman pour son ambiance, pour les relations entre les personnages (le couple de Adèle est Frank est vraiment touchant), l’adolescent qu’est Henry est vraiment bien écrit avec tout son bagage d’être en devenir qui se cherche…

Et puis ce roman est l’occasion de mettre en avant des histoires personnelles qui peuvent être universelles, l’amour, la maternité et les fausses couches, la fragilité psychologique… tout cela est très bien amené.

Un très bon roman!

avec Alexielle : Allons voir son avis!

chez Titine

La mère d’Eva : Silvia Ferreri

Il est rare qu’on me propose des services presse (les fameux SP) et encore plus rare que je les accepte car si je ne connais pas l’auteur ou le livre, je suis un peu frileuse, mais cette fois-ci le résumé m’a attiré car je connais quelqu’un qui est concerné par le sujet et je me suis dit que si je n’aimais pas je pourrais toujours l’offrir à cette personne… Et puis, Sylire a parlé de sa lecture car elle avait adoré et moi, j’ai été cueillie par ma lecture, je ne m’attendais à rien et j’ai eu un coup de coeur!

Ce roman donne la parole à la mère d’Eva qui s’adresse à sa fille pendant que cette dernière est en train de se faire opérer. La mère italienne attend dans une clinique en Serbie que sa fille Eva devienne Alessandro… Elle l’accompagne et lui confie par la pensée ses craintes, ses doutes et en lui parlant, elle nous raconte l’histoire d’Eva mais aussi l’histoire de leur famille et surtout son histoire de mère.

Ce roman sur la transsexualité, sur le changement d’identité de genre, c’est aussi un roman sur la maternité. C’est un témoignage très fort, très beau d’une mère qui a été bousculée par la recherche d’identité de sa fille, d’abord dans le déni, puis dans le rejet pour enfin être dans l’acceptation…

Ce n’est pas un roman à l’eau de rose où tout est simple et facile, c’est un roman très réaliste sur toutes les étapes traversées par Eva et ses parents mais c’est une histoire qui montre une évolution humaine et une évolution dans les relations entre les personnages.

C’est vraiment très touchant car on peut s’identifier aux personnages, on apprend à comprendre Eva et son désir d’avoir un corps de garçon qui correspond à ce qu’elle est vraiment, on suit les parents désemparés. On voit que l’amour n’est pas forcément la seule condition pour accepter des changements si grands dans une vie mais qu’à la fin, l’amour sera ce qui permet d’accepter cette nouvelle vie, comme redonner naissance…

J’ai aimé le fond mais j’ai aussi le plume de l’autrice et il est à noter que c’est un premier roman!

Sur le sujet de la trans-identité , je vous conseille aussi « George » avec un point de vue d’un enfant et « Appelez-moi Nathan » une BD qui montre un point de vue d’adolescent et le roman « Point cardinal« .

Merci aux éditions Hervé Chopin

 chez Martine

catégorie prénom

Une bête au paradis : Cécile Coulon

Cécile Coulon est une autrice que j’aime beaucoup. Je l’ai découverte avec « Le cœur du  pélican » pour lequel j’avais eu un coup de cœur et j’ai aussi eu un coup de cœur pour « Trois saisons d’orage » et j’ai même lu son petit essai sur le running : « Petit éloge du running« . Pour ce roman, je n’ai pas eu un coup de cœur mais j’ai beaucoup aimé le style et l’histoire.

On pourrait presque qualifier ce roman de « roman du terroir moderne », sans le côté un peu péjoratif que peut avoir l’appellation « roman du terroir » mais juste pour montrer que l’attachement à la terre est au centre de ce roman. En effet, le « Paradis » du titre, c’est la ferme d’une lignée de femmes : la grand-mère, Émilienne, femme forte et dure à la tâche qui a toujours géré cette ferme seule, puis Marianne, sa fille, qui est partie mais revenue pour continuer la vie à la ferme avec son mari qui n’était « pas un homme à vaches ». On ne connaîtra Marianne que par les souvenirs évoqués d’elle car elle est décédée des années auparavant avec Etienne, le père de Blanche et Grégoire. Émilienne a élevé ses deux petits-enfants seule (aidée à la ferme par son commis, Louis), Grégoire, chétif et meurtri par la mort de ses parents et Blanche, sérieuse et impliquée dans la ferme.

Pour Blanche, la ferme, c’est son monde, même si elle a d’excellents résultats scolaires, même si elle a un amoureux qui veut quitter le village pour poursuivre ses études. Elle est entière et préfère se couper de tout pour vivre sur la ferme… Mais cet attachement va l’abîmer et elle ne sera plus jamais la même alors quand le passé resurgit des années plus tard, Louis, le commis qui n’est ni un frère ni un amoureux, Émilienne, la grand-mère devenue trop âgée et Grégoire, le frère qui a pris son envol ne peuvent plus la protéger d’elle-même et Blanche deviendra « la bête du paradis ».

C’est à se demander si ce « paradis » n’est pas plutôt un « enfer » car avec les malheurs qui s’y sont accumulés, les personnes qui s’en sortent le mieux sont celles qui le quittent et si Blanche avait suivi son amoureux de jeunesse peut-être que l’histoire se serait écrite différemment.

J’ai aimé l’écriture de Cécile Coulon, j’ai aimé ses personnages qui pourraient peut-être paraître simples mais qui sont loin d’être simplistes. J’ai trouvé la vie de Blanche assez tragique, presque comme une tragédie grecque où le personnage principal ne peut pas échapper à son destin.

Une très bonne lecture pour moi que j’ai presque dévorée d’une traite.

 chez Antigone

catégorie « animal »

Il est juste que les forts soient frappés : Thibault Bérard

J’avais vu passer ce roman sur les réseaux sociaux et les blogs, mais c’est le billet de Anne qui m’a donné envie de le lire. Je ne savais plus grand chose au sujet de l’histoire au moment de le commencer à part qu’il y était question de maladie.

Dès le début, on sait que Sarah a succombé à la maladie car c’est elle qui raconte l’histoire après sa mort : elle regarde son passé et nous raconte sa vie avant cette mort  survenue alors qu’elle n’a que 42 ans…. Donc on n’est pas pris par surprise…

Sarah nous raconte sa jeunesse plutôt depressive, un peu punk, étudiante en philosophie, persuadée qu’elle ne vivra pas après 40 ans. Son côté nihiliste est bousculé par sa rencontre avec Théo, un homme fantasque, plein de légèreté, plus jeune qu’elle et qui, lui, a un côté adolescent attardé. Il va réussir à l’entraîner dans son sillage et elle va se laisser prendre par le bonheur et même avoir des enfants avec Théo…

Et puis, la maladie leur tombe dessus de façon totalement imprévue et fulgurante. Une tumeur très grave qui à priori n’est pas guérissable… Ils vont se lancer dans un combat, chacun à sa façon mais en se serrant les coudes, avec leur médecin surnommé « Dr House », leurs amis et l’espoir de pouvoir profiter des enfants…

C’est une bataille teintée d’un mélange d’espoir et de moments de désespoir, d’humour et d’émotion.

J’ai eu un coup de coeur pour ce roman extrêmement touchant mais il y a tellement de force, d’amour, de courage dans cette histoire que ce n’est pas déprimant -parfois très triste- mais c’est vraiment beau et riche d’émotions et de portraits très humains.

Alors oui, j’ai pleuré un peu mais j’ai aussi admiré les personnages de Sarah et Théo. Ils sont admirables. Une belle écriture pour un sujet très fort.

Evidemment, je ne peux que vous le recommander mais ce n’est pour autant pas un roman que j’offrirai facilement car c’est quand même un sujet très sensible et je pense qu’il faut faire le choix de lire un roman sur cette thématique.

catégorie crime et justice

Et les hommes sont venus (The other hand) : Chris Cleaves

Dans ce roman, deux voix, deux vies de femmes s’alternent. La première que l’on rencontre c’est une jeune réfugiée nigériane, qui se fait appeler Little Bee et qui vient de passer deux ans dans un centre de détention de réfugiés illégaux à Londres. Elle en sort par un concours de circonstances sans pour autant d’avoir de papiers en règle et elle ne connait personne en Angleterre à part un couple qu’elle a croisé une fois sur une plage au Nigéria et dont elle a le numéro de téléphone.
Sarah, elle, est la femme que Little Bee a rencontrée au Nigéria. Elle vit avec son mari et son fils, un petit garçon de 4 ans obsédé par Batman. Elle est directrice d’un magazine, a un amant et son mari, dépressif depuis leur retour du Nigéria, vient de se suicider…
Little Bee et Sarah vont se retrouver et leurs deux mondes si éloignés vont se rejoindre. Elles partagent une expérience traumatisante (on sait qu’il s’est passé quelque chose mais on ne sait exactement quoi qu’à la page 150) et elles ont besoin de se reconstruire et elles vont se porter l’une l’autre.
Little Bee du haut de ses 16 ans a vécu des choses terribles et elle a une grande maturité, un recul sur les deux cultures qu’elle a connues puisque pendant son internement en Angleterre elle a tout fait pour s’imprégner de tout ce qui est anglais pour appartenir à ce monde et pourtant elle n’oublie pas sa vie d’avant. Sarah elle traverse une période où elle se sent inutile et déconnectée de ce qu’elle voulait étant jeune dans son métier de journaliste : faire la différence.

Little Bee est un personnage tellement fort, plein de sagesse malgré sa jeunesse et il y a dans ses propos de la poésie et un réalisme terrifiant. Sarah est une femme qui devrait avoir tout pour être heureuse mais qui est fragile, friable. Elle va être réveillée par Little Bee et être confrontée à sa situation d’occidentale privilégiée et égoïste. Le lecteur est forcément interpellé par ces deux personnages de femmes.

Quel beau roman! Tellement touchant et émouvant qui fait vraiment réfléchir à notre place d’occidentaux dans ce monde. Je ne peux que vous le recommander!

par ma maman

chez Lou, Titine et Mélanie

Une place à prendre (The casual vacancy) : JK Rowling

C’est un coup de coeur et comme c’est un pavé ce n’est pas simple de vous résumer ce roman!
L’histoire se passe dans deux bourgades voisines, Yarvil et Pagford, que tout oppose. Yarvil est une petite ville avec des magasins et une vie plutôt active et Pagford est un joli petit village charmant et ancré dans son passé et le nerf de la guerre est le quartier « The Fields » (en anglais, j’imagine que c’est « Les Champs » en français?) qui appartient à Yarvil mais qui sont sur le territoire de Pagford… Mais c’est un quartier très défavorisé avec beaucoup de personnes assistées par les aides sociales et beaucoup de délinquance et de drogue qui donne une mauvaise image à Pagford. Le conseil municipal de la ville est présidé par Howard Mollison, un commerçant aisé et installé qui manigance pour séparer The Fields de Pagford mais dans le camp adverse, il y avait Barry Fairbrother qui lui défendait le maintient du quartier pour donner une chance aux habitants de s’en sortir. Mais si j’utilise le passé pour parler de Barry Fairbrother c’est parce que dès le début du roman, il meurt de façon totalement inattendue.
Sa place au conseil est donc libre et elle doit être remplie. Une élection doit être organisée et des candidats trouvés. Et c’est alors que les amis de Barry Fairbrother et les amis et la famille de Howard Mollison vont se déchirer autour de cette « place à prendre » et cette défense des intérêts de la ville.
Mais cette mort et cette élection à venir va surtout exacerber des relations entre les différents personnages, entre les ennemis, certes mais aussi entre les membres des différentes familles du village qui vont révéler leurs personnalités. Ils ont tous plus ou moins des choses à cacher ou des aspects peu reluisants dans leurs vies et les événements en s’enchaînant vont faire ressortir tout cela!
Je sais que certains lecteurs ont trouvé qu’il était compliqué de suivre parmi les nombreux personnages mais sincèrement, ça ne m’a pas du tout gênée. Le roman dresse un portait très complet de la société anglaise : toutes les classes sociales sont représentées, toutes les origines, toutes les générations, toutes les convictions politiques… Et puis, les relations humaines sont au centre de cette histoires, que ce soit les relations familiales, amoureuses, amicales ou les inimitiés… Bref, c’est un roman très riche!

chez Antigone

par ma maman

chez Lou, Titine et Mélanie

Le coeur de l’Angleterre (Middle England) : Jonathan Coe

Jonathan Coe est un auteur que j’aime beaucoup et je le lis depuis longtemps (avant le blog). De lui, j’ai lu Bienvenue au club, Le Cercle fermé, Les Nains de la mort, Testament à l’anglaise, La Maison du sommeil, La Pluie avant qu’elle tombe et La Vie très privée de Mr Sim.

« Le coeur de l’Angleterre » fait partie d’une sorte de série qui a commencé avec « Bienvenue au club » et « Le cercle fermé », chaque roman suivant une bande de copains et leurs familles mais les romans ayant une intrigue espacée de 30 ans entre le 1er et le 2 et d’une quinzaine d’années entre le 2e et le 3e, on peut très bien lire les romans indépendamment. D’ailleurs, je les ai lus à une certaine distance les uns des autres et j’avais oublié les intrigues et les relations entre les personnages des romans précédents et cela ne m’a pas du tout dérangée.

Dans ce roman, le fond social et politique concerne la politique intérieure Britannique avec des faits réels : « Du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne aux émeutes de Londres en 2011, de la fièvre joyeuse et collective des jeux Olympiques de 2012 au couperet du référendum sur le Brexit » (4e de couverture)

Dans cette société en mouvement, on retrouve ou on rencontre des personnages qui se connaissent depuis qu’ils sont ados, ils sont eux aussi à une période de leur vie où ils vivent des questionnements. Certains (comme la nièce d’un des personnages) vont voir leurs vies personnelles bousculées par le Brexit, d’autres, journalistes ou écrivains vont voir voir leurs vies changer presque malgré eux. Le passé n’est jamais loin et parfois lourd pour les personnages plus âgés et la jeune génération va s’impliquer politiquement dans cette société en bouleversement, le Brexit réveillant les notions de nationalisme et de politiquement correct.

Mais l’histoire n’est pas que politique. C’est aussi un roman qui montre des vies sous toutes leurs facettes, qui parle des relations humaines, des mélanges des générations, des vies avec des avis différents sur la marche du monde. Jonathan Coe a vraiment ancré son histoire dans l’époque et dans la société dans laquelle vivent ses personnages ainsi qu’une approche psychologique de la personnalité des uns et des autres. C’est instructif mais c’est aussi touchant et même drôle!

Ce livre est vraiment un bon Jonathan Coe (après avoir été un peu déçue par « La Vie très privée de Mr Sim » le dernier que j’avais lu de lui, j’ai maintenant envie de le retrouver!

par ma maman

chez Lou, Titine et Mélanie

catégorie « lieu »