Jeu blanc : Richard Wagamese

Saul Indian Horse, le narrateur, commence par expliquer que dans le cadre d’une thérapie il doit raconter son histoire pour se sortir de ses problèmes.

Il commence par son enfance dans une famille d’Indiens ojibwés au Canada. Ses parents, qui étaient passés par des internats catholiques qui les avaient abîmés, faisaient tout pour éviter que leurs enfants y soient envoyés. Avec la grand-mère, la famille se réfugie dans une nature imprégnée des traditions de leur peuple.

Malheureusement, les internats rattrapent Saul quand il se retrouve totalement seul au monde. Cet endroit, a pour seul objectif de laver les cerveaux des jeunes indiens et de leur retirer toute caractéristique indienne (le fameux « Kill the Indian in the child » dont j’ai déjà parlé dans le roman jeunesse éponyme). Saul va d’ailleurs se tenir à l’écart de sa vie, s’anesthésier de tout sentiment, une façon pour lui de survivre et en même temps, il raconte des histoires assez terribles qui arrivent à d’autres enfants : des morts, des sévices, des dépressions…

Et puis, un prêtre arrive dans ce pensionnat et lui fait découvrir le hockey sur glace. Il sera un peu son ami, son entraîneur et il lui permettra de vivre cette passion qui deviendra le seul domaine où Saul se sent vivant. Il excelle dans ce sport et il a presque des visions qui lui permettre de se dépasser et de gagner.

Il est reconnu et est même recruté dans une équipe indienne ce qui lui permet de quitter le pensionnat et ses talents de joueur vont se fracasser contre le racisme que rencontre les joueurs indiens auprès des Canadiens blancs qui ne supportent pas de partager « leur » jeu.

Il y a beaucoup de scènes sur le hockey, un sport auquel je ne connais rien et pourtant j’ai vraiment apprécié ces passages qui qui apportent vraiment beaucoup au roman, tant par le rythme que parce qu’il accompagne le personnage dans son évolution.

Le roman se sépare en quatre vies de Saul : la jeunesse indienne et « sauvage », très belle, sa jeunesse éteinte et détruite au pensionnat, la vie de joueur de hockey qui est à la fois enrichissante mais à nouveau destructrice par le racisme et enfin, la dernière partie où Saul bataille avec ses passés et surtout ce qu’il s’est caché à lui-même…

Ce roman, à travers l’histoire d’un homme, c’est celui de la destruction d’un peuple au travers d’un personnage et la résilience…

Et puis, c’est vraiment beau et fort. Je ne peux que vous le conseiller

Aujourd’hui, je vous parle aussi du roman « Wenjack » de Joseph Boyden qui est aussi sur cette thématique des Premières Nations et des Residential schools.

Repéré chez Aifelle.

 chez Karine:) et  Yueyin (Un invité Canadien au Québec)

Quand tu es parti (After you’d gone) : Maggie O’Farrel

Pour commencer, je dois dire que je ne sais pas bien comment vous parler de ce roman sans trop en dire car je ne savais pas grand chose sur l’histoire (autre que la 4eme de couverture) et la construction, très originale, faite d’allers-retours dans le passé ne facilite pas les choses pour parler de l’histoire sans trop en révéler. J’ai adoré cette narration ainsi que les personnages. J’ai eu du mal à lâcher ce roman et j’ai eu les larmes aux yeux plusieurs fois!

Alors, je vais juste vous dire comment le roman commence… Et faire attention à ne pas trop en dire 😉

Alice, une jeune femme, quitte Londres pour aller voir sa famille à Édimbourg sur un coup de tête. Elle retrouve ses deux soeurs à la gare mais après être allée aux toilettes, elle revient bouleversée au point de repartir aussitôt à Londres par le train suivant sans dire à ses soeurs ce qu’elle a vu. Une fois rentrée chez elle, elle est toujours bouleversée. Elle se fait renverser par une voiture et tombe dans le coma.

A partir de là, le roman est composé de flashs back sur la vie d’Alice, sans ordre chronologique, qui vont nous montrer la petite fille, l’adolescente, la jeune femme qu’elle a été…

On la voit dans son rôle de fille, petite-fille, soeur, amante…

On découvre une vie de famille complexe, des secrets, des relations amoureuses torturées, de l’amour, de la tristesse…

Il y a des belles relations familiales et d’autres beaucoup plus compliquées que l’on comprend petit à petit, il y a des histoires d’amour contrariées par d’autres relations familiales, il y a un deuil et une depression poignante…

Et toute cette mosaïque devient la vie d’Alice et c’est cette vie qu’elle va par moments ressentir consciemment dans son coma.

Je ne peux que vous conseiller de découvrir cette vie très bien écrite. Maggie O’Farrell est décidément une auteure que j’aime beaucoup! J’avais déjà eu un coup de coeur pour « L’étrange disparition de Esme Lennox » et « En cas de forte chaleur » et j’avais beaucoup aimé « Cette main qui a pris la mienne« .

 chez Antigone

L’auteur est Irlandaise (du Nord) et une partie de l’histoire se passe en Ecosse alors je pense que ce titre ira pour chez Cryssilda

Bondrée : Andrée A Michaud (Lu par Pascale Montpetit)

Résumé de l’éditeur : « À l’été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur resurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée.
Une écriture raffinée au service d’atmosphères angoissantes et de subtiles explorations psychologiques, dans la plus pure tradition de Twin Peaks de David Lynch. »

*

Ce roman est classé en polar et effectivement, c’est un polar avec des meurtres, des policiers, une enquête… Mais ce roman est bien plus qu’un polar (je n’ai rien contre le genre, j’aime bien même mais je veux dire qu’on peut lire cette histoire sans aimer les polars).

C’est un roman de personnages, chacun étant bien dessiné, c’est le roman d’une époque, d’une micro société qui fréquente les berges de Boundary Pond dans leurs maisons de vacances, entre américains, et canadiens, anglophones et francophones. Un roman qui se développe avec plusieurs points de vue qui permettent d’avoir une vision globale de ce qui se passe.

C’est un roman psychologique avec les sentiments des uns et des autres qui sont exprimés, que ce soient les policiers torturés par leurs enquêtes, les amis des victimes, les amis des parents, les voisins…

Et puis c’est un roman d’ambiance avec le mystère autour des meurtres bien sûr mais aussi avec les histoires plus ou moins récentes de malheurs s’étant produits dans les alentours des bois autour de Boundary Pond… Y a-til du fantastique ou est-ce que les esprits s’échauffent juste dans la panique des drames actuels?

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui avance en douceur, qui creuse les personnalités et les non dits et qui nous surprend à la fin parce qu’on avait presque oublié qu’une enquête était menée. J’ai trouvé que tous les personnages étaient traités en profondeur et il y avait un côté intemporel dans cette histoire qui pourrait très bien se passer de nos jours.

J’ai aimé cette version audio qui m’a bien emmenée dans le coeur du roman.

Livre audio découvert sur Radio Canada qui propose des livres audio en téléchargement gratuit.

avec Sylire et Valentyne : allons voir leurs avis!

Et c’est pour la thématique « polar » dans le programme de Québec en novembre.

 Chez Sylire

  chez Karine:) et  Yueyin

catégorie animal (= un oiseau)

Les filles bleues de l’été : Mikella Nicol (Lu par Emmanuelle Lussier-Martinez et Karelle Tremblay)

Ce très court roman à deux voix raconte la vie de deux amies, Chloé et Clara, la vingtaine, étudiantes qui se connaissent depuis l’enfance. Clara ne se remet pas d’une histoire d’amour à laquelle elle a cru et Chloé se maltraite physiquement. Lorsque que Chloé est autorisée à quitter l’hôpital psychiatrique où elle se remettait, Clara décide de retrouver l’été où elles se sentaient bien quand elles étaient enfants en allant toutes les deux au chalet de la famille de Chloé.

Là, elles se retrouvent toutes les deux seules et essayent de se soutenir pour retrouver le chemin d’une vie normale. Mais Clara retombe dans les filets de l’amour et Chloé a trop de mal à s’accepter dans le monde des autres. Ces filles bleues sont des filles qui ont des bleus à l’âme…

Cette histoire de jeunes filles mal dans leur peau, mal dans leurs vies, qui subissent la déprime, la depression est très touchante et triste, poignante même car on sent très vite que leurs vies sont sans issue mais on sait que nombreuses sont les personnes qui ressentent ce désespoir. J’avais l’impression d’être dans la tête de ces jeunes filles.

Le style est très beau, très poétique. Si je ne l’avais pas lu en audio, j’aurais sans doute relevé plein de citations. (Mais vous pouvez en trouver sur Babelio.)

Quant à la version audio, j’ai bien aimé les voix des lectrices, et quand j’avais un peu de mal parfois a distinguer de quel personnage il s’agissait c’était à la voix que je les reconnaissais car elles avaient chacune leur identité.

J’ai trouvé la version audio sur Radio Canada qui propose des livres audio en téléchargement gratuit.

avec Sylire : allons voir son avis (je pense qu’elle a moins aimé que moi 😉

Chez Sylire

chez Karine:) et Yueyin

Le libraire : Gérard Bessette (lu par Renaud Paradis)

Ce roman raconte une tranche de vie d’un homme qui était au chômage et à qui une connaissance a dit qu’il pourrait trouver du travail dans la librairie de la petite ville de Saint Joachim. Il s’installe dans une chambre chez une logeuse et travaille dans la librairie de Léon Chicoine, une boutique où il y a une grande place faite aux oeuvres religieuses et où il travaille auprès de collègues un peu « dames patronnesses ». s’occupant lui de la section « romans ». Ses seules occupations sont ses beuveries solitaires dans un bar de la ville, son temps dans sa chambre et son travail à la librairie.

Hervé est un homme assez cynique qui ne cherche pas à plaire et qui cherche surtout à en faire le moins possible. Il fait un peu semblant de travailler, semblant de lire, se satisfaisant de vendre quelques livres qui prennent la poussière dans la librairie, ne s’intéressant guère à ses clients. Il se laisse vivre, à tel point qu’il finit par se retrouver dans le lit de sa logeuse (ou plutôt, elle dans le sien) sans vraiment faire exprès et il ne sait pas trop comment se sortir de ce changement d’habitude.

Son quotidien, qu’il raconte dans son journal (une fois par semaine), juste pour s’occuper un peu le dimanche, est un peu perturbé quand son patron lui confie un secret : il rassemble des livres dans une pièce cachée dans la libraire. Des livres qui sans être interdits ne sont pas très recommandables aux yeux du clergé (et l’église catholique a un grand poids dans le Québec des années 60) et qu’il ne faut vendre qu’aux personnes de confiance le plus discrètement possible. D’ailleurs, un jour, Hervé se retrouve en difficulté et doit répondre des bonnes mœurs de la librairie vis à vie du curé suite à la vente de « L’Essai sur les mœurs » de Voltaire à un collégien…

Le personnage de cet homme détaché de tout ce qui l’entoure, qui ne semble pas respecter grand chose, très désabusé et qui veut juste vivre tranquillement sans être dérangé par les autres et encore moins par les convenances m’a fait penser au personnage de The Dude dans le film « The Big Lebowski » pour ceux qui connaissent. C’est un personnage plutôt sympathique.

J’ai découvert après l’avoir lu que ce roman avait été publié en 1960 au Québec alors que je pensais qu’il se situait seulement à cette époque et cela donne encore plus de poids à la critique de la religion comme gardienne morale sans intellect qui transparaît dans cette histoire.

Ce livre plutôt court a été une bonne découverte, je l’ai trouvé plutôt intéressant. J’ai trouvé la version audio sur Radio Canada qui propose des livres audio en téléchargement gratuit (mais celui-ci n’est plus disponible).

L’avis de Sylire qui l’a aussi audiolu.

 Chez Sylire

J’inscris ce texte au Défi Livres de Argali  

  chez Karine:) et  Yueyin

Catégorie « métier » du ma ligne audio du

Les Passeurs de livres de Daraya -Une bibliothèque secrète en Syrie : Delphine Minoui

Je ne suis pas une grande fan de documentaires et témoignages alors si j’ai un coup de coeur pour ce genre de livre c’est que vraiment j’ai été très touchée!

Pour ne pas dénaturer le fond de ce livre je vous recopie le résumé de l’éditeur :

« De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. »

*

Ce texte est vraiment passionnant, bouleversant et émouvant. Je l’ai déjà prêté plusieurs fois et offert une fois et ce n’est sans doute pas la dernière fois!

Dans ce livre on apprend énormément de choses sur ce qui s’est passé en Syrie et à Daraya plus précisément (et même moi qui m’étais intéressée à la situation à l’époque où j’ai couru le marathon de Paris pour récolter des dons pour l’UNICEF et les enfants en Syrie, je ne savais pas tout ça). On s’interroge sur les positions des différents grands pouvoirs impliqués et on est complètement effaré par ce que subit le peuple pris au piège, pris en otage de ces combats terriblement destructeurs.

Et puis, il y a les livres… Il y a ces hommes, jeunes hommes privés de leurs études, privés de leurs espoirs, qui ne supportent pas de voir ces livres perdus et qui les sauvent, comme on sauverait des enfants et qui créent cette bibliothèque secrète, ce lieu de savoir et de paix sous les bombes qui détruisent tout, ce lieu d’ouverture d’esprit quand les corps sont enfermés, ce lieu de nourritures intellectuelles en pleine famine créée par les blocus…

L’amour des livres, le besoin de savoirs et la passion de l’esprit quand tout le reste semble perdu et voué à la destruction pourrait paraître dérisoire mais finalement, il devient essentiel et c’est d’une beauté émouvante.

Vous qui lisez des blogs de lecture, vous qui devez être des amoureux des livres, je n’ai qu’une chose à vous dire : lisez ce livre!

Repéré chez Amandine qui m’avait donné envie!

« Documentaire 2018 »

J’inscris ce texte au Défi Livres de Argali  

catégorie métier

A crier dans les ruines : Alexandra Koszelyk

L’histoire est celle de Léna et Ivan, deux jeunes Ukrainiens qui vivent à Pripyat, à deux pas de Tchernobyl. Ils se connaissent depuis qu’ils sont enfants et s’aiment avec l’innocence de la jeunesse. Leurs chemins vont se séparer avec la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986 quand Léna et sa famille vont partir en France du jour au lendemain.
Léna va vivre en Normandie avec ses parents et sa grand-mère et va devoir se recréer une identité car ses parents ont préféré effacer l’Ukraine de leurs vies allant jusqu’à dire à la jeune fille de 13 ans qu’Ivan était mort. Elle va se construire auprès des livres et des mythes d’autres cultures tout en ayant toujours au fond d’elle ce regret, ce manque de son passé. De son côté, Ivan, qui n’est pas mort, écrit des lettres à Léna, une par an, mais ne sachant pas où elle est, il ne les envoie pas. Dans ce qu’il écrit, il y a du désespoir de se sentir abandonné par celle qu’il aime en plus de subir la nouvelle vie en Ukraine post Tchernobyl.
Dès le début du roman, on sait que Léna, une fois adulte, va retourner en Ukraine, à Pripyat plus précisément. Le présent et le passé vont se rejoindre.
Les phrases sont très courtes et les chapitres sont très brefs, je n’ai pas adhéré au style, ce qui m’a empêché de m’imprégner et de plonger dans l’histoire et sans doute de m’attacher à Léna qui est au centre de ce roman. Curieusement, je me suis plus attachée à Ivan qui pourtant est beaucoup moins présent dans le roman. Je l’ai trouvé touchant jusqu’à la fin. J’ai d’ailleurs préféré la fin, les derniers chapitres en Ukraine, sans doute parce que Ivan prend le devant de la scène. Il faut dire que j’ai aussi eu du mal à croire à la nouvelle vie de la famille de Léna alors que la vie de Ivan en Ukraine me semblait plus réaliste.
Alexandra Koszelyk est érudite et elle a sans doute eu envie de nous dire beaucoup de choses dans son premier roman et on apprend en effet beaucoup de choses sur Tchernobyl mais aussi sur la culture antique et sur diverses mythes et légendes mais cela m’a personnellement un peu perdue, il y en avait trop pour moi, notamment tous les parallèles avec la culture de la Grèce Antique.
Ce roman, je l’ai lu parce que je connais l’auteur par blogs interposés depuis des années, même si on ne s’est jamais rencontrées et c’est quelqu’un que j’apprécie. Le succès fulgurant du roman auprès des blogueurs et des libraires me faisait un peu peur et à juste titre car vous le constatez, mon avis est nettement moins enthousiaste que d’autres. Mais cela n’empêche que je suis vraiment très heureuse pour Alexandra que son premier roman ait un tel succès et je lui souhaite d’ailleurs d’en avoir longtemps. C’est un roman qui a su trouver son public et qui se lit vite et facilement. Je pense qu’il pourrait d’ailleurs beaucoup plaire aux adolescents qui seront peut-être plus sensibles au personnage de Léna que moi. Pour ma part, je suis un peu passé à côté, à mon grand regret.

par Ma Best

Te souviendras-tu de demain ? : Zygmunt Miloszewski

Ludwik et Grazyna sont un couple de personnes âgées qui vivent en Pologne. Ils fêtent les 50 ans du début de leur relation. Le début du roman nous montre donc un couple autour de 80 ans avec leur complicité et leusr ressentiments après toutes ces années passées ensemble. Grazyna semble regretter de ne pas avoir vécu plus d’aventures tandis que Ludwik se satisfait de leur années de vie tranquille.

Et puis, le lendemain de leur anniversaire, ils se réveillent ensemble mais ils ont retrouvé leurs corps de jeunesse tout en ayant gardé tous leurs souvenirs de 50 ans de vie commune. Ils sont toujours en Pologne, dans le passé, mais le pays qu’ils ont rejoint a changé et leurs vies dans ce nouveau présent ne sont pas exactement les mêmes que quand ils ont vécu la première fois.

Ils vont devoir deviner ce qui se passe et comprendre de nouveaux codes. Certains aspects du passé ont bien eu lieu (la 2e guerre mondiale par exemple) mais la Pologne ne fait pas partie du bloc communiste, au contraire, elle entre dans une union avec la France.  Les opinions de la population s’opposent entre ceux qui veulent cette union et ceux qui y voient une colonisation.

Les circonstances de la vie de Ludwik et Grazyna font qu’ils ne sont pas ensemble dans leur nouvelle vie et découvrent même qu’ils ne sont pas forcément très compatibles… Ils ont même du mal à comprendre et accepter leurs personnalités de cette nouvelle époque et leurs choix de vie. C’est d’ailleurs l’occasion de vivre une autre vie…  Et pourtant, on n’efface pas 50 ans de vie commune comme ça.

Je me suis entièrement laissée emporter par cette aventure à la « Retour vers le futur » (et pour la petite anecdote, le hasard a voulu que j’ai revu ce film au moment de ma lecture!) avec des questions politiques sur la situation de la Pologne, passée et présente (ou future?) et sociales. Par exemple, Grazyna est une femme de 80 ans qui arrive dans les années 60 et qui essaie d’insuffler des idées plus progressistes et féministes aux jeunes femmes qu’elle fréquente. Et pendant qu’on parle des petites touches rapportées du futur, Ludwik essaie de vendre à un éditeur un « Da Vinci Code » et « Harry Potter » à la polonaise pour devenir riche mais les idées ne suffisent pas, ses talents d’écrivain n’étant pas à la hauteur…

Je n’ai pas été gênée de ne pas connaitre Varsovie mais je pense que ce roman aura encore plus de saveur pour ceux qui connaissent la ville car ils verront tout de suite ce qui a changé et qui ne correspond pas à la réalité du 21e siècle. J’ai vraiment apprécié ma lecture mais je dois avouer avoir été un peu déçue par la fin. J’ai eu l’impression qu’après avoir monté tout un monde parallèle très réussi l’auteur avait un peu de mal à trouver une fin à la hauteur. La fin est assez réaliste en rapport avec l’histoire mais elle est tombée un peu à plat pour moi mais pas au point de me gâcher le plaisir de lecture que j’ai eu avant.

Merci à   et Fleuve Editions

Né d’aucune femme : Franck Bouysse (lu par Simon Duprez et Cachou Kirsch)

La première chose que je voudrai dire c’est que j’ai vu ce roman classé en catégorie « polar » plusieurs fois, notamment dans des prix, comme le prix des lectrices de Elle qu’il a gagné dans cette catégorie et je ne suis pas du tout d’accord avec ce choix. C’est un roman sombre, noir, parfois dur mais ce n’est pas un polar…

Je n’ai pas envie d’en dire trop car si j’avais entendu de bons échos de ce roman, je n’avais rien lu dessus, donc je l’ai commencé l’esprit très ouvert et j’ai envie de vous laisser le découvrir comme moi.

Je vais juste vous dire qu’un prêtre va découvrir le journal d’une femme dans un asile et y lire son témoignage sur une vie de malheurs. C’était une jeune fille qui aura été abandonnée et brisée, utilisée et qui a haï et aimé et qui a tout perdu… Il est question de famille , de filiation, de maternité. Il y a de la cruauté terrible et de l’amour qui ne se dit pas. Il y a du désespoir, des regrets et de l’espoir.

C’est un roman dur mais c’est avant tout un très beau roman, avec des personnages vraiment bien écrits. J’ai vraiment aimé cette histoire qui se passe un peu hors du temps, il est difficile de le situer, il a un côté intemporel : ça pourrait être au moyen âge, ça pourrait être dans les années 50, ça pourrait être aujourd’hui tant les thèmes traités et les personnages décrits sont quasiment universels.

J’ai aussi beaucoup aimé le style et la place que prend la nature dans le récit et la grande humanité que l’on découvre dans des situations assez inhumaines.

La version audio est excellente!

Chez Sylire

Merci à


Catégorie « polar » 2019

Manifesto : Léonor de Récondo (Lu par l’autrice et Jacques Chaussepied)

J’ai entendu parlé de ce roman lors de ma rencontre avec l’autrice quand elle nous a dit qu’elle venait juste d’enregistrer sa partie de Manifesto pour Audiolib alors j’attendais avec impatience la sortie du livre audio car j’avais beaucoup aimé sa lecture de Amours.

C’est un roman en partie autobiographique et en partie imaginaire puisque Léonor de Récondo raconte la dernière nuit de son père qu’elle a passée avec lui et sa mère à l’hôpital et qu’elle croise avec des conversations imaginaires entre son père Félix et « Ernesto » Hemingway.

Les passages très personnels sur les derniers instants avec son père sont très touchants par leur réalisme et par l’émotion que l’on peut imaginer vivre soi-même et ils sont aussi l’occasion de se remémorer son père, l’artiste, l’homme curieux et intéressé par toutes sortes de choses. Les passages de conversations entre les deux hommes âgés sont l’occasion d’avoir un regard plus large sur la vie de Félix, comme son enfance, l’exil d’Espagne, la guerre et l’art, en faisant des parallèles entre les souvenirs de Félix et ceux d’Ernesto.

J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai trouvé plein de vie avec les personnages d’Ernesto et Félix qui sont des hommes qui ont remplis leurs vies d’expériences et de sensations, artistiques et humaines et c’est aussi un texte plein de douceur et d’émotions filiales avec le regard que pose Léonor, la fille adulte, sur ce père mourant mais aussi le regard de Léonor, petite fille, sur son père dans ses souvenirs.

Je ne sais pas si c’est parce que mes propres parents ont l’âge du père de l’autrice que cela m’a particulièrement touchée mais je pense que cela peut toucher tout le monde. J’ai trouvé que l’idée de mêler la « vraie vie » et ces conversations imaginaires était très originale et apportait vraiment une dimension littéraire et que cette partie appartenant à la fiction permettait aussi d’apporter une vision presque historique à la vie de son père.

Au niveau de la version audio, c’est Léonor de Récondo qui lit les parties qui se passent à l’hôpital et Jacques Chaussepied qui lit les parties de Ernesto et Félix et c’est vraiment bien, cela apporte un rythme très musical à cette audiolecture.

Pour en savoir plus sur ce que Léonor de Récondo dit elle-même de ce roman, vous pouvez aller lire la partie « Manifesto » dans ce billet!

Chez Sylire

avec Sylire : Allons voir son avis!

Merci à