L’âge d’or : Roxanne Moreil et Cyril Pedrosa

J’adore Cyril Pedrosa : j’ai eu des coups de coeur pour plusieurs de ses BD comme « Trois ombres« , « Portugal » et « Les equinoxes« . J’aime son trait et son traitement des couleurs. Je savais que je lirai cet album sans même savoir de quoi il parlait et je n’ai pas été déçue!

Cet album est tout d’abord sublime au niveau des couleurs et des dessins. J’aurais voulu prendre des photos de toutes les pages mais vous pourrez voir plusieurs planches ici par exemple.

J’ai tout aimé dans cette BD -sauf la dernière page où il est écrit « A suivre » et évidemment… la suite n’est pas encore disponible ! (mais heureusement, le tome 2 est prévu pour la fin 2020). D’un autre côté cela expliquait pourquoi je ne comprenais pas la fin : ce n’était pas réellement fini! 😉

L’histoire se situe dans une époque ancienne, sans doute médiévale. Tilda, la fille aînée du roi qui vient de mourir aurait dû reprendre le trône mais se trouve mise à l’écart au profit de son jeune frère suite à des manigances de certains chevaliers et de sa mère.

Avec l’aide de Tankred et Bertil, deux fidèles, Tilda fuit le château pour essayer de rallier d’autres chevaliers à sa cause et ils vont vivre des aventures qui vont lui faire découvrir une communauté de femmes qui vivent en harmonie, cachées du monde extérieur, mais aussi assister à la montée d’une révolte de la population contre les maîtres et les puissants.

La nature est très présente dans cet album, avec des dessins sublimes, il y a plein de recherches dans la manière de mettre les scènes en place comme des avancées des personnages qui cheminent sur la même page dans le même paysage.

La place des femmes -ou son absence de place- est au centre de la BD, en particulier avec le personnage de Tilda, une jeune femme forte et attachante.

L’histoire mêle subtilement des aspects historiques, des aventures, une quête, et des aspects fantastiques, magiques, tout cela prenant la forme du conte et de la légende, mais aussi ancré dans la réalité avec les luttes sociales.

C’est donc un album extrêmement riche!

J’ai vraiment hâte de lire la suite!

Vidéo passionnante sur les dessins par Cyril Pedrosa :

  chez Moka 

Repéré chez Noukette

La petite patrie : Julie Rocheleau et Normand Grégoire

Résumé de l’éditeur « La Pastèque » : « Publié en 1972, La Petite Patrie de Claude Jasmin est un roman autobiographique qui a connu un vif succès. Chronique d’un quartier populaire de Montréal, il nous offre le regard d’un enfant de huit ans sur le monde qui l’entoure à l’aube des années 40 : la guerre, la religion, les jeux de ruelles, l’amour et la mort…

Julie Rocheleau et Normand Grégoire nous offre une adaption du populaire roman de Claude Jasmin, un livre qui nous rappelle notre enfance et l’insouciance qui s’y rattache. »

*

Cette bande dessinée raconte la vie dans un quartier populaire de Montréal où les enfants jouent à la guerre alors que les mères les appellent pour venir manger et que les pères discutent de la vraie guerre. Il y a donc principalement des histoires de la vie quotidienne racontées à hauteur d’enfants et c’est très vivant!

Mais c’est aussi l’occasion de montrer la vie des montréalais, la famille catholique nombreuse, le regard choqué sur une mère célibataire par exemple. Mais j’ai aussi aimé les arrière-plans qui nous montrent la réalité de l’époque et qui ne sont pas perçus par les enfants : les départs à la guerre et l’annonce de la mort du soldat.

Les dessins et les couleurs sont très dynamiques et agréables. J’ai aimé cette BD qui fait voyager au Québec et dans le temps. à découvrir!

chez Karine:) et  Yueyin

Les Nombrils -Tome 1- Pour qui tu te prends? : Delaf et Dubuc

Je dois avouer que cette BD ne me tentait pas du tout et pourtant, je l’ai achetée car je l’ai trouvée chez Noz (un soldeur) à 3€ et que je savais que les auteurs étaient québécois alors je la gardais pour ce mois de novembre 🙂

Dans son billet, Karine prévenait qu’il fallait attendre le 3e tome pour apprécier mais je ne crois pas que j’ai envie de poursuivre au-delà de ce premier tome. Pour commencer, les dessins ne sont pas trop mon style et j’ai eu beaucoup de mal avec les personnages.

Jenny et Vicky sont ce que j’appelleraient deux « pétasses », elles s’habillent le plus court et le plus moulant possible, ne pensent qu’à leur physique et aux garçons et sont assez bêtes. Leur amie, Karine (ou plutôt leur faire-valoir), est une grande bringue qui manque de confiance en elle, qui est considérée comme moche par ses amies et qui est surtout très gentille… Trop gentille…

Jenny et Vicky font tout pour être sans arrêt au centre de l’attention de tous, des garçons en particulier, elles sont très superficielles et ne supportent pas que quelqu’un s’intéresse à leur amie Karine. Alors, elles font tout pour empêcher Dan de voir Karine et préfèrent voir leur amie malheureuse.

Je sais que c’est un album d’installation et apparemment ça devient plus subtil plus tard dans la série mais j’ai trouvé les ficelles un peu grosses et je n’ai pas envie de retrouver les personnages. Je n’ai pas m’empêcher de me dire que cette BD sous couvert d’humour et de second degré faisait quand même l’apologie d’une forme de harcèlement à l’école et ne donnait pas une très bonne image des filles.

 chez Antigone

avec Maelly et Adely : allons voir leurs avis (notamment un avis de jeune lectrice!)!

  chez Moka 

 

  chez Karine:) et  Yueyin

catégorie partie du corps

Paul à la campagne : Michel Rabagliati

J’avais déjà lu et aimé trois titres de la série « Paul » : Paul à Québec, Paul à la pêche et Paul au parc alors quand j’ai trouvé ce titre à la médiathèque, je me suis dit que c’était parfait pour le mois québécois! Cet album était particulièrement grand, j’imagine que sa taille hors du commun est due au fait que c’est une édition spéciale pour l’anniversaire des 15 ans. Par contre, je ne sais pas si la présentation de cet album est spécifique à cette édition spéciale.

En effet, l’album est en fait constitué de deux courtes histoires, introduites par l’auteur dans un texte rédigé sans images. Puis il nous raconte deux histoires de sa jeunesse  « Paul à la campagne » et « Paul apprenti typographe ».

Le première histoire raconte les souvenirs de Paul qui repense aux vacances qu’il passait à la campagne avec ses parents quand il était enfant et son rapport à la nature. Une fois adulte, il revit ces moments en observant sa propre fille Alice les vivre à son tour.

La deuxième histoire, raconte une journée où Paul accompagne son père à son travail de typographe. C’est l’occasion de raconter un moment de relation privilégiée entre le père et le fils.

J’ai été un peu déçue par cet album car j’avais préféré les histoires plus longues. Là, pour moi, c’était vraiment trop court. Quant au contenu, on trouve déjà le côté nostalgique que Michel Rabagliati traite dans ses autres BD.

  chez Moka 

 

  chez Karine:) et  Yueyin

 

Les grands espaces : Catherine Meurisse

Dans cet album, Catherine Meurisse raconte son enfance à la campagne. Ses parents, cultivés et passionnés de nature rénovent une vieille ferme et pour Catherine et sa soeur, c’est un véritable terrain de jeux.

Elles rêvent de trouver des trésors, des antiquités déterrées sous les pierres de leur maison en rénovation et se créent un musée à la Pierre Loti (mais avec quelques crottes desséchées car elles n’ont pas beaucoup d’antiquités 😉

Mais il y a aussi la littérature et les grands auteurs y sont très présents et liés à la nature.

La nature est quant à elle le centre de l’album : une nature abîmée par l’homme, reconstruite par les parents de Catherine Meurisse qui sont des magiciens qui bouturent toutes les plantes qu’ils aiment et qui redessinent leurs grands espaces. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur les saisons, sur les plantes et sur la culture… pas littéraire cette fois.

J’ai lu cette BD en parallèle de ma lecture de « Dans la forêt » et j’ai trouvé qu’il y avait des liens intéressant entre les deux lectures (en retirant les aspects dramatiques du roman, bien sûr) quant à la connaissance de notre environnement naturel. Et à l’époque où je lisais cette BD j’ai aussi vu un documentaire sur la permaculture (ce n’était pas celui que j’ai mis en lien mais cette vidéo est assez courte) ce qui se complétait bien.

Cet album est surtout un joli moment de poésie et un voyage dans une enfance baignée dans la création et c’est très agréable! Et il ne faut pas oublier qu’il y a aussi beaucoup d’humour enfantin sur tous ces aspects plus culturels et sociétaux.

Par exemple, j’ai beaucoup aimé ce passage où la mère de Catherine Meurisse démontre que Zola racontait n’importe quoi du point de vue de la nature :

Et voici un article de France Inter très intéressant !

  chez Noukette

Tombé dans l’oreille d’un sourd : Grégory Mahieux et Audrey Levitre

 

Grégory et Nadège, deux enseignants, deviennent parents de jumeaux. Les garçons naissent prématurés et malheureusement, ils apprennent assez vite Charles est atteint d’une maladie génétique rare qui va entraîner un régime alimentaire très contraignant. On leur signale aussi qu’il est possible que Tristan ait des problèmes d’audition mais les premiers tests ne sont pas concluants et les parents eux-mêmes ne remarquent pas de différences entre les deux bébés du point de vue de la surdité et pourtant quand les tests sont refaits, c’est une surdité profonde qui leur est annoncée.

Commence alors pour ce couple, cette famille, une difficile lutte pour permettre à Tristan de vivre au mieux dans la famille et dans la société : langue des signes et appareillage, orthophoniste, école spécialisée avec intégration en école ordinaire, bataille avec les administrations de l’education nationale pour avoir des emplois du temps qui permettent aux parents de s’occuper au mieux de leurs enfants à besoins particuliers.

C’est un portrait très réaliste de cette situation car c’est l’histoire personnelle de Grégory Mahieux et c’est vraiment instructif.

Je n’ai pas été particulièrement touchée par les dessins qui semblent être mis en retrait, assez figés, peut-être pour centrer l’ensemble sur le fond?

En lisant cette BD, j’ai forcément pensé à « Ce n’est pas toi que j’attendais » et « Les petites victoires » deux autres BD qui montrent des parents qui vivent avec la différence de leur enfant.

  chez Noukette

Un été d’enfer! : Vera Brosgol

Vera a presque 10 ans et elle vit aux Etas-Unis mais elle n’a pas la même vie que les filles de son école avec qui elle voudrait être amie. Tout d’abord, elle vit avec sa mère et son frère dans un petit appartement, sans son père puisque ses parents ont divorcé et qu’elle ne voit plus son père… Mais surtout elle est arrivée de Russie il y a peu et son mode de vie est complètement différent et elle ne comprend pas forcément tous les codes de la société américaine dans laquelle elle vit.

Elle traverse des moments assez humiliants pour une petite fille quand elle fait tous les efforts possibles pour s’intégrer auprès de ses camarades de classe plus riches et tellement américaines. Elle se sent vraiment différente et seule. Les seuls moments où elle se sent à sa place sont à l’église orthodoxe auprès d’autres Russes et quand une fille lui parle d’un camps de vacances réservé à la communauté russe, Vera se raccroche à l’idée de passer un été avec des gens à qui elle pourra s’identifier et auprès de qui elle pourra être elle-même.

Malheureusement, quand elle arrive dans le camps dans la forêt, elle se retrouve avec des jeunes plus âgés qu’elle (à presque 10 ans elle est en effet à la frontière entre les enfants et les ados) et les jeunes filles de 14 ans qui partagent sa tente sont loin d’être sympathiques.

Très vite elle découvre toutes sortes d’aspects du camps qui lui donne envie de fuir mais elle est obligée de rester et se retrouve confrontée à la nature humaine des autres jeunes mais aussi à la nature pas toujours accueillante. Les petites humiliations et les conflits adolescents vont se multiplier en plus des inquiétudes liées à la vie en communauté dans la nature (les toilettes à elles seules donnent envie de partir à toutes jambes 😉 )

C’est un joli album sur l’enfance et sur la différence et sous couvert d’humour et de petites aventures, il y a aussi un vrai sujet sur la jeunesse et le fait de grandir.

Bon, ça ne donne pas forcement envie d’envoyer ses enfants dans un camps de vacances en foret! 😉

Les dessins sont agréables, ronds au trait épais avec un fond vert.

A la fin, l’auteur dans une note dit quelque chose de très intéressant :

avec Lasardine : allons voir son avis !

Et puis Colette : Sophie Henrionnet et Mathou

L’histoire est celle d’Anouk, une trentenaire qui vit à Paris, qui s’ennuie dans son travail dans une bibliothèque et qui rêve de travailler dans une librairie. Un jour, elle apprend la nouvelle très soudaine de la mort de sa soeur. Elles s’étaient perdues de vue depuis plusieurs années et quand Anouk part en province pur l’inhumation et pour régler les affaires de sa soeur, elle apprend qu’elle a été nommée tutrice de Colette, la fille de Zoé, âgée de 7 ans.

C’est évidemment un grand bouleversement pour Anouk qui jusqu’ici vivait une vie plutôt simple et sans contrainte. Elle doit prendre toutes sortes de décisions qui vont changer sa vie : la vente ou pas de la boutique de sa soeur? Prendre Colette en charge ou pas? Rester en province ou repartie à Paris? Seule ou avec la fillette? Et quand une proposition du travail de ses rêves s’offre à elle, les questions sont encore plus difficiles…

Il y a donc la vie d’Anouk… Et puis Colette… cette petite fille attachante qui a perdu sa maman et qui ne sait plus où elle en est et qui va apprendre à sa tante à devenir une maman de remplacement. Elles vont s’apprivoiser et s’adopter.

C’est une jolie histoire sur le fond mais je regrette que tout aille trop vite, que le deuil soit un peu trop passé sous silence et que certaines choses un peu téléphonées arrivent trop facilement, mais il faut sans doute voir cette histoire comme un conte dans le quotidien.

Je ne suis pas particulièrement emballée par les dessins que je trouve trop enfantins et manquant de nuances (alors que j’aime beaucoup Mathou dans ses illustrations. Je trouve qu’elle est meilleure dans des formats courts.

Des planches chez l’éditeur

BD repérée chez Stephie

Et si l’amour c’était aimer? : Fabcaro

Résumé de l’éditeur : « Sandrine et Henri coulent des jours paisibles dans leur villa luxueuse. Henri est un patron de startup épanoui et dynamique et Sandrine l’admire. Mais hélas la vie n’est pas un long fleuve tranquille… Un beau jour, Sandrine tombe sous le charme de Michel, un brun ténébreux livreur à domicile et chanteur de rock à ses heures perdues. Une idylle merveilleuse va alors se nouer entre eux. Mais la vie est-elle toujours du côté de l’amour ? Les sentiments purs et absolus ne sont-ils pas qu’une feuille morte emportée par le vent ? Un arc-en-ciel ne finit-il pas toujours par disparaître derrière les nuages ?

Un hommage appuyé aux romans-photos et à tout ce que l’amour a pu inspirer pour vendre du papier aux amateurs et amatrices de roman à l’eau de rose. Si vous pensiez avoir fait le tour de la question sur ce genre de littérature, laissez-nous vous soumettre l’idée qu’on peut aller encore un peu plus loin, grâce à Fabcaro.« 

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Je vous ai recopié le résumé de l’éditeur pour raconter l’histoire de base mais si vous ne connaissez pas Fabcaro, il faut savoir qu’il détricote tous les codes en utilisant du second degré puissance 10 et il y a un côté complètement décalé qui est très drôle (si on adhère!). Des phrases creuses et vides de sens sur l’amour au sein du couple, un livreur de macédoine plutôt que de pizza, des clichés très années 50 mais détournés par l’auteur.

Il faut se laisser porter sans idées préconçues, accepter de lire des échanges qui n’ont aucun sens et c’est drôle! Cependant, j’ai nettement préféré « Zaï Zaï Zaï Zaï » qui avait le même décalage et le même humour mais qui allait plus loin en traitant aussi des sujets de société que je n’ai pas retrouvés ici. J’ai eu un peu l’impression que c’était plus un effet de style (réussi, certes) mais qui manquait un peu de fond pour moi.

Mais c’est une bonne lecture pour sourire!

  chez Noukette

Moi en double : Navie et Audrey Lainé

 

Résumé de l’éditeur : « Un jour, Navie a compris qu’elle portait le poids d’une deuxième personne. Un double qu’elle a dû éliminer pour survivre… Un témoignage rare et fort sur le regard que l’on porte sur soi, sublimé par le dessin d’Audrey Lainé.

Navie était malade. Elle était en obésité morbide et souffrait chaque jour, avec le sourire sans jamais le montrer… L’acceptation de soi est ce qui lui tient le plus à coeur, mais comment aimer cette fille dans le miroir qui n’est que le reflet de sa souffrance ? Navie portait son double. Un double qu’elle a aimé, qu’elle a essayé de fuir puis de tuer. Mais comment fait-on pour se tuer sans mourir? »
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Dès la page d’introduction, j’ai su que cet album allait me parler :

Cette BD raconte l’histoire vraie d’une jeune femme qui vit avec l’obésité. Je dis « avec » car elle vit cela comme un double qu’elle doit porter et qui l’empêche d’avancer. Elle est en bonne santé mais elle doit maigrir et ce qu’elle croit être la raison de ses difficultés c’est cette entité, ce double…

Mais quand elle réussit à maigrir au prix d’une volonté de fer, elle réalise que ce n’est pas le double qui la fait grossir mais que le double, c’est en réalité elle-même.

Cet album est vraiment une grande réussite pour moi : c’est un témoignage à la fois très intime, très personnel mais aussi assez universel car il évoque la manière dont chacun peut vivre -mal- sa différence (ici l’obésité, mais cela pourrait être tout autre complexe) avec soi-même mais aussi auprès de son entourage, sa famille, ses amours…

J’ai un peu de mal à en parler mais cet album m’a vraiment beaucoup touchée. Même si je ne suis pas obèse, j’ai toujours bataillé avec mon poids et ce point de vue m’a vraiment parlé.

J’ai terminé cette lecture très émue. Je l’ai trouvée inspirante et émouvante.

Je la conseille à tous ceux qui ont un problème avec leur image (quelle que soit la raison) ou qui connaissent des gens qui souffrent en croyant qu’ils portent un double avec qui ils ont du mal à vivre.

  chez Noukette