Giant T1 et T2 : Mikaël

Je ne vais pas entrer dans les détails de ces deux BD car étant donné que c’est un diptyque, je n’ai pas envie d’en dire trop pour ceux qui n’auraient que le tome 1 sous la main (cela dit, je vous recommande fortement d’avoir les deux tomes à disposition, car vous voudrez lire le 2e 😉 )

L’histoire se situe à New York dans les années suivant immédiatement la crise de 1929 et focalise plus particulièrement sur la construction du Rockefeller Center puisque le personnage principal « Giant » est l’un des ouvriers qui participent à cette construction.

Mais au-delà de cette partie assez fascinante de la construction de gratte-ciels monumentaux, il y a aussi la vie des gens. La pauvreté, la précarité de l’emploi, les rivalités entre Italiens et Irlandais dans les quartiers de New York. Et puis, l’immigration irlandaise est mise en avant puisque Giant et son équipe sont irlandais.

On y évoque les raisons variées de cette immigration, les difficultés de la vivre pour ceux qui partent mais aussi pour ceux qui restent (souvent, les épouses qui attendent avec les enfants). C’est l’occasion de faire un tour à Ellis Island…

D’un point de vue culturel et historique américain cette BD est vraiment d’une grande richesse sans pour autant prendre un tour trop « pédagogique ».

Les personnages sont aussi très réalistes et très bien brossés au niveau de leurs personnalités et de leurs complexités.

Et enfin, les dessins sont vraiment très réussis.

Je recommande particulièrement cette BD à ceux qui sont allés à New York pour voir l’envers du décors des gratte-ciels mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire assez récente des Etas-Unis.

Si vous voulez faire un petit voyage à New York en photos et voir la vue sur la ville depuis le Rockefeller Center, je vous renvoie vers le billet que j’avais fait il y a deux ans sur mon voyage là-bas.

Et sur le même sujet, j’avais beaucoup aimé « Ciel d’acier » de Michel Moutot et dans le billet j’avais aussi mis des photos!

  chez Noukette

 chez Titine

Je vais rester : Lewis Trondheim et Hubert Chevillard

J’avais repéré chez Mo et quand je l’ai vu dans les nouveautés de la médiathèque, je me suis empressée de l’emprunter avec sa couverture estivale de saison!

Mais si cette BD se passe bien au bord de la mer en été, elle commence par un drame et elle n’a rien d’une petite histoire de vacances… En effet, Fabienne et Roland viennent d’arriver pour passer une semaine de vacances à Palavas mais un accident fauche littéralement Roland à peine il est sorti de la voiture… Veuve avant d’être mariée, hébétée, choquée, Fabienne décide -presque sans y réfléchir, presque comme une évidence- de rester et de suivre le programme de leurs vacances… Elle suit à la lettre les excursions et profite des reservations que Roland avait organisées pour eux… Une manière de rester avec lui…

Elle va cependant rencontrer aussi un homme, Paco, un original bienveillant, qui après quelques maladresses va l’accompagner discrètement dans ce cheminement.

C’est un album très touchant sur le deuil que j’ai trouvé plein de douceur et j’ai aussi apprécié les dessins.

  chez Moka 

L’obsolescence programmée de nos sentiments : Zidrou et Aimée de Jongh

Résumé de l’éditeur :

« Lui, il s’appelle Ulysse. Il est veuf depuis plusieurs années et lorsqu’il perd son travail de déménageur, à 59 ans, une grande solitude s’empare de lui. Impossible même de s’entourer de ses enfants : sa fille est morte dans un accident à l’âge de 16 ans et son fils est très pris par son travail.

Elle, c’est Mme Solenza. Méditerranée de son prénom, 62 ans au compteur. Ancien modèle (elle a fait la couverture de Lui dans sa jeunesse !), elle ne s’est jamais mariée et tient la fromagerie de sa mère qui vient de décéder après une longue maladie.

Si leurs jours s’écoulent tristement et leurs occupations ne suffisent pas à masquer l’isolement qui est le leur, c’était sans compter un miracle émotionnel. Car entre cette femme et cet homme va se tisser une histoire d’amour d’autant plus belle qu’elle est tardive, et merveilleusement porteuse d’avenir… »

*

Alors j’écris ce billet un peu trop longtemps avoir avoir lu cette BD et je n’ai plus le livre pour le feuilleter alors je vous donne le résumé de l’éditeur et je vais plutôt me concentrer sur mes impressions en me servant de commentaires que j’avais écrit en cours de lecture sur FB ou IG.

Ce que j’ai aimé c’est le fait que les personnages soient un homme et une femme plus âgés qui trouvent un second souffle dans leurs vies quand ils se rencontrent. Ils se trouvent et découvrent qu’ils peuvent encore aimer et être aimés, ressentir du désir et être heureux et c’est vraiment réjouissant! C’est un portrait du vieillissement progressif mais qui montre que la tête et me coeur sont encore bien jeunes!

Par contre je n’ai pas du tout (mais pas du tout!) adhéré à la fin que j’ai trouvé improbable et irréaliste et qui m’a gâché une histoire tout à fait plausible par ailleurs… L’Homme qui l’a lu aussi et qui a beaucoup aimé, a quant à lui trouvé que la fin apportait un côté « miraculeux »…

A vous de vous faire votre idée.

Concernant les dessins, je les ai trouvé agréables même si plusieurs lecteurs avaient fait la remarque que les corps nus des personnages les rapprochent plus des 70 ans que les 60 ans mais ce n’est pas non plus choquant.

  chez Moka 

Les enfants de la résistance (tomes 5 : Le pays divisé) : Benoît Ers et Vincent Dugomier (Billet avec Bastien)

Dans ce 5e tome, on continue de suivre les aventures de François, Eusèbe et Lisa, trois jeunes qui ont monté un réseau de résistance sous le nom « Le Lynx » et qui travaillent en secret avec d’autres réseaux, motivant des adultes sans que personne ne sachent qu’ils ne sont que des enfants.

On voit aussi la situation historique évoluer au fil de la guerre : la ligne de démarcation, le rationnement, les combats, la milice et les défenseurs de Vichy, les bombardements alliés, les affiches de propagande pour encourager au travail en Allemagne…

Mais, comme dans les précédents albums, le thème essentiel est la résistance, la manière dont des gens ordinaires font les choses dangereuses pour le bien commun… L’aventure principale est celle vécue par les 3 amis pour permettre à un opérateur radio de transmettre et revoir des messages de Londres.

Leurs missions sont de plus en plus périlleuses : transport de radio, aide à un « pianiste » (c’est ainsi que l’on surnommait les opérateurs radio qui adressaient des messages codés vers Londres), puis vers l’Afrique du nord. Beaucoup moururent car les allemands, étaient équipés de camions de goniométrie qui permettaient de localiser les émetteurs.

Enfin, François, Eusèbe et Lisa ne sont plus tout à fait des enfants mais plutôt des adolescents et des sentiments commencent à naître entre Eusèbe et la jeune fille et François ne le vit pas très bien. Et Lisa, la jeune Allemande repense à son passé et nous ne savons pas encore tout sur sa famille mais elle a du mal à accepter les critiques sur les Allemands dans leur ensemble.

Comme les précédentes, cette BD permet d’informer sur cette période historique très riche en mettant l’accent sur des aspects humains avec des aventures. Je vous conseille de les lire dans l’ordre.

Avant de passer la parole à Bastien, je voulais préciser que cet album lui a été offert par sa marraine qui a eu l’occasion de rencontrer l’auteur, Vincent Dugomier. Pour cette rencontre, elle avait imprimé le billet de blog que Bastien et moi avions écrit sur les 4 premiers tomes pour le lui donner. Et voici la jolie dédicace qu’il lui a faite (comme il ne dessine pas, il a utilisé un rappel de la BD avec un message du Lynx sur du papier peint!) :

Voici l’avis de Bastien (9 ans et demi) tapé par ses soins avec juste une relecture pour les fautes d’inattention (et sans qu’il ait eu connaissance de mon avis) :

« J’ai bien aimé car cela parle d’enfants résistants pendant la guerre. Le trio nommé  »Le Lynx » est en possession d’une radio pour envoyer des messages à Londres. Mais ils doivent faire plus attention que jamais car les Allemands rodent… Je n’en dis pas plus pour laisser du suspense… »

  chez Moka 

Nymphéas noirs : Cassegrain, Duval, Bussi

« Nymphéas Noirs » est mon roman préféré de Michel Bussi et quand j’ai vu que cette adaptation en BD existait j’ai tout de suite été très intéressée car l’intrigue repose sur beaucoup de mystères et je me demandais vraiment si le format BD réussirait à ne pas gâcher ce mystère justement… Et c’est une réussite!

Pour un résumé de l’histoire, je vous invite à relire mon avis en cliquant sur la couverture :  

J’ai beaucoup aimé cette adaptation : les dessins sont superbes, jouant sur des couleurs douces et des images assez intemporelles pour servir le texte. Mon bémol irait juste sur la représentation de l’institutrice qui est à mon avis un peu trop « sexy/affriolante » mais cela ne gêne pas du tout l’histoire.

C’est vraiment un très joli album qui ne déflore pas le coeur de l’histoire avant la fin!

A découvrir!

Les petites distances : Camille Benyamina et Véro Cazot

Dans la rue, personne ne voit Max, il se fait bousculer par la foule, on ne le remarque pas et quand il arrive chez lui, non seulement sa petite amie est en train de coucher avec quelqu’un d’autre mais quand elle le voit arriver, elle semble avoir du mal à se souvenir qu’ils vivent ensemble…

Il prend une colocation dans un immeuble et son nouveau colocataire l’oublie aussi vite qu’il l’a accepté, sa psy ne semble pas s’apercevoir qu’il est là…

Il a vraiment le sentiment qu’il disparaît aux yeux de tous et puis petit à petit il réalise qu’il est en fait en train de disparaître réellement, tout en ayant conscience de toute ce qui se passe autour de lui…

En parallèle, nous suivons aussi la vie de Léo, une jeune femme qui vit dans le même immeuble que Max. Elle couche avec un garçon sans ressentir quoi que ce soit car ce qu’elle veut, c’est dormir avec quelqu’un parce qu’elle ressent la présence d’esprits néfastes qui l’empêchent de dormir quand elle est seule.

Quand Max disparaît aux yeux du monde il commence à vivre dans l’appartement de Léo et même si elle ne le voit pas, sa présence lui permet de se sentir mieux et Max commence à avoir des sentiments pour elle… Entre les deux personnages il y aura des choses qui passent dans les sensations et il y a beaucoup de sensualité dans cet album.

Cette BD mêle des aspects fantastiques à des aspects psychologiques sur la solitude,  l’amour et les traumatismes que l’on porte et que l’on garde même en étant entourés. J’ai beaucoup aimé cet univers que j’ai trouvé très touchant.

J’ai aussi beaucoup aimé les dessins.

Je vous conseille cette BD.

Repéré chez Nath Sci. Pour voir des planches cliquez ici.

C’est aujourd’hui que je vous aime : François Morel et Pascal Rabaté

Cet album raconte un récit d’une adolescence des années 70. Que ce soit l’histoire de François Morel ou pas, peu importe car chacun pourra se retrouver dans ce portrait d’un tout jeune homme en plein émois amoureux, en pleine découverte du désir et de la frustration, des sentiments et du corps.

Le jeune homme, alter égo de François Morel, âgé de 12 ans, est amoureux d’Isabelle Samain, une fille qu’il aime de loin car il n’ose pas lui parler et pourtant il ne pense qu’à elle et il pense à elle tout le temps.

Cette BD raconte donc cette période où les adolescents rêvent d’amour mais n’ose pas sauter le pas et aussi cette période entre l’enfance (où on fait des blagues au téléphone) et l’âge adulte (où on rêve de pouvoir connaître la sexualité fantasmée).

Le fait que le récit se déroule dans les années 70, donc sans les moyens modernes de communication, rend les choses peut-être encore plus compliquées et donne un charme retro à cette histoire… Mais en réalité, c’est une histoire assez universelle dans laquelle chacun se retrouvera.

C’est à la fois drôle et touchant!

J’ai beaucoup aimé les dessins qui accompagnent parfaitement le texte. Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de BD de Pascal Rabaté et j’aime bien ses personnages et son univers qui se marient vraiment bien à l’univers « poético-comique » de François Morel.

Je vous conseille vivement cette BD que j’avais repérée chez Sablors d’une rendez-vous du mercredi.

Des planches à voir ici!

avec Lasardine : Allons voir son avis!

Les beaux étés 5. La fugue : Zidrou et Jordi Lafebre

A la fin de l’année 1979 la famille Faldérault ne respire pas la joie de vivre… Madeleine, la mère, travaille dans un magasin de chaussures et elle ne supporte ni sa patronne peu aimable, ni les clients peu agréables… De son côté, Pierre, le père, se laisse persuader par son patron Delmotte qui se retrouve sur un lit d’hôpital, de dessiner à nouveau la série « Zagor » dont il était pourtant content de s’être libéré…

Sur un coup de tête, ils décident de fêter Noël au soleil ! Julie ne les accompagnera pas car elle doit réviser. Louis, lui ne voit pas d’un bon oeil ces vacances car il avait prévu depuis longtemps d’aller en Angleterre pour le concert des Pink Floyd… Il vit d’ailleurs très mal qu’on le force à partir en famille sans tenir compte des envies et ses choix… Il accompagne la famille à contre coeur, le walkman vissé aux oreilles… Jusqu’à ce qu’il leur fasse faux bond en faisant une fugue dans un camion avec une conductrice hollandaise.

Les vacances au soleil vont alors se transformer en « chasse à Louis »… Mais malgré tout cela sera une belle histoire familiale qui les rapprochera plus qu’autre chose.

Il est est vraiment toujours agréable de retrouver cette famille  à la fois extraordinaire et tellement normale!

Une famille qu’on est toujours content de retrouver : Tome 1 / Tome 2 / Tome 3 / Tome 4

Cassandra Darke : Posy Simmonds

Cassandra Darke est une vieille femme pas très sympathique qui ne semble pas aimer grand monde. Elle vit dans un quartier très chic de Londres et s’occupe de la galerie d’art de son ex-mari, étant elle-même experte dans certaines domaines artistiques. Elle est très contente de sa vie auprès de son petit chien, les êtres humains qui l’entourent ne l’intéressant guère…

Mais sa vie change radicalement quand elle se fait prendre par la justice pour une fraude qu’elle a mis en place en vendant des faux par le bisais de la galerie.

On retrouve ensuite Cassandra un an après ses ennuis judiciaires. Elle assiste à une cérémonie d’hommage à son ex-mari mais à contre coeur car ce dernier s’était remarié avec sa sœur et les deux femmes s’étaient éloignées. Elle ne veut pas non plus se mêler aux gens du milieu artistiques qu’elle fréquentait avant sa déchéance sociale.

Cassandra revoit sa nièce, Nicki qu’elle n’avait pas vu depuis qu’elle l’avait hébergée dans son appartement au sous sol de sa maison londonienne avant ses problèmes… Un jour, la vieille femme trouve une arme et des objets féminins dans la poubelle de son appartement dans lequel personne n’avait vécu depuis Nicki…

Nous faisons un retour en arrière sur ce qui s’est passé du point de vue de Nicki, avec son petit ami qui va être celui qui la relie au pistolet… Une histoire glauque à laquelle elle se retrouve mêlée malgré elle. Cassandra aussi s’y trouve mêlée, tout d’abord pour essayer de se débarrasser de ces histoires qui l’encombrent mais petit à petit, elle va gagner en empathie envers sa nièce.

J’avais lu plusieurs fois que le personnage de cette BD était basé sur Scrooge de Dickens, mais franchement, à part le fait que Cassandra est un peu acariâtre et misanthrope et qu’elle finisse par s’adoucir, je n’ai pas vraiment vu de liens avec « Un conte de Noël »…

Cette histoire est donc des portraits de deux femmes très différentes même si elles sont toutes les deux assez exaspérantes par de nombreux aspects mais en faisant un bout de chemin ensemble elles évoluent au contact l’une de l’autre. C’est aussi une chronique sociétale et une histoire digne d’un roman noir.

J’aime beaucoup les romans graphiques de Posy Simmonds car elle prend le temps d’installer des personnages et les ambiances. J’aime ses dessins et j’ai particulièrement aimé dans celui-ci de me retrouver dans Londres!

Repéré chez Jérôme

  chez Noukette

chez Lou et Titine

Courtes distances : Joff Winterhart

Sam est un jeune homme de 27 ans qui se sort à peine d’une dépression et qui semble avoir gardé une langueur nonchalante, une absence d’envies qui le tient à distance des autres. Il est retourné vivre chez sa mère qui le met en contact avec une vague relation familiale.

Keith Nutt est le patron de KLN Ltd une obscure entreprise spécialisée dans « la distribution et le transport » et il prend Sam avec lui pour « le former » mais dans les faits, le travail et la formation consiste à passer tout leur temps dans la voiture de Keith, qui va d’entreprise en entreprise avec des dossiers. Keith estime qu’il faut que Sam apprenne progressivement et au début, il n’a même pas le droit de l’accompagner dans les bureaux. Par contre, il lui confie la surveillance de sa chienne qui est très importante pour lui.

Les relations entre les deux hommes sont particulières, Sam parle très peu, il est comme extérieur au monde et Keith parle beaucoup mais en radotant des histoires le concernant. Mais ce duo quasiment enfermé dans une voiture nous montre deux solitudes.

En effet, j’ai trouvé qu’il y avait finalement beaucoup de points commun entre les deux hommes : ils sont un peu à part, seuls et coupés des autres même si cela ne se manifeste pas de la même manière.

Sam aurait pu devenir un Keith et Keith s’est peut-être vu dans Sam.

L’auteur est un vrai observateur des personnes qui entourent ses personnages principaux et c’est dans les détails qu’il brosse le portrait d’une petite ville où tout le monde se connaît mais où des grandes solitudes passent inaperçues.

Ce n’est pas un album très joyeux mais intéressant.

  chez Noukette

chez Lou et Titine