Rencontre avec Sjón

Samedi 25 novembre, à l’occasion du festival normand sur les pays nordiques Les Boréales, l’auteur islandais Sjón est venu chez moi, à la librairie Le Détour.

  • L’Islande, la littérature, la poésie

L’intervenant qui présente Sjón nous apprend que l’auteur a commencé à écrire très tôt, d’abord de la poésie et il était influencé par les surréalistes. Il a aussi écrit pour la chanteuse Björk. Il nous explique que l’Islande est un pays où les livres ont une place capitale. A l’époque médiévale, les islandais ont plus écrit que tous les autres pays d’Europe réunis, notamment les « sagas ». Ces grandes histoires qui ont traité de façon très détaillée des grandes histoires du monde ont encore une influence sur les écrivains Islandais qui peuvent se tourner vers elles et que les gens portent en eux comme un héritage. Pendant les années sombres de l’occupation danoise, les islandais ont continué de développer leur littérature. Après l’indépendance, la littérature s’est encore élargie et elle est très vivante dans le monde entier. L’Islande a toujours réussi a réunir deux tendances, la tradition et les nouveautés. Il a aussi évoqué les influences des grands courants littéraires étrangers qui ont beaucoup apporté à la littérature islandaise.

Sjón ajoute que l’Islande était très pauvre et la seule activité qui existait c’était la création littéraire. Il dit que l’Islande n’a pas de cathédrales, pas de peintures, pas grand chose mais ils ont des œuvres littéraires qui prouvent leur existence. Il précise que les islandais croient que le monde est fait de parole, de belles paroles et donc de poèmes.

Quelqu’un lui demande de donner sa définition de la poésie. Il répond qu’à 15 ans il a découvert qu’avec la poésie il pouvait créer des images avec des mots. C’est l’interaction entre le monde réel visible et l’invisible que l’on peut créer avec des mots et pour lui, c’est ça la force de la poésie. Il ajoute qu’il a été séduit très tôt par les surréalistes et pour lui la poésie n’était pas seulement un phénomène esthétique mais aussi une formule magique qui peut sauver le monde.

Il dit aussi qu’en Islande, on apprend que la littérature appartient à tout le monde. La littérature doit être ouverte à tous, à tous ceux qui ont besoin de lire ou besoin d’écrire. Quand il avait 15 ans, il croyait que c’était naturel non seulement d’écrire des poèmes mais aussi de les publier et qu’on les lisent.

Quatre de ses romans ont été publiés en France et son recueil de poèmes « Oursins et moineaux » vient juste de sortir en France. A la fin de la rencontre,  il nous a lu un poème en islandais si vous voulez l’entendre cliquez sur ce lien pour trouver la vidéo sur ma page FB- lu ensuite en français par sa traductrice. Il plaisante sur le fait que la poésie des oursins relie Granville à Reykjavik.

  • Sjón et l’écriture

Fanny, ma libraire, nous a lu le début du roman « Le moindre des mondes » (elle lit très bien!) et elle nous montre que même si c’est un roman, avec une histoire, la mise en page très aérée ressemble à un recueil de poésie et le style est aussi très poétique.

L’intervenant explique que l’une des caractéristiques de l’écriture de Sjón c’est que même s’il traite de personnages ou de sujets terre à terre, c’est dans un style très poétique. Il parle souvent de personnages réprouvés qui sont souvent sauvés par la poésie ou l’art. Sjón précise que ses œuvres reflètent sa foi dans l’art poétique, narratif et c’est ce qu’il peut reporter sur ses personnages et les améliorer et les sauver par cet amour de l’art. Il croit que l’art existe pour que les gens puissent se sauver, quelles que soit leurs vies.

  • « Le garçon qui n’existait pas » : cinéma et homosexualité

Le personnage principal de ce roman est un jeune homme, homosexuel et prostitué à Reykjavik en 1918 qui vit dans des conditions difficiles et qui revit quand il découvre le cinéma. Le cinéma est une source de rêve. Il va être fasciné par le personnage d’Irma Vep et l’actrice Musidora. C’était important pour lui de choisir de parler de films qui ont vraiment été projetés à Reykjavik à cette époque et cela lui a fait particulièrement plaisir de découvrir que « Les vampires » avaient été projeté car c’était un film très apprécié par les surréalistes et cela lui permettait de jeter un pont entre les surréalistes et lui, entre les amateurs de ce film et lui. Le personnage d’Irma Vep représente la modernité, l’esprit révolutionnaire de l’Islande de cette époque.

Quand on lui demande quelle part de réalité il y a dans ses romans, il explique qu’en général tous ses romans sont basés sur des gens qui ont vraiment existé … plus ou moins! Dans ce roman, le seul personnage qui ait vraiment existé c’est Sola, la jeune femme qu’il a basé sur une femme qui avait été une des deux premières femmes à avoir le permis, la première femme à obtenir un diplôme de peintre et qui a 80 ans montait encore en haut d’échelle pour peindre!

Quand à lui et le personnage principal, il raconte qu’il a aussi beaucoup marché dans Reykjavik quand il avait 15 ans et il adorait le cinéma mais il n’est pas homosexuel et a grandi dans une famille aimante mais ils ont quand même assez de points communs.

Une des raisons qui l’ont décidé à écrire sur un garçon homosexuel dans une société qui ne voulait pas admettre qu’il existait c’est qu’il est de la même génération que les premiers garçons  à sortir du placard. Il a eu beaucoup d’amis qui ont été aux prises avec ces difficultés et beaucoup ont dû fuir dans d’autres pays. Beaucoup d’entre eux sont ensuite revenus au pays, certains atteints du sida et beaucoup sont morts. Il estimait que c’était à lui, écrivain, d’honorer leur mémoire en quelque sorte. Le livre est dédié à son oncle qui est mort du sida. Il voulait rendre hommage à leur combat. Son oncle faisait partie de la génération de ceux « qui n’existaient pas ».

A la question sur la place des homosexuels en Islande aujourd’hui, il répond que l’Islande est un des 10 pays où la place des homosexuels est la plus égalitaire au niveau des droits. A la fin des années 80, il y a eu une lutte pour ces droits. C’était une leçon de droits humains pour toute la nation.

  • L’Islande : une île

Quand on lui a demandé si les Islandais souffraient d’une sensation d’enfermement dans une petite île, il a répondu que quand on habite sur une île et qu’on est arrivé sur cette île il y a 1800 ans on sait que l’océan n’est pas un mur mais une voie.  La culture islandaise a toujours été en contact avec le monde.

  •  Sjón et Björk

Quand il avait 19 ans, un ami guitariste lui a présenté sa fiancée de 16 ans : c’était Björk. Ils sont devenus amis et entre les années 1981 et 86 ils faisaient partie d’un groupe de personnes qui voulaient changer le monde au travers de la musique et de la poésie. En 1995 quand Björk était en train d’écrire des chanson, elle lui a demandé de travailler avec elle. il a d’abord refusé en disant qu’elle écrivait très bien et n’avait pas besoin de lui mais le lendemain, elle l’a rappelé et il a accepté parce qu’il était son ami! Il a écrit la chanson « Isobel » et ensuite  ils ont collaboré sur d’autres textes. A chaque fois qu’ils ont travaillé ensemble, ils ont l’impression de retourner à l’époque où ils voulaient changer le monde.

J’avais dit que je n’achèterais pas de livre de Sjón car jusqu’ici je n’ai pas eu beaucoup de chance avec mes lectures islandaises mais bon, je suis faible et j’ai craqué, j’ai acheté « Le moindre des mondes » que j’ai fait dédicacer. 😉

Encore une fois, un grand merci à Fanny et Raphaël de la librairie Le Détour pour cette rencontre très intéressante!

 chez Cryssilda

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Rencontre avec Didier Daeninckx

Encore une fois je mesure ma chance d’avoir une chouette librairie car j’ai pu rencontrer un auteur passionnant grâce à la librairie Le Détour. Je connaissais Didier Daeninckx pour ses romans noirs et polars avec un fond historique. Il y a quelques années j’avais participé à des lectures publiques dans le cadre d’un festival très intéressant (mais qui n’existe malheureusement plus) « Les visiteurs du Noir » où il avait une bonne place et pour lequel il était déjà venu à Granville. J’ai déjà lu « La mort n’oublie personne »  et la BD « Le Der des ders » avec Tardi.

La librairie étant toute petite, la rencontre a eu lieu dans la galerie « le Bazar » de Fabien Lefebvre, soudeur-sculpteur et peintre. Didier Daeninckx était présent dans le cadre des Joutes Poétiques Granvillaises.

Fanny, ma libraire, qui lance la discussion

Bastien, très sage en compagnie d’Astérix 😉 (je l’ai récompensé en lui offrant une BD de « Kiki et Alien » 😉

  • La discussion a commencé autour de « Meurtre pour mémoire » duquel Fanny dit qu’il a levé un pan de l’histoire pour un grand nombre de lecteurs même ceux qui ont connu les années 60. Il y a un engagement dans l’histoire. Didier Daeninckx a raconté la genèse de son envie d’écrire ce roman. Il a expliqué que la guerre d’Algérie avait accompagné son adolescence et qu’en 1962, une amie de sa mère, Suzanne Martorel, la mère d’un de ses copains de collège, avait été une des 9 personnes tuées lors de la manifestation de Charonne à Paris en 1962. Après que son premier roman ait été publié en 1977, il a eu le courage d’en écrire un deuxième et il s’est dit que s’il avait une chose à dire c’était qu’il y avait un assassin en liberté et qu’il était au gouvernement : c’était Maurice Papon. Ce livre, il l’a écrit pour fixer la responsabilité de Papon en 1962 et à la même époque le Canard enchaîné sortait des révélations sur sa responsabilité dans la déportation des Juifs en France. Il a fini par être condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité, la plus grave condamnation en France, peine incompressible. Pour lui, c’était inadmissible que symboliquement on ait eu un criminel contre l’humanité au gouvernement français.

Quand il a écrit « Meurtre pour mémoire », il voulait aussi dire que la littérature a un poids. Toutes les révolutions ont été accompagnées par des écrivains, la résistance accompagnée de poètes… En France, la littérature a une part différente que dans d’autres pays. L’Histoire et la littérature sont liées.

Pour lui, écrire contre Papon, c’était essentiel, il sentait que s’il n’écrivait pas, il était complice du silence. Quand quelqu’un lui demande si c’était une prise de risque, il répond qu’il y avait une part d’inconscience du danger, une nécessité. Le roman s’est retrouvé sur un bureau de « Série Noire », une collection de Gallimard qui a une forte histoire littéraire et Marcel Duhamel qui dirigeait la collection a choisi de s’engager en le soutenant. A la sortie du roman, il y a eu un silence absolu mais petit à petit, des profs ont mis ce roman dans leurs lectures conseillées et dans leurs cours de lycée et il a été réimprimé de nombreuses fois. Il a fait sa route grâce au bouche à oreille. « Meurtre pour mémoire » est devenu un incontournable pour parler de la guerre d’Algérie. L’auteur a beaucoup été invité dans des lycées mais régulièrement, les proviseurs s’y opposaient et le censuraient. Et puis, il y a eu le procès et la condamnation de Maurice Papon et le livre est devenu un livre recommandé par l’Education Nationale. Ce roman a eu un parcours curieux en très peu de temps.

 

  • Puis l’auteur a parlé d’un autre roman de lui : « Caché dans la maison des fous ». Ce roman a pour origine une rencontre avec un prof avec qui Didier Daeninckx s’est lié d’amitié et qui avait des liens à la maison d’édition « Bruno Doucey » spécialisée dans la poésie mais qui a voulu aussi publier des « romans où le destin d’un poète croise la grande Histoire ». Il explique que pour lui, la poésie c’est le diamant de la littérature, on ne triche pas avec la poésie. Il n’y a pas de masques et les poètes sont souvent les premiers à payer quand des dictatures se mettent en place. Didier Daeninckx nous a raconté toute une série de coïncidences qui le rapprochaient de Paul Eluard et qui ont fait qu’il a eu envie de parler de  lui et il a également parlé de la psychiatrie et des asiles psychiatriques pendant le guerre. C’est pour cela qu’il a eu envie de parler de Paul Eluard et faire le lien avec « Souvenirs de la maison des fous » que le poète avait écrit après avoir été caché l’asile de Saint-Alban et sa rencontre avec Denise Glaser. Didier Daeninckx  nous a aussi parlé de Lucien Bonnafé, un psychiatre résistant et moderne qui en pleine guerre a tenté des approches différentes comme les travaux manuels, le jardinage ou l’art thérapie.

 

  • Ensuite, il nous a parlé de ce qui l’a inspiré pour « La route du Rom ». Il a fait la rencontre d’un prof qui vivait très mal le fait que son lycée soit nommé d’après un homme politique local mais surtout une personne qui au moment de la deuxième guerre mondiale avait été nommée maire par le gouvernement de Vichy et aurait  été responsable de l’installation d’un camps de détention pour des Tziganes, des handicapés et même des « soldats indignes » de la Wehrmacht. Il a également parlé de tous les camps de Tziganes qui ont été construits, parfois après des concours architecturaux.

 

  • Concernant les « romans policiers / romans noirs », Didier Daeninckx raconte qu’au début, il y avait un mépris pour le genre mais que petit à petit, grâce à des éditeurs, des critiques, des libraires, il a été mis en avant et a pu évoluer comme un genre respecté. Il est revenu sur ce qui est considéré comme le premier roman policier  « Double assassinat dans la Rue Morgue » qui avait été traduit par Charles Baudelaire mais aussi « Justice sanglante » de Thomas De Quincey écrit peu près à la même époque. Il raconte que les surréalistes ont participé à mettre en avant les faits divers, à s’interroger sur la folie notamment dans la littérature. Mais il y a aussi eu une période où la littérature policière a perdu sa charge littéraire pendant assez longtemps mais depuis quelques temps, elle l’a retrouvée et a une réelle identité entière dans le paysage littéraire.

 

  • Suite à une question sur les ateliers d’écriture créative, il a expliqué que lui-même n’en faisait pas car pour lui l’écriture n’est pas quelque chose d’anodin, c’est un engagement de soi et ce n’est pas facile de les mener. L’expression artistique a la capacité de libérer la parole de nombreuses personnes qui se sentent enfermées dans des cadres. Il estime que tout le monde peut s’exprimer d’une façon ou d’une autre par l’art et que l’écriture permet de structurer ce que l’on veut exprimer par d’autres arts.

 

J’ai beaucoup aimé cette rencontre autour d’un homme passionné et passionnant qui maîtrise l’histoire et la littérature et qui a su nous parler simplement sans mettre de distance entre nous. Une belle rencontre! J’ai acheté et fait dédicacer « Meurtre pour mémoire » pour L’Homme (mais je le lirai aussi!) et « Caché dans la maison des fous » (pour moi). Si vous avez l’occasion de le rencontrer et de l’écouter : n’hésitez pas!

Merci encore à Raphaël et Fanny de la librairie Le Détour pour leur dynamisme!

Au Québec avec mes copines québécoises et quelques expressions québécoises (avec une vidéo de Karine et moi dedans!!)

Voici mon premier billet pour    chez Karine:) et  Yueyin. C’est un billet plein d’amitié!

Cet été, je suis allée au Québec et ce n’était pas que du tourisme (même si on a vu des choses formidables et je vous prépare quelques billets de photos de mon voyage au fil du mois), c’était surtout l’occasion de rencontrer Jules et Karine deux blogueuses amies que je connais depuis 8 ou 9 ans virtuellement et que j’apprécie beaucoup.

Vous trouverez les billets de photos le 13 novembre et le 25 novembre!

A Québec avec Jules, j’ai fêté mon anniversaire avec nos deux familles réunies (nos garçons ont presque le même âge et se sont super bien entendus!), nous avons fait du tourisme et surtout nous avons passé de bons moments exactement comme si nous nous étions déjà vu avant!

Et puis Karine est venue nous chercher et j’ai eu le privilège de voir mes deux amies ensemble et cela a confirmé mon impression qu’on se connaissait toutes depuis des années!

Avec Karine, nous sommes allés à La Baie dans le Saguenay et nous avons fait du tourisme (on a vu des baleines!) et un jogging mais aussi vécu une aventure « à la Karine » : sa voiture est tombée en panne loin de chez elle et nous avons pu constater que la police québécoise était très serviable et aimable (Bastien et moi avons rejoint le garage dans la voiture de police et le policier a même mis la sirène pour Bastien 😉

 

Et puis comme Karine a une chaîne YouTube,  nous avons profité de la dernière soirée pour faire une petite vidéo sur les expressions québécoises! On s’est beaucoup amusées à faire cette vidéo (et j’ai encore rigolé en la regardant quand Karine me l’a envoyée!) J’espère que ça vous plaira 😉

Voici l’envers du décors,  le making of en quelque sorte 😉

Et j’ai eu l’immense honneur de voir « en vrai » le tableau qui a servi pour faire un des logos de Québec en Novembre (avec les deux romans que j’ai achetés sur place 😉 )

Et pour finir sur les expressions québécoises, voici quelques photos que j’ai prises pendant mon séjour :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontre avec Guillaume Nail (auteur jeunesse)

Le samedi 14 octobre, ma librairie préférée organisait une rencontre avec Guillaume Nail, un auteur jeunesse. Ce n’est pas leur habitude de recevoir des auteurs jeunesse alors nous n’étions pas nombreux mais j’ai beaucoup aimé cette rencontre, informelle et inhabituelle puisque nous étions dans une barque dans la rue et que cela a permis quelques échanges aussi avec des gens qui passaient par là! J’étais avec Bastien, mon petit dévoreur de livres!

Guillaume Nail se définit lui-même comme un robot multi-fonction (expression qui a beaucoup plu à Bastien qui l’a même reprise pour raconter la rencontre à son père le soir!) : après avoir été traducteur, puis acteur, puis scénariste il a eu envie d’écrire un roman jeunesse et il a adoré cela! Il dit se sentir vraiment bien dans l’écriture jeunesse. Il aime se reconnecter à l’univers de l’enfance, quand lui était enfant. Il trouve que dans l’écriture jeunesse, il y a du répondant et il se sent au bon endroit, là où il se sent bien.

Dans « Bande de zazous », il raconte l’histoire de Philippe, un garçon de 10 ans qui a un handicap (il boite) mais cela pose surtout problème à ses parents et il interprète ce que ses parents pensent et imagine que ses parents ne veulent plus de lui. A Paris, lors d’une visite, il se croit abandonné et décide de fuguer et c’est là qu’il va rencontrer une « bande de zazous ».

Pour Fanny, ma libraire, ce roman recèle de la magie dans les relations entre les personnages et n’importe qui peut reconnaître sa propre enfance. On peut tous s’y retrouver. Guillaume Nail explique qu’il pense qu’on a tous à un moment de sa vie vécu des moments où on ne s’est pas senti à la hauteur des attentes de quelqu’un de proche, où on a eu des doutes et c’est ce qu’il a voulu montrer. Il y a des liens forts entre Philippe qui a 10 ans et cette bande de personnages hétéroclites qui ne veulent pas le laisser seul un 24 décembre.

L’auteur avait une image très nette de son premier voyage en TGV, enfant, avec cette impression qu’aller à Paris serait plein d’aventures et  il voulait transmettre que Paris c’était certes l’inconnu pour Philippe mais que ces gens, qui sont d’un autre monde, et lui, peuvent malgré tout se trouver et avoir des relations fortes : ils ne sont pas si éloignés que cela. Ces « zazous » ce sont des gens différents qui ont envie de passer du bon temps ensemble.

Dans son premier roman, « Qui veut la peau de Barak et Angela? », le personnage principal est une petite fille qui va passer des vacances dans le Cotentin et qui croit que cela va être horrible mais elle va vivre plein d’aventures. Cette petite fille, c’est un peu l’enfant qu’il aurait aimé être, pleine d’assurance et allant vers les aventures alors que lui était plutôt du genre à tout de suite prévenir ses parents!

Bastien a posé une question à Guillaume Nail : il voulait savoir s’il allait écrire d’autres romans. L’auteur nous a donc annoncé qu’il était en train d’écrire mais que cela prenait du temps. Il prenait des notes et pour l’instant, il savait qu’il allait se situer à Chinon et qu’il y aurait une enquête. Il a aussi dit qu’il connaissait ses personnages. Il a avoué qu’il commençait à parler de ce futur roman pour s’obliger à avancer dessus! Ensuite, il a prévu d’écrire une série plus pour des adolescents. Il a expliqué que plus il écrivait, plus il avait d’idées et moins il avait de temps pour écrire!

Il a aussi expliqué à Bastien qu’entre le moment où on écrit une histoire et le moment où elle devient un livre en librairie il se passe beaucoup de temps. Pour « Bande de zazous » par exemple, il y a eu 4 versions avant d’être publié. Il y a eu un vrai échange entre lui et son éditeur pour arriver à un résultat qui leur plaise à tous les deux. Ensuite, il y a eu le choix de l’illustratrice (Camille Jourdy) puis l’impression. Il nous a raconté que l’éditeur faisait attention au registre de langue adapté aux jeunes lecteurs mais qu’il avait insisté pour garder quelques expressions typiques de la région de Philippe (et la sienne à l’origine) même si l’éditeur pensait que tout le monde ne les comprendrait pas.

Après cet échange, il a dédicacé les livres. J’avais acheté les deux, un pour Bastien et un pour sa cousine et avant de les faire dédicacer j’ai demandé à Bastien de choisir celui qu’il voudrait garder (en sachant qu’il lirait les deux!) et Guillaume Nail nous a raconté qu’étant vraiment mauvais en dessin, c’était une amie à lui qui lui avait fait des tampons encreurs à la main : un mouton et une tour Eiffel! (Bastien n’a eu le droit de lire sa dédicace que le jour de son anniversaire quand il a déballé son cadeau!)

Ce fut une belle rencontre et nous n’avons pas tardé à lire les livres (nous avons commencé « Bande de zazous » à deux samedi soir et Bastien l’a fini tout seul le dimanche matin dans son lit!)

Je remercie encore Guillaume Nail pour sa gentillesse et Fanny de la Librairie Le Détour qui est une librairie formidable!

Bastien et moi avons lu « Bande de zazous » et « Qui veut la peau de Barack et Angela?« 

Rencontre avec Gudmundur Andri Thorsson

Samedi 19 novembre, à l’occasion du Festival Nordique Les Boréales, l’auteur islandais Gudmundur Andri Thorsson est venu chez moi, à la librairie Le Détour et je n’ai pas résisté à l’envie de découvrir cet auteur que je ne connaissais pas du tout !

 

L’homme

Fanny, ma libraire débute la rencontre en demandant à Gudmundur Andri Thorsson de nous parler de lui. Il commence par dire qu’elle a très bien prononcé son nom 😉 puis il confirme que « La valse de Valéyri » n’est pas son premier roman (« J’ai 58 ans. Je crois que j’en ai écrit 8. »). Son premier roman date de 1988 et s’intitule « Ma joyeuse angoisse ». Il nous raconte que sa mère était journaliste à la radio et son père écrivain : « Elle donnait les informations et lui, il les créait. Elle disait toujours la vérité, lui ne la disait jamais et moi je suis un mélange des deux. Je dis quelques fois la vérité mais pas toujours et je ne suis pas sûr de quand c’est le cas ! »

Il explique que l’Islande est un petit pays avec peu d’habitants ce qui « oblige » les habitants à être multiples. Lui-même est ou a été journaliste, critique, rédacteur dans une maison d’édition, créateur d’émissions de radio et écrivain. « Et aussi guitariste et chanteur dans un mauvais groupe. En plus, je suis marié et j’ai deux enfants. J’habite tout près de la résidence présidentielle -ça sonne mieux que ça ne l’est… ça y est… je commence à broder ! »

 

L’auteur

Ses livres n’ont pas beaucoup été traduits -celui-ci est le premier traduit en français. Quelques-uns ont été traduits en allemand. Quand ce roman est sorti, il s’était fait à l’idée que les étrangers ne s’intéressaient pas à ses livres et donc « que les étrangers ne s’intéressaient pas à la littérature ».

Il raconte que son père est mort au moment de l’écriture de ce roman et qu’il a beaucoup pensé à lui en l’écrivant. Il est persuadé que son père a veillé sur lui et qu’où qu’il soit, il y est pour quelque chose si ce livre marche à l’étranger car c’est ce qu’il voulait pour lui. « C’est la seule explication que je vois pour qu’il soit traduit et qu’il ait eu un prix littéraire ! »

Fanny lui a demandé s’il avait toujours vécu à Reykjavik et il a expliqué qu’en Islande, tous les ados et lycéens travaillent quelque part dans le pays pour savoir d’où ils viennent, comment les Islandais vivaient avant et vivent maintenant. « C’est aussi pour nous rendre plus solides, gagner des muscles et gagner un peu d’argent ! »

Lui-même a été dans trois villages différents et a travaillé dans le poisson. Il a fait la connaissance de plein de gens et vu plein de choses, certaines belles, d’autres moins. Il s’est rendu compte que pendant qu’il travaillait, sa tête se remplissaient de gens.

Dans ce roman, il y a des gens qu’il a rencontrés, des choses qu’il a vues et d’autres qu’il a inventées. Il avait envie de raconter l’Islande qui n’existe nulle part ailleurs qu’en Islande. Il explique qu’au moment où il a écrit ce roman, c’était la grande crise économique en Islande et il avait envie de créer quelque chose de beau pour les Islandais pour qu’ils réalisent comme « la vie est belle quand le soleil brille toute la journée et qu’on boit de l’aquavit de pissenlit en écoutant de la musique. »

En tant qu’écrivain, tout d’un coup, il a une histoire dans la tête et ensuite son rôle c’est de dégager cette histoire pour écrire.

 

« La Valse de Valeyri »

L’histoire de « La valse de Valeyri » se passe dans un petit village islandais le 24 juin. Les habitants du village sont liés à une chorale et 16 personnages nous parlent de leurs vies dans le village. Contrairement à ce qu’on imagine de la littérature islandaise, le roman ne montre pas une vie rude et difficile. Ici on est dans la vie, autour du village.

Dans le village, il y a une vieille histoire enterrée qui monte comme une brume qui lui donne une couleur. « C’est toujours comme ça dans tous les villages mais la vérité n’apparaît jamais vraiment. C’est comme une énigme qui n’est jamais résolue car il n’y a pas Erlendur dans tous les villages ! » (Spéciale dédicace à Cryssilda et Aifelle…)

Dans le village qu’il a imaginé, il y a environ 1000 habitants et au début il avait prévu d’écrire sur tout le monde. Ils étaient tous dans sa tête mais ça lui aurait pris 20 ans et il a donc fait des choix.

Pour finir sur le roman, il nous dit que pour lui ce n’est pas un roman ni un recueil de nouvelles mais un peu des deux. Une histoire qui se termine dans une autres, des éléments d’une histoire que l’on retrouve dans une autre. Tout se passe en même temps. « C’est comme quand on tricote ou qu’on brode, c’est un enchevêtrement. La prochaine fois ça sera 32 personnages. J’ai envie de faire une sorte de tapisserie de Bayeux ! »

 

La musique

Dans ce village, il voulait faire ressortir l’harmonie qui est importante en Islande, notamment par la chorale qui est un point commun aux personnages du roman. D’ailleurs en Islande, il y a énormément de chorales et même des chorales de différents corps de métiers comme « la chorale de la police qui chante en uniforme des chansons douces et mièvres. C’est très mignon ! »

Il avait envie de parler de ce qui était harmonieux et agréable mais aussi de ce qui est dans l’ombre. Il raconte des choses tristes aussi mais qui s’inscrivent dans le rythme. La musique colore un peu le récit car il trouve que la musique est l’art le plus important.

 

L’Islande et les Islandais

Il parle de la mélancolie propre aux Islandais. Il donne un mot islandais pour « mélancolie » qui ne peut pas être traduit mais qui se décompose en deux mots : tristesse et douceur/sécurité. « C’est un beau sentiment. Les Islandais ne se sentent jamais aussi bien que quand ils se sentent mal. »

L’auteur explique que le 24 juin a une signification spéciale en Islande. C’est la Saint Jean, la journée la plus longue et il raconte qu’il y a tout un folklore autour de ce jour. « Beaucoup de gens croient qu’il faut se rouler nus dans la rosée et cette nuit, les vaches parlent et elles disent beaucoup de mal des hommes. Les elfes, les trolls et les fantômes se mettent en mouvement. » Il ajoute que personnellement, il ne croit pas aux elfes et aux fantômes mais qu’ils font partie de la réalité islandaise et « les gens peuvent raconter qu’ils ont vu un elfe ou un fantôme sans qu’on les enferme pour autant ! »

 

La langue

Autrefois, l’islandais était une langue du monde. Le suédois, le danois et le norvégien ont subi beaucoup d’influences du français et de l’allemand « parce que ça faisait chic » mais l’islandais a été oublié et les Islandais avec.

Les Islandais sont très conscients de la nécessité de préserver cette langue qui leur a été confiée. Pendant tout le 20ème siècle, ils ont créé des mots islandais pour toutes les inventions technologiques. « Peut-être que c’est le destin de l’islandais de se perdre parce que toutes les langues doivent être utilisées quotidiennement mais si l’islandais disparait, c’est tout un monde qui disparaît. Il faut comprendre que ce serait tout un héritage culturel qui disparaitrait. »

 

 

Je ne connaissais pas l’auteur mais j’ai trouvé que c’était un homme qui sous des dehors timides est en réalité un grand bavard avec beaucoup d’humour pince sans rire – nous avons souvent ri pendant cette rencontre- et j’ai essayé de garder cet esprit en faisant quelques citations. Il avait le sourire et l’œil pétillants!

Merci et bravo à sa traductrice (quel travail !) qui nous a permis de vivre cet échange.

Mais surtout un grand merci à Fanny et Raphaël de la librairie Le Détour qui fêtaient leurs 6 ans ce soir-là ! Bravo à eux pour leur enthousiasme et leurs bons conseils. C’est vraiment agréable d’avoir des libraires si sympathiques et une librairie où on se sent chez soi !

 

Le festival des Boréales a aussi été à mon programme du samedi matin mais indirectement! En effet, grâce à la rencontre avec Arnaldur Indridasson organisée à Caen ce jour là, j’ai eu l’occasion de revoir Aifelle et de rencontrer Cryssilda qui venaient toutes les deux (de deux destinations différentes) pour rencontrer l’auteur islandais! Et nous en avons profiter pour bavarder de tout et de rien pendant toute la matinée! Et ça a été un réel plaisir!!

 

Je précise juste qu’Aifelle est floutée à sa demande 😉 Vous remarquerez d’ailleurs qu’elle sourit sous le floutage 😉

Voyage dans les pays Nordique avec Cryssilda pour  (Cliquez sur le logo)

Rencontre avec Valentine Goby

 

 

J’ai eu la chance de pouvoir écouter Valentine Goby qui est venue dans mon petit coin de la Manche pour parler de son dernier roman « Un paquebot dans les arbres » et c’était une vraie chance car c’était la première fois qu’elle en parlait depuis sa sortie.

Valentine Goby était absolument rayonnante, avec un très beau sourire naturel et communicatif, joyeuse et très agréable à écouter, très généreuse dans cette rencontre. Comme d’habitude, je vais faire de mon mieux pour retranscrire ce beau moment (pas forcément de façon linéaire mais plutôt thématique) même si je n’ai pas pu tout noter car il y avait tant de choses passionnantes à écouter, j’espère lui avoir été fidèle  😉

L’entretien est mené comme d’habitude par Xavier Houssin qui commence par lire un extrait du roman et qui présente l’auteur et ses romans.  Valentine Goby a commencé par parler de l’histoire de « Un paquebot dans les arbres » (pour savoir de quoi parle roman, n’hésitez pas à aller lire mon billet). Elle explique qu’elle fait confiance à la vie qui l’a souvent mise sur des chemins lui ayant permis de rencontrer des gens qui lui racontent leurs histoires. Elle a une passion pour l’Histoire et ces histoires lui donnent envie d’écrire des romans.

 

Mathilde

Par le biais d’une personne rencontrée au moment de l’écriture de « Kinderzimmer », elle a rencontré Elise Bellion (la « vraie » Mathilde du roman), qui au détour d’une conversation lui parle du sanatorium et de la tuberculose de ses parents. Après avoir fait des recherches sur ce sanatorium, le sanatorium d’Aincourt, Valentine Goby propose à Elise Bellion de l’accompagner sur les lieux. D’ailleurs, la scène d’ouverture du roman où Mathilde adulte retourne là-bas, a réellement eu lieu mais en compagnie de l’auteur.

L’histoire de cette femme, c’était une histoire d’amour filial, familial. Pour elle, c’est l’histoire de la résistance à la fatalité. Cette jeune femme qui a admirablement sauté par-dessus l’obstacle.

A travers le rôle que lui donne cette tragédie, elle prend une revanche : elle a le regard du père, qu’elle a toujours cherché. On part d’une situation de manque et d’abandon à une situation d’écrasement. Elle met en balance amour et fidélité à la famille et l’envie et le besoin de devenir quelqu’un.

Elle va porter sur ses épaules le projet que la société ne peut pas encore offrir à ses parents qui ne bénéficient pas de la sécurité sociale en tant que commerçants ni des antibiotiques qui ne sont pas encore répandus en France.

Valentine Goby dit qu’elle aime parler de personnages faillibles. Parler de comment on arrive à surmonter les obstacles pour continuer à vivre. Parler des défis surmontés, des actes de bravoures. C’est facile de baisser les bras et d’arrêter de vivre mais choisir la vie, accepter les difficultés, c’est fascinant.

Cette maladie va ouvrir de nouvelles portes à Mathilde qui va rencontrer des personnes qui vont l’ouvrir sur le monde. Même les parents malades vont « profiter » de leur maladie au sanatorium pour se retrouver à deux et mieux connaître leur fille cadette. Tous apprennent de cette tragédie.

 

L’Histoire

Valentine Goby nous dit qu’elle a le sentiment qu’une mémoire chasse l’autre. Au sanatorium d’Aincourt, il y a une plaque qui explique que ce lieu a été un camp d’internement administratif pendant la deuxième guerre mondiale et qu’il est reconnu comme tel mais que rien n’est fait pour entretenir l’histoire du sanatorium en tant que lieu médical. Il y a coexistence de la douleur mais on a l’impression que ces douleurs ne permettent pas de cohabiter. C’est aussi ce qui fait la richesse de ce lieu. Mais l’histoire de la tuberculose a été oubliée…

Aujourd’hui, la tuberculose revient, la sécurité sociale recule, comme beaucoup de droits sociaux Peut-être que l’histoire de la tuberculose reviendra en avant car on a souvent oublié à quel point cette maladie a été dévastatrice.

Ce qui l‘intéresse quand elle écrit un roman c’est de participer à la vivacité de notre mémoire. Elle aime les gens qui ont une mémoire, elle-même n’en ayant pas beaucoup.

Elle aime beaucoup travailler sur les oubliés de l’histoire. Le roman selon elle peut être le relais de l’Histoire et de la sociologie dans une problématique de transmission.

L’Histoire est un moyen d’être mieux dans le présent, une façon de le mettre en perspective. On devrait regarder plus souvent le passé pour analyser, relativiser le présent.

Sa première passion, avant la littérature, c’est l’histoire. Elle considère que l’amnésie est une maladie mortelle.

 

Kinderzimmer

Valentine Goby a parlé longuement de la genèse du roman « Kinderzimmer » qui parle des enfants nés au camp de concentration de Ravensbrück. Sa passion de l’Histoire et des histoire individuelles ressort vraiment dans tout ce qu’elle raconte sur ce roman, l’avant, le pendant et l’après et je l’ai trouvée passionnante et très émouvante.

 

« D’après une histoire vraie »

Valentine Goby explique que ce n’est pas anodin de prendre l’histoire personnelle de quelqu’un pour écrire. Dans « Kinderzimmer », c’était déjà le cas mais le personnage central était collectif, c’était un chœur qui correspondait à plusieurs femmes rencontrées mais aussi inventées. Dans « L’antilope blanche » elle est partie du témoignage d’une femme qui est décédée avant l’écriture du roman alors elle a dû se « débrouiller » seule.

Dns « Un paquebot dans les arbres », elle est rentrée dans l’intimité de cette famille et elle a travaillé sous le regard d’Elise Bellion.

Quand elle écrit un roman, elle explique qu’elle va ajouter et retirer des choses car l’auteur doit trouver sa place. Elle ne fait pas de biographie.

Elle a le trac quand la personne concernée lit son roman car elle sait que si elle sent que celle-ci n’est pas à l’aise avec l’histoire qu’elle a recrée, elle ne publiera pas. C’est un risque mutuel qui est pris comme dans toute relation humaine.

« Un paquebot dans les arbres » est une histoire « vraie » mais pas « réelle ». C’est une histoire « véridique » et « Kinderzimmer » aussi.

 

Imagination / Ecriture

Elle déclare qu’elle n’a aucune imagination mais qu’elle a le sens de l’observation et l’empathie. Elle rencontre des gens pour s’inspirer. Elle n’invente pas mais elle met ensemble des choses qui existent déjà.

Pour elle, un roman c’est la rencontre de deux personnes et son travail à elle c’est la langue : mettre des mots sur ces histoires.

 

La relation au père

Dans « Baumes », elle a retracé son enfance à travers ses souvenirs liés aux parfums pour parler de ses relations entre elle et son père parfumeur. Elle profite d’ailleurs que son père ne soit pas présent ce jour-là pour admettre que Mathilde ressemble beaucoup à la petite fille qu’elle était.

 

Le corps

Le rapport au monde, pour elle, n’est pas cérébral : ça passe par le corps, par les sensations. La pensée vient ensuite faire la synthèse des sensations.

Le rapport aux autres passe par la peau. C’est le territoire commun. Chacun a son propre corps, unique, mais c’est une expérience commune. Nous sommes avant tout des corps.

Dans son écriture, elle passe par les sensations. Elle n’a pas envie de décréter qu’un personnage est triste ou a peur car elle ne sait pas ce que le lecteur mettra derrière ces mots. Elle préfère décrire ce que ressent ce personnage à ce moment, car elle sait que les lecteurs comprendront, identifieront les sensations. Pour elle, les sensations n’excluent pas alors que les mots peuvent le faire.

 

Dédicace

Après cette belle rencontre, je suis allée faire dédicacer mon exemplaire de son dernier roman. Je lui aussi dit que j’avais eu un coup de cœur pour  « Kinderzimmer » en version audio et que la lectrice était extraordinaire. Elle ne la connaissait pas, m’expliquant que c’était compliqué pour un auteur d’écouter son texte lu par quelqu’un d’autre. (Personnellement, je vous recommande la version audio si vous aimez ce type de lecture !)

Elle était tout à fait charmante, disponible pour chacun et je garderai un excellent souvenir de cette rencontre.

Retrouvailles de blogueuses et enregistrement de l’émission des Bibliomaniacs (avec moi dedans!)

En 2014, je participais au Prix de ELLE et au travers d’une page FB je me suis fait quelques très bonnes copines que j’ai eu grand plaisir à rencontrer lors de la remise du prix mais qui sont aussi ensuite venues me rendre visite chez moi à 5. Et je suis fan de l’émission Les Bibliomaniacs animée par Coralie, Eva, Fleur (et Laure même si elle prend un peu de temps off en ce moment). Je leur dis en rigolant que je suis leur « Number one fan » (les fans de Misery de Stephen King sauront que ça peut faire peur ;-).

Vous imaginez un peu mon émotion quand le 1er mai elles m’ont envoyé un message pour me proposer de participer à l’enregistrement de l’émission de juillet chez moi ! (Si émue que je me revois encore lire le message pendant une balade en famille au soleil pour voir des concerts de rue). J’ai bien entendu tout de suite accepté !

Alors je vais profiter de ce billet pour vous raconter les coulisses de l’émission Les Bibliomaniacs (je sais qu’il y a d’autres fans qui me lisent 😉 Cette émission allait être une « spéciale poches ». Les filles décident entre elles des livres qu’elles vont lire, elles font chacune des propositions (même moi : j’ai proposé « En cas de forte chaleur » de Maggie O’Farrel, que j’avais en anglais dans ma PAL mais qui existait en poche en français). Elles peuvent aussi proposer des livres que certaines ont déjà lus (ce qui m’arrangeait bien, vu mon programme chargé du mois de juin).

Nous avons donc fixé une date, ce serait le dimanche 26 juin, chez moi. Une arrivée vers midi et un départ à 18h45 nous permettant de manger ensemble, d’enregistrer l’émission et de faire une petite balade !

J’étais un peu stressée, j’avoue. J’ai lu les livres proposés : « En cas de fortes chaleur » et « L’histoire de l’amour ». Je me souvenais clairement de ma lecture audio de « Joseph » et j’ai relu en version audio « Ru » que j’avais un peu oublié. J’ai imprimé mes anciens billets pour les relire et écrit et tapé les nouveaux pour avoir mes idées bien au clair.

Je me suis ensuite consacrée au repas, comme une invitation « normale » d’amies ! (Au menu pour ceux que ça intéresse : des feuilletés de chez Boudu, salade de carottes à l’orange, dal aux lentilles corail (et au chou kahl) et une tarte aux prunes (j’ai juste oublié le fromage normand 😉 )

J’étais vraiment heureuse de les retrouver à la gare comme si on se voyait régulièrement, ça me semblait vraiment naturel de nous retrouver comme ça chez moi ! Bastien et L’Homme étaient là pour le repas et Bastien a fait des dessins pour chacune. Il s’est montré naturel et charmant 😉 Pendant l’apéro au champagne (il faut bien ça pour des filles qui se sont connues par le magazine ELLE 😉 nous avons parlé de de tout et de rien mais pas des livres de l’émission pour garder la fraîcheur de nos avis pendant l’enregistrement. J’ai juste demandé si elles étaient d’accord avec mon interprétation de la fin de « L’histoire de l’amour », sachant qu’on ne parlerait pas de cet aspect-là !) et échangé des cadeaux (j’ai été bien trop gâtée les filles !!)  

Après le repas, nous nous sommes « débarrassées » des hommes pour pouvoir enregistrer tranquillement.

 

Et à ce moment-là, j’avoue que j’étais un peu intimidée : les premiers tests de voix m’ont non seulement rappelé que je détestais le son de ma voix et que je riais un peu trop fort mais surtout que c’était LE moment… on allait vraiment enregistrer ! J’avais mes petites notes pour me rassurer (et j’étais contente de voir que Fleur / Amandine aussi prenait ses notes).

Pendant les premières minutes, j’étais un peu tendue, j’avais peur de dire des bêtises et petit à petit j’ai tout simplement oublié qu’on enregistrait et j’écoutais tout simplement les copines qui parlaient ! C’était un moment très agréable.

Et j’ai trouvé que le temps est passé très vite (et pourtant l’émission a bien duré 1 heure !°

Après l’enregistrement, Coralie a sauvegardé l’émission pour ne pas la perdre avant le montage (d’ailleurs, Eva l’avait aussi enregistrée sur son iphone car les filles étaient échaudées d’un précédant problème technique).

Puis nous sommes allées nous balader. Un petit tour à la librairie Le détour (MA librairie) pour déposer des marques-pages de l’émission et ensuite nous avons fait un tour dans la Haute Ville pour voir les petites rues et la mer.

Nous avons pris un dernier verre près de la gare (en face d’un magnifique rond point 😉 et les filles sont reparties.

J’ai passé une excellente journée et l’expérience de l’enregistrement d’une émission et de voir l’envers du décor m’a énormément plu !

Merci encore mille fois les copines ! Vous êtes les bienvenues quand vous voulez ou alors la prochaine fois, je viens vous voir à Paris !

Et pour écouter l’émission, c’est ici : Couverture de l'émission d'été spéciale Poches

Et n’hésitez à leur laisser un petit commentaire : il y avait un petit problème technique et on ne pouvait plus commenter mais maintenant c’est réglé (Merci à Une Ribembelle et Claire de l’avoir signalé!) : il faut mettre son pseudo, son adresse mail et pas la peine de noter un mot de passe, il  suffit de cocher « I’d rather be a guest » et c’est bon 😉

 

Rencontre avec Catherine Poulain

Vendredi dernier, grâce à la Librairie Le Détour, j’ai eu la chance de rencontrer Catherine Poulain, l’auteur du roman « Le grand marin ». L’entretien était mené par Fanny, ma libraire, dans le bar en face de la librairie.

Catherine Poulain est une femme menue au visage buriné, au sourire délicat et à la voix toute douce. Son roman a été un coup de cœur pour Fanny et Raphaël, mes libraires, avant même sa sortie et ils avaient vraiment envie de le faire connaître et de rencontrer l’auteur.

(Désolée pour les photos floues, mon téléphone ne fonctionne plus très bien et je n’avais pas mon appereil photo 😦 )

Le roman « Le grand marin »

Fanny a commencé par faire un résumé succinct du roman : l’aventure d’une femme, Lili, qui va en Alaska pour pêcher avec des hommes mais surtout qui va au bout d’elle-même. Un roman intense et très rythmé. Puis elle a lu un extrait du début du roman (Fanny lit très bien à voix haute, je m’en fais la remarque à chaque fois !) puis la discussion commence avec l’auteur, parfois  à l’initiative de Fanny, parfois de lecteurs présents.

Catherine Poulain est allée pêcher en Alaska et on peut dire que Lili, le personnage du roman, est un peu son double, mais elle ne voulait pas parler d’elle mais des marins et de la pêche et de cette envie de pêcher. Elle s’est servie de Lili, d’elle, pour parler de ça : un regard étranger qui se pose sur les gens.

Lili fuit quelque chose, elle va au bout d’elle-même et elle rencontre de grands hommes. Le « grand marin » est un homme impressionnant dans le roman et il a existé. C’tait un grand homme en mer qui perdait toute sa substance à terre. C’était un être humain entier.

L’écriture

Fanny a demandé à Catherine Poulain comment était né ce roman. Elle nous a expliqué qu’elle avait toujours tenu des carnets pour garder le fil car elle avait toujours eu une vie chaotique. Et quand elle avait le temps, elle essayait de construire des histoires. Les scènes de pêche étaient écrites depuis longtemps car elle avait peur d’oublier. Elle avait d’ailleurs retrouvé des bribes du « grand marin » dans ses carnets.

Elle est devenue bergère et elle a rencontré une auteur dans le cadre de son travail qui l’a encouragée à lui envoyer quelques pages. Elle s’est alors mise à écrire des passages et Olivier Cohen des Editions de L’Olivier a voulu la rencontrer et elle est allée au bout de ce projet.

A la question de l’écriture d’un autre roman, elle a répondu que ce n’était qu’un commencement. Elle a un synopsis énorme qui attend là et ça va lui permettre d’écrire et elle n’est pas sûre s’avoir assez de sa vie !

Son style

A la question concernant la féminité de son style, elle répond que sur le bateau de pêche, elle ne perdait pas sa féminité et elle estime qu’on peut arriver à être dans le monde des hommes ET être dans la féminité. On peut allier les deux et c’est peut-être la même chose pour l’écriture. C’est peut-être devenu une écriture sans genre.

Elle explique aussi qu’elle ne veut pas entrer dans le cérébral, elle veut être dans ce que l’on ressent. Elle a plein de questionnements sur la vie. Elle aimerait faire passer des choses que les gens pourraient ressentir et qu’ils décident d’eux-mêmes.

Sa vie

Catherine Poulain a raconté qu’elle avait passé 10 ans à pêcher et qu’à chaque fois qu’elle revenait en France elle n’avait qu’une envie, c’était de repartir là-bas.

Après avoir été expulsée des Etats-Unis car vivait en Alaska avec de faux papiers, elle est revenue en France et est allée dans un centre de formation pour apprendre à tailler les vignes. Il y avait aussi des cours pour devenir berger transhumant et quand elle a su qu’elle ne pourrait plus retourner en Alaska elle s’est dit qu’elle se donnerait à fond dans la montagne avec les brebis.

Lecture

A la question sur les lectures qui l’ont nourries, elle a répondu qu’enfant elle avait beaucoup lu mais qu’à 20 ans, elle ne voulait pas être influencée alors elle ne lisait plus. Puis aux Etats-Unis, elle s’est remise à lire tout ce qu’elle pouvait trouver : littérature américaine, littérature universelle. Mais elle n’aime pas les livres qui se perdent dans les idées. Elle a cité Harrison, McCarthy, Colum McCann, la poésie de Bukowski, des scandinaves… Elle a dit qu’elle avait des goûts très éclectiques. Tout ce qui est intense, tout ce qui brûle, tout ce qui va au bout.

Notoriété

Fanny lui a demandé comment elle vivait sa notoriété. Elle a raconté que quand le roman est sorti, elle était dans la montagne avec les brebis et qu’elle a reçu les premiers échos de l’éditeur par téléphone quand elle avait du réseau mais qu’elle était surtout concentrée sur son travail.

Puis en février elle est arrivée à Paris, terrorisée et il y a eu « La Grande Librairie » et elle a dit en plaisantant que ses éditeurs ont dû se demander à ce moment là si elle n’allait pas repartir en courant !

Après, elle s’est habituée mais ce qui l’a le plus gênée c’était de lire des portraits d’elle dans la presse. Elle est quelqu’un d’un peu sauvage et tout à coup voir sa vie dévoilée (et surtout avec des aspects mis en avant qui n’étaient pas toujours vrais) l’a vraiment perturbée. Puis elle a pris de la distance et elle ne lit tout simplement plus les journaux.

Elle admet que là, elle commence à fatiguer et qu’il était temps qu’elle retourne à sa vie réelle et elle était contente de retrouver ses brebis en juin.

Dédicace

Après cette rencontre dépaysante et très intéressante, nous avons pu faire dédicacer nos livres dehors, dans la barque qui est devant la librairie. Catherine Poulain est quelqu’un de vraiment charmant, toute en délicatesse et en retenue, elle prend le temps d’échanger quelques mots avec chacun.

Ce fut une jolie rencontre qui m’a vraiment donné envie de découvrir son roman.

(Même commentaire sur mes photos floues…)

Merci à Fanny et Raphaël d’avoir organisé cette rencontre ! Vous aussi, si près de chez vous une librairie organise ce genre de rencontre avec des auteurs, n’hésitez pas à y aller, même si vous n’avez pas lu les livres : d’abord, vous apportez du soutien aux libraires qui se donnent beaucoup de mal pour rendre la littérature encore plus vivante et puis vous découvrirez forcément quelque chose de nouveau !

Festival Rue des Livres 2016 à Rennes et rencontres des « Blogueurs de l’Ouest »!

Samedi 12 mars, j’étais à Rennes pour le Festival Rue des livres, un salon du livre gratuit et à taille humaine où j’ai retrouvé le traditionnel groupe des  « Blogueurs de l’Ouest » grâce à l’organisation toujours parfaite de Gambadou. Vous pouvez lire mes compte-rendus de 2011 2012 et 2014 

Après avoir roulé dans un brouillard à couper au couteau, je suis arrivée à Rennes sous le soleil et j’ai d’abord retrouvé Sandrine à 11h. Puis nous avons été rejointes par Canel et son mari et Géraldine. Peu de temps après, Gambadou est arrivée avec le groupe de voyageurs en train:  SylireClaireYvon et sa femme.

Nous avons fait une petit tour dans le salon : j’en ai profité pour aller saluer Sorj Chalandon et faire dédicacer son dernier livre. La discussion a été sympathique mais il faut que je me rende à l’évidence : il ne se souvenait pas de moi 😉

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Pour être honnête, notre premier petit tour dans le salon a surtout été une excuse pour nous arrêter toutes les 5 minutes pour bavarder entre nous de tout et de rien et beaucoup des livres que nous voyions sur les stands (heureusement que nous n’avons pas acheté tous les livres recommandés par les unes et les autres 😉

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Je suis allée faire un tour du côté des stands de littérature jeunesse et j’ai acheté un livre pour Bastien au titre qui me paraissait parfait pour cette journée sans Homme ni enfant : « Papa qui lit ». Charles Dutertre, l’illustrateur a fait une chouette dédicace et m’a dit que ce livre était une commande qu’il avait acceptée avec plaisir car lui-même étant papa de trois enfants, le sujet du papa qui lit l’histoire du soir lui parlait bien. Je lui ai fait remarquer que ses enfants avaient de la chance d’avoir un papa qui faisait des livres et il m’a dit que sa série « Louison Mignon » était basée sur sa propre fille qui est surnommée ainsi chez eux 😉

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Nous nous sommes ensuite retrouvés avec Antigone que je rencontrai pour la première fois (et avec grand plaisir car je la suis depuis très longtemps sur la blogo) et Yaneck que j’avais déjà rencontré en 2014.

Nous avons mangé ensemble dans une pizzeria non sans avoir papoté tout le long du chemin, de tout et de rien mais beaucoup de livres et de blogs 😉

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Un petit groupe est parti en avance pour aller écouter Sorj Chalandon parler de son dernier roman « Profession du père ».

Il a expliqué que dans ses romans il essayait de prendre de la distance car pour lui le roman a plus d’élégance que la réalité. Il a listé les choses dans le roman qui ne correspondaient pas à sa réalité, expliquant notamment que le personnage de l’enfant, Emile, était un mélange de son frère et lui. Il a dit qu’en étant Emile, il prenait une distance pour être « je » sans être tout à fait lui. Il se réappropriait Sorj.

Il a aussi parlé de son style aux phrases souvent courtes et a expliqué que ce n’était pas un « effet » mais une conséquence de son bégayement de l’enfance qui l’a toujours obligé à aller vers l’épure dans le langage. Un besoin d’aller là où le mot est le plus cru, le plus vrai. Un besoin que dans une phrase il y ait un monde entier. L’oralité et l’écrit passent pour lui par des phrases courtes et des points pour garder le sens du mot, pour ne pas trahir ses mots.

Quand il a parlé du sujet de son roman, il a expliqué que s’il avait pleuré en l’écrivant, il ne voulait pas pour autant qu’il y ait de larmes dans le texte. Il voulait qu’on puisse y trouver l’effroi qui empêche de respirer mais pas de larmes. Il voulait raconter l’épouvante pour qu’elle soit ressentie.

Il a aussi dit que pour lui, la violence physique était annexe, que ce qui était plus grave c’était que l’home qui portait les coups s’invente des vies et entraîne son enfant dans ces vies et que l’enfant devenait le véhicule des mensonges du père, tout le monde croyant que c’était l’enfant qui mentait, qui était dingue,  personne ne pouvant imaginer qu’il y avait un adulte derrière. Enfant, il croyait jouer aux cow-boys et aux indiens mais à aucun moment le père ne disait qu’il « jouait », car lui « vivait » ces situations. Il a fait remarquer d’ailleurs au sujet du mensonge que son frère est devenu détective privé et lui journaliste : deux métiers qui recherchent la vérité.

Il a aussi parlé de sa famille. Expliquant qu’il avait déjà écrit sur son père (« La légende de nos pères ») mais que ce dernier après l’avoir lu n’avait absolument pas compris qu’il s’agissait de lui. Il a écrit « Profession du père » après la mort de son père, commençant littéralement à prendre des notes le jour de l’inhumation. Avant que le roman ne sorte, il l’a fait lire à sa mère et à son frère. Sa mère lui a juste dit qu’elle l’avait lu et qu’elle proposait qu’ils n’en reparlent plus jamais. Il a aussi raconté qu’après la mort du père, il pensait pouvoir atteindre sa mère mais elle restait ancrée dans l’image de son mari, ne semblant pas pouvoir lui faire le moindre reproche. Quant à son frère, il lui a dit qu’il avait beaucoup ri en le lisant. Récemment, son frère lui a avoué que lui, enfant, n’avait jamais cru les histoires du père et quand Sorj lui a demandé pourquoi  lui le croyait, son frère a répondu « Parce que toi, tu l’aimais ». D’ailleurs, il dit que jusqu’au bout il a attendu quelque chose de son père et regretté aussi que sa mère ne lui fasse pas comprendre une seule fois que quoi qu’il se passe elle était là pour lui.

Cette entretien était assez drôle, beaucoup plus léger que les autres fois où j’ai assisté à des rencontres. Il a raconté avec beaucoup d’humour les vraies situations vécues avec son père, comme des histoires d’enfances ordinaires. Il a aussi plaisanté sur le fait qu’à chaque fois qu’il allait dans des salons ou des rencontres, il y a des psys qui lui donnaient leur carte en s’inquiétant de son étant mental actuel 😉 Il était plus drôle et léger mais il bégayait un peu vers la fin quand il parlait de sa mère, ce qui montrait quand même son émotion.

Et enfin, il a dit que concernant son écriture, il en avait fini avec la guerre, que l’Irlande était retournée dans la sphère privée car c’était maintenant uniquement en lien avec un pays et des gens qu’il aimait et qu’il avait fait le deuil du père. Il n’a écrit à ce jour qu’un seul roman complètement imaginaire (« Une promesse ») qui ne soit pas lié à des blessures personnelles et comme il ne se souhaitait pas d’autres malheurs, il y avait donc deux solutions maintenant : soit il arrêtait d’écrire complètement, soit il passait en fiction pure en quittant les blessures intimes.

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Après cette rencontre très intéressante, je suis allée voir Jeff Sourdin, un auteur que je voulais rencontrer depuis longtemps mais que je connaissais déjà pourtant… Il avait été prof stagiaire dans mon collège il y a très longtemps et je savais qu’il était aussi auteur mais je n’avais pas encore eu l’occasion ni de le lire ni de le voir depuis. Ce qui est très amusant c’est qu’il m’a tout de suite reconnue (alors qu’on ne s’était pas vus depuis plus de 10 ans !) J’ai beaucoup apprécié de discuter avec lui. Déjà, j’avais oublié que « Sourdin » était son vrai nom de famille (ben oui, on ne s’appelle pas M. Truc et Mme Machin en salle des profs, alors j’avais juste retenu son prénom) et j’étais persuadée que « Sourdin » était un pseudo car c’est le nom des habitants de la ville où nous travaillions à l’époque ! J’ai acheté son premier roman « Ripeur » dont Midola avait parlé chez elle et que j’avais envie de lire depuis très longtemps et son dernier « Pays retrouvé » pour lequel Midola a aussi eu un coup de cœur ! Nous avons parlé du collège, des anciens collègues, de nos vies actuelles et de la maison d’édition « La part commune » maison Rennaise qui fait de très beaux objets livres.

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Après avoir fait une petite pause avec mes copines blogueuses et reparlé de la rencontre avec Sorj Chalandon, j’ai été tentée par l’achat qu’Antigone avait fait d’un roman de l’auteur jeunesse Hubert Ben Kemoun, me rappelant que j’avais beaucoup aimé « La gazelle » et que comme je « collectionne » un peu les romans en lien avec la course à pied je voulais l’acheter. Cette rencontre a été très drôle ! Quand nous sommes arrivées avec Antigone, il était sur le point de partir. Mais je lui ai dit que je voulais acheter « La Gazelle » car je l’avais déjà  lu et que j’avais aimé. Il m’a répondu que c’était un roman que lui aimait beaucoup mais qu’en général les gens n’aimaient pas car il ne s’y passait rien ! Je lui ai dit que moi qui courais, je trouvais au contraire c’était un roman très réaliste car quand on court de longues distances notre esprit vagabonde tout à fait comme ça. Il a dit qu’il était tout à fait d’accord avec moi et que seules les bonnes lectrices le voyaient (tout ça avec humour bien sûr !) Après il m’a demandé pourquoi je voulais acheter si je l’avais déjà lu. Alors je lui ai demandé lequel il me conseillait et il m’a dit « Lisez celui là ! » en montrant son dernier roman « La fille quelques heures avant l’impact » (qu’Aproposdelivres venait de lire justement et avait aimé). Il était encore pressé de partir et m’a dit faussement bourru « Je suppose vous voulez une dédicace ? » J’ai dit oui et il m’a dit : « C’est bien parce que j’ai repéré vos collants Mona Lisa » (Oui, j’avais des collants avec Mona Lisa dessus… tiens, tiens, comment a-t-il pu les repérer ? 😉  La conversation était vraiment drôle et plein de sous-entendus, j’ai adoré cette rencontre ! Nous avons pris une photo et je crois que ça se voit 😉 Juste avant de partir, il y avait un petit garçon qu’il semblait connaître pour qui il n’avait plus le temps de faire une dédicace (à cause de moi 😦 ) et il lui a dit très gentiment « Tu sais, ce n’est pas important la dédicace, ce qui est important ce sont les histoires du livres et puis, il faut que tu arrêtes de ruiner ta maman : emprunte les à la médiathèque » (et j’ai beaucoup aimé cette petite phrase !)

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Avant de rejoindre les autres, Antigone et moi avons craqué sur une petite revue « Pop Corn : La revue qui se fait des films » sur Star Wars pour nos fils réspectifs, dédicacée par Pauline Payen.

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Juste au moment où Sandrine et moi allions repartir, nous avons croisé Midola qui était venue avec son fils et j’étais vraiment très contente de la revoir !

Inutile de vous dire que j’ai adoré cette journée ! Elle tombait parfaitement à pic : après deux semaines d’arrêt maladie, j’avais un peu le moral en berne car je me suis sentie un peu isolée chez moi alors voir plein de têtes connues ou faire de nouvelles rencontres, papoter de livres et autres, rire et plaisanter m’ont fait beaucoup de bien ! Merci à tous pour votre bonne humeur et la passion des livres qui nous réunit!

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Je vous laisse avec des photos de groupe où nous montrons à quel point les blogueurs de l’Ouest sont sérieux (ou pas 😉

Cette année, il y avait (par ordre alphabétique et non d’apparition sur les photos) :  Antigone (son billet sur la journée est ici)Aproposdelivres (son billet sur la journée est ici)Canel (qui est notre photographe) (son billet sur la journée est ici)Gambadou (son billet sur la journée est ici)Géraldine Sandrine (son billet sur la journée est ici)SylireYaneck (qui n’était pas là au moment des photos), Yvon (et son épouse Nicole).

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Et un petit clin d’oeil, le festival proposait de coller un post it avec un coup de coeur de lecture : moi j’ai noté mon dernier coup de coeur en date « Les gens dans l’enveloppe » de Isabelle Monnin.

Rencontre avec Carole Martinez

Samedi dernier, avec ma copine Mrs B, nous avons décidé de mettre de côté notre fatigue et nos soucis pour aller à la rencontre de Carole Martinez et nous avons eu bien raison car nos avons passé un excellent moment hors du temps !

Je vais tenter de vous transmettre ce qu’elle nous a dit, le plus fidèlement possible, et comme d’habitude ce n’est pas forcément linéaire.

Le merveilleux et la famille

Xavier Houssin (le journaliste du Monde des Livres qui organise avec sa femme ces rencontres littéraire dans la petite ville balnéaire de Carolles dans la Manche) a présenté l’auteur et fait remarquer que l’ambiance de sorcellerie, de fantômes qui parlent aux vivants et les visions qui aident à faire face allaient bien à l’écriture de Carole Martinez. Elle a répondu qu’il y avait chez elle un goût du fabuleux et de l’émerveillement qui lui venait de sa grand-mère. Elle ne s’en rendait pas compte avant qu’on lui en parle car c’était naturel. Sa grand-mère a toujours été à cheval entre le réel, le concret et toute une part de merveilleux et elle a été élevée dedans et cela lui paraissait naturel même si elle n’y croyait pas vraiment. Elle trouvait ça surtout très joli. Sa grand-mère soignait les brûlures avec des prières en espagnole qui se transmettaient de mères en filles.

« Le cœur cousu » est d’ailleurs l’histoire de son aïeule qui lui avait été racontée par sa grand-mère : une femme qui aurait été jouée et perdue au jeu par son mari et qui s’était sauvée d’Espagne en Algérie. Cette histoire familiale devenue une légende, un mélange de conte et de choses réelles, des contes et légendes se mêlant aux histoires familiales, est devenue une mythologie familiale.

Carole Martinez a eu envie de la raconter mais l’écriture de ce premier roman, c’était pour elle une façon de réparer l’histoire familiale qui lui paraissait bancale. Elle voulait  reprendre le pouvoir et ne pas toujours avoir à se méfier du désir des hommes car c’était une des conséquences de cette histoire familiale. Elle voulait rééquilibrer la relation entre les hommes et les femmes. Le choix de la couture dans « Le cœur cousu » était d’ailleurs lié à cette envie de « réparer » cette histoire.

Le merveilleux, c’est son univers. Elle aime cette pensée magique qui appartient à l’enfance.

La création

Carole Martinez a lu (et très bien d’ailleurs ! Xavier Houssin avait expliqué dans son introduction qu’elle avait fait du théâtre avant l’écriture et ça se sent) un extrait de la fin du « Coeur cousu » qui correspondait à ce qu’elle pensait être son projet d’écriture au début. Elle pensait enfermer Frascita Carasco dans une cuisine mais le roman n’a pas pris cette direction et c’est finalement dans le roman suivant qu’elle a enfermé Escarlmonde dans 5m² dans « Du domaine des murmures » . Et pourtant, cette femme qui est cloîtrée et immobile voyage par ses visions et par sa fenêtre, elle va avoir accès à son siècle par les pèlerins qui viennent à elle.

Carole Martinez a expliqué que quand elle a commencé à écrire son deuxième roman, elle voulait que ce soit une histoire de 7 femmes contemporaines, l’une entendant les voix des 6 autres, chacune ayant la parole pendant 50 pages. Mais l’écriture a pris le dessus et son personnage s’est transformé en Escarlmonde et elle avait tant à dire que le roman s’est centré sur elle.

Un paysage et un château imaginaire se sont imposés à elle. Elle voyait ce paysage et s’est créé un château qui était très clair dans son esprit. Et c’est ainsi que plutôt que d’avoir un roman avec 7 femmes, elle compte plutôt parler de 7 femmes différentes qui vont se succéder autour d’un même domaine.

Ses personnages prennent le dessus. Ses femmes qu’elle pensait être des petits êtres sont en fait comme des roseaux qui se révèlent être des femmes beaucoup plus fortes. Elles ressortent vainqueurs.

Elle explique qu’elle trouve cela compliqué de terminer un roman car elle n’a pas envie de quitter ses personnages. Alors, en ayant des personnages récurrents ou des lieux qui se répètent de livre en livre, cela permet de garder le lien, de savoir qu’on va les retrouver. Pour elle, c’est un « château récurrent » qu’elle a créé. Il y a aussi le personnage de la dame verte qu’elle a fait revenir entre « Du domaine des murmure » et « La terre qui penche » et comme elle est immortelle, elle sait qu’elle pourra la réutiliser dans d’autres siècles.

Ecriture

Quand Xavier Houssin lui a demandé ce qui l’a poussé à écrire, elle a répondu qu’elle a tout simplement beaucoup de plaisir à écrire. C’est très égoïste. Et puis, il y a aussi cette idée qu’elle peut embarquer des gens avec elle par l’écriture.

« Le cœur cousu » lui a pris 14 ans à écrire mais ce n’était pas du tout douloureux. Elle avait aussi plein d’autres choses dans sa vie. Elle estime qu’il n’y a pas que l’écriture : il y a la vie. Ce qui n’empêche que les moments d’écriture sont pour elle des moments de bonheur. Elle explique que le plus dur quand un livre prend des années à être écrit c’est le risque que le désir de l’écrire disparaisse et aussi le fait qu’entre le début de l’écriture et la fin elle n’était plus la même femme.

Carole Martinez raconte aussi que pour elle, ses échecs ont été des moteurs pour créer autre chose. Elle a donné l’exemple de son échec au CAPES qui lui a donné envie d’écrire un roman jeunesse qui l’a beaucoup amusé et qui a surtout été consolateur, comme une revanche. Son message c’est que l’échec est ce qu’on en fait et qu’il peut faire naître une réussite.

Les lecteurs

Concernant les lecteurs, Carole Martinez pense qu’il ne faut pas tout dire dans un roman car il faut laisser de la place au lecteur. Chaque lecteur dessine son roman : il y a plein d’histoires, pas une seule. C’est la force de la fiction, il y a la possibilité de laisser une liberté aux lecteurs d’interpréter le roman.

Quand quelqu’un lui a demandé si on pouvait lire ses trois romans dans le désordre, elle a répondu que cela ne posait pas de problème. Cela faisait se dérouler l’histoire globale différemment mais qu’elle aurait un sens. Elle a ajouté que quand elle entendait des lecteurs parler des ses romans elle ne les reconnaissait pas forcément car chaque lecteurs apporte sa perception personnelle à l‘histoire.

Les femmes

Elle a dit que pour elle, les femmes utilisent la poésie et l’imagination pour dépasser des choses difficiles car l’histoire des femmes à travers les siècles n’a jamais été facile.

Il y a eu une discussion sur les règles, qui est un sujet qui lui tient à cœur et qui montre de quelle manière les femmes étaient mises de côté à cause de leurs menstruations à une époque pas si éloignée et que cela les coupait du monde. Elle s’est d’ailleurs réjouie que le Sénat ait reconnu que les protections périodiques étaient des produits de première nécessité en adoptant une TVA moins élevée qu’avant.

Mon impression

Cette rencontre a été formidable ! Carole Martinez est une femme simple et abordable, naturelle. Très bavarde, c’est une vraie conteuse qui part d’une idée et qui dévie entre ses histoires de familles, les histoires de  ses personnages et de ses rencontres liées à l’écriture. Des anecdotes et des histoires détaillées toutes plus passionnantes les unes que les autres viennent émailler son propos. (Je n’ai pas pu tout retranscrire de la rencontre, mes mots n’auraient pas pu transmettre toute la saveur de sa façon si spontanée de se raconter !)

Elle est drôle, sympathique, vive. Ce fut un réel plaisir de l’écouter car elle est passionnante, jamais ennuyeuse : nous aurions pu rester bien plus longtemps avec elle!

Dédicace

Au moment d’aller faire dédicacer nos livres, Mrs B a dit à Carole Martinez qu’elle avait déjà lu le livre qu’elle lui faisait signer car je lui avais prêté et je lui ai raconté que j’avais beaucoup prêté ses 3 romans. Je lui ai raconté que j’avais lu « Le cœur cousu » tout en allaitant mon fils, la nuit, en tenant le roman d’une main et que j’avais eu un coup de cœur. (L’anecdote l’a amusée 😉 Mrs B a acheté le roman jeunesse pour son fils et elle a écrit une très jolie dédicace très personnelle pour lui.

Je lui ai donné ma carte de visite du blog et je lui ai dit que j’avais adoré l’écouter et qu’elle était telle que je me l’imaginais, c’est-à-dire quelqu’un de bienveillant envers ses personnages, car on sentait qu’elle les aimait et que même si elle les faisait souffrir, on sentait qu’elle leur voulait du bien.

Nous avons discuté et plaisanté, elle a fait de vraies dédicaces personnalisées et gentilles et je crois que c’est une des plus jolies rencontres littéraires que j’ai faites !

Je vous conseille vraiment d’aller la voir si elle passe dans une librairie près de chez vous car elle est très vivante et très intéressante. Par contre, ne prévoyez pas de prendre un train juste après car elle a beaucoup de choses à dire (pour notre plus grand plaisir : nous aurions té prêtes à aller manger avec elle et poursuivre la discussion !) D’ailleurs Aifelle, qui l’avait vue la veille, m’avait prévenu et m’avait chargée de lui demander si elle avait eu son train car elle était partie en courant de la librairie (oui, elle l’a eu mais uniquement parce que le train avait quelques minutes de retard 😉

Avec Mrs B, nous sommes sorties de cette rencontre avec le sourire !